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Full text of "La vie d'Edmond Richer, docteur de Sorbonne"

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DUKE 

UNIVERSITY 

LIBRARY 


Treasure  %oom 


THE   GUSTAVE   LANSON 
COLLECTION 


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in  2011  witii  funding  from 
Dul<e  University  Libraries 


littp://www.arcliive.org/details/laviededmondricliOObail 


LA    VIE 

JD'E  D  M  O  N  D 

R  I  C  H  E  R, 

D  OCTEUR 

DE    SORBONNE- 

^ar  M.  Adrien  Baillet,  Biblio- 
thécaire de  Monjîêur  le  'Préfident  de 
Lamoignon. 

NOUVELLE    EDITION, 

A    AMSTERDAM, 
Chez   Etienne   Roger. 


M.    D  C  C.    X  VU 


AU  LECTEUR, 

LlHifioîre  que  je  vous  pré  fente ,  mon  cher  Lec^^ 
'  teur ,  efl  recommandable  par  fin  Auteur ,  £5? 
par  fon  ftijet.'  Le  célèbre  M.  Baïllet^  dont  le  nom 
feul  fait  reloge ,  s'eft  acquis  une  réputation  fi  uni' 
ver /elle  fjf  fijufte  dans  la  République  des  Lettres  , 
qu'il  fuffit  qu'un  Ouvrage  porte  fin  nom  ,  pour 
mériter  notre  eftimc  ^  (^  émouvoir  notre  curiofitê, 
M  compofa  celui-ci  dans  les  heures  de  fes  délafifi" 
mens  ,  mais  avec  cette  exactitude  ,  cette  précifion 
£5?  cette  éloquence  ,  qui  brillent  dans  fis  autres 
Ecrits  5  y  qui  fe  font  fentir  de  tous  ceux  qui  ont 
quelque  goût  pour  les  Ouvrages  d'efprit. 

En  travaillant  à  la  Vie  d^ Edmond  Richer  j 
M.  Baillet  eut  en  vue  le  bien  de  VEglifi ,  les  intérêts 
de  la  Patrie ,  le  falut  des  Rois  ^13  la  confervation  du 
dépôt  de  la  Doctrine  ancienne  de  la  S  or  bonne.  Tel" 
les  avoient  toujours  été  celles  de  Richer ,  que  ni  k 
déchaînement  de  la  Nouveauté  ,  ni  la  conjuration 
de  fes  Confrères ,  ni  les  cenfiires  des  Evêques  par^ 
tiels  5  ni  les  menaces  des  Ultr amont ains^  n'ont  pu 
lui  faire  abandonner.  Ce  grand  Homme ,  vengeur 
de  la  J)o6lrine  de  PEglife  Gallicane  ,  en  foûtint 
T orthodoxie  aux  dépens  de  fon  repos ,  (3  ^^^  rifque 
^e  fa  vie.  Il  fut  ,  s'il  efi  permis  de  le  dire  ,  Je 

i-7-3186 


^ftaytyr  de  fa  Partie  y  dont  il  éfoit  Je  défenfear. 
tes  perfecutions  obfcurcirent  alors  la  vérité  qu^ik 
foùîènoit  avec  zèle  :  les  temps  qui  ont  fuivi  ,  ont 
fait  hommage  à  la  pureté  de  fes  fentimens  :  i^  fi 
la  Sorhome  ^fa  plus  cruelle  ennemie  ,  entraînée 
far  des  confideraîions  politiques  yeut  lai fpihlejfe  de 
donner  les  mains  à  la  conJpiration\elle  a  depuis 
réparé  Tinjure^  en  confacrant  par  fes  Décrets  jjes 
Dogmes  qu'elle  tenta  d'opprimer. 

Ces  variations  de  la  plus  illuftrè  Faculté  du 
monde  fe  remarqueront  dans  les  cours  de  cette  Hif 
ioire.  On  y  verra  les  rafinemens  de  la  plus  noire 
Tnalignité  ^  les  détours  artificieux  de  la  politique 
profane  j  les  firatagêmes  de  F  erreur  joints  à  Vauto^ 
rite  i3  à  la  multitude ,  concourir  à  la  deftrudlioft 
de  la  Doêfrine  de  Richer  ^  (â  à  la  ruine  de  foft 
Auteur,  3/.  Baillet  a  développé  tous  ces  myftéres 
avec  cette  liberté  que  V amour  de  la  vérité  infpirej 
f^  que  la  vérité  exige  d'un  Hiftorien.  Il  n'a  ni 
épargné  ni  dijfimulé  aucune  des  circonftances  qui 
pouvoient  mettre  le  Le6ieur  en  pojffejfton  de  la  con- 
noiffance  exadie  des  faits  £î?  des  perfonnes.  Tout 
eft  ejfentiel  0  une  naration  intereffante  5  fc?  Von 
n'eft:  en  droit  de  fe  plaindre  dtt  narrateur  5  que 
quand  il  trahit  la  vérité . 

Le  Public  eft  redevable  de  cet  Ouvrage  pofthu' 
me  à  un  ami  de  cet  illuftrè  défunt.  Il  doit  luifça* 
voir  gré  du  préfent  qu'on  lui  fait,  B  ne  pouvoit 
être  offert  dans  un  temps  plus  convenable  j  6?  je 
doute  qu'on  ait  pu  lui  en  faire  un  plus  précieux. 


LA     VIE 

DTDMOND  RICHER, 

DOCTEUR  DE  SORBONNE. 

LIVRE    PREMIER, 

E  p  u  I  s  que  la  politique  feculié-» 
re  &  le  gcnie  de  l'iiuerct  humain 
fe  forit  inclez  dans  le  gouverne- 
incnt  de  rEglirc,il  s'elt  trouvé  lî 
peu  de  perfonnes  capables  de  délivrer  la 
vérité  de  leurs  vexations  ,  qu'oa  ne  içau- 
roit  taire  paroître  trop  d'emprefîement  pour 
connoître  quels  ont  été  ceux  que  Dieu  a 
fufcitez  de  tems  en  tems  pour  une  fi  fain- 
te  entrcprife.  L'autorité  de  ceux  qui  veu- 
lent qu'Edmond  Richer ,  Docteur  de  Sor- 
bonne,  ait  été  du  nombre  de  ces  hommes 
extraordinaires ,  m'a  tait  rechercher  d'abord 
avec  le  foinpolfible  ce  qu'il  a  fait ,  ce  qu'il 
a  foufiert  ,  bu  ce  qu'il  a  écrit  pour  la  dé- 
fenfe  de  la  même  vérité.  La  mcme  auto- 
rité m'a  enfuite  déterminé  à  communiquer 
au  Public  ce  que  j'en  ai  pu  remarquer ,  foit 
pour  i'tni  inllruire  j^foit  pour  luitaireju^et 

A 

173Î86 


IL  L  A      V  I  E 

fi  c'eft-àjufte  titre  que  ce Dofleu? porteis'^ 
qualité  de  Défenfeur  de  la  vérité. 
y-  Il  étoit  né  à  Chource  ,  petite  ville  du 

^^i  r'  ^'^^^^^  ^^  Langres  ,  dans  la  Comté  de 
ce  de  Ri-  Champagne  ,  à  cinq  lieues  de  Troyes  ,  le 
^  ^^  ^^    dernier  jour  de  Septembre  de  Tan  15-60. 
•  ^  °'       fous  le  pontificat  de  Paul  IV.  &  le  règne 
de  François  II.  dans  le  tems  que  l'on  brû- 
loit  les  Huguenots  à  Paris  fous  le  nom  de 
Luthériens. 

Ses  Parens  étoient  de  famille  fort  hon- 
nête dans  le  commun  du  peuple ,  &  en  ré- 
putation de  probité  parmi  les  habitans  du 
Pays,  mais  peu  accommoder,  des  biens' de 
la  fortune.  Le  grand  nombre  des  enfans 
qu'ils  avoient  de  l'un  &  de  l'autre  fexe  les 
avoir  réduits  à  fe  contenter  de  les  élever 
auprès  d'eux ,  ou  à  leur  procurer  une  édu- 
cation telle  que  les  petites  écoles  du  lieu 
la  pouvoient  donner.  Néanmoins  la  pieté 
qui  leur  avoit  infpiré  d'en  confacrer  un  par- 
ticulièrement au  fervicc  de  Dieu ,  leur  avoit 
fait  trouver  le  moyen  d'entretenir  l'aîné  de 
leurs  garçons  aux  études ,  efperant  que  dans 
l'état  ecceleiiaftique  ou  religieux  il  pour- 
roit  attirer  la  benediélion  du  Ciel  fur  leur 
maifon. 

Edmond ,  qui  étoit  celui  d'après ,  n'avoit 
pas  lieu  de  prétendre  qu'ils  fiffent  jamais 
de  femblables  efforts  en  fa  faveur  ;  mais 
cette  conlîderation  ne  fut  pas  affez  forte 
pour  vaincre  en  lui  l'inclination  qu'il  avoit 
toujours  eue  pour  l'étude  :  de  forte  que  fe 
voyant  âgé  de  dix-huit  ans  ,  &  prefle  par 
fes  parens  <ie  fe  déterminer  fur  le  choix  d'u- 
ne vacation  qui  pût  faire  fon  établifTemcut 


d'E dmond    Riche r.       5 

^  fa  fubfiflence  ,  il  fe  fervit  de  la  liberté 
qu'ils  lui  donnoient  de  quitter  la  maifon 
paternelle  dans  cette  vûë ,  &  s'en  vint  à 
Paris. 

Il  entra  fans  délibérer  dans  un  Collège  II. 
de  rUniverlîté  :  &  jugeant  qu'il  ne  pour-  ^^^  ^^u* 
roit  parvenir  à  la  jouilfance  de  la  fagefTe,  ^^^* 
que -par  un  affujettHrement  fcmblable  à  ce- 
lui auquel  Jacob  fe  reduifoît  pour  obtenir 
RacheJ  ,  il  mit  fa  vie  en  fur  té  contre  la 
faim  par  quelques  fervices  qu'il  rendit  au 
Collège  ,  &  donna  tout  le  refte  de  fon 
tems  à  l'étude.  Ainfi ,  fans  attendre  d'au- 
cun autre  endroit  que  du  Ciel  les  fecours 
neceffaires  à  une  iî  grande  entreprife  ;  il 
s'appliqua  premièrement  à  la  connoilTan- 
ce  des  deux  langues  fçavantcs  avec  un  tra- 
vail (i  opiniâtre  &  li  heureux  ,  qu'en  moins 
de  trois  ans  il  fe  vit  en  état  de  pafTer  en 
Philolbpliie,  &  fut  reçu  Maître  -  es  -  Arts 
deux  ans  après. 

De  là  il  fut  admis  dans  les  Ecoles  de  ^^l^-  ^ 
Théologie  ,   où   il  eut  pour  compagnons  ^P^^^^ 
ceux  qui  avoicnt  été  fes  Maîtres  dans  les  ^'^^"' 
ClalTes  d'Humanitez.  Ce  fut  pour  lors  que  J^^^**  P^t 
la  fortune,  dont  il  avoir  fupporté  les  rnau-  ^^' 
vais  traitemens  pendant  cinq  ans  avec  un 
courage  invincible  ,  fe  lafTa  de  le  perfecu- 
ter ,  &  fe  laifTa  vaincre  à  la  réputation  que   *  r»  a 
fon  mcrire  lui  avoit  déjà  acquife  dans  tou-  ^j^^  ^y^ 
te  rUniverlité  :car  un  Dodeur  de  Théo-  s'apeiioû 
logie  nommé  Etienne  Roze,*  Vicaire  de  3)01.5  Jq 
faine  Yves  ,  le  retira  chez  lui  ,  le  traita  ciiape- 
comme  un  perc  feroit  un  tils  ,  &  l'aflilla  lain  do 
dans  tout  ce  qui  lui  étoit  neceffaire  pour  cette 
.  mener  une  vie  un  peu  plus  commode ,  &  Eglif^ 

Aij 


4  La     Vie     '  " ' 

fournît  aux  dcpenfes  que  Ton  fait  dans  lei^ 
Ecoles  pour  les  Thefes  &  les  Adions  pu- 
bliques. Richer  ufa  toujours  frugalement 
de  la  table  &  de  la  bourfe  de  fon  bien- 
faiteur ;  mais  il  n'en  fit  pas  de  même  de  fa 
Bibliothèque  :  il  ne  fe  contenta  pas  de  don- 
ner à  la  Icdure  de  fes  Livres  toutes  les 
heures  du  jour  qu'il  ne  de  voit  pas  abfolu- 
ment  aux  Clalfcs  de  Sorbonne  ;  il  y  paf- 
foit  encore  les  nuits,  fur  lefquelle^  il  ne 
prennoit  que  deux  heures  pour  fon  repos, 
profitant  des  avantages  d'une  complexion 
robufte  qu'il  avoit  apportée  en  nailfant ,  & 
que  la  dureté  de  la  vie  qu'il  avoit  menée 
dans  le  Collège  n'avoit  fait  que  fortifier. 

Il  fut  choih   quelque  temps  après  pour 
profeifer  dans  l'Univerfité  ,  &  il  fut  ravi 
que  Dieu  lui  procura  cette  occalîon  ,  pour 
cefîer  d'être   à   charge  à  fon  bienfaiteur. 
Après  avoir  enfeigné  les  Hurnanitez  pen- 
dant deux  ans,  il  fit  la  Rhétorique,  où  il 
fe  diftingua  principalement  par  le  nouveau 
De  opt,     moyen  qu'il  fournit  pour  peife6lionner  cet 
^ca.ftat.  Art ,  &  pour  en  prévenir  le  mauvais  ufa- 
'f,i77*      ge.  Il  apprit  fur-tout  la  manière  de  ne  point 
donner  prife  à  fes  Adverfaires ,  &de  pren- 
dre toujours  fiirement  fou  avantage.  G'eft 
ce  qu'il  continua  de  faire  encore  plus  fen- 
fiblement  dans  la  Logique,  qu'il  enfeigna 
l'année  fuivante. 
Sesenga-      Après  avoir  di6lé  un  cours  de  Philofo- 
gemens     phie ,  il  fe  remit  fur  les  bancs  de  Theolo- 
dans  la    gie  pour  finir  fa  Licence.   La  Faculté  fe 
Ligue.      trouvoit  alors  entièrement  déréglée  par  les 
defordres  que  les  fureurs  de  la  Ligue  eau- 
foient  dans  la  ville  de  Paris ,  révoltée  con* 


d'Edmond   Ri  cher.       f 

tre  fon  Roi.    Depuis  quelques  mois  elle  Le  7; 
avoit  donné  un  Décret  en  Sorbonne,  par  Janvicc 
lequel  elle  avoit  eu  l'infolence  de  decla-  1586* 
rer  tous  les  fujets  du  Roi  difpenfez  du  fer- 
ment de  fidélité  qu'ils  lui  dévoient, &  les 
avoient  excité  à  prendre  les  armes  contre 
lui  ,  fous   prétexte  de  conferver  la  Reli- 
gion. Cet  horrible  Décret  avoit  été  publié 
dans  toutes  les  Eglifes  ,  &  dans  pluiieurs 
Provinces ,  par  les  Prédicateurs  Mendians, 
&  par  la  plupart  des  Curez  mêmes.    On 
refufoit  déjà  tout  communément  Tabfolu-  Traite  de 
tion  &  la  Communion ,  &  même  la  fepul-  ^^  ?^^^<^ 
ture  eccleiiaftique ,  a  quiconque  refufoit  de  ^^^  ^^' 
fe  départir  de  l'obciliance  d'Henri  III.,  J'J^j^  P^ 
qu'on  n'appelloit  plus  autrement  que  l'A-  j^g.^ç*!-  * 
poftat  &  le  Tyran.  Enfin  il  n'y  avoit  pas      ^ 
quinzejDurs  que  ce  Prince  ^fortuné  avoit  ^' 
perdu  la  vie  avec  la  Couronne  par  un  par- 
ricide, que  pluiieurs  regardoient  comme  le 
fruit  du  Décret  de  la  Sorbonne,  lorfque  A^  i"oî^ 
Richer  fefitinfcrire  en  la  Faculté  pour  le  d'Aoult 
Doélorat.    Ainli  ,  fc  trouvant  enveloppé  ^^89* 
dans  les  malheurs  de  la  Théologie  dutems, 
il  continua  dans  le  préjugé  où  il  avoit  été 
élevé ,  fans  que  Dieu  permît  qu'il  rencon- 
trât quelque  perfonne  éclairée  pour  lui  def- 
lîUer  les  yeux.    Son  peu  d'expérience,  la 
mauvaife  conjondure  des  temps,  &  la  na- 
ture des  études  qui  lui  étoient  préfcrites, 
fuivant  la  difcipline  fcholaltique,  lui  ôtoient 
la  connoillance  des  anciens  Pères  &  des 
Conciles,  qui  auroient  pu  d'ailleurs  pro- 
duire en  lui  un  bon  eftét   :  de  forte  que 
toute  la  palfion  qu'il  faifoit  paroître  pour 
appiejidre  les  veritei  de  U  Religion  ,  & 

A  iij 


Ihid, 


De  jujia 

Henrici 

Abdicat. 

Synod. 
Richer. 


Son  châ- 
gemem* 


De  opiim 
Acad. 
fiat.pag. 
173. 


«  L  A       V  I    E 

pour  fe  rendre  le  plus  habile  de  faLicen* 
ce  ,  le  détermina  pour  lors  aux  Ecrits  de 
ProfefTeurs  ,  &  au  Traité  que  Bellarmin, 
Jefuite  ,  depuis  Cardinal ,  avoit  publié,  de^ 
puis  touchant  l'autorité  du  fouverain  Pon.- 
tife ,  qu'on  lui  faifoit  refpeâer  comme  un 
cinquième  Evangile, s'il  eft  permis  de  re- 
peter fes  exprefTions. 

Il  fallut  foûtenir  des  Thefes  conformes 
à  la  do6trine  de  fcs  Maîtres  ,&  il  s'en- ac- 
quitta avec  tout  le  zèle  d'un  jeune  Ligueur 
difpofé  à  jurer  fur  les  Ecrits  desEfpagnols 
&  des  Italiens,  &  infedé  des  maximes  du 
Doâeur  Boucher  ,  Curé  de  faint  Benoit, 
le  plus  féditieux  boutte-feu  de  la  Ligue, 
qui  dans  la  fuite  des  temps  fe  rendit  l'un 
de  fes  plus,  implacables  ennemis. 

Il  fe  lailïa  emporter  au  torrent  qui  ra- 
vageoit  alors  toute  la  Sorbonne ,  &  le  mau- 
vais exemple  l'engaga  comme  plulieurs  au- 
tres à  louer  le  parricide  de  Jacques  Clé- 
ment comme  une  aâion  héroïque  qui  de- 
voit  procurer  la  liberté  de  l'Etat  &  de  i'E- 
glife  de  France. 

Mais  Dieu  ne  permit  pas  qu'il  demeu- 
rât long-temps  dans  fon  aveuglement.  Per- 
fonne  ne  put  l'empccher  de  faire  connoî- 
tre  dans  fes  dernières  Thefes  combien  il 
étoit  oppofé  à  ceux  qui  parloient  de  faire 
venir  l'Infante  d'Efpagne  en  France ,  pour 
la  mettre  fur  le  Trône  au  préjudice  du 
Roi  de  Navarre.  Il  fit  valoir  dans  la  dif- 
pute  le  droit  de  la  Couronne  avec  une  li- 
berté qui  penfa  lui  être  funefte:il  fit  voir 
combien  il  eft  plus  avantageux  à  un  Etat 
d'avoir  des  Rois  par  fuccelilon  heredit^i- 


d'Edmond   Rîcher.      7 

re,  que  par  éledion  ,  &  de  quelle  impor- 
tance il  elt  pour  la  Monarchie  que  les  fem- 
mes foient  exclues  du  Gouvernement.  La 
crainte  d'être  refufé  au  Doélorat  l'empê- 
cha alors  d'aller  plus  loin  ;  mais  il  n'eut 
pas  plutôt  reçu  le  Bonnet  ,  qu'il  fc  porta 
ouvertement  pour  Henri  iV.  &  travailla 
puiiiamment  dans  la  Faculté  à  ramener  les 
efprits ,  &  à  les  faire  rentrer  peu  à  peu  dans 
leur  devoir.  Il  fe  fervoit  (i  utilement  du 
crédit  que  lui  donnoicnt  les  charges  &  les 
emplois  par  où  on  le  faifoit  palfcr  dans 
rUniverlitéôc  dans  la  Maifon  de  Sorbon- 
ne,  qu'il  fe.  rendit  bientôt  redoutable  aux 
Ligueurs  &  à  ceux  qui  cherchoient  à  pro- 
fiter des  defordres  publics  ,  &  du  relâche- 
ment de  la  difcipline. 

Il  porta  le  même  fentiment  &  le  même    ,,  J  "" 
efprit  dans  la  prédication  de  la  parole  de    .       " 
Dieu  ,  à  laquelle  il  s'appliqua  tres-fcrieu-  V^^l  -^ 
fement  depuis  qu'il  fut  Doéleur.  Mais  au  ^^Jj.  '^ 
lieu  qu'il  avoit  l'air  fcvere  dans  les  aflcm- 
blées  de  l'Univerlité  ,   &  dans  toutes  les 
occalions  où  il  s'agilîbit  de  rétablir  la  dif- 
cipline fcholaftique  ;  il  fe  donna  un  carac- 
tère doux  &  pacifique  dans  la  chaire,  s'é- 
tudiant  à   tenir   toujours   le  jufle   milieu 
d'une  gravité  modérée  cSc  digne  de  la  gra- 
vité de  l'Evangile  ,  pour  éviter  les  deux 
extrémitcz  de  la  badinerie  &  de  l'empor- 
tement ,  où  tomboit  la  plupart  des  Prédi- 
cateurs de  fon  temps. 

Quoi  que  fa  manière  de  prêcher  fût  ex-  Jùi^.  p^ 
trémemcnt  goûtée  ,  &  qu'il   fût  l'un  des  176. 
plus  fuivis  ,  on  no  laiffa  pas  de  lui  don- 
per  ^vis  de  divers  endroits  qu'il  devien- 

A  iiij 


8  La     Vie 

droit  encore  plus  agréable  au  peuple,  s'il 
vouloit  fe  rendre  plus  moral, &  s'il  s'ap- 
pliquoit  fortement  à  déclamer  contre  les 
vices.  Mais  la  crainte  de  fe  voir  confon- 
dre avec  certains  efprits  turbuîens  de  fon 
temps, qlii  fembloiènt  ne  monter  en  chai- 
re q^e  pour  détruire  la  charité  chrétien- 
ne ,  fit  qu'il  s'excufa  fur  fon  peu  d'habi- 
tude qu'il  avoit  à  faire  des  portraits  &  des 
defcriptions  ,  &  fur  ce  qu'il  fe  trouvoit 
mieux  difpolé  à  expliquer  les  myfteres  de 
îa  Religion ,  qu'à  débiter  de  la  morale. 

•  En  etfet  fon  application  principale  étoît 
de  donner  à  fes  auditeurs  une  intelligen- 
ce parfaite  de  l'Ecriture  :  ce  que  la  plus 
grande  partie  des  Prédicateurs  fembioient 
avoir  beaucoup  négligé  depuis  le  liecle  de 
Jhià.pag.  S.  Thomas,  &  l'introdudion  de  la  Scho- 
V7'  laftique  dans  J'Eglife.  Il  en  recherchoit 
fur-tout  le  fens  littéral  &  hiftorique,  l'ex- 
pofoit  fidèlement  après  l'avoir  trouvé  ,  fans 
jamais  s'en  écarter  :  &  il  le  faifoit  tou- 
jours fervir  de  fondement  aux  maximes 
qu'il  avoit  deffein  d'établir.  Il  prérendoit 
que  le  fens  littéral  de  l'Ecriture  fùffit  feul 
pour  la  connoilfance  &  l'établifTement  des 
dogmes  ,  &  qu'il  n'y  a  que  ce  fens  qui 
puifle  fervir  à  le  trouver  ,  à  quoi  il  elH- 
inoit  que  tous  les  fens  fpirituels  &  allé- 
goriques étoient  entièrement  inutiles  :  il 
ne  faifoit  pas  même  difficulté  d'avancer 
que  toute  la  doélrine  des  mœurs ,.  &  tou- 
tes les  règles  de  la  vie  chrétienne  tirent 
Jeur  force  ,  &  tout  ce  qu'elles  ont  de  fo- 
lide  du  fens  littéral  ;  que  toutes  les  expli- 
cations morales  &  fpirituelles  ne  font  pas 


d'Edmond    Richer.       p 

recevables  ,  &  ne  doivent  jamais  même 
être  propofées ,  ii  les  veritex  qu'elles  con- 
tiennent ne  font  établies  littéralement  dans 
quelqu'endroit  de  l'Ecriture ,  à  moins  qu'el- 
les ne  foient  évidentes  par  elles-mêmes. 

Les  fuccés  dont  le  Ciel  bénit  cette  mé- 
thode de  prêcher  attirèrent  fur  Richer  la 
jaloufie  de  plulicurs  envieux  ,  qui  tâchè- 
rent de  le  décrier  ,ôc  de  le  faire  palfer  pour 
un  Prédicateur  fans  onâion.  Mais  jamais 
leur  inquiétude  &  leur  chagrin  ne  furent 
capables  de  lui  faire  changer  de  conduite: 
les  grands  fruits  que  fes  Prédications  pro- 
duilirent  parmi  le  peuple  ,  fervirent  plus 
que  toutes  autres  chofes  à  démentir  leurs 
médifances. 

il  continua  pendant  plufieurs  années  de  ""^ 

prêcher  des  Avents  &  des  Carêmes  ,  des  ^>94' 
Dominicales  &  des  Fêtes  particulières  dans 
la  plupart  des  Paroilfcs  ,  &  dans  diverfes 
Egiifcs  de  la  Ville  ,  ce  qu'il  ht  toujours 
avec  beaucoup  de  réputation  ,  fans  fe  dé- 
partir de  la  méthode  ordinaire. 

La  converiion  du  Roi  Henri  IV.  qui  fe 
fit  Catholi.que  l'an  i5'93,  ^^  rendit  encore 
plus  hardi  qu'auparavant  à  prêcher  la  foû- 
niiffion  &  la  fidélité  que  lui  doivent  fes 
fujets.  Non  content  d'agir  fur  l'efprit  des 
.peuples  par    la  prédication  ,  il  fe  joignit      jy^ 
encore  à  René  Benoît  &  à   ceux  des  au-  Ihravail- 
tres  Docteurs  qu'il  eftimoit  les  mieux  in-  le  à  foû- 
tentionnez  pour  la  paix  de  l'Eglife  &   le  mettre 
repos  du  Royaume  :  ils  firent  li  bien  par  l'i^nivec- 
leurs  exhortations  &  leur  crédit^  que  tou- ^*^^. -iw 
te  l'Univerfité  fe  trouva  enfin  difpofée  à  ^°'» 
rcconnoîirc  le  Roi ,  lorfqu'aprcs  s'ctre  fait 


ÏO  L  A      V  I   E 

facrer  à  Chartres  ,  il  entra  dans  Paris  le 
22.  de  Mars  de  l'année  faivante.  Ils  ne 
travaillèrent  pas  moins  heureufement  au- 
près des  Religieux ,  fur-tout  desMendians 
qui  font  du  Corps  de  TUniverfité  en  la 
Faculté  de  Théologie  ,  &  des  Moines  qui 
ont  des  Collèges  dans  l'Univerfité  :  de 
forte  qu'après  les  délibérations  d'une  Af- 
femblée  célèbre  tenue  aux  Mathurins  le 
i8.  d'Avril ,  fous  le  Re6teur  Jacques  d'Am- 
boife  ,  tous  les  Membres  de  l'Univerfité 
prêtèrent  ferment  au  Roi ,  &  dreflerent  un 
aâ:c  public  de  leur  foûmiffion ,  qu'ils  foû- 
fcrivirent  le  22.  du  même  mois. 

L'exemple  de  l'Univerlîté  fut  fuivî  in- 
continent par  les  Ordres  Religieux  &  le$ 
autres  Communautez  Régulières.     Il  n'y 
eut  que  les  Jefuites  &  les  Capucins  qui  re- 
fuferent  alors  de  prier  pour  le  Roi ,  &  .de 
lui  promettre  fidélité.  Sur  les  inltances  qui 
leur  furent  faites,  ils  alléguèrent  que  com- 
me ils  étoient  fournis  au  Pape ,  ils  dévoient 
attendre  les  ordres  de  la  Cour  de  Rome 
pour  cela  ;  qu'ils  prétendoient  fur  tout  être 
exempts  de  la  jurifdidion  royale, &  qu'ils 
neferoientriende  ce  qu'on  exigeoit  d'eux, 
li  le  Pape  ne  leur  commandoit  expreffé- 
ment. 
BuU.Hîfl.      Ce  refus  fervît  de  prétexte  à  l'Univcr- 
Umverf.    fité  pour  recom.mencer  le  procès  qu'elle 
Parlf,  to.  avoit  intenté  contre  les  Jefuites  depuis  plu»- 
6.  /.  ùï-j.  fieurs  années ,  &  que  les  troubles  du  Royau- 
me lui  avoient  fait  interrompre.  Elle  n'ac- 
^  cufoit  leur  Compagnie  entière  de  rien  moins 
que  d'être  ennemie  de  la  France; de  favo- 
tifer  la  Faâion  Efpagnolle  ;  dç  voulo;r 


d'Edmond    Riche r.      ii 

rendre  la  puîflance  des  Papes  abfoluc  fur 
k  temporel  des  Royaumes  de  la  terre  ;& 
d'enfeigner  des  maximes  féditieules  con- 
tre la  puifTance  royale,  &  la  furctc  de  la 
vie  des  Rois  :  &  elle  demandoit  qu'on  leur 
interdit  les  Ecoles  publiques,  c^c  l'inllruc- 
don  de  la  jeuncflc  dans  la  Ville  &  dans 
le  Royaume.  Les  Curez  de  Paris  intervin- 
rent à  la  caufe  de  TUniverlité  ,  pour  tâ- 
cher de  faire  ôter  aux  Jcfuitcs  f  adminif- 
tration  des  Sacremens ,  &  les  exclure  fur- 
tout  des  Confeifionnaux  &  de  la  chaire. 
Mais  l'attentat  de  Jean  Chatel , Ecolier  de 
ces  Pères  ,  qui  furvint  vers  la  fin  de  la 
même  année,  termina  pour  lors  cette  af- 
faire d'une  manière  peu  favorable  aux  Je- 
fuites  :  &  ils  furent  tous  challez  du  Royau-  , 

me  après  le  fupplice  de  l'Ecolier  parrici- 
de qui  avoit  blelié  le  Roi,&  celui  du  Pè- 
re Jean  Guignart  fon  Maître  ,  dans  les 
Ecrits  duquel  on  avoit  découvert  la  doc- 
trine meutriere  que  l'Univcrlité  imputoit 
à  la  Société. 

La  part  que  Richer  avoit  eue  au    fuc-    .   ^'  . 
ces  de  l'Univcrlité ,  lit  connoîtrc  qu'il  étoit  Jl  ^^^^^^ 
capable  des  emplois  les  plus  difficiles  :  de  ^^^^  . 
forte  que  le  Dodeur  Etienne  Lafilé ,  Grand  pc^n^jp,! 
Maître  &  Principal  du  Collège  du  Cardi-  ^j^    q^j, 
nal-le-Moine  ,  étant  mort  quelque  temps  i^:,re  du 
après, on  jetta  les  yeux  fur  lui  pour  rem-  Cardinal 
plir  ces  deux  places,  qui  fe  trouvoient  va-  le  Moine, 
cantes.    C'étoit  de  tous   les  Collèges  de 
rUniveriité  que  la  guerre  avoit  défolez , 
celui  qui  paroilfoit  le  plus  abandonné  :  la 
commodité  de  fa  iituation  à  l'entrée  de  la 
Ville  avoit  dçnné  lieu  aux  foldats  de  s'y 


li  L  A     V  I  E 

loger  ,  &  d'y  introduire  toutes  fortes  de 
defordres,  dont  le  moindre  fembloit  être 
l'interruption  de  la  plupart  des  exercices, 
&  la  défertion  des  Ecoliers.  Les  Bourfiers 
mêmes  qui  s'etoient  maintenus  dans  leur 
établiflement  durant  les  troubles  ,  fem- 
bloient  avoir  oublié  leur  Inftitut  ,  &  vi- 
voient  dans  un  dérèglement  qui  ne  difFe- 
roit  gueres  de  la  vie  oilîve  des  foldat^  en 
quartier  d'hyver.  fiÇ' 

Il  réduit      Richer  comprit  d'abord  l'obligation  que 
ics  Bour-  lui  impofoit  ce  nouvel  emploi  :  &  fes  com- 
ijers  qui  mencemens  furent  pour  les  Bourfiers  des 
sctoient  pi-éfjjges  d'un  renouvellement,  qui  ne  de- 
&^rér^'  voit  pas  être  favorable  aux   defordres  de 
blitladîf-  ^^^^  Communauté.  Son  air  naturellement 
ciplinc.     f^v^r^  ^^^^  ^^  juger  qu'il  n'auroit  pas  pour 
eux  la  complaifance  ou  la  foibleilë  de  fes 
prédéceffeurs.  Ils  commencèrent  à  le  re- 
garder comme  un  Reformateur  importun, 
qui  fe  voyant  l'autorité  en  main ,  ne  maii- 
queroit  pas  d'exécuter  dans  fon  Collège  ce 

^.— qu'il   avoit   confeilié   de  faire  dans  toute 

1595.  rUniverfité,  dont  il  étoit  déjà  tout  com- 
munément appelle  le  Caton.  Ils  cherchè- 
rent donc  de  bonne  heure  les  moyens  de 
traverfer  fes  deffeins  :  &  ne  pouvant  em- 
pêcher qu'il  foit  Grand  Maître,  ils  tâchè- 
rent de  lui  ôter  la  Principalit^é ,  fous  pré- 
texte qu'ils  ne  l'avoient  pas  choifi  eux- 
mêmes ,  prétendant  que- rien  n'étoit  capa- 
ble de  les  frulirer  du  droit  d'élire  un  Prin- 
cipal ,  qui  leur  appartenoit  de  droit.  Ils 
voulurent  procéder  juridiquement  contre 
lui  ,&  formèrent  oppolition  non  feulement 
à  fa  réception ,  mais  encore  .à  tout  ce  qu'il 


d'Edmond    Ri  cher,     ij 

^ourroit  entreprendre  en  qualité  de  Grand 
Maître  pour  tout  ce  qui  les  regardoit.  L'af- 
faire fut  portée  au  Parlement  ,  où  ils  tâ- 
chèrent de  prévenir  les  Juges   contre  luf 
par  la  foUicitation  de  leurs  amis  ,  &  par 
tous  les  artifices  de   la   chicane  'dont   ils 
purent  s'avifer.    Le  Grand  Maître  fe  fou-  Beopt. 
venant  que  Caton  avoit  été  cité  quaran-  Aca.flst^ 
te-quatrc  fois  par  les  Tribunaux  ,  &  ab-  à  p.  187. 
fous  autant  de  fois  ;  crut  devoir  fe  rcpo-  ad  pag, 
fer  fur  la  bonté  de  fa  caufe  ,  &  fur  Tin-  ^04. 
tegrité  de  fes  Juges.   Il  obtint  des  provî- 
iîons  fuffifantes  pour  agir  dans  toute  re- 
tendue  de   l'autorité   que   lui'  donnoit  fa 
Charge  :&  tous  les  délais  que  fes  Parties 
obtinrent  dans  la  décifion  de  cette  alTaire, 
ne  cauferent   aucun   retardement  à  la  re- 
formation de  fon  Collège. 

Mais  l'approbation  qu'il  reçut  des  Ma- 
gîftrats  &  des  gens  de  bien ,  quoique  ca- 
pable de  le  foûtenir&de  l'animer,  ne  fer- 
TÎt  prefque  de  rien  pour  diminuer  les  dif- 
ficultez  qui  fe  rencontrèrent  dans  fon  en- 
treprife.  Les  plus  anciens  d'entre  fesBour- 
fiers  étoient  les  plus  intraitables  :  &  depuis 
que  le  calme  étoit  rentré  dans  la  Ville  par 
la  réception  du  Roi  ,  ils  ne  s'étudioient 
qu'à  reparer  les  pertes  que  les  malheurs 
publics  de  prés  de  trente  années  leur  avoient 
fait  fouftrir.  Mais  comme  ils  prétendoient 
fe  dédommager  fur  le  Collège  même  ,  & 
qu'ils  ne  fembloient  fonder  le  rétablilFe- 
jnent  de  leurs  affaires  que  fur  fes  ruines; 
Richer  crut  devoir  employer  d'abord  les 
voyes  de  douceur,  pour  les  avertir  de  fe 
Conformer  aux  Statuts  de  la  Communau- 


î4  L  A    V  I  E 

té,  &  de  ne  point  facrifier  le  bien  public 
a  leurs  intérêts  particuliers. 

Ces  moyens  n'eurent  point  la  force  de 
les  ramener  :  &  toures  les  raifons  qu'il 
put  leur  al  léguer,  ne  fervirent  qu'à  les  ir- 
riter davantage.  Il  fallut  employer  des  re- 
mèdes plus  efficaces,  &  interpofer  l'auto-  \ 
rite  du  Magiltrat  pour  les  réduire.  Ils  ne  \ 
purent  oppofcr  à  fes  pourfuites  que  des 
libelles  diffamatoires,  &  quelques  vers  fa- 
tyriques  pour  déchirer  fa  réputation.  La 
Cour  reconnut  &  condamna  les  calom- 
nies dont  ils  avoient  rempli  un  fa£tum  , 
&  une  requête  qu'ils  lui  avoient  préfentée 
contre  Richcr.  Ceux  qui  pofledoient  des 
bourfcs  depuis  27.  ans  ,  contre  les  regle- 
mens  de  leur  Fondation ,  les  perdirent  par 
un  Arrêt  du  Parlement ,  &  furent  chalfez 
du  Collège.  Cet  exemple  de  fcverité  ne 
lit  pas  rentrer  les  autres  dans  leur  devoir  : 
ils  demeurèrent  dans  cette  haine  irrécon- 
ciliable qu'ils  avoient  reçue  de  leurs  an- 
ciens, &  qui  depuis  l'établillement  de  leur 
Communauté  fembloit  avoir  été  prefque 
continuelle  &  héréditaire  parmi  les  Bour- 
iîers  contre  leurs  Grands  Maîtres.  Ils  eu- 
rent grand  foin  de  la  faire  palier  aux  nou- 
veaux venus  ,  de  crainte  de  la  laillèr  pé- 
rir ;&  la  palliant  du  beau  prétexte  de  c©n- 
ferver  leurs  droits  &  leurs  privilèges  ,  ils 
la  leur  firent  regarder  prefque  comme  un 
de  leurs  Status  ,  &  comme  une  des  prin- 
cipales conditions  aufquelles  ils  les  ad- 
mettoient  dans  la  Communauté  :  en  forte 
<îue  la  qualité  la  plus  requife  parmi  eux 
pour  recevoir  un  Bourfier ,  étoit  d'apprca- 


d'Edmond  Rîcher.     if 

are  à  plaider  contre  fon  Grand  Maître. 

Richer  fe  moqua  de  toutes  leurs  caba- 
les :  &  quoiqu'il  témoignât  fouvent  qu'il 
lui  auroit  été  plus   facile  de  dompter  les 
I  montres  d'Hercule  que  de  gouverner  ces 
I  Bourfiers ,  ou  qu'il  lui  auroit  été  plus  doux 
I  de  vivre  avec  des   Cyclopes  &  des  Har- 
I  "pies  ;  il  ne  voulut  néanmoins  rien  rabat- 
:  tre  de  cette  fermeté  inflexible  &  inexora- 
I  ble  avec  laquelle  il  avoit  entrepris  de  les 
remettre  dans  l'ancienne  difciplinc  de  leur 
règle.  Il  en  vint  à  bout  par  une  perfeve- 
rance  de  plufieurs  années ,  durant  lefquel- 
les  ils  lui  fufciterent   mille   traverfes  ,  6c 
lui  firent   efTuyer   beaucoup   de  méchans 
Procès, dont  les  ifTués  lui  furent  toujours 
glorieufes. 

Il  ne  s'appliquoit  pas  tellement  au  bien      VI. 
fpirituel  de  la  Maifon ,  qu'il  ne  prît  aulîî  H  répara 
foin  du  temporel   qui  avoit  été  diflîpé  ou  ^e  CoUc- 
mal  maintenu  durant  les  Guerres  Civiles.  Ç^  .<!"» 
Dans  le  temps  qu'il  en  banniiToit  les  vi-  <^to»tpref- 
CCS ,  il  entreprit  de  faire  défricher  la  coiir  qu'entie. 
<lu Collège,  toute  herilfée  de  ronces  &de  "^^^.^enc 
chardons ,  où  les  couleuvres  &  les  lézards  ^^^^^ 
trouvoient  une  retraite  aulfi  commode  que 
dans  les  deferts  les  plus  affreux.    Il  réta- 
blit l'Eglife  <5c  les  autres  édifices  qui  étoienc 
prefque  tous  tombez  en  ruine.    Il  fit  re- 
venir  la  plus  grande  partie  des  biens  qui 
avoient  été  aliénez   par   la  facilité  ou  la 
négligence  de  fes   prédécelfeurs.    Il  revit 
tous  les  comptes  que  l'on  trouva  qui  s'é- 
toient  rendus  depuis  le  premier   établifTe- 
ment  du  Collège  :  il  examina  de  nouveau 
tous  les  ticicj ,  &  remit  tous  les  droits  de 


\6  L  A    V  I  E 

la  Maifon  en  leur  entier.  Il  apprît  par  CQ 
moyen  en  combien  de  manières  lesBour- 
iïcrs  avoient  fçû  attirer jufques-là  les  biens 
du  Collège  qui  ne  leur  appartenoient  pas, 
&  il  remédia  furcment  à  ces  defordres ,  en 
coupant  toute  relfource  à  leurs  uiurpa* 
tions  &  à  leurs  friponcrîes. 

Entre  les  plus  récentes  de  ces  fripone* 
ries,  il  découvrit  qu'i]s  avoient  diftrait  & 
vendu  la  vailîelle  d'argent  aux  armes  da 
Cardinal  Fondateur, appartenante  au  Col- 
lège, &  qu'ils  avoient  détruit  un  corps  de 
logis  de  trente -huit  chambres  à  chemi- 
Eéps,dont  ils  avoient  partage  l'argent  en- 
tre quatre  ou  cinq  d'entre  eux. 

Ces  conliderations  l'obligèrent  de  veilr 
1er  continuellement  fur  la  conduite  de  ces 
Bouriîers  ,  qu'il  regardoit  comme  autant 
d'efpions  qui  ne  fervoient  qu'à  l'obferver 
lui-même,  &  comme  autant  d'ennemis  qui 
ne  s'étudioient  qu'à  lui  tendre  des  pièges 
par-tout.  11  régla  leur  dépenfe  fuivant  l'a- 
bondance ou  la  cherté  des  vivres  :  &  il 
leur  fit  voir  ,  malgré  leurs  murmures  , 
qu'en  cela  comme  dans  le  refle ,  le  Grand 
Maître  étuit  l'unique  interprète  des  inten- 
tions du  Fondateur.  Il  porta  la  retbrmation 
jufques  dans  leurs  exercices  particuliers, & 
les  obligea  de  lui  rendre  compte  de  leur 
travail  ;  alléguant  que  pour  fuivre  la  vo- 
lonté du  Cardinal  leur  Fondateur ,  ce  n'é- 
toit  pas  allez  qu'ils  fulfcnt  exempts  de  cri- 
mes greffiers  ,  mais  qu'ils  dévoient  fuir 
l'oifiveté  dans  toutes  les  heures  du  jour; 
à.  que  la  bourfe  n'étoit  que  pour  ceux  qui 
cmployeroient  leur  temps  à  l'étude  &.aa 
fervice  divin.  Il 


t)'E D M o N D    Ri c"h e r.      i-f 

Il  fit  de  nouveaux  Reglemens ,  par  Tun 
defquels  il  fut  refolu  qu'on  ne  pourroic 
plus  recevoir  aucun  Bourlier,  qu'il  n'étu- 
diât aâuellcment  en  Théologie  ,  &  qu'iî 
n'afîlftât  à  tous  les  Exercices  :  refolutîon 
qu'il  rit  autoriier  par  un  Arrêt  du  Parle- 
ment ,  &  qu'il  exécuta  toujours  inviola- 
blement  depuis  ce  temps-là.  Il  en  obtint 
un  autre,  par  lequel  il  lui  étoit  permis  de 
çhalîer  les  vicieux, les  rebelles  &  les  fcan- 
daleux  :  ce  qui  fit  que  lu  Communauté  fe 
renouvella  en  peu  de  temps. 

Apres  avoir  purgé  le  Collège,  &  avoir 
fuffilamment  pourvu  à  fa  fureté  &  à  fou 
repos  par  une  bonne  clôture,  il  fit  ouvrir 
les  Claliès  ,  que  les  deibrdres  de  la  Ville 
avoient  fait  fermer  ,  les  remit  au  même 
nombre  qu'elles  avoient  été  avant  les  Guer- 
res Civiles  ;  il  y  fit  fur-tout  refleurir  la 
Rhétorique  &  la  Philofophie  ,  dont  il  y 
avoit  eu  interruption  ,  à  caufp  que  les  Bour- 
liers,  profitans  des  malheurs  publics  ,  s'é- 
toient  emparez  des  revenus  deftinez  pour 
les  gages  des  Profefîcurs. 

Ses  foins  s'étendoient  aulTi  fur  les  de- 
hors du  Collège,  &  même  fur  le  quartier 
des  environs ,  par  l'inclination  qu'il  avoit 
de  fervir  le  Public  ,  &  de  faire  du  bien  à 
tout  le  mondt'.  Il  détruifit  près  de  S.  Ni- 
colas duChardonet  une  cloaque  infuppor- 
table  appellée  le  trou  punais,  qui  infedoit 
tout  le  voifinage.  Il  vint  à  bout  de  la  dé- 
tourner dans  la  Seine  par  de  grands  tra- 
vaux qu'il  fit  faire; ce  qui  rendit  depuis  le 
quartier  fort  fain ,  &  mieux  peuplé  qu'au- 
paravant :  en  quoi  il  travailla  aulîî  pour  les 


i8  L  A    V  I  E 

Religieux  de  l'Abbaye  de  S.  Vi£tor,  dont 
ils  lui  rendirent  des  témoignages  publics 
de  leur  reconnoiflance  ,  aunî-bien  que  le 
Prcvot  de  Paris  ,  &  les  Magidrats  de  la 
Ville.  11  remédia  aufîi  aux  inondations  fré- 
quentes de  la  Seine  ,  qui  regorgeoit  fous 
terre  tous  les  hivers  dans  le  grand  Jardin 
de  fon  Collège,  &  dans  ceux  des  Bernar» 
dins.  Pour  en  garantir  les  uns  &  les  autres, 
il  fit  élever  des  terraffes  &  des  chauffées 
jufqu'auQuay  de  la  Porte  de  S.Bernard. 

Il  n'étoit  pas  aifé  de  comprendre  que 
l'exécution  de  tant  de    grands    ouvrages 
étoient  de  l'entreprife  d'un  (impie  particu- 
lier, &  l'on  aimoit  mieux  fe  perfuader  que 
quelque  main  fupericure  le  gouvernoit  avec 
l'alfiflance  de  la  Cour  &  de  la  Ville  :  mais 
ces  faux  bruits  étoient  encore  les  fruits  de 
la  jaloulie  &  de  la  médifance  des  ennemis 
deRicher.  L'épuife^iient  où  étoient  encore 
le  fifc  du  Prince.&  l'épargne  d,e  la  Ville,  ne 
permettoit  pas  de  recourrir  ti-tôt  à  ces  four- 
ces.  Richer  fe  contenta  pour  toutes  ces 
dépenfes  de  ménager  les  fonds  qu'il  avoir 
fait  revenir ,  &  d'y  employer  genereufement 
les  revenus  de  la  Maîtrife.  L'économie  ad- 
mirable qu'il  y  apporta  fut  prefque  toute 
la  relfource  qu'il  crut  devoir  chercher  à  fes 
befoins.    C'elt  ce  qui  fit  remarquer  en  lui 
un  defintereflèment ,  une  generofité ,  &  une 
grandeur  d'ame  que  l'on  ne  trouve  guéres 
dans  les  perfonnes  à  qui  la  nailfance  &  la 
fortune  ont  refufé  le  fecours  d'une  bonne 
éducation.  Il  étoit  très  -  facile  pour  lui  de 
s'enrichir  dans  tous  les  établiflèmens  qu'il 
lit  pour  renouveller  fon  Collège; 6c  il  au- 


d'Edmond  Rîcher.     ip 

toit  pu  s'autorifer  de  certaines  âmes  baffes 
&  intereffées ,  qui  avant  lui  &  de  fon  temps 
cherchoient  à  profiter  des  occafions  fem- 
blables  :  mais  Join  de  croire  qu'il  lui  fût 
permis  de  pécher  par  imitation  ,  ou  d'agir 
même  dans  des  chofes  indifférentes  ieuie- 
ment  par  le  motif  d'en  avoir  vu  d'autres 
que  lui  agir  de  la  même  manière;  il fe  re- 
garda comme  un  homme  obligé  par  fa  pro- 
t'eflion  &  par  fon  rang  à  faire  un  exemple 
<le  fa  conduite  pour  les  autres.  Dans  le 
temps  même  qu'on  le  croyoit  accable  de 
befoin  \j  il  relâcha  une  portion  confidera- 
ble  de  fes  gages  ,  pour  être  moins  à  char- 
ge au  Collège  ;  &  fans  s'arrêter  à  la  con- 
lideration  des  Grands  Maîtres  qui  en  avoient 
joiii  avant  lui ,  il  fit  remettre  les  chofes  où 
le  Parlement  les  avoit  fixées  en  I5'44  :  en 
quoi  l'envie  ne  manqua  pas  de  publier  qu'il 
y  avoit  plus  de  vanité  &d'indifcretion  que 
de  véritable  definterelTemcnt  ,  &  que  c'é- 
toft  moins  à  lui  qu'à  fes  fucceffeurs  que 
cette  remife  portoit  préjudice.  Mais  elle 
eut  beau  le  fuivre  par-toui  pour  le  décrier 
&  pour  tâcher  de  ternir  l'écluc  de  fes  ac- 
tions ;  fans  elle  nous  aurions  ignore  une 
grande  partie  de  Ion  mérite. 

Après  le  rètabliflèment  du  Collège  &  ^]^' . 
de  fes  Exercices  ,  Richer  entrant  dans  la  ^^  ^^'^  ^*" 
confideration  de  tous  les  devoirs  de  la 
charge  de  Grand  Maître  &  d'un  Prin- 
cipal ,  fe  crut  obligé  de  travailler  en  par- 
ticulier pour  les  Regens  &  ks  Ecoliers  ; 
il  chercha  tous  les  moyens  de  faciliter 
aux  premiers  la  véritable  méthode  d'en- 
Xeigner ,  &  aux  autres  la  manière  d'étudier  yraye 


^ 


vers 

ou- 

vragcj 

pour 

for- 

mer 

l'cf- 

j-rit  , 

& 

pour 
ncr 

û6* 
la 

10  L  A       V  I    E 

metliode  fondement.  Il  n'eut  pas  honte  de  fe  rc* 
de  l'étude  nicttre  lui-même  à  la  Grammaire  pour  cet 
desfcien-  effet;  &  il  ne  fit  nulle  difficulté  de  parta- 
ces.  gej.  fo2i  temps  entre  la  Théologie  &  les 

De  opt.     Humanitez ,  quoique  la  Théologie  depuis 
jîca.fijiî.  pluiieurs  années  lemblât  faire  toute  fon 
f.  12  8.      étude.  Quand  il  n'y  auroit  pas  eu  l'exem- 
ple de  plulicurs  grands  Hommes  de  l'An- 
"7"   tiquité,  tant  ecclefiaflique  que  prophane  ^ 
■'^^^*    pourjullifier  fa  conduite  contre  les  repro- 
ches injurtes  que  lui  en   firent  quelques- 
**  George  uns  -de  fes  envieux  ,  *  la  vûë  feule  de  fes 
Critton?    obligations  étoit  plus  que  fuffifante  pour 
le  confoler.    Il  ne  croyoit  pas  qu'il  y  eût 
rien  de  bas  pour  nous  dans  tout  ce  quieft 
de  la  protellion  que  nous  avons  une  fois 
embrafiée  ;  outre  qu'il  n'y  a  rien  que  de 
grand  &-de  noble  dans  l'art  de  former  l'ef- 
prit  de  l'homme, &  de  donner  entrée  à  la 
vraye  fcience,  qui  eil  ce  qu'il  envifageoit 
principalement  dans  ce   qu'il  avoit  entre- 
pris de  faire  en  faveur  des  Regens  &  des 
Ecoliers  de  fon  Collège. 

Après  avoir  beaucoup  médité  fur  ce  fu- 
jet,  il  trouva  que  tous  ceux  qui  l'avoient 
traité  avant  lui  ,  n'avoient  pas  tellement 
épuifé  la  matière  qu'il  ne  reftât  toujours 
quelque  chofe  de  nouveau  à  produire ,  ou 
du  moins  qu'il  y  auroit  toujours  lieu  de 
donner  un  nouveau  jour, ou  une  nouvel- 
le méthode  à  ce  qu'ils  en  avoient  dit.  Pour 
en  faire  l'épreuve,  il  propofa  fon  Livre  de 
l'Analogie ,  qui  étoit  proprement  un  extrait 
laifonné  d'un  autre  ouvrage  de  Grammai- 
re qu'il  avoit  compofé  peu  de  temps  au- 
paravant. Les  moyens  qu'il  ydonnoitpour 


D^EdMOND     RliiHER.'       it 

apprendre  à  parler  purement,  &  d'une  ma- 
nière toujours  corrcde  ,  pour  enrichir  les 
langues  maternelles  ,  &  pour  trouver  les. 
véritables  caufes  de  l'éloquence,  lui  paru- 
rent {l  nouveaux  &  C\  faciles ,  qu'il  ne  crai- 
gnit point  de  laillcr  comparer  fon  ouvra- 
ge à  ceux  de  Varron  ,  &  des  Auteurs  qui 
avoient  écrit  de  l'Analogie  avant  lui  :  en 
quoi  on  peut  dire  que  le  Public  lui  a  ren- 
du toute  la  juftice  qu'il  pouvoit  attendre. 
Quand  à  ce  qui  regarde  l'ouvrage  qu'il 
donna  enfuite  fous  le  titre  de  De  Gram- 
matica  ohftetrict  ^\\  crut  devoir  y  employer 
par-tout  le  raifonnement  ou  la  dcmonilra- 
tion,&  l'analyfe  pour  lier  les  caufes  &  les 
principes  avec  les  règles  les  plus  courtes 
&  les  plus  faciles  de  la  Grammaire  ,  que 
les  enfans  peuvent  ailcment  apprendre  en 
(îx  mois.  En  quoi  il  fit  voir  qu'il  nefiiffit 
pasd'ctrc  bon  Grammairien  pour  bien  trair 
ter  de  la  Grammaire  ,  mais  qu'il  faut  en- 
core polfeder  cette  fcience  générale  que 
les  Auteurs  appellent  Mathejis ,  pour  fça- 
voir  expliquer  les  vrais  principes  de  tous 
les  Arts  &  de  toutes  les  Sciences  particu- 
lières. On  fçait  aifément  faire  la  ditferen- 
ce  d'un  Géomètre  d'avec  un  lîmple  Ma- 
çon ,  dans  la  manière  de  parler  du  triangle 
&  du  quarré  ;  un  Géographe  difcourt  au- 
trement des  parties  du  monde  qu'un  Mar- 
chand qui  a  voyagé  :  ainli  le  Philofophe 
fe  fait  bientôt  diliinguer  d'avec  le  (impie 
Grammairien  par  ta  manière  de  traiter  d^î 
la  Grammaire.  Richcr  avoit  bien  vu  qu'il 
ne  fuffifoit  pas  d'écrire  comme  avoit  fait 
Piifcien ,  Feltus ,  Nonius ,  Chariiius ,  Dio.'? 

B  iij 


I 


St  L  A     V  I  E 

mede,  Donat,  &  les  autres  Grammaîneni^  ' 
du  commun  ,  qui  ne  Tont  fait  que  corn-!- 
ine  de  fimples  Maîtres  d'Ecole  :  mais  il 
prit  pour  modèle  Ariftote ,  Jules  Scaliger, 
&  les  autres  grands  Hommes  qui  ont  ta" 
ché  de  ramener  cet  Art  aux  premiers  prin- 
cipes de  la  nature  ,  &  de  le  réduire  fous 
les  loix  de  la  raifon  &  de  la  fcience  ;  & 
qui  ont  fait  voir  par  leurs  excellens  Ou- 
vrages qu'il  faut  êtrePhilofophe  pour  fça- 
voir  rechercher  ,  &  pouvoir  découvrir  la 
fcience  ,  l'ordre  /&  la  méthode  de  toutes 
chofes. 

Richer  fe  fervit  des  mêmes  moyens  pour 
çcrire  enfuite  de  la  Rhétorique  :  &  fans  le 
contenter  d'expliquer  les  caufes  de  cet  Art^ 
il  voulut  encore  donner  la  méthode  d'en 
réduire  les  maximes  à  l'ufage  de  la  vie  ci- 
vile. Mais  aucun  des  Ouvrages  qu'il  fit 
alors  pour  les  Etudians ,  <5c  pour  les  Maî- 
tres qui  dévoient  les  inftruire  ,  ne  parut 
avec  plus  d'e'clat  que  celui  que  l'on  publia 
depuis  fous  le  titre  d'OhJieirix  an'tmorum. 
Tout  fou  deifein  étoit  de  former  Tefprit 
de  l'homme  ,  de  le  perfeélionncr ,  &  de  le 
rendre  capable  de  tout.  L'Auteur  avec  f^ 
méthode  ordinaire  entreprenoit  d'y  décou- 
vrir la  véritable  manière  d'enfeigner ,  d'é- 
tudier, de  converfer  ,  d'imiter,  de  juger ^ 
de  raifonner ,  &  de  compofer. 

G'eft  ainlî  que  pour  fatisfaire  aux  de^- 
voirs  de  fa  Charge,  il  voulut  employer  au 
profit  de  la  jeuneiie  les  grands  talens  qu'il 
àvoit  reçus  de  Dieu  ,  &  qu'il  avoit  culti- 
vez par  l'étude  des  fciences  les  plus  fubli- 
zïies.  Il  fallut  pour  cela  fe  priver  de  to.Ur  i 


d'Edmond    Ri  cher.    25 

tes  les  douceurs  qu'il  trouvoit  dans  l'Ecri- 
ture ,  dans  les  livres  des  anciens  Pères  de 
l'Églife,  &  dans  les  Auteurs  Eccleliafti- 
ques  ,  &  renoncer  au  plailir  que  lui  don- 
noient  les  exercices  &  les  études  convena- 
bles à  un  Théologien.  Ce  ne  fut  pas  le  feul 
facrifice  qu'il  nt  à  Dieu  dans  cette  occa- 
iîon  :  cet  engagement  à  des  travaux  de 
Grammaire  lui  tit  encore  abandonner  plu- 
iieurs  intérêts  particuliers  ,  que  tout  autre 
en  fa  place  auroit  eu  grand  foin  de  ména- 
ger, &  le  porta  même  à  interelTer  fouvent 
la  famé  dans  la  vue  de  l'utilité  publique. 

Mais  il  ne  s'employa  pas  tellement  à  for- 
mer l'efprit  des  jeunes  gens,  qu'il  ne  s'ap- 
pliquât aulfi  particulièrement  à  leur  cœur.  Il 
avoit  fait  un  point  capital  de  fa  difcipline 
de  les  élever  dans  la  pieté ,  &  les  inftruire 
des  maximes  les  plus  pures  de  la  Religion, 
&  de  leur  procurer  en  même  temps  une 
éducation  plus  polie  qu'on  avoit  encore 
fait  jufqu'alors  dans  l'Univerlité.  Il  veil- 
loit  par  lui-même  fur  tous  les  particuliers, 
fans  perdre  jamais  perfonne  de  vue  ,  &  fans 
s'en  rapporter  trop  facilement  aux  foins  de 
ceux  qui  étoient  commis  fous  lui  pour  le 
foulager. 

Autant  qu'il  avoit  paru  fevere  aux  Bour- 
fiers  qu'il  avoit  fallu  retirer  du  libertinage 
&  de  l'indépendance  ;  autant  étoit-il  affa- 
ble &  carelîànt  envers  les  Ecoliers  ,  à  qui 
il  tâchoit  de  rendre  la  vertu  aimable.  Il 
avoit  pour  tous  les  Regens  de  ion  Collè- 
ge des  manières  d'agir  toujours  honnêtes 
àc  officieufes  ;  il  entroit  le  premier  dans 
leurs  peines  ;  il  les  prévenoit  dans  les  bc- 

B  iiij 


z4  L  A    V  I  Ê 

foins  qu'ils  pouvoient  avoir  de  lui  ;  leut 
faifoit  rendre  un  refpeét  &  une  obéillànce 
parfaite  par  les  Ecoliers;  les  protegeoit  & 
les  louoit  toujours  en  public  ,  pour  con- 
ferver  leur  autorité ,  refervant  pour  le  fe- 
cret  &  le  particulier  les  remontrances  qu'il 
avoit^.  à  leur  faire  ;  &  leur  apprenant  par 
fon  exemple  à  joindre  toujours  la  pruden- 
ce avec  Texaètitudc  dans  toute  leur  con- 
duite.   11  maintenoit  entre  eux  une  union 
tres-étroite,  dontilétoit  lui-même  le  lien, 
&  il  tiroit  des    avantages  merveilleux  de 
leur   correfpondance  réciproque   pour   le 
bien  de  Ion  Collège.  Mais  comme  il  étoit 
incapable  de  foiblefle  ,  &  de  quelque  lâ- 
che complaifance  pour  le  vice,  il  étoit  en 
même  temps  la  terreur  des  Ecoliers  &  des 
Regens  déréglez  ;  de  forte  que  ne  pouvant 
fupporter  long -temps  fa  prefence  &  fon 
autorité  en  cet  état,  ils  étoient  obligez  de 
quitter  fans  délai  ou  leurs  vices  ou  foii 
Collège ,  qui  devint  par  ce  moyen  le  mieux 
difcipliné  ,  &  le  plus  florilTant   de  toute 
rUniverlité.  C'eft  ce  qui  donna  aux  per- 
fonnes  de  qualité    beaucoup    d'emprelfe- 
nient  poui  mettre  leurs  enfans  fous  facon- 
^M.Bou- duite.  On  a  dillingué   long -temps  depuis 
cherar      fes  élevés ,  par  les  fervices  qu'ils  ont  ren- 
Chance-  dus  à  l'Eglife  &  à  l'Etat,  &  on  en  a  vu 
îier  de      q^f  ont  exercé  avec  beaucoup  de  dignité 
Trance.     les  premières  Magillraturcs  "^  du  Royaume. 
VIII         Pendant  que  Richer  travailloit  au  réta- 
11  eft  fait  bliffement  de  fon  Collège ,  le  Roi  dormoit 
Çenfeur    P^^^r  1^  réparation  entière  de  toute  l'Uni- 
de  r[Jni-  verlité   des   ordres  ,  dont  l'exécution  lui 
yerfitc      fut  auffi  commife.  Ce  grand  Prince  infoii-^ 


d'Edmond    Ri  cher,     if 

hic  de  l'état  pitoyable  où  elle  étoit,  lorf-  pour  ""^ 
^u'il  fit  fon  entrée  dans  Paris  ,avoit  com-  vaiiler  a 
pris  d'abord  la  neceflîîé  qu'il  y  avoit  dç  ^'^  \^^^^' 
rétablir  promptement  cette  ancienne  hco-  ^ 

le  du  Royaume  ,  où  fe  devoit  apprendre 
la  Religion ,  les  Loix ,  les  Sciences  &  les 
beaux  Arts  ,  d'où  femble  dépendre  la  fé- 
licité des  peuples.  Il  avoit  nommé  pour 
travailler  à  ce  grand  ouvrage  les  perfon- 
nés  les  plus  confiderables  du  Royaume 
par  leur  capacité ,  leur  içavoir ,  leur  cré- 
dit ,  &  leur  expérience  ;  fçavoir  Renaud 
de  Beaune ,  Archevêque  de  Bourges ,  grand 
Aumônier  de  France;  Achilles  deHarlay, 
premier  Préfîdent  au  Parlement  ;  Jacques 
Augufte  de  Thou  ,  Prélident  à  Mortier  ; 
Lazare  Coqueley  &  Edouiird  Mole ,  Con- 
feillers  de  la  Grand'-Chambre  ;  Jacques 
de  la  Guelle ,  Procureur  General  ;  &  Louis 
Servin,  Avocat  General ,  auxquels  on  joi- 
gnit depuis  MelTieurs  Seguicr ,  Lieutenant 
de  Police,  &  Faucon  de  Ris ,  premier  Pré- 
lident au  Parlement  de  Bretagne. 

Les  Commiffaircs  ayant  commencé  la 
Reformation  par  la  vifite  des   lieux  ,  n'a- 
voient  trouvé  par-tout  que  des  objets  d'hor- 
reur &  de  compafTion  :  ces  lieux  qui  avoient  B'ù'.HiJf.. 
été  11  long -temps  le  fejour  agréable  des  ^cad.  to. 
Mufes  ,étoient  devenus  la  retraite  des  fol-  6.  /.  916, 
dats ,  des  voleurs  &  des  bêtes  ;  on  n'y  voyoit 
que  de  triftes  relies   de  la  défolation  que 
la  fureur  des  Guerres  civiles  y  avoit  bif- 
fée. Les  ClafTes&les  Sales  derti nées  pour  t/av.ïw^ 
les  Exercices  publics  ,  n'étoient  plus  que  H'tft.  l. 
des  étables,&des  écuries  toutes  rompues,  izi.ad 
mais  qui  regorgoient  encore  de  l'ordure  <î^.  1600* 


i6  La    Vie 

des  chevaux  ,  &  des  troupeaux  qu'on  y 
avoit  retirez  ;  ce  qui  reûoit  d'apartemeos 
que  le  feu  ou  la  brutalité  du  foldat  n'a- 
voient  pas  entièrement  détruits ,  étoit  oc- 
cupé par  des  étrangers ,  qui  y  entretenoient 
leurs  femmes  &  leurs  ménages. 

La  vue  d'un  fpedaclc  fi  affreux  porta 
les  Commiffaires  à  tenir  fouvent  des  Af- 
femblées  dans  TUniverlité  avec  les  Rec- 
teurs ,  les  Procureurs  des  quatre  Nations, 
les  Principaux  des  Collèges ,  &  les  Doyens 
des  trois  Faculté?^  fuperieures  ,  pour  agir 
avec  eux  de  concert  dans  cette  entreprife. 
On  fe  reprcfenta  d'abord  l'état  où  on  avoit 
remis  l'Univeriîté  après  l'expulfion  des 
Anglois  fous  Charles  VIL  On  remit  alors 
les  Reglemens  que  le  Cardinal  d'Eftoute- 
ville  avoit  faits  pour  le  rètabliffement  de 
la  difcipline.  On  jugea  qu'il  étoit  necef- 
faire  d'y  retoucher,  pour  les  mettre  dans 
une  plus  grande  perfedion  ;  &  on  le  fit 
principalement  fous  les  lumières  du  Pré- 
iident  de  Thou  ,  &  de  l'Avocat  General 
Servin ,  qui  pafToient  pour  les  Magiftrats 
les  plus  éclairex ,  &  les  mieux  initruits  des 
affaires  de  l'Eglife  ,  &  du  Royaume  ,  des 
Hiftoires  des  liecles  paffez  ,  &  des  droits 
de  l'une  &  de  l'autre  Puilfance. 
Ihua»,  On  fit  de  nouvelles  Conflitutions  ,  qui 
/?{/?.  ibid.  furent  autorifées  par  un  Edit  du  Roi  ,  & 
é  publiées  par  les  ordres  du  Parlement, qui 

donna  enfuite  un  Arreft  pour  en  remet- 
tre l'exécution  aux  foins  du  Prélîdent  de 
Thou  &  des  Confeillers  Coqueley&Mo- 
•  îé.  Ces  Magiftrats  ,  accompagnez  de  Ser- 
vin ,  les  firent  recevoir  dans  rAffemblée 


d'Edmond    Riche r.    17 

de  rUniverfité  tenue  aux  Mathurins  le 
18.  Septembre  de  Tannée  1600.  Servin, 
après  une  belle  harangue  prononcée  par 
deThou,<&la  ledure  des  Statuts  pour  les 
quatre  Facultez  ,  marqua  tout  ce  que  les 
ProfefTeurs  feroient  obligez  de  faire  pour 
maintenir  l'autorité  du  Roi  contre  les  mau- 
vaifes  dodrinesqui  avoient  caule  une  par- 
tie des  troubles.  Mais  parce  que  le  plus 
grand  mal  étoit  venu  de  la  Facilite  de 
Théologie ,  où  les  Ultramontains  &  les  au- 
tres perfonnes  mal  intentionnées  avoient 
toujours  entretenu  des  intelligences  pré- 
judiciables à  la  liberté  de  l'Eglile  Gallica- 
ne ,  <5c  au  repos  de  la  Monarchie  ;  il  fut 
arrêté  que  tous  les  Externes  qui  voudroient 
y  entrer  ,  comme  dans  les  autres  Facul- 
tcz,  s'obligeroient  par  ferment,  avant  que 
d'y  prendre  aucun  degré ,  à  vivre  félon  les 
loix  du  Royaume,  à  rendre  une  obéifTan- 
ce  parfaite  au  Roi  &  aux  Magiftrats ,  &  à 
ne  jamais  parler  ou  écrire  contre  la  Re- 
ligion Catholique ,  les  Libertez  de  l'Egli- 
fe  Gallicane ,  qui  ne  font  autre  chofe  que 
les  anciens  Canons  ,  le  gouvernement  de 
l'Etat ,  &  la  Puilfance  royale. 

Tous  ces  Reglcmens  furent  reçus  avec 
beaucoup  de  joye  &  de  foûmilfion  par 
tout  le  Corps  de  l'Univerfité,  qui  en  ren- 
dit publiquement  des  actions  de  grâces  au 
Roi  &  au  Parlement  par  la  bouche  du 
Re6leur  Marc  Gigaut.  On  prit  toutes  les 
mefures  poflibles  pour  commencer  cette 
Reformation  avec  le  lîccle;  mais  on  s'ap- 
perçut  bientôt  qu'il  filloit  purger  ce  grand 
Corpj)  de  beaucoup  de  mauvaifes  humeurs 


28  L  A      V  I   E 

qui  lui  étoîent  refiées  ,  &  qu'on  ne  pou* 
roit  établir  la  difciplinc  préfcrite  par  les 
nouveaux  Statuts ,  qu'aprcs  avoir  fait  une 
information  exadtede  la  vie  &  des  mœurs 
des  particuliers  qui  le  compofoient.  On 
crut  qu'il  falloit  choifir  pour  cet  emploi 
des  pcrfonnes  de  toutes  les  Facultez  ,  en 
qui  la  capacité  &  la  prudence  fe  trouvaf- 
fentjointes  à  Tintegrité  des  mœurs ,  telles 
que  la  qualité  de  ces  temps  pouvoit  l'exi- 
ger ,  pour  être  en  état  de  corriger  les  au- 
tres :  de  forte  qu'à  la  requête  du  Procu- 
reur General  ,  le  Parlement  nomma  Ri- 
cher  de  la  part  de  la  Faculté  de  Théolo- 
gie; Claude  Minaut,  dit  Minos  ,  Profef^- 
leur  en  Droit  Canon  ;  Nicolas  Eclain  y 
Dodeur  en  Médecine  ;  &  Jean  Gallart, 
Principal  du  Collège  de  Boncourt, ancien 
Redeur  de  la  Faculté  des  Arts, pour  tra- 
vailler enfemble  à  cette  Reformation  fous 
l'autorité  de  la  Cour. 

Mais  les  nouveaux  Cenfeurs  y  trouvè- 
rent de  grandes  relidances  dès  l'entrée  de 
leur  fonction  de  la  part  de  plufieurs  Re* 
gens,  &  de  quelques  Principaux  mêmes v 
qui  trouvoient  leur  compte  dan's  les  defor^ 
dres  de  l'Univerlité.  Ceux-ci  n'ofant  s'en 
prendre  au  Parlement  pour  la  publication 
des  nouveaux  Statuts ,  à  l'obfervation  def- 
quels  on  vouloit  les  obliger, déchargèrent 
leur  chagrin  fur  les  Cenfeurs  ,  &  princi- 
palement fur  Richer, qu'on 'regardoit  non 
feulement  comme  le  Chef  des  autres,  mais 
encore  comme  le  grand  promoteur  de  tou- 
te la  Reformation ,  avec  René  Benoît,  Con- 
feifeur  du  Roi  ,  nommé  à  l'Evêché  dç  ' 
Troyes. 


d'Edmond   Riche r.      29 

Richer  ,  que  les  dangers  les  plus  pre- 
fens  fembloient  ne  devoir  jamais  épouvan- 
ter ,  fentit  croitre  fa  force  &  fon  coura- 
ge à  mefure  que  l'oppolition  des  rebelles 
s'augmcntoit;il  refolut  de  les  traiter  com- 
me des  malades  que  les  Médecins  lailfent 
crier  ,  lorfqu'ils  ont  peine  à  fouffrir  les 
remèdes.  On  punit  les  plus  mutins  &:les 
plus  incorrigibles  par  des  amendes  pécu- 
niaires ,  par  la  prifon ,  &  même  par  la  dé- 
poiition  de  leurs  emplois  ;  &  il  refolut  de 
fupporter  les  infultes&les  injures  des  au- 
tres ,  dans  l'efpcrance  de  les  gagner  par  fa 
modération. 

Néanmoins   fix   mois  fe  pafferent  fans — 

beaucoup  de  fuccés.  Richer  appréhendant  1601. 
que  fcs  Collègues  ne  fc  rebutaiîent  dans 
la  fuite ,  ou  ne  fuccombaffent  à  l'efFet  des 
contradiélions  ,  alla  trouver  le  premier 
Préiident  de  Harlay  ,  &  les  autres  Com- 
milïùires  nommez  par  le  Roi  pour  la  re- 
formation de  rUniverlité  :  il  leur  repre- 
fenta  l'importance  qu'il  y  avoit  à  ne  point 
abandonner  un  ouvrage  fi  neceffaire,  &  fî 
heureufemcnt  commencé  ;  il  voulut  enfui- 
te  fe  démettre  entre  leurs  mains  de  fon 
oflice  de  Cenfeur ,  afin  de  lui  donner  lieu 
de  lui  fubftituer  une  perfonne  qui  eût  plus 
de  capacité ,  de  refolution ,  &  de  bonheur 
que  lui. 

Le  Préfident  de  Thou ,  qui  fçavoît  dé- 
couvrir &eftimer  le  mérite  mieux  qu'hom- 
me de  fon  iiecle ,  remontra  à  la  Cour  que 
ne  connoilfant  perfonne  qui  fût  plus  ca- 
pable que  Richer  ,  il  talloit  ,  fans  avoir 
cgard  à  fa  modeftie ,  le  continuer  dans  foa 


p  L  À     V  r  E 

^ "■  ■  nouvel  office,  &  augmenter  mémo  fespon-à 

1601.  voirs,  s'il  étoit  polfible.  Son  avis  fut  fui- 
vi.  Richer  &  fes  trois  Collcgues  furent  de 
nouveau  établis  Cenfeurs  de  l'Univerfité 
par  un  Arreft  du  î^-  Septembre  de  Tan- 
née 1601.  Leurs  Olfices  devoiventétrede 
deux  années ,  &  ils  en  prêtèrent  le  ferment 
entre  les  mains  du  Reéleur  Guillaume  Pou- 
lart  ou  Poulet ,  dans  le  Collège  de  Sor- 
bonne  ,  le  jour  de  la  naillànce  du  Dau- 
phin ,  qui  étoit  le  27.  du  même  mois. 

Sur  ce  que  Richer  reprefenta  enfuite  à 
la  Cour  qu*il  y  avoit  beaucoup  plus  à  tra- 
vailler dans  la  Faculté  de  Théologie  que 
dans  celle  de  Droit  &  de  Médecine  ,  & 
que  celle  des  Arts  demandoit  aufli  d'au- 
tant plus  d'application  &  de  foin ,  qu'elle 
ctoit  la  bafe  &  le  Séminaire  des  trois  au- 
tres ,  &  plus  infedée  de  la  corruption  eau- 
fée  par  les  guerres  civiles  ;  on  lui  donna 
encore  deux  Adjoints  pour  le  féconder  , 
Charles  LoppéDodeur  de  Sorbonne  pour 
la  Faculté  de  Théologie  ^  &  Jean  Morel 
Profeffeur  Royal  dans  celle  des  Arts. 
'    IX.  Les  Cenfeurs  reprirent  leurs   fondions 

Peine  de  ^^^15  le  mois  d'Oétobre  fuivant ,  firent  la 
Richer  vifite  de  tous  les  Collèges ,  &  conférèrent 
aboHr  le  ^^^^  ^^"^  ^^^  Principaux,  pour  les  porter 
Lundi  ^  ^  coopérer  avec  eux ,  &  à  tenir  la  main, 
Miner-  chacun  dans  l'étendue  de  leurs  reflbrts  , 
val,  &  ce  à  la  difcipline  qu'on  vouloit  établir.  Ils 
qu'il  eut  réglèrent  les  exercices  de  pieté,  ils  pour- 
ii  fouffrir  vurent  à  l'infpeâion  des  mœurs ,  &  ils  tâ- 
tantde  la  cherent  de  rendre  la  police  fcholaftique 
part  des  uniforme  par  tout  ;  mais  ils  furent  tra- 
Liguçui's  verfez  rudement  dans  la  reformation  qu'il» 


d'Edmond   Ri  cher.     51 

voulurent  faire  de  certains  abus  ,  où  les  que  Ma 
Princrpaux  &  les  Regens  intereflèz  trou-  P'^i't  <^e^ 
voient  du  profit.    Cela  regardoit  fur-tout  ^^"-'^'  q^» 
la  fixation  des  penlions  pour  les  Etudians,  J.'^y^"- 
que  Richer  &  les  autres  vouloîent  mode-  ^o'^^^ye 
rer,  &  le  Lundi  des  deux  femeftres ,  com-  V^/v5 
iiiunement  appelle  Mincrval  dans  le  Pays  ç^iJ^^^ 
Latin  ,  qu'ils    vouloient   retrancher.    Ce  ___    ' 
Lundi  étoit  une  Fête   fcandaleufe  qui  fe      ''     ^ 
faifoit  dans  les  Collèges  pendant  plufieurs     ^^^^* 
jours  en  hiver  &  en  été,  à  Toccaiion  de 
la  rétribution  que  les  Ecoliers  payoient  à 
leurs  Maîtres.  La  Fête  fe  palfoit  en  fef- 
tins  &  en  débauches  ;  c'ctoit  une  fource 
de  defordres,  dont  les  fuites  étoient  tou- 
jours fâchcufes. 

Richer  ne  croyoit  pas  que  Ton  pût  bien 
remédier  à  ces  abus  fans  en  retrancher  en- 
tièrement l'ufage  :  mais  loin  de  réduire 
les  Regens  à  mourir  de  faim  en  abolilTant 
les  Lundis, comme  fes  envieux  le  publiè- 
rent depuis  ;  il  travailla  fortement  à  faire  ré- 
tablir par-tout  l'honoraire  menftruel ,  c'ell- 
à-dire  le  falaire  modique  &  honnête  qui  fe 
donnoit  auparavant  par  mois,  pour  recon- 
noître  les  peines  des  Maîtres.  Ce  n'eft  pas 
qu'il  fût  pcrfuadé  que  le  remède  fût  encore 
fouverain  contre  le  vice  de  l'intérêt  ,  les 
partialités ,  les  préférences  &  les  accepta- 
tions de  perfonnes ,  que  l'on  vouloit  ban- 
nir; mais  il  faifoit  efpererque  les  liberali- 
tei  du  Roi  mettroient  les  Maîtres  en  état 
d'enfeigner  gratuitement  dans  toute  l'U- 
niverfité  ,  11  par  les  faveurs  d'une  longue 
paix  l'on  voyoit  dans  les  finances  de  ce 
Prince  ,  qui  fe  çéublifloient  de  jour  en 


3^  L  A    V  I  E 

— jour,  l'abondance  dont  on  fe  flattoît. 

1601.  Ceux  qui  s'intereflcrent  à  la  conferva- 
tion  du  Lundi,  ne  furent  pas  fatisfaits  des 
raifons  des  Cenfeurs  ;  &  ils  s'élevèrent  con- 
tre leur  entreprife ,  croyant  que  Ton  at-/ 
tentoit  à  la  liberté  ancicnce  des  Ecoles  ^; 
&  qu'on  ne  cherchoit  qu'à  les  détruire  , 
en  couvrant  du  nom  du  Roi  &  du  Parle- 
ment, toutes  les  violences  qu'on  leur  fai- 
Ibit  :  non  feulement  ils  refuferent  de  ii- 
gner  6c  de  jurer  fur  les  nouveaux  Statuts 
comme  les  autres  pour  s'obliger  à  leur 
obfervation  ;  mais  ils  débauchèrent  enco- 
re plufieurs  de  ceux  qui  avoient  déjà  prê-, 
té  le  ferment  ,  &  les  portèrent  à  rétrac- 
ter leurs  f]gnatures,&  à  fe  rendre  même 
parjures ,  plutôt  que  de  fc  foûmettre  à  un 
i\  honteux  cfclavage.  Non  contens  d'avoir 
Ibûlevé  les  Maîtres,  ils  animèrent  encore 
leurs  Ecoliers ,  &  armèrent  même  les  va- 
lets des  Collèges  contre  les  Cenfeurs. 

Richer  fut  néanmoins  le  feul  fur  qui 
tomba  le  gros  de  l'orage  :  il  fe  trouva  fort 
Ibuvent  en  danger  de  fe  voir  lapider  al- 
lant dans  les  quartiers  de  l'Univerfité  ; 
51  fut  à  diverfes  fois  charge  d'injures  & 
d'opprobres  en  pafîant  devant  les  Collè- 
ges ,  quelquefois  même  couvert  de  boue 
par  la  canaille  &  les  Ecoliers  ,  dont  l'in- 
folence  étoit  foûtenué  par  leurs  propres; 
Hegens.  Le  Collège  de  Lilieux  fe  fignala 
fur  tous  les  autres  dans  les  infultes  qui 
lui  furent  faites  à  l'inlligation  de  deux  fu- 
rieux ,  qui  ne  pouvoicnt  Ibuffrir  qu'on  ar- 
rêtât leurs  déreglemens,  &  qu'on  retran- 
chât les  fcftins.  L'un  étoit  un'Confeiller 

dégradé,' 


d'Edmond  Richer.    ^^ 

dégradé,  nommé  Duron  ,  qui  s'étant  fait  — — ^ 
Commiflaire  de  Quartier,  après  avoir  été  1601* 
honteufement  chaire  du  Parlement ,  s'étoit 
retiré  dans  ce  Collège  ;  l'autre  étoit  Geor- 
ge Critton  ,  Protefleur  Royal ,  qui  avoit  dé- 
jà été  Procureur  de  la  Nation  Allemande. 
Richer,  tout  intrépide  qu'il  étoit,  fe  crue 
obligé  de  prendre  des  furtez  contre  leur  fu- 
reur ,  &  ne  fe  prefcnta  plus  dans  leur  Col- 
lège qu'avec  une  puilfante  efcorte. 

La  confpiration  des  autres  Regens  qui 
liguèrent  par  canton  ,  ne  fut  pas  nioins 
cmbarrafTante  pour  lui  :  ils  cabalerent  par 
peloton, pour  tâcher  de  ne  plus  élire  pour 
Redeur  de  l'Univerfité  que  ceux  qu'ils 
fçavoient  être  ennemis  de  la  Reforma- 
tion,  «5c  qu'ils  jugeoient  alfez  hardis  pour 
s'oppofer  aux  Cenfeurs,  &  éluder  les.  or- 
dres du  Parlement.  Les  tumultes  ,  &  les 
mauvais  exemples  que  proauilirent  les  ré- 
voltez ,  fcandaliferent  toute  la  Ville  :  ils 
furent  caufe  que  beaucoup  de  perfonnes 
de  qualité  retirèrent  leurs  enfans  des  pen- 
lîons  des  Collèges  publics  ,  &  qu'ils  les 
mirent  en  Ville  fous  des  particuliers  ,  ou 
leur  donnèrent  des  Précepteurs  chez  eux; 
ufage  qui  avoit  paru  aifez  rarejuf4ues-là, 
&qui  elt  devenu  depuis  fort  commun.  Il 
n'y  eut  que  la  fuite  du  temps  qui  pat  fai- 
re connoître  la  grandeur  du  tore  qu'en  re- 
çut rUniverfité.  Il  fut  tout  autrement  con- 
iiderable  par  le  préjudice  qu'elle  apprehen- 
doit  de  l'ouverture  du  Collège  de  Cler- 
mont,  contre  lequel  elle  parut  lî  allarmée. 
.  Il  le  trouva  néanmoins  quelq^jcs  Rec- 
teurs ,  dans  l'efpace  de  deux  années  quct 


^4  L  A    V  I  E 

«— — —  dura  la  Cenfure ,  qui  ouvrant  les  yeux  lût 
ïdoi.  la  défertion  des  Collèges,  écoutèrent  Ri- 
cher ,  &  travaillèrent  à  ramener  les  efprits 
irriter  dans  leur  devoir.  Ils  prirent  fes  avis 
pour  retrancher  la  dilTolution  (&  les  defor- 
dres  parmi  les  Regens  &  les  Penfionnai- 
.res  ;&  ils  fe  joignirent  à  lui  pour  faire  re- 
cevoir les  nouveaux  Statuts  :  mais  les  fédi- 
tieux  s'en  vengèrent  bientôt  par  la  brièveté 
du  Redorât ,  dans  lequel  ils  n'eurent  garde 
de  les  continuer  ;  &  ils  rendirent  prefque 
toutes  leurs  bonnes  intentions  inutiles, en 
leur  fubftituant  des  gens  de  leur  cabale. 

La  prudence  de  Richer  ne  lailTa  pas  de 
détruire  toutes  leurs  pratiques  ;  &  l'égali- 
té d'efprit  qu'il  confcrva  toujours,  la  fer- 
meté &  la  patience  qu'il  fit  paroître  par- 
tout, le  rendirent  viâorieux  des  ennemis 
de  la  difcipline ,  dans  les  principaux  Col- 
lèges de  rUniverfité,dès  la  première  an- 
née de  fa  Cenfure.  Mais  ces  fuccez  atti- 
rent fur  lui  une  autre  tempête  de  la  part 
de  ceux  qui  s'étant  imaginez  que  les  maux 
de  rUniverfité  étoient  incurables  ,  efpe^ 
roient  toujours  que  l'on  feroit  obligé  de 
rappeller  les  Jefuites  de  leur  banniflement, 
pour  leurs  taire  ouvrir  leurs  Ecoles.  Ces 
gens  ,  qui  paroiflbient  n'avoir  été  nourris 
que  des  maximes  Italiennes  &  Efpagnollés 
durant  les  troubles  du  Royaume ,  fouhai- 
toient  de  tout  leur  cœur  que  Richer  &  fes 
Collègues  fuccomballent  fous  la  multitu- 
de des  difficultez  &  des  contradidions  ; 
ils  faifoient  des  parallèles  odieux  de  cette 
Reforme  de  rU.niverfité  ,  avec  celle  que 
les  Proteftans  avoient  prétendu  faire  dans 
VE^ViCe^  ajoutant  quç  le  Ciel  ne  bcniroit 


d'Edmond   RicherC     3f 

pas  Tune  plus  que  l'autre.  Ils  tâchoient  ■ 
mcme  d'infinuer  que  le  rétabliflement  de  1601 
l'ancienne  difcipline  ne  tendoitqu'à  la  rui- 
ne de  la  Religion  Catholique.  Mais  fous 
Je  beau  nom  de  Religion  Catholique ,  ils 
ii'entcndoient  autre  choie  que  le  refte  de 
la  Ligue  ,  avec  les  opinions  ultramontai- 
nes ,  contraires  à  celles  que  tient  l'Eglife 
Gallicane  &  le  Parlement  touchant  l'au- 
torité du  Pape.  Ils  publioient  que  c'étoit 
une  chofe  honteufe  à  Richer  ,  qui  étoit 
Prêtre  &  Dodeur  de  Sorbonne  ,  de  tra- 
vailler ainii  à  détruire  une  Société  aulli 
fainte  qu'eft  celle  des  Jefuites  ;  comme  R 
c'eût  été  ôtcr  à  ces  Pères  toute  efperan- 
ce  de  retour ,  que  de  remettre  le  bon  or- 
dre &  la  paix  dans  rUniverlitc,&d'yfai- 
le  refleurir  la  vertu  avec  les  Icicnces. 

Ces  t'u6ticux  prirent  occalion  de-là  pour 
le  décrier  comme  un  Parlementaire  ,  qui 
ctoit  alors  la  même  chofe  qu'hérétique 
parmi  les  fedtateurs  &  les  élevés  des  Li- 
gueurs. Car  depuis  que  le  Roi  avoit  ab- 
jure le  Calvinifme  ,  &  reçu  l'abfolution 
ou  Pape ,  la  grande  herefie  du  temps  n'é- 
îoit  plus  de  fe  déclarer  huguchot  ;  mais 
de  ne  point  adhérer  aux  prétentions  de  la 
Cour  de  Rome  »  qui  avoit  une  iiiJinité 
d'émiiïaires  dans  le  Clergé  de  l' rance ,  6c 
principalement  dans  les  Maifons  Religiea- 
fes'du  Royaume.  Les  reproches  &  les 
plaintes  de  ces  nouveaux  adverfaires ,  quoi 
que  très  -  méprifables  aux  yeux  des  Ceii- 
feurs  ,  ne  laifTerent  pas  de  produire  une 
efpece  d'avantage ,  en  ce  que  Richer ,  pour 
fe  rendre  capable  de  s'oppofer  un  jour  à 

C  ij 


5(S  L  A    V  I  E 

leurs  entreprifes  ,  refolut  alors  de  fe  don- 
ner tout   entier  à  l'étude    de   l'Antiquité 
ecclefiaftique  ,  qui  avoit  été  négligée  de- 
puis le  règne  des  Scholaftiques. 
X.  Dès  la  féconde  année  de  la  Cenfure  de 

Succès    Richeron  vit  la  face  de  l'Univerfité  pref- 
des  tra-    que  entièrement  changée  par  le  renouvel- 
vauxdans  Jeinent   de   plufieurs   Collèges  ,  dont  on 
la  refor-  j^yQJj  ^^^  ç.q^-^  ^ç^  Regens  qui  avoient  été 
IJ^'^y,?!^  •  reconnus  vicieux  ou  ignorans.  La  Fête  du 
i  ,"''  Lundi  fut  entièrement  abolie  avec  les  fef- 
ve)  itc.     jj^,g  ^  j^  coutume  de  payer  les  Maîtres 
Difficulté  ^^  ^^  temps-là  ;  mais  les  Cenfcurs  retom- 
fur  le  ré-  bcrent  dans  de  nouveaux  embarras  ,  lors 
tranche-    qu'ils   entreprirent    d'empêcher   qu'il   n'y 
ment  de  eût  dans  la  fuite  deux  Regens  pour  cha- 
rufage     que  Clafïe  de  Rhétorique, 
qui  fouf-     Il  ri'y  avoit   que  cinq   ou  fîx  ans  que 
froitdeux  cette  coutume  s'étoit  introduite  dans  l'U- 
^egens    niverlité  ,  à  l'imitation  des  Jefuites  ,  quî 
dans  une  avoient  établi  cet  ufage  dans  leurs  Collé- 
5^Iaiie.      ggg    Richer  ,  après  s'être  beaucoup  tour- 
menté durant  l'année  i6oi-  pour  perfua- 
der  aux  Principaux  que  c'étoit  une  tres- 
méchante  coutume,  &  qu'il  étoit  de  l'in- 
térêt &  de  l'honneur  de  l'Univerlité  qu'on 
l'anéantît  avant  que  de  lui  laifler  prendre 
de  plus  fortes  racines  ,  avoit  obtenu  dès 
la  S.Jei^H  qu'il  n'y  auroit  plus  qu'un  feul 
ProfeÛèur  en  chaque  ClafTe  :  il  faifoit  dé- 
pendre de  ce  point  la  facilité  de  quelques 
Reglemens   nouveaux   qu'il   devoir    faire 
exécuter  à  la  S.  Rémi  ,  fans  quoi  il  ne 
pouroit  jamais  efperer  de  voir  la  difcipli- 
lie  entièrement  rétablie. 
Peu  de  gens  étoient  entrez  dans  les  in- 


d'Edmond    Richer.     J7 

itonveniens  qu'il  y  avoit  de  faire  faire  une  .  *»  m^ 
ClalTe  par  deux  Regens  ;  &  beaucoup  de  1601, 
perfonnes  affedionnces  au  Public  avoient 
jugé  que  cette  inftitution  pouvoit  êcre  fort 
utile  aux  Etudians.  Mais  Richer ,  qui  por- 
toit  fes  vues  beaucoup  plus  loin  ,  avoit 
tellement  fait  goûter  fes  raifons  aux  Com- 
miffaires  nommez  par  le  Roi  pour  la  Re- 
formation ,  qu'on  en  avoit  voulu  faire  un 
article  exprès  dans  les  Conftitutions  nou- 
velles ;  il  fut  dit  aulTi  que  TArrell  du  17, 
Septembre  1601.  feroit  partie  du  premier 
Règlement  pour  la  Faculté  des  Arts, qui 
portoit  la  dcfenfe  en  ces  termes  :  Ca^eant 
in  pojîerum  GymnafiarchiC  ,  ne  duo  l?rce^ 
ceptores  eidem  Clajfi  pr^ficiantur  ,  ha  ui 
tinus  hor'îs  matuttnïs.  ,  alter  por(ieridiams 
docèat  :  quod  ftcitnUtm  dïllgenter  fervetur 
à  Remigialibus  annï  l6oi.  ne  Prccceptori- 
bus  qtii  hoc  anno  fidem  dederunt  Jit  fraudi. 

Quelques-uns  voulurent  d'abord  ména- 
ger une  exception  en  faveur  de  la  Rhé- 
torique ,  comme  ii  l'intention  des  auteurs 
du  Règlement  eût  été  qu'on  fe  gardât  feu- 
lement de  faire  pafler  cette  pratique  dans 
les  autres  Claliès  ,  où  l'on  ne  s'çtoit  pasi 
encore  avifé  de  l'introduire  ;  mais  Richer 
fit  voir  que  le  Statut  ne  regardoit  préci- 
fément  que  la  Rhétorique  \  n'étant  pas  à 
craindre  qu'aucune  autre  Clalfe  pût  jamais 
imaginer  un  prétexte  plaufîble  pour  de- 
mander aulfi  deux  Regens. 

Sur  ce  que  Richer  ,  parmi  les  raifons 
qu'il  allégua  pour  adoucir  les  efprits  ,  <Sc 
les  refoudre  à  l'obfervation  des  Statuis  y 
ajouta  qu'un  fécond  Rçgent  ctoit  à  char- 

C  iij 


58  La    Vie 

■  i".  ■  ■  ge  à  rUniverfité  ;  Critton  fon  adverfaîref. 
602.  deTannce  préccdente  prit  occafion  de  s'c- 
lever  de  nouveau  contre  lui.  Il  follicita 
le  Principal  de  Liiieux ,  nommé  François 
Adrien  Baven  ,  qui  avoir  cté  Rcéteur  de 
rUniverfité  lix  ans  auparavant  ,  de  vou- 
loir entrer  dans  fes  dellcins  ,  &  il  lui  ne 
entendre  qu*il  avoit  trouvé  un  moyen  fur 
pour  maintenir  fon  Collège  dans  les  ufa- 
ges ,  &  rendre  inutiles  la  Reformation  & 
les  entrcprifes  de  Richer.  ■ 

Il  s'otfrit  comme  Profeffeur  furnumeraî- 
re  &  hors  de  rang  pour  faire  la  Claffe  de 
Rhétorique  Taprcs-midi  ,dans  la  feule  vue 
d'honorer  la  profeffion  ,  &  d'attirer  les  Eco- 
liers, fans  prendre  néanmoins  la  qualité  de 
fécond  Régent.  Baven  fe  lailfa  perfuader, 
&  il  crut  faire  honneur  à  TUniverlité  de 
permettre  qu'un  Hiftoriographe  &  Profef- 
îeur  Royal  vînt  de  furérogation  faire  la 
Claffe  de  Rhétorique  chez  lui ,  feulement 
pour  donner  de  la  réputation  à  fon  Col- 
lège. L'affaire  réufîît  d'abord  fuivant  le 
projet  de  Critton  ,  de  qui  l'expédient  pen- 
fa  rendre  entièrement  inutiles  &  l'Arreft 
du  Parlement,  &  les  Statuts  de  la  Refor- 
mation. Les  autres  Collèges  voulurent  en 
ufer  de  même  :  &  lorfque  Richer  entre- 
prenoit  de  s'y  oppofer  ,  on  lui  alleguott 
toujours  Texempie  du  Collège  deLilieux, 
qu'on  ne  pouvoit  fe  difpenter  de  fuivre. 

Ces  conteftations  durèrent  pendant  tout 
l'Eté ,  jufqu'à  ce  que  Richer  &  les  autres 
Çenfeurs  appréhendant  qu'elles  ne  conti- 
nuaffent  encore  à  la  faint  Rémi  fui  vante, 
députèrent  Eclain  leur  Collègue  au  mois 


d'E  d  m  O  N  D    R  I  c  h  e  r.     5^ 

d' Aouft  vers  le  premier  Préfident  de  Har-  — i  ,mt 
lay ,  pour  lui  reprefenter  les  fuites  de  ce  i6oi. 
mauvais  exemple.  Ils  prefîerent  de  leur 
côté  Claude  Palliot  Redeur  de  l'Univer- 
iité,&  Baven  Principal  du  Collège  deLi- 
fieux ,  de  faire  celfer  le  fcandale  qui  cau- 
foit  l'inexécution  des  nouveaux  Statuts  , 
auxquels  ils  s'étoient  obligez  l'un  &  l'au- 
tre par  un  ferment  folemnel. 

Les  Vacances  furvinrent  ,  &  Mcffieurs 
du  Parlement  étoient  à  la  campagne.  Non- 
obftant  la  fatisfaftion  que  le  premier  Pré- 
fident avoir  promife  à  Eclain ,  Critton  3t 
Léger  ,  Profelfeurs  ordinaires  de  la  Rhé- 
torique à  Li lieux  ,  entreprirent  au  mois. 
d'06tobre  de  régenter  la  même  Clafle  al- 
ternativement ;  celui-ci  le  matin,  &  l'au- 
tre l'aprcsmidi.  Ils  fe  flattèrent  même  de 
l'appui  du  Parlement,  efperant  de  lui  fai- 
re voir  la  furprifc  qu'ils  prétendoient  avoir 
été  faite  à  la  Cour.  Ils  menaçoient  d'aK 
1er  au  Roi,  prés  de  qui  ils  s'étoient  pro- 
curez des  amis  ,  fi  le  Parlcmenr  ne  leur 
étoif  point  favorable  à  la  S.  Martin. 

Cependant  Critton  publia  un  libelle  plein 
d'injures  &  d'indignitez  contre  les  Cen- 
feurs  II  y  attaquoit  principalement  la  per- 
fonne  de  Richer  ;  &  le  refte  n'étoit  qu'u- 
ne déclamation  puérile  &  féditieufe  con- 
tre les  Reglemens  nouveaux  de  l'Univer- 
lité.  11  alla  cnfuite  avec  Baven  trouver 
les  Juges  qui  tenoient  la  Chambre  des  Va- 
cations. 11  tâcha  de  leur  perfuader  que  ce 
qui  avoir  porté  le  plus  les  parens  à  don- 
ner leurs  cntans  aux  Jefuites  ,  étoit  le 
Çrand  nombre  des  Regens  qu'ils  avoicnt 

Ç  iiij 


4^  L  A    V  I  E 

t..——  dans  leurs  Clafres,&que  la  difette  deRe-» 
460*.  gens  avoit  fait  ôter  plufieurs  Ecoliers  i 
rUniverfité,  fur-tout  dans  les  premières 
CldfTes  ,  où  l'on  manquoit  de  bons  Pro- 
feflcurs.  Que  cette  feule  conlideration  ', 
malgré  fes  grandes  occupations ,  préférant 
le  bien  public  à  fes  intérêts  ,  l'avoit  fait 
refoudre  à  régenter  ,  &  foulager  un  Ré- 
gent de  Rhétorique, afin  de  maintenir  par 
ce  moyen  la  réputation  de  l'Univerfité  , 
&  ôter  par  -  là  tout  prétexte  de  faire  rcr 
venir  les  Jefuites  ;  qu'au  refte  tout  ce  qu'il 
faifoit  étoit  entièrement  gratuit  ,  tant  du 
côté  du  Collège  de  Lilieux ,  que  de  celui 
des  Ecoliers  qu'il  enfeignoit  ;  &  que  com-^ 
me  la  peine  qu'il  prenoit  étoit  toute  vo^ 
lontaire  ,  fa  conduite  ne  devoit  être  tirée 
à  confequence  pour  les  autres  Collèges, 
qu'autant  qu'il  plairoit  à  la  Cour. 

Critton  ajouta  quelques  raifonnemens 
fpecieux  aux  artifices  de  fon  difcours  ,  & 
il  fçut  fi  bien  impofer  à  Meilleurs  des  Va- 
cations ,  qu'ils  jugèrent  même  à  propos  de 
le  remercier  de  fes  foins.  On  avoit  lieu 
d'appréhender  quelque  furprife  dans  ces 
nouveaux  Juges  :  c'eft  pourquoi  Eclain  fut 
envoyé  vers  le  Préfident  Seguier ,  qui  pré- 
iîdoit  dans  cette  Chambre  ,  pour  l'infor- 
mer de  toute  l'atfaire,  &  le  defabufer.  Il 
obtint  que  Critton  &  Baven  feroient  man- 
dez à  la  Cour  le  4.  jour  d'Odobre  ;  mais 
ils  ne  comparurent  que  deux  jours  après 
l'ajournement  ,  parce  que  Critton  avoiç 
demandé  du  dçlai ,  pour  fe  préparer  à  ré^ 
pondre. 
Les  quatre  Cenfeurs  s'y  trouvèrent  e^ 


t>*EDMOND     RlCHER.      41 

ttteme  temps.  Richer  porta  la  parole  pour  —  '  «"  ""S 
eux.  Il  fit  valoir  avec  beaucoup  de  poids  i6o> 
les  bonnes  intentions  de  Sa  Majellé  ,  & 
celles  du  Parlement.  Il  fit  voir  la  julîice 
des  trois  Arrêts  de  la  Cour  qui  autori- 
(bient  la  conduite  des  Cenfeurs ,  5c  il  mon- 
tra rinconvenicnt  qu'il  y  auroit  que  le 
Collège  de  Lilieux  tût  excepté  de  la  rè- 
gle des  autres,  foit  pour  ralternative  des 
deux  Regens  d'une  feule  Claire,loIt  pour 
les  feftins  du  Lundi.  Il  fit  remarquer  à  la 
Cour  que  Critton  ne  faifoit  la  Rhétorique 
de  Lifieux  en  fécond  ,  que  pour  fe  mo- 
quer des  Statuts  &  des  Arrclh  ;  qu'il  en 
fortoit  toujours  un  moment  après  y  ctre 
entré,  pour  donner  fa  place  à  un  autre; 
qu'il  lui  avoit  déjà  été  ordonné  par  un 
Arreft  de  l'année  précédente,  où  il  étoit 
exprimé  pcrfonnellement  ,  de  délîlter  do 
cetee  entreprife. 

Critton  eut  permiflîon  de  répondre,  & 
le  Préfident  des  Vacations  le  lailfa  parler 
aufii  long 'temps  qu'il  put  le  fouhaiter  : 
mais  lorfque  Richer  voulut  répliquer  ,  il 
lui  impofa  lilencc ,  difant  qu'il  n'étoit  pas 
jufte  que  pour  la  fatisfaélion  d'un  ou  de 
deux  hommes  on  détruisît  les  Reglemens 
du  Corps  entier  de  l'Univerlité ,  &  qu'on 
en  renversât  toute  la  difcipline.  Il  ajouta 
qu'il  falloit  attendre  le  retour  du  premier 
Prélident ,  &  remit  l'atfaire  après  la  faint 
Martin.  Et  quoique  cette  délibération  ne 
fuft  pas  trop  favorable  à  Critton  ,  il  ne 
laiifa  pas  de  prendre  un  air  triomphant  , 
comme  s'il  eût  reçu  toute  la  fatisfadion 
qu'il  ^vuit  demandée  à  la  Cour.  Il  revint 


42  L  A      V  I   E 

,.if  77....»«  plein  de  gloire  &  de  vanité  au  Collège  de 
^6oz,  Lifieux,  où  il  fit  accroire  qu'il  avoît  ren- 
du inutiles  tous  les  efforts  des  Cenfeurs  , 
&  qu'il  avoit  expliqué  le  vrai  fens  des  Sta- 
tuts de  rUniverfité  ,  dans  un  Ecrit  qu'il 
avoit  compofé  exprès  ,  &  qu'il  avoit  pro- 
duit devant  les  Juges.  Il  fit  aufîi-tôt  im-^ 
primer  cet  Ecrit ,  qu'il  intitula  Parammusi 
pour  inlinuer  d'abord  à  fes  Le6teurs,  que 
les  Adverfaires  qu'il  y  attaquoit  ,  ne  fai- 
foient  autre  chofe  que  renverfer  les  loix 
àans  l'exécution  des  nouveaux  Statuts.  Il 
eut  m^me  la  hardielfe  de  le  dédier  à  Me)Pr 
lieurs  du  -.Parlement  ,  &  de  publier  par-» 
tout  qu'il  avoit  été  approuvé  par  les  Juges 
de  la  Chambre  des  Vacations. 

Plufieurs  Regens  de  l'Univerlîté  prirent 
droit  ià-deffus  pour  fe  rendre  les  maîtres 
d'enfeîgner  &  de  fe  gouverner  comme  il 
leur  plairoit  ;  ils  ne  parloient  plus  qu'avec 
mépris  des  Statuts  6c  de  leurs  auteurs  ;  ils 
rejetterent  le  falaire  ou  la  paye  de  chaque 
mois  ,  dont  on  venoit  de  rétablir  l'ufage, 
prétendant  faire  revivre  la  fête  du  Lundi  ; 
ce  qui  fut  même  appuyé  du  Redeur. 

Ils  commencèrent  cette  nouvelle  rébel- 
lion par  tant  d'excez  6c  d'infolence  ,  que 
Richer  voyant  les  progrez  que  les  defor- 
dres  avoient  faits  pendant  tout  le  moi* 
d'Odobre  ,  crut  que  c'étoit  fait  de  la  Fa- 
culté des  Arts.  \jQ  chagrin  qu'il  en  con-» 
çut  penfa  le  jetter  dans  le  découragement, 
àon  indignation  retomba  principalement 
contre  Criton  6c  Baven  :  h  ne  trouvant  plus 
de  furté  à  continuer  fes  fondions  de  Cen^ 
leur  ,  il  fe  crut  obligé  de  prendre  la  plu-? 


d-Edmond   Ri  cher.     4^ 

tne  pour  réprimer  les  calomniateurs ,  &  ta — 

cher  au  moins  d'arrêter  le  cours  des  affai-  i6oa. 
res  à  Touverture  des  Audiances.  Il  com- 
pofa  avec  l'aide  de  Minaut ,  un  de  fes  Col- 
lègues ,  l'Apologie  du  Parlement  &  de  TU- 
niverlité  contre  le  Paronome  du  Collège 
de  Lifieux.  Il  découvrit  précifement  la 
Iburce  de  tous  les  maux  ,  &  en  marqua 
Jes  vrais  remèdes ,  mais  il  épargna  les  noms 
de  fes  Adverfaires. 

Le  retour  de  Mefîieurs  du  Parlement 
le  ranima  ,  &  il  ne  fut  pas  trompé  dans 
l'efperancc  qu'il  avoit  conçue  du  premier 
Prclident.  Ce  Mngiftrat  ,  après  avoir  pris 
les  conclulions  de  l'Avocat  General  Ser- 
vin  ,  donna  un  AïïcÛ  le  22.  de  Novem- 
bre 1602.  portant  ordre  d'exécuter  de  point 
en  point  les  Reglemens  faits  pour  le  réta- 
bliflèment  de  la  difcipline  ,  &  les  Statuts 
de  rUniverfité  ,  avec  défenfe  de  mettre 
plus  d'un  Regcnt  dans  chaque  Clalfe  au 
Collège  de  Lilieux ,  ôi  injonction  de  pei- 
ne pour  ceux  qui  y  contreviendroient ,  ou 
qui  attaqueroient  de  vive  voix,  par  écrit, 
ou  autrement  ,  les  Loix  établies  pour  re- 
former rUnivcrfité,ou  les Arrefts donnez 
pour  les  maintenir. 

Critton  plein  de  dépit  &  de  confufion , 
que  l'entrée  du  Collège  deLiheux  lui  fût 
nommément  interdite,  tâcha  de  s'en  ven- 
ger par  des  libelles  fatyriques  qu'il  fema 
fecretement  pour  déchirer  la  réputation  de 
Richcr,&  ditiamer  l'ouvrage  de  la  Refor- 
mation de  rUniverlité.  Richer  trop  fatif- 
fait  des  heureux  fuccez  de  la  Cenfure ,  n'y 
auroit  eu  aucun  égard  ,  s'il  n'avoit  eu  en 


^i 


'44  L  A    V  I  E 

^m ,.  vue  que  lui-même ,  &  les  perfonnes  de  foii 

;6oa.  temps  :  mais  croyant  qu'il  étoit  bon  d'in- 
former la  pollerité  de  tout  ce  qui  s'étoit 
pafTé  durant  les  deux  années  de  fa  Genfu- 
re,  il  écrivit  un  Traité  Latin  ,  qu'il  inti- 
'Deopt.  tula,Z)^  la  meilleure  manière  de  régler  PU" 
i^ca.Jiat.  nivçrfité  ;  où  travaillant  à  fa  juftification 
particulière ,  il  eut  foin  de  cacher  Crittoii 
fon  adverfaire  fous  le  nom  de  Palemon. 
11  le  dédia  au  premier  Préfident  de  Har- 
lay  ,  &  le  fit  paroître  en  public  à  Paris  l'an 
1603.  ' 

X I  Richer  voyant  la  difcîpline  rétablie  en- 
fin dans  rUniverfité  ,  alla  remettre  foa 
office  de  Cenfeur,avec  fes  Collègues,  en- 
tre les  mains  des  CommifTaires  nommez 
par  le  Roi  pour  en  être  les  Curateurs. 
Mais  l'amour  qu'il  avoit  pour  elle  ne  lui 
permettant  pas  de  demeurer  enfuite  dans 
l'indifférence  à  fon  égard ,  il  ne  put  s'em- 
pêcher de  marquer  aux  Prélidens  de  Har^- 
lay  &  de  Thou ,  aux  Confeiilers  Giilot  & 
Mole  ,  à  l'Avocat  General  Servin  ,  &  à 
tous  les  autres  Magiftrats  ,  qu'il  fçavoit 
être  les  plus  éclaire2,&  les  plus  2elez  pour 
le  bien  de  l'Etat  &  de  l'Univerfité  ,  l'in- 
quiétude qu'il  avoit  du  retour  des  Jefuites 
en  France ,  dont  on  parloir  comme  d'une 
choferefoluçdansl'efprit  du  Roi.  Ce  n'eft 
pas  qu'il  ne  fût  bien-aife  de  voir  la  Com- 
pagnie de  ces  Pères  rétablie  dans  le  Royau- 
me, &  à  Paris  même,  pourvu  qu'ils  s'ab- 
ilinlfent  d'enfeigner  d'autre  jeunelTe  que 
leurs  Novices  :  mais  il  craignoit  beaucoup 
pour  rUniverlité  ,  qui  commençoit  à  fe 
remplir  &  à  devenir  plus  tloriifante  que 


d'Edmond  Ri  cher.     4f 

jamais ,  fi  l'on  permettoit  à  ces  Pères  d'où-  «...^^n, 
vrir  leur  Collège  de  Clermont  ;  qu'on  n'a-  '1^03. 
voit  pas  grand  befoin  de  Témulation  que 
cette  Ecole  pouroit  donner  à  TUniverli- 
ré:  puifque  tous  les  Collèges  de  ce  grand 
Corps  étoient  capables  d'en  produire  une 
fuffifante  entre  eux  ,  tant  qu'on  y  main- 
tiendroitladifciplinedans  la  vigueur  qu'on 
venoit  de  lui  communiquer.  Qu'enfin  il 
prévoyoit  que  les  balles  jalouiies  ^  l'inté- 
rêt ,  &  l'appréhenfion  de  perdre  des  pen- 
fionnaires  feroient  commettre  bien  des  lâ- 
cherez &  des  foiblcfles ,  qui  pouroient  fai- 
re retomber  l'Univerfitédansde  nouveaux 
defordres. 

MelTieurs  du  Parlement  eurent  prefque 
les  mêmes  vues  &  les  mêmes  appréhen- 
lions  que  Richer  ;  mais  ils  ne  purent  em- 
pêcher le  retour  des  Jefuites ,  que  le  Roi 
eut  la  bonté  de  rappeller  en  France  fur  la 
lin  de  l'année  1603.  après  neuf  ans  de  ban- 
nillement  hors  de  Paris  &  des  autres  Vil- 
les du  Royaume.  Ils  furent  même  obligez 
de  vérifier  l'Editdeleur  rétablilfement  par 
unArrert  qu'ils  donnèrent  le  2.  de  Janvier 
de  l'année  fuivante  1604.  Néanmoins  Ri-  — — 1 
cher  ,  &  tous  ceux  qui  prenoient  à  cœur  1604. 
la  gloire  ôc  l'intérêt  de  l'Univerlité  ,  fu- 
rent délivrez  û'une  partie  de  leurs  appré- 
henlîons  :  car  les  Jefuites  n'eurent  pas  fi- 
tôt  la  liberté  d'enfeigner  à  Paris ,  cette  per- 
miiïion  ne  leur  ayant  été  accordée  que  14. 
ou  15^.  ans  après.  *  L'Univerfité  eut  tout  *  En 
le  loifir  de  fe  remplir  ,  &  de  fe  fortifier  x^iS, 
avam  que  l'on  fift  l'ouuerture  du  Collège 
de  Clermont. 


4^  La     Vie 

— — — «     Richer  ne  fongeant  plus  qu'à  refpîrer 
1604.    des  travaux  &  des  tourmens  que  lui  avoit 
coûtez  la  Reformation  de  rUniverfité,fe 
renferma  dans  le  Collège  du  Cardinal-le- 
Moine  ,  refolu  de  donner  à  l'étude  tout 
le  temps  que  le  foin  de  la  Communauté 
pouroit  lui  laifTer  de  relie  ;  mais  les  Bour- 
iîers ,  jaloux  de  fon  repos  ,  tâchèrent  peu 
de  temps  après  de  renouveller  la  querelle 
qu'ils  lui  avoient  faite  autrefois  fur  le  ti- 
tre de  la  Principalité  du  Collège ,  qu'ils  lui 
conteiîoient  par   une   conclu iion  de  leur 
.    Aifcrnblce  du  i)".  Janvier  1605-.   Ils  refo- 
^  _^'      lurent  de  pouil'tr  le  procès  qu'ils  lui  avoient 
^*    intenté  pour  cela  dès  le  commencement  de 
fa  grande  Maîtrife.   Ils  en  avoient  fait  un 
tout  femblable    vingt  ans  auparavant  au 
Grand   Maître  Lafilé  ,  fon  predeceflèur  ^■ 
pour  le  même  fujet,  &  ils  l' avoient  per- 
du avec  dépens, après  avoir  été  contraints 
^jir       d'abandonner  le  Principal  *  qu'ils  avoient 
DCi-eu"^"   ^^^^^^  •  "^^'^  ^oit  qu'ils  ayent  auffi  per- 
**  ^    ^'     du  leur  caufe  dans  cette  nouvelle   tenta- 
tive, foit  qu'ils  ayent  délîfté  de  leur  pour- 
fuite  ,  Richer  demeura  toujours  Principal'; 
&  il  ne  fe  démit  de  cette  charge.,  qu'il 
etoit  bon.de  tenir  réunie  avec  la  grande 
Maîtrife  dans  une  feule  pcrfonne  pour  le 
bien  du  Collège  ,  que  iorfquc  fon  âge  & 
fes  infirmitez  ne  lui  permirent  plus  de  l'e- 
xercer avec  fa  vigueur  &  fon  alfiduité  or-* 
dinaires. 

C'eft  à  cette  même  année  que  l'on  -doit 
rapporter  l'origine  des  troubles  excitez  en 
Sorbonne  au  liijet  de  la  puilïànce  eccle-^ 
liaftique  à.  fcculiere.  Les  Libraires  de  Pa? 


d'Edmond    Ri  cher.    47 

rîs ,  qui  avoieiu  formé  une  focieté  ,  pour  — — — 
fe  remettre  en  état  de  redonner  au  Public  160S» 
tous  les  Ouvrages  des  Percs ,  &  des  Auteurs 
Ecclefiaftiques  les  plus  célèbres, ayant  en- 
trepris de  ralfembler  en  un  corps  ceux  de 
Gerfon, autrefois  Chancelier  de  l'Univer- 
iitc  de  Paris,  avoient  engagé  Richer  à  les 
revoir ,  &  Tavoient  prié  de  préfider  à  leur 
Edition.  L'amitié  qui  étoit  dès -lors  fort 
ctroitc  entre  notre  Dodeur  &  le  tameux 
Paul  Sarpi  ,  Vénitien,  Religieux  Scrvite, 
&  Théologien  de  la  Republique  de  Veni- 
fe  ,  nommé  vulgairement  Frapaolo  ,  ne 
permit  pas  qu'il  lui  difllrnulât  ce  qu'il  fai- 
foit  à  la  gloire  de  Gerfon  &  le  bien  public. 

L'Edition  n'étoit  pas  encore  achevée  ,  >»-  ■  ' 
lorfqu'en  1606.  on  vit  éclater  le  fameux  1606. 
dirterend  qui  s'étoit  élevé  entre  le  Pape 
Paul  V.&  la  Republique  de  Venife.  L'in- 
terdit que  le  Pape  jetta  fur  la  Ville  donna 
lieu  à  Frapaolo  de  rechercher  la  qualité  & 
la  valeur  des  cenfures  ecclcfiaftiques  ;  & 
l'engagement  où  il  fe  trouvoit  de  défen- 
dre la  Republique  ,  le  porta  à  publier  en 
Italie  deux  petits  Traitez  de  Gerfon  con- 
cernant la  matière  des  excommunications 
&  des  irrégularité!.  Ces  deux  Ecrits  fu- 
rent regardez  par  les  Vénitiens  comme  une 
puifTante  défenfe  contre  les  cenfures  du  Pa- 
pe, &  ils  déplurent  fort  à  la  Cour  de  Ro- 
me. Le  Cardinal  Bellarmin  y  répondit  auf* 
li-tôt  en  langue  vulgaire  :  mais  il  s'en  ac- 
quitta d'une  manière  11  injurieufe  à  la  mé- 
moire de  Gerfon ,  qui  étoit  en  vénération 
par  toute  la  France  ,  &  à  la  doctrine  en- 
tière de  rUuiverfué  de  Paris  ,  qu'il  cho 


4^  L  A    V  I  E  ^ 

— —  qua  plufieurs  Docteurs  de  Sorbonne  ,  & 
2606.    les  plus  habiles  d'entre  les  Confeillers  & 
les  Avocats  du  Parlement. 

C'ell  ce  qui  donna  lapenféeàRicherde 
rechercher  les  moyens  les  plus  propres  à 
faire  encore  mieux  connoître  qu'aupara- 
vant quelle  avoit  toujours  été  la  dodri- 
ne  de  la  Sorbonne  &  de  l'Univerfité  de 
Paris  touchant  l'autorité  du  Pape  &  du 
Concile  General.  Il  crut  qu'il  feroit  bon 
pour  ce  delTcin  de  publier  ,  autant  qu'on 
pouroit,  les  Ecrits  de  ceux  qui  avoient  été 
autrefois  les  témoins  &  les  dépolîtaires  de 
cette  dcétrine  :  &  tandis  que  les  Théolo- 
giens de  Venife  étoient  occupez  à  repouf- 
1er  Bellarmin ,  il  confeilla  aux  Libraires  de 
Paris  d'imprimer  à  la  fin  des  Oeuvres  de 
Gerfon  quelques  petits  Traitez  du  Cardi- 
nal Pierre  d'Ailly  Evêque  deCambray,de 
Jacques  Almayn  Ôt  de  Jacques  Lemaire, 
dit  Major  ^Dottem  de  la  Faculté  de  Paris. 
Dans  le  même  temps  Maffé  Barberin, 
Nonce  du  Pape  en  France ,  &  depuis  fou- 
verain  Pontite  fous  le  nom  d'Urbain  VIII. 
cherchoit  dans  la  Faculté  de  Paris  des 
Théologiens  qui  vouluflènt  écrire  de  la 
puîiiance  du  Pape  contre  les  Vénitiens, 
&  il  employoit  le  Dôdeur  André  Duval, 
qui  lui  avoit  toujours  paru  tres-attaché  à 
fon  fervice,  pour  chercher  quelqu'un  qui 
fût  dans  cette  bonne  difpofition.  DuvaP 
étoit  un  homme  élevé  dans  les  préjugez 
de  la  Schoiadique  moderne  ,  &  entière- 
ment dévoué  à  la  Cour  de  Rome.  Quoi 
qu'il  fût  aiOTez  peu  verfé  dans  l'étude  des 
Pères  &  de  i'xintiquité  ecclefiaftique  ,  il 

avoir 


d'E dmond    Riche r.     49 

àvoît  été  choiii  avec  Philippe  de  Samaches  :; 

pour  être  premier  ProfefTeur  royal  en  Théo-    j  ^q^^ 
logie  politive  Tan  i5'98.  incontinent  après 
rinftitution  des  deux  chaires  ,  faite  par  I0 
Roi  Henri  le  Grand. 

Duval ,  au  lieu  de  s'acquitter  de  fa  com- 
mifllon ,  crut  devoir  donner  avis  au  Non- 
ce de  la  nouvelle  Edition  des  Oeuvres  de 
Gerfon  ,  comme  d'une  chofe  plus  préju- 
diciable encore  à  l'autorité  du  Pape  ,  que 
tout  ce  que  l'on  pouroit  faire  &  écrire  en 
faveur  des  Théologiens  de  Venife,  Le  Non- 
ce en  eut  peur,  &  alla  fur  le  champ  ren- 
dre vifite  au  Chancelier  Brulart  deSillery, 
de  qui  il  obtint  qu'on  n'expoferoit  pas  en 
vente  les  Ouvrages  de  Gerfon  pendant  tou- 
te l'année  i6c6.  La  défenfc  qui  en  fut  û- 
gnifiée  aux  Libraires ,  toucha  fcnfiblement 
Richer  ,  qui  regardoit  cette  entreprife  du 
Nonce  comme  une  première  démarche  que 
faifoit  la  Cour  de  Rome  pour  opprimer  & 
détruire  même  dans  le  cœur  du  Royaume 
la  doctrine  des  Anciens  touchant  l'autori- 
té de  l'Eglife  &  du  Concile  fur  le  Pape.  Il 
crut  en  même  temps  que  l'on  faifoit  af- 
front à  Gerfon  &  à  toute  i'Univeriité  : 
de  forte  que  le  2ele  qu'il  avoit  pour  con- 
ferver  la  réputation  de  l'un  &  de  l'autre, 
lui  fit  entreprendre  la  défenfe  de  Gerfon^ 
qui  avoit  été  le  principal  appui  de  la  1^  a- 
culté  de  Théologie  ,  &  l'un  des  grands 
ornemens  de  TEglife  de  France  en  fon 
temps. 

Le  deflein  de  cette  Apologie  n'étoit  pas     XIÎ.' 
de  s'élever  contre  ce  que   le  Nonce   vc-      llichcr 
Doit  de  faire  à  Paris  au  préjudice  de  Ger^  çQmpofe 


5*0  L  A      V  I   E 

uneApo-  fon  ;  maïs  de  réfuter  l'Ecrit  Italien  ,  que 
Jogie  en  le  Cardinal  Bellarmin  avoit  publié  contre 
luveurde  jes  deux  petits  Traite2  du  Dodeur  très- 
Gerfon.  Chrétien  *  imprimer  par  Frapaolo ,  &  qu'on 
^C'eftle  venoit  de  taire  paroître  en  Latin  àMayen- 
nom  de  ce.  Richer ,  aulTi-bien  que  ce  qu'il  y  avoit 
Gci-ron.     de  gens  d'honneur  ,&  d'amateurs  de  la  ve- 

^—^ rite  en  France  ,  étoit  indigné  de  la  har- 

1606.  dielTe  avec  laquelle  Bellarmin  avoit  ofé 
deshonorer  un  li  faint  pcrfonnage  :  il  ne 
pouvoit  comprendre  dans  quel  elprit  cet 
Ecrivain  avoit  avancé  que  la  do6trine  de 
Gerfon  ,  qui  a  été  confacrée,  &  comme 
canonifée  dans  le  Concile  Oecuménique 
de  Confiance  ,  eft  une  dodrine  témérai- 
re, tres-injurieufe  au  faint  Siège,  entière- 
ment erronée,  fchifmatique ,  &  fort  appro- 
chante de  l'herefie  des  Hérétiques  de  no- 
tre temps.  Néanmoins  il  s'appliqua  beau- 
coup plus  à  développer  les  fophifmes  de 
ce  Cardinal ,  qu'à  repoufTer  les  injures  :  & 
joignant  toujours  la  modération  à  la  for- 
ce ,  il  fit  voir  que  la  dodrine  de  Gerfon 
&de  la  Faculté  de  Paris  touchant  la  puif- 
fance  du  Pape,  étoit  autorifée  par  le  Droit 
divin  &  naturel ,  &  par  la  tradition  ancien- 
ne de  l'Eglife  ,  &  par  un  ufage  fuivi  & 
confiant  des  huit  premiers  Conciles  Gé- 
néraux ,  &  qu'elle  avoit  été  depuis  plei- 
nement rétablie  par  celui  de  Confiance  ; 
ce  qu'on  ne  pouvoit  plus  diffimuler  de- 
puis ce  temps-  là  ,  fans  être  ou  parfaite- 
ment ignorant  ,  ou  aveuglément  palTion-' 
né  pour  les  injuftes  prétentions  de  la  Cour 
de  Rome. 
Richer  ne  put  travailler  fi  fecretement 


d'Edmond    Rtcher.     fi 

â  cet  Ouvrage  ,  que  Duval  n'en  eût  le  — — 
vent.  Celui-ci  en  prît  Tallarme  ,  &  alla  1606, 
déclarer  au  Nonce  queRichér  étoit  foup- 
çonné  d'écrire  contre  le  Cardinal  Bellar- 
inin  pour  la  dcfenfe  de  Gerfon  ,  &  qu'il 
étoit  d'une  très-grande  confequence  de  l'ar- 
rêter dans  les  commencemens.  Le  Non- 
ce ,  qui  avoit  été  crée  Cardinal  depuis  peu 
de  jours  ,  voulut  fe  lervir  de  Duval  niê- 
inéme,  comme  d'un  Inter-Nonce  ,  pour 
déclarer  fes  intentions  à  Pvicher.  Duval  le 
vint  trouver  par  fon  ordre ,  &  le  preila  de 
fa  part  de  s'aller  purger  devant  lui  des 
foupçons  &  des  rapports  defobligeans  pu- 
blics dont  on  l'avoit  prévenu.  On  étoit 
alors  dans  les  rcjcuifîances  publiques  de 
la  cérémonie  que  l'on  lit  du  Baptême  du. 
Dauphin  ,  &  Richer  fe  fit  confcience  de 
troubler  la  joye  qu'on  affe^toit  d'y  faire 
paroître  ,  en  lui  refufant  la  fatist'adioii 
qu'il  demandoit  de  lui.  Il  l'alla  trouver  à 
l'Hôtel  de  Clugny,  où  les  Nonces  avoient 
coutume  de  loger,  pour  être  plus  près  de 
la  Sorbonne.  il  prit  des  détours,  pour  lui 
ôter  le  foupçon  qu'on  lui  avoit  donné  de 
lui ,  &  il  lui  fit  accroire  que  ce  qu'on  lui 
avoit  rapporté  de  l'Apologie  de  Gerforè 
contre  Bellarmin ,  dont  les  difcours  le  fai- 
foient  auteur, venoit'principalement  de  ce 
qu'on  le  faifoit  palier  pour  un  homme  fort 
attaché  aux  anciennes  prétentions  de  l'E- 
glife  de  France  ,  fort  zélé  pour  la  gloire 
de  la  Faculté  ,  &  grand  admirateur  de 
Gerfon. 

Le  Nonce  parut  content  de  cette  défai- 
te, &  Richer  revint  continuer  l'Apologie 

Dij 


fi  L  A  V  t  E  i 

— avec  encore   plus  d'alÏÏirance  qu^auparîP? 

i6c6.  vant  ,  mais  fans  dcflein  de  le  faire  paroî- 
tre  alors  par  refped  pour  le  Cardinal  Bar- 
bcrin.  On  fçut  ce  qui  s'étoit  pafTé  chez  le 
Nonce.  Le  bruit  qu'on  en  fit  excita  la  cu- 
rioiitc  de  plulieurs  Sçavans  delà  Ville,  qui 
allèrent  importuner  Richer,  pour  leur  faire 
voir  fon  Ouvrage.  Il  ne  put  refufer  cette  fa- 
tisftidion  à  fon  intime  ami  Nicolas  Lefe- 
vrc  ,  qui  fut  depuis  Précepteur  de  Louis 
XIII.  Une  infidélité  que  d'autres  firent  à 
cet  ami, qui  leur  en  avoir  communiqué  la 
vûë  ,  fut  caufe  qu'on  l'imprima  l'année 
fuivante  en  Italie  ,  mais  d'une  manière  fi 
dcfeétucufc ,  que  l'Auteur  eut  honte  de  le 
reconnoîire  en  cet  état. 

Son  dclfein  fut  pour  lors  d'abandonner, 
&  de  laiifer  même  cet  Ouvrage,  dans  l'ef- 
perance  que  l'accommodement  du  diffé- 
rend de  Venife  avec  Rome  ôtcroit  aux  dé- 
fcnfeurs  de  la  puilfance  ablbluë  du  Pape 
l'envie  de  ne  plus  mal-traiter  Gerfon  &  la 
Sorbonne.  Mais  4.  ans  après ,  lorfque  tou- 
te la  France  pleuroit  la  perte  de  fon  Roi, 
BcUarmin  ayant  pris  occafion  du  détefta- 
bîe  parricide  qui  avoit  ôté  du  monde  ce 
grand  Prince, pour  publier  fon  livre  de  la 
puifTance  du  Pape  dans  le  temporel ,  con- 
tre Braclay ,  où  ce  Cardinal  fembloit  affez 
ouvertement  approuver  le  crime  de  Ra- 
vaillac;  l'indignation  failit  Richer  de  nou- 
veau :  de  forte  que  la  tendrelfe  qu'il  avoit 
pour  fa  Patrie  ,  &  la  compaiïion  dont  il 
rat  touché  par  le  trille  état  du  Royaume, 
&  pour  le  bas  âge  du  Roi  Louis  XIII ,  fe 
joignant  à  l'amour  de  la  vérité ,  qui  fc  trou-  i 


d'E  d  m  O  N  D    R  I  c  h  E  R  .      f  5 

va  offenfée  en  même  temps  par  des  The — — • 

fes  conformes  à  la  do6lrine  de  Bellarmin,  i6c6. 
foûtenuës  au  grand  Convent  des  Jacobins 
de  Paris ,  lui  firent  remettre  la  main  à  fon 
Apologie  pour  Gerfon.  Il  y  apporta  plus 
de  foin  &  d'étude  qu'il  n'avoit  fait  encore 
à  aucun  Ouvrage  qu'il  eût  compofé  :  parce 
qu'il  prétendoit  y  renfermer  tous  fes  véri- 
tables fentimens  fur  ce  fujet  d'une  maniè- 
re également  exade  &  fuccin6le  ;  afin  qu'on 
pût  juger  de  fes  autres  Ecrits  par  ce  Livre, 
&  qu'on  pût  reformer  fur  lui  tout  ce  qu'il 
auroit  dit  ou  écrit  ailleurs ,  qui  ne  s'y  trou- 
veroit  pas  conforme, 

Mais  l'engagement  où  il  fe  vit  enfuite 
de  donner  fon  petit  Ecrit  de  la  puiifance 
ecclelîaftique  &  politique ,  qui  n'étoit  qu'un 
extrait  de  cette  Apologie,  &  qui  excita  de 
grands  bruits  dans  la  Faculté  de  Théologie, 
fut  caufe  qu'il  en  différa  la  publication 
jufqu'après  la  pacification  de  ces  troubles. 
Lf'occalion  une  fois  échappée  ne  fe  pre- 
fenta  plus  commodément  de  fon  vivant; 
&  l'Apologie  pour  Gerfon,  pour  l'autori- 
té fouverainc  de  l'Eglifeôc  du  Concile  Ge- 
neral ,  &  pour  l'indépendance  de  la  puil^ 
fancc  temporelle  des  Rois, demeura  enfe- 
velie  avec  les  autres  manufcrits  de  Richer 
jufqu'à  ce  qu'on  la  fit  imprimer  en  Hol- 
lande la  première  année  du  pontiiicat  d'In- 
nocent XL  avec  la  vie  même  de  Gerfon. 

Quoique  le  Cardinal  Barberin  parût  cx^    XIIï.' 
trémement  jaloux  de  l'honneur  de  la  Cour  Pi-atiques 
Romaine  ,  &  2elé  pour   la  défenfe  de  fes  du  Non- 
prétentions  ;  Richer  ne  lailfoit  pas  de  s'ef-  ce  pour 
limer  alfez  neureux  pendant  fa  Nonciatu-  faire  re- 

D  lij 


f  4  L  A       V  I    E 

fconnoî-  re  :  parce  qu'étant  éclaire  ,  &  naturelle- 
tre  la  rnent  bienfaifant ,  il  n'einployoit  ni  la  vio- 
puidance  lencc  ni  l'artifice  pour  détruire  la  dodri- 
abfolue  ^g  oppofée  à  celle  qu'il  fouhaitoit  faire 
du  Pape,  recevoir. 

^•irr-r^'  ^^'^  ^^  Cardinal  s'en  étant  retourné  à 
laillibihte  j^^^^  j,^^  j^^^^  aufll-lôt  après  l'accord 
ea  irian-  ^^^p^^p^   p^^l    y^  ^^,^^  la  République  de 

^^ Venife ,  fait  par  l'entremife  du  Roi  Très- 

'     .  "      Chrétien  ,  on  vit  venir  en  France  un  au- 
1^7-     tj-e  Nonce  de  Sa  Sainteté  ,  qui  apporta  peut- 
être  plus  de  2ele,  mais  moins  de  modéra- 
tion dans  le  maniment  des  efprits.  Ce  Non- 
ce étoit  Robert  Ubaldin,  natif  de  Floren- 
ce, Evêque  de  Monte  -Pulctano,    Il  avoit 
pour  Auditeur  Alexandre  Scappi  ,Dodeur 
en  Droit-Canon  de  l'Univerlité  de  Bolo* 
gne  ,  homme  remuant  &  hardi ,  ayant  toû* 
jours  l'efprit  inquiet  &  turbulent,  toujours 
difpofé  à  brouiller  les  affaires  ,  &  à  mettre 
la  divilion  dans  les  Allemblées.  Cet  hom- 
me profitant  du  voiiinagedeSorbonne,où 
T)  DUS      ^^ Nonce  étoit  logé  , ne  fut  pas  long-tems 
raniJe      ^^^^  troubler  toute  la  Faculté  deTheolo- 
l'ôoi.  les  g^^  de  Paris  par  fes  intrigues  continuelles. 
Nonces     i/C  Nonce  qui  appuyoit  Ion  Auditeur  ,agif- 
loi^eoient  foit  de  fon  côté  par  des  intrigues  un  peu 
à  VHotei  plus  concertées ,  pour  tacher  d'engager  les 
4e  Clu-     principaux  du  Clergé  à  prendre  la  défenfe 
gny.  de  ce  qu'il  appelloit  la  puifiance  du  Pape; 

car  c'cll  le  terme  fpecieux  dont  on  fe  fer- 
voit  pour  colorer  les  embûches  qu'on  tcri' 
doit  à  la  liberté  àci  Eglifes. 

Il  y  avoit  deux  raifons  principales  qui 
portoient  le  Nonce  à  faire  toutes  ces  fol- 
liçicîinoiis.   La   première    étoit   i'iflUé  dç; 


d'Edmond   Ri  cher,      ff 

rinterdit  de  Venife  ,  qui  n'avoir  pas  rcul- 

fi  au  contentement  de  la  Cour  de  Rome.  1607 
L'autre  ctoit  la  découverte  qui  s'étoit  fai- 
te en  Angleterre  de  la  conlpîration  des 
poudres  contre  le  Roi  Jacques.  Pour  dé- 
tourner le  foupçon  de  cette  confpiration, 
dont  on  vouloit  charger  les  Catholiques 
du  Pays,  TArchiprétre'  George  Blaikwel , 
&plulieurs  autres  Prêtres  Anglois  avoient 
écrit  que  les  Catholiques  d'Angleterre  pou- 
voient  en  fureté  de  confcicnce  prêter  le 
ferment  de  fidélité  au  Roi  ,  ôc  figner  le 
Formulaire  qu'on  leur  prefcntoit  pour  ce- 
la ;  de  plus  ,  que  la  Faculté  de  Théolo- 
gie de  Paris  tcnoit  que  la  puilFance  fpi- 
rituelle  du  Pape  étoit  limitée  par  les  Ca- 
nons ,  &  que  pour  la  temporelle  il  n'en 
avoit  aucune, pas.  même  indire^lcment  de 
droit  divin ,  comme  le  prétendoit  le  Car- 
dinal Bellarmin. 

Ce  dernier  point  fit  queleN'onceUbal- 
din  chercha  principalement  à  s'alllirer  dans 
la  Sorbonne  de  ceux  qui  étoient  porte^ 
pour  la  dodrine  de  Rome.  Il  communi- 
qua fur-tout  avec  le  DofteurDuval ,  qu'il 
trouva  aulfi  zélé  pour  le  fervir  en  ce  point, 
qu'il  Tavoit  paru  fous  fon  prédéccUeur 
Barberin  ;  il  lui  parla  d'abord  de  faire  en 
forte  que  la  Faculté  donnât  une  Décla- 
ration de  la  puilfance  que  le  Pape  devoit 
avoir  fur  le  temporel  :  mais  Duval  ,  qui 
convenoit  qu'on  ne  pouvoit  pas  trop  éten- 
dre l'autorité  du  fouvcrain  Pontife  pour  la 
gloire  de  Dieu,&  le  maintien  de  la  Reli- 
gion, ne  crut  pas  que  l'expédient  pûtréuf- 
iir.  Son  avis  fut  que  le  Nonce  obtînt  plu- 

D  iiij 


f  5  L  A     V  I  E 

._^.     —  tôt  du  Chancelier  que  la  Sorbonne  s'aP- 
*■  ij5o7.     femblât  ,  pour  refoudre  fi  le  Pape  avoit 
quelque  pouvoir   fur   le  Royaume  d'An- 
gleterre. 

Richer ,  qui  depuis  plus  de  deux  ans  ne 
fe  trouvoit  plus  aux  Aflemblées  de  Sor- 
bonne, pour  donner  plus  de  temps  à  fes 
.^Jean      études  parriculieres*,  apprit  d'un  Doâeur,'*^ 
Jortin..     qui  étoit  l'ami  &  le  confident  de  Duval , 
la  refolution  qu'il  avoit  prife  avec  le  Non- 
ce.  Cette  nouvelle  l'affligea  d'autant  plus 
fenfiblement ,  qu'il  ne  voyoit  prefque  per- 
fonne  dans  toute  la  Faculté  qui  eût  affez 
de  force  pour  s'oppofcr  efficacement  à  cet- 
te entreprife.   Mais  Dieu  qui   le  deftinoit 
lui-même  à  cet  ouvrage  ,  fit  bientôt  naî- 
tre l'occafion  de  le  faire  retourner  en  Sor- 
bonne. 
ÏLichei-      Dans  rAflTemblée  de  la  Faculté  qui  fe 
eft  clû      tînt   le   2.  de   Janvier  1608  ,  Richer  fut 
Syndic      élu ,  d'un  commun  contentement  de  tous 
dekFa-    jes  Douleurs  qui  la  compofoient ,  pour  être 
culte.       Syndic  en  la  place  de  Rolland  Hébert  , 
Curé  de  faint  Cofme  ,  qui  fut  depuis  grand 
Pénitencier  de  i'Eglife  de  Paris ,  &  enfui- 
te  Archevêque  de  Tours ,  &  qui  avoit  dé- 
claré en  quittant  le  Syndicat  qu'il  ne  con- 
noiflbit   pas   de  Doéteur  plus  capable  de 
l'exercer  dignement,  que  le  grand  Maître 
du  Collège  du  Cardinal-le-Moine. 

Richer, qui  écoit  non  feulement  abfent, 
mais  qui  étoit  fort  éloigné  de  pcnfer  à 
rien  de  fem.blable  ,  &  de  croire  que  l'on 
dût  fongcr  à  lui,  parut  un  peu  embarrall'e 
de  ce  choix.  Il  fe  tranfporta  en  Sorbonne 
kl  y.  du  même  mois,  &  déclara  dans  l'af* 


d'Edmond  Ri  cher.     f7 

femblée  de  la  Faculté  ,  qu'il  ne  pouvoit  —  ■'  » 
fc  refoudre  à  accepter  le  Syndicat ,  à  moins  1608. 
que  tous  les  Dodeurs  ne  promifleiit  de 
travailler  avec  lui  pour  rétablir  1-ancien- 
jie  difcipline  de  la  Faculté ,  qui  étoit  en- 
tièrement déchue.  La  Compagnie  le  lui 
promit  tout  d'une  voix ,  &  elle  le  remer- 
cia Iblemnellement  d'avoir  des  intentions 
Il  louables. 

Il  commença  les  fondions  de  fon  Syn-  Il  empêr 
dicat  par  revoir  tous  les  titres  &    les  re-  chequ'on 
giftres  de  la  Faculté ,  qui  étoient  en(ève-  ne  foù- 
lis  dans  la  poufficrc,  &  mangez  des  vers,  tienne 
Outre  l'ordre  qu'il  y  remit, Ôc  les  fupplé-  *^^"s    ^^^ 
mens  qu'il  fit  faire  à  tout  ce  qu'il  y  avoit  "^hefes 
de  défeduex  ;  il  y  apprit  aufli  les  délibe-  ^''^"    .^ 
rations  des  Anciens, dont  il  croyoit  avoir^°"l'^f^*^ 
befoin  dans  les  conjondures  des   affaires      '   j 
du  temps.    Il  s'appliqua  en  même  temps  p£o]{fc 
à  découvrir   toutes   les   intrigues  dont  fe  Gaîlica- 
fervoit  l'Auditeur  Scappi  pour  gagner  la  ne. 
Sorbonne  :  &    voyant   de   quelle  confe- 
quence  il  éto't  d'arrêter  promptement  le 
cours  de  fes  artirices ,  il  fit  ordonner  par 
la  Faculté  aflcmblée  le  premier  jour  de 
Février  fuivant  ,  que  tous  les  Bacheliers 
en  Théologie  apportalfent  leurs  Thefes  au 
Syndic  un  mois  avant  que  de  répondre  en 
public  ;  afin  qu'il  eût  le  loilîr  de  les  exa- 
miner avec  plus  d'exaditude  qu'on  avoit 
fait  auparavant. 

Il  fit  avertir  en  même  temps  tous  les 
Bacheliers  de  s'abflenir  de  toutes  Propofi- 
tions  odieufes  dans  leurs  Thefes  ,  parce 
que  l'état  prefent  des  affaires  du  Royau- 
me demandoit  beaucoup  de  circonfpec- 


f  8  L  A    V  I  E 

<^— — *•  tion  ;  &  que  la  neceflité  où  Ton  étoît  de 
1608.  tolérer  les  Huguenots  eu  France  ,  pour 
jouir  de  la  paix  fuivant  les  Edits  du  Roi, 
obligeoit  à  ne  les  point  fcandalifer  mal- 
à-propos,  &  à  ne  leur  donner  aucune  prife 
fur  l'Eglife  Catholique  ;  qu'il  falloit  qu'ils 
fe  conformafTent  fur-tout  aux  maximes  de 
l'Eglife  Gallicane  &  de  l'Univerfité  de  Pa-. 
ris,  qui  de  tout  temps  étoit  demeurée  dans 
le  Julie  milieu  entre  les  extrémitez  vicieu- 
fes  de  ceux  qui  donnoient  trop ,  ou  trop 
peu  de  puiiTance au  Pape,  comme  on  pou- 
voit  le  voir  dans  les  Lettres  de  S.  Ber- 
nard ,  &  dans  les  articles  de  la  Faculté, 
qu'on  avoit  coutume  de  figner  :  &  afin 
que  l'ignorance  ne  leur  fifl:  rien  faire  en 
ce  point  qui  fût  préjudiciable  à  leur  de- 
voir ,  il  obtint  dans  l'ilifemblée  du  pre- 
mier Mars  fuivant ,  que  les  articles  feroient 
réimprimez  de  nouveau, &  que  tous  ceux 
qui  étoient  du  Corps  de  la  Faculté  en  au- 
roient  un  exemplaire. 

Mais  Duval ,  qui  étoit  entièrement  dé- 
voué au  Nonce  du  Pape  ,  &  qui  demeu- 
roit  aveuglément  attaché  à  la  do6lrine  des 
Jefuites,  chez  qui  il  avoit  fait  toutes  fes 
études ,  empêcha  par  fes  brigues  &  fes  fol- 
Mcitations ,  que  Ton  n'exécutât  ce  Décret 
de  la  Faculté.  Ce  Dodeur  profitant  de 
l'autorité  que  lui  donnoit  la  chaire  roya- 
le ,  &  de  l'accès  qu'il  avoit  auprès  des 
Prélats ,  &  de  quelques  Grands  de  la  Cour, 
avoit  acquis  dès  -  lors  beaucoup  de  crédit 
en  Sorbonne  ;  aulTi  a-t-on  remarqué  que 
depuis  qu'il  s'étoit  vu  en  charge ,  il  a  tou- 
jours tâché  de  difpofer  de  toutes  chofes  à 


d'E  d  m  o  >:  d    R I  c  h  e  r.     5*9 

fa  fantaifîe ,  (bit  dans  la  Faculté  de  Thco — -^ 

îogic,  foit  dans  la  Maifon  particulière  de     1608. 
Sorbonne ,  fans  vouloir  s'afïùjettir  aux  Sta- 
tuts, ni  à  aucune  autre  règle. 

Richer  ne  laifïa  pas  de  demeurer  toujours 
ferme  à  empêcher  que  Ton  ne  foutînt  au- 
cune Propolition  contraire  aux  véritables 
maximes  de  Sorbonne.  Il  fçut  li  bien  bri- 
der rx\uditeur  Scappi  ,  &  les  autres  émif- 
faires  du  Nonce  ,  que  Duval  chagrin  de 
voir  qu'il  biftbit  tous  les  jours  quelques 
■J'htfes,  &.  particulièrement  celles  des  Men- 
d'ants  ,  ians  qu'il  puft  y  apporter  d'ob- 
llaclcs  ,  difoit  publiquement  qu'il  auroit» 
fouhaité  devenir  martyr  de  la  puiflanccdu 
Pape,  ou  fe  voir  au  moins  condamné  au 
bannilîement ,  pour  la  délcnfe  de  cette  cau- 
fe  :  mais  toutes  fes  plaintes  turent  alors 
fans  effet  ,  &  elles  ne  fervirent  qu'à  faire 
mieux  connoître  de  quel  génie  il  ctoit  in- 
fpiré.  __^ 

Sur  la  fin  de  l'an  1609.  les  Jefuites  ob-       , 
tinrent  des  Lettres  Patentes  du  Roi  pour    ^IV 
ouvrir  lesClalFes  de  leur  Collège  dcCler-    jj  ^^' 
mont  à  Paris.  Ces  Pères  fe  fouvenant  de  p^Çç  ^^ 
ce  qui  s'étoit  pafié  dans  le. temps  de  leur  l'ouver- 
rétablilîement ,  avoient  adroitement  diviie  tu.e  des 
Jes  quatre  P^acultei  ,  &  en  avoient  gagné  Clafles 
les  principaux  fuppôts,  pour  empêcher  que  desjefui- 
rUnivcrlité  ne  s'opposât  à  ces  Lettres.  Ri-  tes,  5c 
cher  ,  à  qui  la  charge  de  Syndic  facilitoit  s'attire 
toute  chofe,  travailla  fortement  pour  rcu-  ^^"i'  ^^i* 
nir  les  efprits.    Il  fçut  tellement  encoura-  ^^ 
ger  les  quatre  Facultez  ,  qu'il  fit  former 
l'oppolition  au  nom  de  toute  l'Univerli- 
té.  h  employa  aulTi  le  crédit  du  Cardinal 


6o  L  A      V  I   E    •  J 

— —- •-  du  Perron, qui  rendit  en  cette  occafîon J|l 
1609.    rUniverfité  tout  le  fervice  dont  il  fut  ca- 
pable ,  &  qui  continua  fes  bons   offices 
pour  elle,  tant  que  le  Roi  Henri  IV.  fut 
au  monde. 

C'eft  ainfî  que  Richer  fit  échouer  l'en- 
treprife  des  Jefuites.  Ils  fçurent  bien  lui 
en  attribuer  tout  le  mauvais  fuccès,&  ils 
le  regardèrent  toujours  depuis  comme  un 
objet  digne  de  leur  haine.  Ce  qui  fe  paiFa 
depuis  entre  TUniverlité  &  eux  pendant  le 
temps  de  fon  Syndicat  ,  ne  contribua  pas 
à  diminuer  cette  averlion.  La  confiance 
•  de  Richer  ,&  fon  égalité  d'efprit  fervit  en- 
core à  la  faire  croître  ;  &  il  apprit  par  fon 
expérience  à  quoi  doivent  fe  refoudre  ceux 
qui  ont  quelque  chofe  à  démêler  avec  cet- 
te puilfante  Compagnie.  Ufçavoitque  lors 
qu'on  leur  a  déplu  une  fois ,  ou  qu'on  les 
a  traverfez  dans  leur  chemin  ,  non  feule- 
ment ils  ne  pardonnent  jamais ,  mais  qu'ou- 
tre autant  d'ennemis  qu'ils  font  de  têtes, 
ils  arment  encore  tous  leurs  amis  &  leurs 
créatures ,  &  qu'ils  mettent  en  œuvre  tous 
les  moyens  que  leur  nouvelle  politique 
leur  fuggere  ,  fous  le  beau  prétexte  de  la 
plus  grande  gloire  de  Dieu  ,  pour  perdre 
au  moins  de  fortune  &  de  réputation  ceux 
dont  ils  fe  croyent  offenfex.  Mais  il  aima 
mieux  fe  préparer  à  tout  foutirir  ,  que  de 
jamais  abandonner  les  intérêts  de  la  }uih'- 
ce  &  de  la  vérité  ,  refolu  de  n'oppofer  à 
tous  les  artifices  de  fes  x\dverfaires  que  le 
témoignage  d'une  bonne  çonfcience,  avec 
ce  qu'il  plairoit  à  Dieu  de  \m  donner  de 
courage  &  de  lumière. 


d'Edmond    Riche r.    6i 

L'àflàffmat  imprévu  commis  le  14.  de  --— ^ 
!May  1610.  en  la  perfonne  de  Henri  le  1610^ 
Grand,  entre  les  malheurs  où  il  plongea 
la  France, caufa  auffi  une  étrange  révolu- 
tion dans  les  efprits  de  beaucoup  de  gens; 
&  Ton  vit  à  découvert  bien  des  delîrs  fe^ 
crets  ,  &  des  pcnfées  qui  avoicnt  été  ca- 
chées jufques-là  :  car  glufieurs  de  ceux 
que  la  prefence  &  le  reiped  de  ce  Prince 
avoient  retenus  dans  le  devoir,  levèrent 
le  mafque ,  &  cherchèrent  à  brouiller  l'E- 
glife  &  l'État  ,  dès  qu'ils  lui  virent  les 
yeux  ferme/. 

Incontinent  après  le  fupplice  du  parri-   ^  R»chec 
cide  Ravaillac  ,  le  Parlement  ordonna  le  ^'^^^^^ 
27.  de  May  que  la  Sorbonnc  s'afîemble-  ^^"^'^  ^^ 
roit  pour  délibérer  fur  le  renouvellement  "^'^f/'^!/* 
àc  fon  ancien  Décret  contre  ceux  qui  en-  1^;J^/;  ^^ 
feignent  ,  qu'on  peut   licitement  tuer  les  ^^^^  ^^   ' 
Tyrans.  Le  Syndic  Richer  ,  pour  fecon-  Tyrans, 
der  les  bonnes  intentions  des  Magiftrats,  enfei- 
reprefenta  à  la  Faculté  ,  qu'après  Dieu ,  le  gnée  par 
falut  des  peuples  dépendoit  de  la  perfon-  les  Jefui- 
ne  du  Prince;  que  l'année  précédente  un  tes,  ôc  il 
Jcfuite  ,  nommé  Sebaftien  Heilfius ,  avoit  eft  tra- 
piiblié  une  Apologie  pour  la  Compagnie,  ^ei'fc  pac 
où  il  montroit  que  *  les  Jefuites  ie  font  leNonco 
les  Dire6leurs  de  ceux  qui  cherchent  à  re-  ^  /^^ 
muer ,  &  qui  veulent  troubler  un  Etat  ;  &  ^^'^^*^*5 
qu'il  appartient  autant  à  ces  Pères   de  fe 
mêler  de  dépofer  les  Souverains,  que  de 

"''  Cùm  de  rébus  pollticis  ,  6c  mutandis  Re- 
gibus agitur  ,  de  quo  conlukarc  Jci^iitaruin  non. 
minus  elt  quam  gialî^inte  lue  curare  ne  delîuft 
amulera.  Hajf.  c.   5.  a^h.  i.  n,  96. 


6z  L  À    V  I  E 

~-—  donner  des  remèdes  contre  la  pcfte  ;  que 
î6îo.  les  deux  grandes  maximes  des  Jcfuîtes ,  qui 
enfeignent  lo.  que  le  Pape  fcul  efl:  infailli- 
ble ;  20,  qu'il  peut  depolFeder  les  Rois  qui 
rcfufent  de  lui  obéir, étant  conférées  avec 
les  réponfes  que  Ravaillac  avoir  faites  de- 
vant les  Juges  ,  faifoient  allez  connoître 
que  le  peuple  ignorant  concluoit  de  ces 
deux  Propolitions',  qu*il  étoit  permis  ,  & 
qu'il  y  avoit  même  du  mérite  à  entrepren- 
dre ilir  la  vie  des  Rois  ;  que  c'étoit  ainfî 
que  Ravaillac  fe  l'étoit  pcrfuadé  :  puifqu'é- 
lant  alTis  fur  la  fellette  ,  il  avoit  foutenu 
-  ^  devant  les  Juges ,  que  c'eft  la  même  cho- 
fe  de  refifter  à  Dieu  qu'au  Pape  ;  qu'il 
avoit  refolu  de  tuer  le  Roi  ,  parce  qu'il 
armoit,  contre  la  volonté  du  Pape,  pour 
des  Princes  Proteftans,  &  qu'il  ne  faifoit 
pas  la  guerre  aux  Huguenots  de  fon  Royau- 
me ,  comme  il  y  étoit  obligé  ;  que  com- 
ineles  gens  de  bien  fe  plaignoient  de  cette 
doftrine  des  Jefuites,  le  P.Jean  Gontcry, 
l'un  des  plus  célèbres  Prédicateurs  de  leur 
Compagnie ,  avoit  pris  de-là  occalion  pour 
faire  d'aigres  inventives  dans  fes  Sermons 
contre  ceux  qu'on  appelloit  bons  Fran- 
çois ,  &  que  par  mépris  il  appelloit  Catho* 
tiques  Royaux  ,  voulant  perfuader  par -là 
que  c'étoit  une  nouvelle  Se6te  qui  s'éle- 
voit  dans  j'Eglifc;que  c'étoit  aulîi  ce  que 
venoit  de  faire  en  Flandres  un  autre  Je- 
fuite,  nommé  Heribert  deRofweide  ,dans 
le  livre  qu'il  avoit  imprimé  nouvellement 
De  la  foi  que  Von  doit  garder  aux  Hère* 
-tiques. 

La  Faculté  de  Théologie  s'étant  alTem* 


d^Edmond   Richer.    6^ 

•  blée,  à  la  requifition  du  Syndic,  pour  ar ■  ■ 

;  rcter  le  cours  d'une  do(ftrine  fi  pernicieu-     i6iO. 
fc,renouvella  le 4.  de  Juin  leDerct  qu'el- 
le avoit  donné  autrefois  contre  Jean  Pe- 
tit, dit  Parvi.  Mais  il  n'y  eut  point  de  bri- ^ 

.  gucs ,  point  d'artifices  que  les  Partifans  de  ' 
la  Cour    de    Rome  n'employalfent  pour 

:  détourner  ce  coup.  Le  Nonce  Ubaldiii 
n'ayant  pu  empêcher  que  la  Faculté  ne 
s'alfemblat ,  voulut  au  moins  faire  en  for- 
te que  ce' Décret  ne  fût  point  publié  dans 
les  Paroifies.  Il  en  vint  à  bout  avec  le  fe- 
cours  de  Henri  de  Gondy  Evéque  de  Pa- 
ris ,  de  Roze  Evcque  de  Clermont  ,  de 
Charles  Mirons  Evcque  d'Angers  ,  <5c  de 
quelques  autres  Prélats,  c'elt-  à-dire,  de 
ceux  mêmes  qui  par  le  devoir  de  leurs 
Charges  étoient  obligez  de  faire  tout  le 
cuntraire. 

Richer  ,  qui  dans  fa  Remontrance  n'a- 
vait été  que  l'organe  du  Parlement  ,  ne 
put  empêcher  que  toute  l'envie  &  le  blâ- 
me de  cette  affaire  ne  retombalfent  fur  lui: 
<5c  peu  s'en  fallut  que  les  Jefuites  ,  qui 
avoient  agi  de  concert  avec  le  Nonce  pour 
la  faire  échouer,  ne  le  facrifiaffent  à  leur 
rcllentiment.  Les  calomnies  dont  ils  le 
ci  largerent  dans  cette  ocoalion ,  redoublè- 
rent encore  tout  autrement  ,  lors  qu'au 
mois  d'Aouft  fuivant  l'Univerfité  s'oppo- 
fa  de  nouveau  aux  "Lettres  que  ces  Pères 
avoient  obtenues  de  la  Cour  pendant  la 
minorité  du  jeune  Roi  ,  pour  ouvrir  leur 
Collège  de  Paris.  Le  mauvais  fuccès  de 
cette  leconde  tentative  les  irrita  de  telle 
forte,  qu'ils  ne  gardèrent  plus  de  mefure^ 


(54  L  A     V  I  E 

> avec  Richer,  qu'ils  en  croyoient  l'âUteur; 

i6io.     mais  ce  qu'ils  purent  faire  pour  lors,  fut 
de  le  d*écrier  par-tout,  de  le  déclarer  hé- 
rétique ,  &  de  faire  courir   le   bruit  qu'il 
avoit  été  excité  par  les  Huguenots ,  pour 
eiTipêcher  les  Jefuites  d'enfeigner  à  Paris, 
&  de  rendre  par-là  les  fervices  ,  dont  ils 
étoient   capables  ,  inutiles   à  la  Religion 
Catholique. 
VX.        L'exemple  de  la  conduite  que  gardèrent 
Le  Cler-  les  Prélats  amis  du  Nonce  du  Pape  pour 
gé  de       traverfer  le  Décret  de  Sorbonne,qui  vou- 
jFrance      Jqjj-  aflurer  la  vie  des  Rois  contre  les  at- 
tache de  j^i-ij-ats  ^fjjit  voir  que  le  Clergé  de  ce  temps- 
rabaiHer   j^  n'étoit  guéres  moins  porté  que  les  Je- 
f   ^■^•"  du  ^'^'^^^^  P^^^^  '^  Monarchie  abiblué  du  Pa- 
Ti^^&L     pe ,  au  préjudice  de  l'indépendance ,  &  de  la 
des  Ma-    fouveraineté  de  la  Puifïance  royale  ou  fe- 
«iftmts     culiere.  Incontinent  après  la  mort  du  Roi, 
^         '    plulîeurs  Prélats  ,  animez  par  le  Nonce  , 
tirent  entre  eux  pluiieurs  conférences  pour 
délibérer  fur  les  moyens  de  relever  le  cré- 
dit &  l'autorité  des  Eccleliaftiques ,  qu'ils 
croyoient  avoir  été  trop  rabaiiïèz  enFran-  i 
ce  fous  le  règne  précédent. 

C'eft  ce  qui  fit  que  dès  le  mois  de  Sep- 
tembre de  la  même  année  ils  formèrent 
de  grandes  plaintes  contre  les  Parlemens 
&  contre  les  Appellations  comme  d'abus. 
Leurs  cris  n'empêchèrent  point  qu'avant 
la  fin  du  mois  il  ne  Vint  un  Edit  du  Roi 
pour  régler  les  Appellations  conformé- 
ment à  l'Ordonnance  de  Melun  ,  donnée 
en  i5'79.&  *^^^  l'Edit  ne  tût  vérifié  un  an 
&dcmi  après, &  autorifé  par  un  Arreit  du 
Parlcuient  de  Paris. 

Ce 


d'Edmond  Ri  cher.  6f 
'»'•'  Ce  ne  fut  pas  le  feul  effort  que  firent  —•  ■  « 
les  Prélats  pour  remettre  le  Clergé  dans  le  i6ia 
rangdont  ils  le  croyoient  déchu  par  les  en- 
treprifes  des  Laïques  ;  ils  s'aflemblerent  en- 
core quelque  temps  après  chez  le  Cardinal 
de  Joyeufe ,  où  fous  le  nom  fpecieux  d'u- 
ne fainte  union  ,  &  d'une  bonne  intelli- 
gence, ils  fe  liguèrent  contre  ce  qu'ils  ap- 
pelloient  la  Seae  des  Parlementaires  ,  dont 
on  publioit  que  Richer  s'ctoît  déclaré  le 
défenfeur  dans  l'Univerfité.  Ils  promirent 
auffi  de  ne  feparer  jamais  leurs  intérêts  , 
&dcs'affifter  mutuellement  dans  leur  cau- 
fc  commune ,  qui  félon  eux  étoit  celle  de 
toute  l'Eglife.  Le  Cardinal  de  Joyeufe  pria 
le  Cardinal  du  Perron  Archevêque  de  Sens, 
dont  Paris  étoit  encore  fuffragant ,  de  vou- 
loir entrer  dans  cette  union  ,  à  laquelle  il 
fçavoit  que  fon  autorité  &  Ion  mérite  don- 
neroient  beaucoup  de  poids.  Il  n'eut  aucu- 
ne peine  à  l'obtenir.  Du  Perron ,  après  la 
mort  du  Roi ,  n'avoit  plus  de  fortes  conli- 
derations  pour  fe  tenir  dans  les  intérêts  de 
l'Eglife  Gallicane.  Il  ne  fe  foucia  plus  de 
pratiquer  Richer  avec  tant  d'alfiduité  ;  il 
commença  à  croire  que  la  pratique  des  Jc- 
luites,pour  lefquels  il  avoir  eu  jufques-là 
beaucoup  d'averfion  ,  pouroit  être  bonne 
à  quelque  chofe  :  &  il  ne  parut  point  fâ- 
ché de  voir  naître ,  durant  la  minorité  où 
étoit  réduit  le  Gouvernement  ,  les  occa- 
fions  de  fatisfaire  aux  engagemens  que  lui 
impofoit  la  Pourpre  dont  il  étoit  revêtu. 

On  ne  pouvoit  trouver  des  conjondu- 
res  plus  favorables  aux  entreprifcs  des  UI- 
tramontains ,  que  le  temps  auquel  le  Cler* 


(5<5  L  A     V  I  E  » 

•^ gé  commençoit  à  former  ces  projets.  Cifl 

1610.  fut  nufîi  pour  lors  que  Ton  fit  entrer  en 
France  le  nouveau  Livre  du  Cardinal  Bel- 
lannin  touchant  la  puiflance  du  Pape  dans 
les  chofcs  temporelles  ,  dont  nous  avons 
parlé  ailleurs  ;  les  brouillons  &  les  mau- 
vais fiijcts  de  l'Etat  eurent  grand  foin  de 
le  répandre  par  la  Ville,  pour  tâcher  d'é^ 
tablir  fur  Tefprit  des  Peuples  le  règne  ab- 
folu  du  Pape.  Ils  firent  courir  un  bruit 
jburd  dans  le  même  temps  ,  que  les  en- 
lans  des  hérétiques  ctoient  incapables  de 
régner  ;  doârine  venue  d'Italie  &  d'Efpa- 
gne,  qui  fe  trouvoit  dans  le  livre  intitu- 
lé,  Le  Direétoire  des  Inquifiteurs  ,  &  qui 
fembloit  être  tirée  des  Décrétâtes. 

Richer  indigné  de  voir  que  les  perfon-^ 
nés  mal-intentionnées  ne  cherchoient  qu'à, 
profiter  de  la  foiblelîe  de  la  Régence  ,  & 
du  bas  âge  du  Roi  ;  &  perfuadé  en  même 
temps  que  la  dignité  de  Cardinal  mettroit 
Bellarmin  à  couvert  de  tout  ce  qu'il  pou- 
roit  requérir  en  Sorbonne  contre  fon  Li- 
vre ,  crut  qu'il  étoit  plus  à  propos  de  pren- 
dre la  plume  ,  pour  préparer  les  remèdes 
qu'il  jugeoit  les  plus  propres  contre  fes 
pernicieufes  nouveautez.  Pendant  ce  temps 
le  Livre  de  Bellarmin  fut  condamné  par 
un  ArrefI:  du  Parlement  donné  le  26.  No- 
vembre, fur  les  conclufions  de  l'Avocat  Ge- 
neral Servin,  comme  un  ouvrage  injurieux 
à  la  fouveraineté  des  Puiffanccs  légitimes,, 
&  tendant  à  faire  révolter  les  fujetsduRoi, 
&  attenter  à  fa  vie. 

Le  Nonce  fit  grand  bruit  de  cet  Arrefl: 
au  Confeil  du  Roi  ;  il  menaça  les  Minif- 


d'Edmond   Richer.    6y 

très  ,  que  s'ils  n'empéchoient  l'exécution  '■■ "■» 

de  cet  Arreft ,  il  s'en  retourneroit  à  Rome  i6iO. 
fans  prendre  congé  du  Roi ,  ni  de  la  Rei- 
ne Régente.  Ses  plaintes  eurent  la  force 
d'intimider  le  Confeil  :  en  quoi  l'on  re- 
connut aifément  quelle  étoit  la  foiblefTe 
du  Gouvernement,  &  jufqu'où  étoit  déjà 
monté  le  crédit  de  ceux  qui  tavorifoient 
le  parti  de  Rome  à  la  Cour  de  France,  de- 
puis la  mort  du  Roi.  On  rît  donc  lurfeoir 
l'exécution  de  l'Arreft  contre  le  Livre  de 
Bellarmin  ,  aufli  -  bien  que  le  Procès  de 
rUniverfité  contre  les  Jefuites  ;  mais  on 
ne  reprima  pas  l'animolité  des  Partis ,  qui 
s'attaquèrent  par  divers  Ecrits ,  où  les  uns 
cntreprenoient  de  défendre  la  fouveraine- 
t€  de  nos  Rois  ,  &  les  autres  fe  rangeoient 
du  côté  de  Bellarmin  pour  la  Cour  de  Ro- 
me. 


Fin  du  premier  Livre* 


Eij 


LA     VIE 

DEDMOND  RICHER, 

DOCTEUR  DE  SORBONNE. 

LIVRE    SECOND, 

ï-         TAmais  la  Cour  de  Rome  ivavoit  moins 
Theies        1  f^ouvé  fon  compte  dans  la  Faculté  de 


.'    o   ^Thcoloeie  de  Pans, que  depuis  queRi- 

bins    ton-      ,  ^^  •       c         i'  a  '     '^  ^ 

charxt       ^       ^^"^  ^^       oyndic.    Sa  vigilance  a  ne 
l'aïuorité  ^'^"  laifier  glifTer  dans  les  Theies  qui  tût 
du  Pape,  <^<^i^traire  à  l'ancienne  dodrine  de  l'Egli- 
^  du     '  fe  ,  &  fa  fermeté  à  taire  retrader  ceux  à 
Concile,    c}iii  il  cchapoit  quelque  chofe  qui  n'y  étoit 
tiaver-     pas  conforme , déconcertoit toutes  les  me- 
fces    par  .fures  de  ceux  qui  cherchoient  à  y  faire  re- 
Richcr.     connoître  la  Puilîance  ecclefiaftique  abfo- 
luë  du  Pape.    Mais  au  mois  de  May  de 
l'an  i6ii.raflemblée  du  Chapitre  General 
des  Jacobins,  où  l'on  devoit  foûtenir  des 
Thefes  durant  plufieurs  jours  ,  &  où  le 
Syndic  de  la  Faculté  n'avoit  pas  la  mém.e 
autorité  qu'en  Sorbonne ,  fournit  enfin  aux 
créatures  du  Pape  l'occafion  qu'ils  cher- 
choient de  débiter  publiquement  leurs  fna- 
ximes. 


d'E  d  m  o  n  d   R  I  c  h  e  r.     6^' 

L'Auditeur  Scappi  n'eut  pas  de  peine  à , 

obtenir  des  Jacobins  ce  que  le  Syndic  avoit     ^^^^^ 

toujours  empêché  que  les  Bacheliers  de 

Sorbonne  ne  lui  accordaflent  :  de  forte  que 

la  veille  de  la  Pentecôte ,  qui  ctoit  le  pre- 

,  mier  jour  des  Difputes  ,  on  jetta  les  fonde- 

I  inens  fur  lefqucls  on  vouloit  enfuite  cta- 

i  blir  rinfaillibilité&lapuilîance  abfoluë  du 

1  Pape.  On  avança  &  on  foûtint  dans  cet- 

I  te  première  Thcle,  qu'on  devoit  tenir  pour 

1  article  de  foi  que  Paul  V.étoit  le  Pape  le- 

fi£ime,&  donné  de  Dieu  ;Propolition  que       . 
ïançois  de  Harlay ,  Abbé  Commendatai-       ^ 
redeS.Vidor,  avoit  inférée  dans  fesThe- 
fcs  de  l'an  1609  ,  &  qui  avoit  été  rayée  par  le 
Syndic  Richer  en   préfencc  de  Philippe  de 
Gamachcs ,  l'un  des  Profelfeurs  Royaux. 

Le  Vendredi  d'après  ,  qui  étoit  le  27.  ^^^^  ^^^ 
May,  jour  auquel  fe  trouvèrent  des  Do- /,;V;^/;  g^, 
miniquains  ,  non  feulement  d'Italie, d'Ef-  neralis 
pagne  &  des  autres  endroits  de  rpjarope,  Dommi- 
mais  encore  de  l'Amérique  &   des  Indes  canorum 
Orientales  ;  Wibert  Ro2.cmbach ,  Lcdcur  ^/^.  1611. 
du  C5nvent  de  Cologne  ,  foûtint  avec  beau- 
coup de  pompe  &  de  folemnité  une  Thc- 
fe  dédiée  a  Erncft  de  Bavière  ,  Archevê- 
que &  Eledeur  de  cette  Ville;  &  il  avoit 
pour  Prélident  à  fon  Ade  un  autre  Do- 
miniquain  étranger  ,  nomme  Cofme  Mo- 
rclly ,  Protefièur  en  Théologie  dans  le  mê- 
me Couvent  de  Cologne. 

Richer  averti  des  Proportions  que  con- 
tenoient  ces  Thefes  ,  prit  avec  lui  quatre 
Do6teurs  de  Sorboïme*pour  fervir  de  té-p. 

*  Vincent  Marchand  ,  Antoine  de  Heu,  Nie. 
Ledcrç ,  Nie,  de  Paris. 

E  ii) 


>J0  L  A       V  I    E 

— — — ,  moins  à  ce  qui  fe  pafleroit ,  &  monta  aux 
561 1 .  Ecoutes  de  la  Salle  des  Jacobins,  qui  étoient 
déjà  remplies  de  Dodeurs,  &  de  quantité 
de  perfonnes  fçavantes ,  de  l'une  &  de  l'au- 
tre Robe,  venues  pour  y  entendre  la  Dif- 
pute.  Il  y  trouva  le  Doâeiir  Nicolas  Coef- 
feteau ,  Prieur  du  grand  Couvent ,  accom- 
pagné de  quelques  autres  Religieux  de  fon 
Ordre  ,  aulii  Docteurs  de  la  Faculté  de 
Paris. 

Il  s'adrefTa  au  Prieur ,  en  qualité  de  Syn- 
dic de  la  Faculté  ,  que  lui  &  fes  Confrè- 
res regardoient  comme  leur  Mère.   Il  lui 
dit  qu'il  étoit  honteux  qu'on  fouffrît  dans 
les  Thefes  qu'on  alloit  foûcenir  ,  trois  Pro- 
pofitions  ,  dont  la  première  étoit ,  que  le 
Pape  ne  peut  errer  ,  ni  dans  la  foi ,  m  dans  les 
mœurs.  La  féconde,  que  le  Concile  ^en  au- 
cun cas  que  ce  fait  ,  ne  peut  être  au  -  def- 
fus  du  Pape,    La  troifiéme  ,   qu'/7  appar- 
tient au  Pape  feul  de  propofer  au  Concile 
tout  ce  qui  doit  y   être  décidé  ,   de  confir- 
mer ou  de  caffer  tout  ce  qu'on  y  a  rejbluy 
d*impofer  filence  pour  jamais  aux  Parties, 
Que  li  ces  Propolitions  étoient  véritables, 
les  François  qui  avoient  toujours  tenu  les 
Décrets  du  Concile  de  Confiance  pour  ar- 
ticles de  Foi ,  dévoient  être  regarde!  com-' 
me  des  hérétiques  ou  des  fchifmatiques  ; 
que  par  ces  Thefes  il  fembloit  qu'on  vou- 
loir tenter  les  François  ,  ou  les  infulter 
dans  la  Capitale  du  Royaume  ;  que  fî  le 
Roi  Henri  le  Grand  eût  vécu  ,  on  fe  feV 
roit  bien  gardé  d'avancer  de  telles  Propo*^ 
|îtions;&  qu'on  n'étoit  pas  porté  à  les  dé- 
fendre par  la  yûë  de  la  vérité  ,  mais  pouç. 


'  d'Edmond    Ri  cher.     71 

I  î'interêt  particulier  de  ceux  qui  vouloient » 

[avoir  des  Privilèges  du  faint  Perc  contre  161 1. 
le  droit  commun  ;  que  fi  de  telles  Propo- 
litions  palToicnt  fans  être  publiquement 
contredites ,  ce  filence  ou  cette  dillimula- 
tion  donncroit  lieu  de  croire  que  la  Sor- 
bonne  auroit  renoncé  à  la  doélrine  ancien- 
ne de  TEcole  de  Paris  ;  &  qu'il  falloit  qu'une 
faute  publique  fût  publiquement  réparée. 

Richer  montra  enfuite  un  A61e  d'oppo- 
iîtion  qu'il  avoit  dretîé  pour  le  lairc  ligni- 
fier fur-le-champ,  de  la  part  de  la  Facul- 
té ,  au  Prélidcnt  &  au  Répondant  de  la 
Thefe  ,  avec  défenfe  à  tout  Bachelier  de 
diiputer  contre  les  trois  Propolitions  qui 
étoient  contraires  aux  Conciles  Généraux, 
aux  libertez   naturelles  de  l'Eglilc  Gatiu)-  , 

lique ,  à  la  Police  du  Royaume  de  Fran- 
ce, &  aux  anciens  Décrets  de  l'Univerii- 
té  de  Paris. 

Coélieteau  ayant  vu  le  Formulaire  d'op- 
polition  figné  du  Syndic,  jura  par  fon  la- 
cerdoce  qu'il  n'avoit  aucune  part  auxThe- 
fes;  que  c'étoit  à  Ion  infçû  ,  &  fans  ion 
avis  qu'on  les  avoit  faites  ;  que  durant  le 
Chapitre  gênerai  il  n'avoit  aucune  autori- 
té dans  le  Couvent;  que  dès  le  moment 
que  CCS  Thefes  étoient  venues  à  fa  con- 
noiflance ,  il  étoit  allé  les  déférer  au  Par- 
quet de  Meilleurs  les  Gens  du  Roi  ,  qui 
lui  avoient  ordonné  expreffément  de  ne 
point  permettre  que  perfonne  difpiuât  con- 
tre ces  Propolitions  ;  que  fur  cet  ordre 
qu'il  avoit  reçu  ,  fl  avoit  averti  tous  les 
Bacheliers  de  n'y  point  touciier  ;  que  le 
Père  General  des  Dominiquains  étoit  tres- 

E  iii) 


c- 

1 


72  L  A      V  I    E 

— — —  fâché  que  les  Propofitions  fuflent  dans  la 
î6ii.  Thefe,  &  avoit  donné  ordre  au  Préfident 
&  au  Répondant ,  que  fî  quelqu'un  venoit 
à  les  attaquer  ,  ils  declaraffent  publique- 
ment qu'il  leur  étoit  défendu  d'en  trait 
ou  d'en  répondre. 

Sur  cette  proteflation  autorifée  par  u 
ferment  ,  Richer  changea  de  refolution 
&  au  lieu  de  former  TAdc  d'oppofition 
qu'il  avoit  projette  ,  11  fut  d'avis  de  laif- 
fer  difputer  un  Bachelier  fur  l'une  de  ces 
propofitions ,  à  condition  que  le  Préfident 
Morelly  déclareroit  devant  toute  l'AfTem- 
blée  que  fon  General  lui  avoit  défendu 
de  répondre  fur  telles  queftions  en  Fran- 
ce ,  &  que  la  Faculté  de  Théologie  fe 
»  tiendroit  fatisfaite  de  cette  déclaration. 

Louis       Dès  que  le  grand  Bedeau  *  de  la  Facul- 
de  la    .   té  eut  apporté  la  permiflion  du  Syndic  , 
Court,      un  Bachelier  f  de  la  première  Licence  at- 
f  Claude  taqua  la  première  Propofition ,  où  il  étoit 
^ertin.      dit  qu'/7  n'y  a  aucun  cas  où  le  Concile  foh 
au-deffus  du  Pape  ;  &  foûtint  qu'elle  étoit 
hérétique ,  parce  qu'elle  étoit  contraire  aux 
décilions  d'un  Concile  œcuménique.   Le 
Préfident  ayant  remarqué   que   le  terme 
d'heretique  avoit  extraordinairement  cho- 
qué le  Nonce  du  Pape ,  qui  étoit  préfent, 
répondit  au  Bachelier,  que  l'on  auroit  pu 
fe  contenter  de  qualifier  cette  Propofition 
comme  fimplement  faulfeôc  erronée, fans 
la  déclarer  hérétique  :  mais  qu'au  reite  il 
protefioit  publiquement ,  qu'en  inférant  ces 
Propofitions  dans  la  Thefe,  il  n'avoit  eu 
aucun  deiiein  de   choquer  ni    la  Faculté 
de  Théologie  ,  ni  l'Univerfité  de  Patis, 


fr 


d'Edmond  Ri  cher.  75 
;  qu'il  reconnoifîbit  pour  la  Mère  de  tou  -  — 
Ites  les  autres  Univerfitez.  D'ailleurs  qu'il  1611. 
ne  les  regardoit  que  comme  des  queftions 
problématiques ,  &  qu'il  ne  prétendoit  pas 
défendre  autrement  celle  que  le  Bachelier 
attaquoit  ,  s'il  lui  étoit  permis  de  repon- 
dre. 

Aufli-tôt  k  Nonce  ordonna  qu'on  en 
difputât  ;  &  le  Préfîdcnt  voyant  que  le  Ré- 
pondant ,  plus  fidèle  que  lui  à  exécuter 
les  commandemcns  du  General ,  n'ouvroit 
pas  la  bouche ,  prit  la  parole  ponr  défen- 
dre la  quellion  :  mais  il  fat  interrompu 
par  un  grand  bruit  qui  s'cleya  dans  les 
Ecoutes.  Les  Do6lcurs  quis'y  trouvoient, 
&  beaucoup  de  perfounes  qualifiées  avec 
eux  ,  dirent  tout  haut  ,  qu'on  ne  devoit 
pas  fouttrir  qu'on  traitât  ces  quellions  com- 
me problématiques ,  puifque  depuis  le  Con- 
cile de  Confiance  l'Eglile  Gallicane  avoit 
toujours  tenu  le  contraire  comme  de  Foi. 

Le  bruit  pafiTa  bientôt  des  Ecoutes  dans 
la  Salle  même  où  fe  faifoit  la  Difpute,& 
où  il  y  avoit  plus  de  deux  mille  perfon- 
nés.  Le  Préfident  de  Haqueville  fe  leva, 
&  dit  tout  haut  que  la  Propofition  de  la 
Thefe  écdit  hérétique.  Sanguin  Confeil- 
1er  au  Parlement  &  Prévôt  des  Marchands 
en  fit  de  même,  ajoutant  qu'il  falloit  dé- 
chirer la  Thefe  publiquement.  Ribier  aulîi 
Confeiller  ,  &  les  autres  Magillrats  qui 
étoient  préfens ,  commençoient  à  en  mur- 
murer,  lorfque  le  Cardinal  du  Perron  Ar- 
chevêque de  Sens ,  &  Grand  Aumônier  de 
France ,  appréhendant  le  tumulte ,  fit  def- 
cendre  le  Syndic  des  Ecoutes  ,  ûifant  à 


74  L  A    V  I  E 

•*— — Jita  haute  voix  devant  les  Evêques  &  le  Rec- 
l6li,  tcur  de  rUniverfité  ,  &  le  répétant  à  del'- 
fein  devant  tout  le  rcite  de  T Afîemblée , 
que  la  queftion  de  l'autorité  du  Concilov 
fur  le  Pape  étoit  problématique  ,  à  cauie 
des  raifons  que  les  Ultramontains  oppoJ 
foient  au  Concile  de  Confiance.  i 

Lorfque  Richer  fut  arrivé  dans  la  Sal- 
le ,  le  Cardinal  lui  demanda  d'abord  pour- 
quoi il  avoit  commandé  aux  Bacheliers, 
de  difputer  contre  les  Propolitions ,  puif- 
que  Mefîieurs  les  Gens  du  Roi  avoient  or- 
donné qu'on  les  laiflcroit  enfevelies  dans 
le  fîlence  ,  &  enfuite  il  jugeoit  à  propos 
lui-même  qu'on  en  traitât.  Richer  répon- 
dit qu^il  avoit  laillé  la  liberté  d'attaquer  les 
Propolitions,  afin  de  tirer  par  ce  moyen  ua 
témoignage  public  du  Préiident  de  l'Ade. 
contre  elles-mêmes ,  &  de  lui  donner  lieu 
de  fatisfaire  à  la  Faculté  de  Théologie  , 
&  à  l'Uni verfité,  qui  s'en  tenoient  oifen- 
fées  ;  que  l'ordre  dé  Meilleurs  les  Gens  du 
Roi  n'avoit  été  donné  que  de  vive  voix  ^ 
&  en  particulier  feulement  au  Père  Coéf- 
feteau  ;  qu'au  relie  il  étoit  tres-alIuré  quç 
MelFieurs  les  Gens  du  Roi  ne  trouveroient 
pas  mauvais  que  la  Faculté  fe  fervît  des» 
moyens  publics  pour  mettre  à  couvert  une 
ancienne  dodrine  contre  des  Thefes  qui 
ctoient  publiques ,  <Sc  qui  dévoient  être  bien^ 
tôt  répandues  par  toute  l'Europe.  > 

Il  ferma  la  bouche  au  Cardinal  en  lui 
alléguant  le  vingt-troifiéme  article  de  la 
Reformation  de  l'Univerlité,  homologué 
en  Parlement  ,  portant  ordre  de  punir  le 
Syndic  ,  le  Préiident  &  le  Répondant  ,  fl 


d'Edmond    Riche r.     -jf 

l'on  foûtenoit  dans  les  Thefes  quelque  cho -— ^ 

fe  de  contraire  aux  droits  &  aux  maximes     i6il. 
du  Royaume. 

Le  Prcfident  de  l'Ade  ayant  entendu 
parler  ainfi  le  Syndic,  réitéra  (a  protcfta- 
tion,  iniillant  toujours  à  perfuader  TAu- 
ditoire  qu'il  ne  regard^^it  la  quePiion  que 
comme  purement  problématique- 

Le  Nonce  ,  nonobllant  le  chagrin  que 
lui  caufoit  cette  déclamation,  ne  iaiflapas 
de  demander  qu'on  continuât  la  difpute. 
Le  Bachelier  le  fit,  (^lipoulFa  (i  vivement 
k  Prélîdent,qui  n'alleguoit  que  Cajetan 
pour  lui  &  de  foibles  exceptions  aux  Dé- 
crets de  la  4.  &  f.  Sellions  du  Concile  de 
Confiance. 

Le  Cardinal  du  Perron  interrompît  la 
Dilpute,  fous  prétexte  que  le  Répondant 
ne  difoit  mot ,  &  lit  argumenter  fur  l'Eu- 
chariiiie. 

Le  lendemain, qui  étoit  le  28.de  May, 
les  mêmes  Dominiquains  affichèrent  des 
Thefes  encore ,  &  marquèrent  le  Diman- 
che fuivant  ,  Fcte  de  la  fainte  Trinité  y 
pour  le  jour  de  laDifpute.  Mais  Nicolas 
de  Verdun ,  qui  avoit  été  tait  tout  récem- 
ment premier  Prélident  du  Parlement ,  par 
la  ceiïion  d'Achilles  de  Harlay  ,  ne  vou- 
lut pas  fouffrir  qu'on  ouvrît  la  Dilpute  un 
jour  de  Dimanche;  &  il  ne  le  permit  les 
jours  fuivans  ,  qu'après  avoir  ordonné  de 
rayer  l'article  de  ces  Thefes  où  il  étoit  dit, 
qu'//  n'appartient  qiC au  Pape  de  définir  les 
l'eritez.  de  la  Foi ,  en  quoi  il  ne  peut  errer. 
La  difpute  ne  fe  fit  que  le  Mardi, dernier 
jour  de  May  ,  auquel  Je  Chancelier  Bru- 


76  L  A    V  I  E 

■■■■—  I  —  lart  de  Sillery  permit  aux  Jacobins  de  foû- 
j6ii.     tenir  la  Thefe  ,  pourvu  qu'on  n'y  parlât 
point  de  cette  Propofition  ,  qui  fembloit 
attribuer  l'infaillibilité  au  Pape. 
IL  Sur  le  rapport  que  le  Préfident  de  Ha- 

Du  Per-  queville ,  &  le  Confeiller  Sanguin  firent  à 
l'on  ôc  les  la  Cour  du  Parlement  de  tout  ce  qui  s'é- 
autres      toit  pafTé  aux   Jacobins  le  27.  de  May  , 
Prélats     Sanguin  fut  chargé  par  la  Compagnie  de 
Trancois   y^j^  jg  Chancelier  &  le  Marquis  de  Vil- 
attachez   ieroi,qui  gouvernoient  l'Etat  fous  la  Re- 
a  la  Cour  g^j^^g  ^^  j^  Reine  Mère  ,  pour  prévenir 
deilome  ^^  fe^blables  licences  à  l'avenir.  Ces  Mi- 
ni ftres   renvoyèrent    l'affaire  au    premier 
Préfident  de  Verdun ,  qui  fuivant  fa  com- 
miffion  envoya  quérir  le  Syndic  Richer , 
le  loua  hautement  comme  un  homme  qui 
venoit  de  rendre  un  fervice  confiderable 
au  Roi,  à  l'Etat, &  aux  libertez  de  l'Egli- , 
fe  Gallicane,  lui  promit  de  féconder  par- 
tout fes  bonnes  intentions ,  l'aifura  que  la 
Cour  fçauroit  reconnoître  fon  mérite,  Ôc 
lui  dit  que  M.  le  Chancelier  &  M.  de  Vil- 
Jeroi  fouhaiteroient  de  voir  le  Procès  ver-  ■ 
bal  de  ce  qui  s'étoit  paflé  aux  Jacobins. 

Richer  n'obéit  qu'avec  beaucoup  de  ré- 
pugnance ,  fçachant  que  cela  ne  plairoit 
pas  au  Nonce.  Il  fit  drefier  l'ade  qu'on 
demandoit  avec  toute  l'exaditude  poffi- 
ble ,  &  le  porta  au  premier  Préfident  figné 
*  Louis  du  Redeur  *  de  l'Univerfité  ,  du  Syndic  , 
Hoiau.  de  la  Faculté  de  Théologie  ,  &  des  qua- 
tre Po6teurs  deSorbonne,  qui  avoientété 
témoins  de  toute  l'affaire. -Le  premier  Pré- 
fident témoignant  vouloir  s'inftruire  à 
fonds  fur  des  matières  fi  importantes  à 


d^Edmond   Ri  cher.     77 

l'Eglife,  &  à  l'Etat,  dont  la  connoifTance  — — — 
étoit  f\  necefTaire  au  Chef  du  Parlement,  1611. 
pria  Richer  avec  beaucoup  dMnftance  de 
lui  donner  un  petit  abrégé  de  la  dodrine 
^incienne  de  rUniverfitc  fur  ce  fujet.  Ri- 
cher répondit  que  ce  n'étoit  ni  le  defîr 
de  la  gloire ,  ou  des  faveurs  de  la  fortune, 
ni  les  follicitations  d'aucun  homme ,  mais 
la  vue  des  obligations  de  fa  charge  de  Syn- 
dic, &  la  connollfance  de  la  vérité  qui  lui  im- 
pofoient  lanecelfité  d'agir  pour  la  défenfe 
de  l'Eglife  &  de  l'Univerlité.  Que  de- 
puis qu'il  étoit  Sindic,  il  avoit  fouvent 
empêché  que  toutes  les  Propofitions  qui 
tendoient  au  fchifme  &  qui  alloient  à  éta- 
blir la  dodlrine  de  dépoler  &  de  tuer  les 
Rois ,  ne  fuifent  agitées  dans  la  Faculté, 
où  l'Auditeur  du  Nonce  avoit  tâché  de 
les  introduire  par  toutes  fortes  d'intrigues; 
que  cet  Auditeur  n'ayant  pas  réufli  à  les 
faire  propofer  en  Sorbonne  ,  avoit  eu  re- 
cours aux  Jacobins  ,  &  qu'il  en  étoit  ve- 
nu à  bout  par  le  moyen  des  étrangers ,  qui 
<5toicnt  venus  foûtcnir  leurs  Thefes  à  la 
faveur  du  Chapitre  gênerai  de  leur  Or- 
dre ,  durant  lequel  ni  le  Prieur  du  grand. 
Couvent, ni  les  autres  François  Domini- 
quains  bien-intentionnez  n'avoient  aucun 
pouvoir  ;  qu'il  ne  falloit  pas  efperer  que 
tant  que  le  Nonce  du  Pape  logeroit  à  la 
porte  de  la  Sorbonne,  ks  Doéteurs  de  la 
Faculté  pulîcnt  jouir  de  leurs  fuffrages  ; 
que  pour  ce  qui  le  regardoit,il  prévoyoit 
que  ce  qu'il  vcnoit  de  faire  pour  la  dé- 
fenfe de  la  vérité,  &  pour  le  bien  du  Roi 
^  du  Royaume  ;,  attireroit  fur  lui  la  mau- 


78  L  A       V  I   E 

.  vaife  humeur  du  Nonce  &  des  Ecclefîaii 

.1611.  tJ^"^^  Partifans  de  la  Cour  de  Rome,qu^ 
abufoient  de  la  minorité  du  Roi  ,&  des  ca- 
lamité?- de  l'Etat ,  pour  femer  ces  nouveau- 
tci ,  &  diviûr  les  clprits  par  des  tadions  : 
mais  que  le  trouvant  par  la  grâce  de  Dieu 
également  détaché  de  la  crainte  &  de  TeC- 
perancc  pour  toutes  les  choies  de  la  ter- 
re ,  nulle  coniideration  ne  lui  feroit  ou- 
blier les  devoirs  ;  &  qu'il  étoit  refolu  de 
tout  fouffrir  pour  la  vérité  catholique ,  pour 
le  gouvernement  julte  &  légitime  de  TE» 
glile ,  &  pour  Tancienne  dodrine  de  Sor- 
bonne. 

Le  premier  Préfîdent  lui  répondit  qu'il 
n'y  avait  rien  à  craindre  pour  lui,(Sc  que 
les  deux  Minllres  écoicnt  dans  la  réfolu- 
tionde  le  protéger  :  mais  il  ne  fçavoit  pas 
encore  ce  que  le  Nonce  du  Pape ,  le  Car- 
dinal du  Perron,  les  Evêques  de  Paris  & 
d'Angers  &  les  autres  Prélats  meditoient 
pour  fe  venger  de  Richer.  Ils  n'avoient 
pas  feulement  à  cœur  la  reliftance  &  Top 
po(ition  que  le  Syndic  avoit  faites  aux  The- 
fes  des  jacobins  le  Vendredi  27.  de  May  ;• 
ils  fe  croyoient  principalement  oftenfei  de 
la  dcfenfe  que  le  premier  Préfident  avoit 
faite  aux  Dominiquains  d'ouvrir  leurs  Dif- 
putes  le  Dimanche  fuivant ,  à  caufe  de  la 
Propofition  de  la  Thefe ,  qui  marquoit  que 
c^eji  au  Pape  feul  qiCtl  uppûrtient  de  défi- 
Kir  les  ventez  de  la  Foi ,  en  quoi  il  ne  peut 
foi?it  errer. 

Malgré  cet  ordre  ils  n'avoient  pas  laifTo 
de  fe  rendre  aux  Jacobins  ce  jour-là-méme^ 
conduits  par  le  Nonce  &  par  le  Cardinal^ 


d^Edmond    Ri  cher,     ^-fg 
!&  ils  avoient  tâche   par  toutes  fortes  de  »*■   ■  ma 
moyens  d'y  faire  ouvrir  la  Difpute  :  mais    i6iï, 
pas   un   des  Bacheliers    n'avoit  voulu  fe 
rendre  à  leurs  ibilicitations,ni  fe  trouver 
aux  Jacobins. 

C'cfl:  pourquoi  le  Cardinal ,  tout  en  co- 
lère ,  s'etant  fait  accompagner  de  quelques 
Evéques,alla  trouver  fur  le  foir  le  Chan- 
celier &  M.  de  Villeroi  ,  auxquels  il  ne 
fut  pas  honteux  de  dire ,  qu'//  étoit  autant 
permis  de  révoquer  en  doute  l^état  du  Ma- 
riage de  la  Reine  ^  de  fes  enfans  ,  que  la 
futjfance  du  Pape  qui  avoit  donné  au  Roi 
Henri  11^.  la  dijpenj'e  pourfe  remarier.  Ces 
deux  Minières  eurent  horreur  d'une  corn- 
paraifon  ii  odieufe  ,  &  d'un  difcours  qui 
îembloit  ne  refpirer  que  la  fédition.  Ils 
répondirent  au  Cardinal  &  aux  Evéqucs 
que  la  Cour  de  Rome  étoit  11  entrepre- 
nante ,  qu'il  étoit  à  craindre  qu'eux-mê- 
mes ne  s'en  trouvaient  mal ,  auffi  -  bien 
que  la  France.  Ceux  qui  étoient  prefens  à 
cet  entretien  ne  purent  auffi  diflimuler  l'in- 
<ifgnacion  où  ils  étoient  de  voir  que  des 
Prélats  P>ançois  fe  rendirent  ainfilesMi- 
niftres  de  la  palTion  de  ceux  qui  cherchoient 
par  toutes  fortes  de  brigues  à  faire  recon- 
noître  &  établir  la  puiifance  abfolué&  l'in- 
faillibilité du  Pape  dans  le  Royaume  de 
France. 

Quelque  2ele  que  le  Préfident  de  Ver- 
dun fit  paroître  de  fon  coté  pour  s'oppo- 
fer  aux  entrcprifes  de  la  Cour  de  Rome, 
Richer  ,  que  la  prudence  n'abandonnoit 
jamais,  lui  lit  promettre  qu'il  ne  feroit 
aucun  ufagedu  procès  verbal  ni  de  ce  qui 


8o  L  A     V  I  E 

^— w—  s'étoît  pafTé  à  la  Thefe  des  Jacobins ,  di 
l6ii.    qu'il  ne  le  feroit  pas  voir  aux  deux  Mi* 
niftres, jugeant  que  cela  ne  ferviroit  qu'à 
aigrir  les  efprits  déjà  mal  difpofez  ,  &  à 
augmenter  les  troubles  ;  mais  voyant  que 
ce'Magillrat  le  preflbit  de  plus  en  plus  de 
lui   donner  l'abbregé  qu'il  lui  avoit  de- 
mandé de  l'ancienne  dodrine  de  Sorbon- 
nc ,  arin  d'apprendre  ce  que  c'ctoit  que  les 
libertez  de  l'Eglile  Gallicane ,  dans  la  dé- 
fenfe  defquelks  il  prétendoit  ne  le  point 
céder  à  fonilluftreprédéceffeur  deHarlay, 
il  crut  devoir  prendre  quelque  temps  ,  non 
pas  tant  pour  compofer  l'Ecrit ,  que  pour 
délibérer  avec  fes  amis  fur  ce  qu'il  avoit 
à  faire. 
RicKer       j)^  Gamaches  fut  d'avis  qu'on  ne  devoit 
î^!^.  T    ^'^^^  donner  au  premier  Préfident  ,  parce 
■^^^  -r    ^uc  cet  homme  avoit   été  élevé   chez  les 
£3jj^"^J^_  Jefuites,& qu'on  croyoit  qu'il  n'étoitpar- 
clefiafti-    ^^^^  ^  ^^^^^  nouvelle  dignité  que  par  leur 
^^.  ^      moyen ,  &  à  la  recommandation  du  Non- 
politique,  ce  :  mais  tous  les  autres  que  Richer  con- 
a  la  prie-  fulta  jugèrent  que  ces  coniiderations   ne 
re  du  pre  dévoient  pas  l'empêcher  de  fatisfaire  les 
mierPrc-  delirs  d'un  Magillrat ,  qui  paroilibit  fi  fin- 
fidentdu  ctre  dans  l'ardeur  qu'il  faifoit  paroître  pour 
Parle-      connoître  la  vérité  ,  &  à  qui  il  ne  man- 
ment  de  quoît  peut-être  que  cela  pour  faire  tout 
Pans.       |g  j^jj^.^^  qu'on  pouvoir  attendre  d'un  pre- 
mier Préfident;  qu'il  étoit  à  craindre  qu'on 
ne  fe  rendît  coupable  devant  Dieu  des  fau- 
tes que  ce  Magidrat  pouroit  faire  dans  la 
fuite  par  l'ignorance  de  fes  devoirs  ,  ou 
par  le  relièntiment  du  refus  qu'on  lui  fe- 
roit des  initrudions  qu'il  demandoit ,  pour 

s'ac- 


d^Edmond   Ri  cher.    8i 

s'acquitter  dîgnement  d'une  Charge ,  dans  - 
laqueHe  on  eft  oblige  de  maintenir  en  mil-     1611. 
le  rencontres  les  liberté!  de  TEglife  Gal- 
licane ,  &  de  régler  les  reflbrts  de  la  puif- 
fance  ecclefiaftique  &  feculiere. 

Richer ,  quoique  touché  des  raifons  & 
des  inftances  de  ces  derniers  ,  ne  croyoit 
pas  devoir  fe  prefler  d'accorder  au  pre- 
mier Prélident  ce  qu'il  exigeoit  de  lui  par 
des  foUicitations  qu'il  réiteroit  prefque 
tous  les  jours ,  foit  par  fes  amis  qu'il  dé- 
putoit  à  Richer  ,  foit  en  l'envoyant  qué- 
rir. Il  appréhendoit  que  de  Gamaches  ne 
fût  prophète  :  mais  d'un  côté  voyant  que 
lesjefuites  cherchoient  à  profiter  de  lare- 
traite  du  premier  Prélident  de  Harlay ,  qu'ils 
avoient  regardé  comme  leur  fléau  ;  &  que 
pour  oppofer  la  rufe  &  l'artifice  à  la  for- 
ce ouverte  qui  leur  reliftoit ,  ils  reccvoicnt 
des  Ecoliers-dans  leur  Collège ,  qu'ils  n'en- 
feignoient  pas  par  eux-mêmes ,  mais  qu'ils 
faifoient  enfeigner  par  des  Maîtres  qu'ils 
prenoient  de  dehors  ,  &  qu'ils  tenoient  à 
gage  ;  il  crut  qu'il  étoit  important  de  s'af- 
lùrer  de  labonne  volonté  du  nouveau  pre- 
mier Prélident,  pour  traverfer  ces  nouvel- 
les entreprifes  :  il  confentit  que  l'Ecrit  qu'il 
•lui  demandoit  fût  le  prix  de  la  protedion 
qu'il  otfroit  à  l'Univerfité. 

Il  voulut  compofer  cet  Ecrit  félon  les 
règles  de  la  Théologie  dogmatique,  pour 
montrer  la  fource ,  où  l'on  devoit  puifer  cet- 
te dodtrine,que  non  feulement  le  premier 
Prélident  de  Verdun  ,  &  d'autres  Magif- 
trats,  mais  encore  une  infinité  de  jeunes 
Théologiens  fouhaitoient  d'apprendre  avec 

F 


8i  L  A     V  I  E 

———tant  de  palTioii.  Il  lui  donna  le  titre^  Ûè 
l^IÎ.  h  Puiffance  ecclefiaflique  l^  foUtiqtie  ;  & 
il  ne  le  tira, comme  nous  l*avons  marqué 
ailleurs ,  que  de  TApologie  qu'il  avoit  faite 
pour  Gerfon  ,  &  qu'il  n'avoit  pas  encore 
publiée  :  mais  avant  que  de  préfenter  ce 
petit  Livre  au  premier  Prélident ,  il  crut 
\q  devoir  donner  aux  Théologiens  pour 
rexamincr.De  Gamaches,  Profelfeur  Royal 
en  Sorbonne  ^  qui  n'avoit  pas  été  de  cet 
avis,  le  vit  fort  exaélement,  &y  fit  quel-^ 
qucs  remarques.  Richcr  y  eut  égard ,  &  cor* 
rigca  dans  fon  livre  tout  ce  que  ce  Doc^ 
teur  avoit  fouhaité  ;  non  pas  que  fes  re- 
marques fullcnt  véritables ,  mais  parce  que 
l'Auteur  eftimoit  que  fon  ouvrage  ferofè 
mieux  reçu  ,  s'il  étoit  approuvé  de  ceux* 
mêmes  qui  n'étoient  pas  verfez  fi  exaéle- 
ment  dans  une  matière  qui  cil  tres-amplé 
&  très-difficile  ,  qui  demande  une  connoiA- 
fance  parfaite  de  toute  l'Antiquité  ecclef- 
fiartique  ,  &  qui  depuis  dix  ans  faifoit  le 
principal  fujet  des  études  de  Richer. 
,,^  Pendant  ce  tem*ps-là  le  Cardihal  duPer* 

Pratioues  ^^^^  ">  ^'^^'^'^^^^  ^^  f*^ris  fon  SufFragant ,  & 
des  Parti-  ^^^'l^^-^^s  autres  Prélats  toujours  pleins  de 
uns  'de  rellèntiment  de  ce  qui  étoit  arrivé  à  là 
là  Cour  Thefe  des  Jacobins ,  étudioient  les  moyens 
de  Rome  de  fe  venger  de  Richer.  Ils  convinrent  avec 
pour  fai-  le  Nonce  qu'il  falloit  le  faire  dépofer  du 
re  dépo-  Syndicat  ,  où  fcmbloit  confifter  toute  la 
fer  Ki-  force  &  fon  crédit  ,  &  ils  commencèrent 
cher  du  dès-lors  leurs  brigues  dans  la  Faculté  de 
Syndicat.  Théologie  pour  en  venir  à  bout. 

Ils  publièrent  que  Richer  alloit  être  eau- 
fc  d'un  grand  fchifme ,  s'il  n'étoit  promp- 


d'Edmond   Richer.     85 

tement  dégradé  ;  comme  û  ceux  qui  de-  —  >  <  m 
meuroient  dans  l'union,  qui  retiennent  &c  i6ii. 
défendent  la  difcipline&  les  mœurs  qu'ils 
ont  trouvé  établies  ,  dévoient  pafler  pour 
auteurs  ou  coupables  de  fchilme  ,  plu- 
tôt que  ceux  qui  font  la  divilion ,  &  qui 
introduifent  les  nouveautez  ;  comme  il 
dans  la  Religion  Chrétienne  l'antiquité  n'é- 
toit  pas  le  vrai  caradere  de  la  vérité  ,  & 
la  preuve  naturelle  de  l'excellence  de  cet- 
te Religion. 

Mais  ils  s'appcrçurent  bientôt  que  leurs 
cris  &  leurs  plaintes  auroient  peu  d'etFet, 
s'ils  ne  trouvoient  un  fujet  propre  à  être 
fubftitué  à  la  place  de  Richer,&un  hom- 
me capable  de  foûtenir  le  perfonnage  qu'ils 
iui  vouloient  faire  jouer.  Ils  jetterent  les 
yeux  fur  le  Dodeur  Jean  Filefac  ,  Curé 
de  S.  Jean  en  Grève  ,  Théologal  de  l'E- 
glife  de  Paris  ;jugeant  que  comme  il  étoit 
capable  &  fçavant ,  il  ne  feroit  point  defa- 
gréable  à  la  Faculté  ;  &  que  comme  il  ne 
paroilfoit  pas  encore  avoir  borné  fon  am- 
bition à  l'état  prcfent  de  fa  fortune  ,  l'ef- 
perance  de  parvenir  à  quelque  chofe  de 
plus  élevé  ,  lui  feroit  faire  tout  ce  qu'ils 
pouroient  fouhaiter  de  lui. 

Filefac, qui  fe  voyoit  déjà  fexagenaire, 
qui  fçavoit  le  prix  de  tout  ce  qu'avoit  fait 
Richtr  ,  pour  avoir  pafïé  lui  -  même  par 
tous  les  Degrez  &  les  Charges  des  Facul- 
tés des  Arts  &  de  Théologie,  &  qui  avoit 
été  même  Redeur  de  T Univerfité ,  reçut 
afles  froidement  les  propofitions  qu'on  lui 
fit.  Il  s'excufa  fur  fon  peu  de  difpofition , 
&  fur  fon  âge  ;  il  répondit  même  fort  li- 

Fij 


§4  La    Vie 

brement  au  Nonee  &  aux  autres  qui  fi? 

^6ii.  plaignoient  de  la  conduite  du  Syndic, que 
tout  ce  que  Richer  avoit  fait  ne  tendoit 
qu'à  la  confcrvation  &  à  la  défenfe  des 
libcrtcz  de  TEglife  Gallicane  ,  &  que  les 
François  ayant  à  vivre  avec  les  Hugue- 
nots ,  dévoient  chercher  les  moyens  les 
plus  convenables  pour  les  attirer  douce- 
ment à  l'Eglifc  Catholique  ;&  non  les  re- 
buter par  ridée  de  la  puiflance  abfoluë  & 
de  rintaillibilité  du  Pape. 

Le  Nonce  ne  defefpera  pourtant  pas  de 
Je  gagner,  &  il  crut  pouvoir  fe  repofer 
de  ce  foin  fur  le  zèle  &  l'induftrie  de 
François  de  Harlay,  Abbé  de  S.  Vidor, 
qui  lui  paroilfoit  bien  intentionné  pour 
la  Cour  de  Rome,  &  qui  avoit  déjà  don- 
né des  marques  de  l'averfion  qu'il  avoit 
conçue  pour  Richer ,  depuis  qu'il  lui  avoit 
bifté  fes  Thefes.  C'étoit  un  jeune  hom- 
me fort  ardent,  qui  avoit  pris  tout  nou- 
vellement le  Bonnet  de  Doâeur,  &  qui 
ne  dilîîmuloit  pas  l'ambition  qu'il  avoit 
de  monter  par  les  Dignitez  ecclefîaftiques 

^  jufqu'au  Cardinalat. 

Cet  Abbé  fut  chargé  par  le  Nonce  de  re- 
quérir dans  Tx^lFembleé  de  la  Faculté  du 
premier  de  Juin ,  que  Richer  fût  dépofé  du 
Syndicat,  &  que  tout  ce  qu'il  avoit  fait  au 
Chapitre  gênerai  des  Jacobins  le  vingt- 
feptiéme  de  May  fût  calfé.  Dans  cette  vue 
l'on  avoit  brigué  les  fuftrages  depluiieurs 
Dodcurs,  fur-tout  parmi  les  Mendians ,  qui 
fe  trouvèrent  ce  jour- là  jufqu'au  nombre 
de  trente  dans  cette  Allembleé  de  la  Fa- 
culté de  Théologie.  Ou  vit  aufli  y  accou- 


d'Edmond    Ri  cher.     8f 

rir  tous  ceux  qui  étoient  dans  les  intérêts  — — — ^ 
des  Jefiiites,  &  qui  avoient  trouvé  mau-     i6n. 
vais  que  Richer  fe  fût  oppofé  aux  Lettres 
Patentes  que  ces   Pères  avoient  obtenues 
du    Roy   Tannée  précédente,  pour   faire 
l'ouverture. de   leurs   Clallès. 

La  brigue  ne  fc  trouva  pourtant  pas 
encore  ailèz  forte,  &  Tx^bbé  de  S.  Vi*âor 
n'ofa  même  ouvrir  la  bouche  pour  cette 
ibis.  Le  Nonce  tidelementfervi  dans  cet- 
te affaire  par  fon  Auditeur  Scappi ,  &  par 
le  Do6leur  Duval  ,  jugea  qu'il  avoir  be- 
foin  de  prendre  du  temps  pour  la  lailîèr 
meurir.  Cependant  il  recommanda  à  l'Abbé 
de  faint  Viélor  de  chercher  l'occalion  de 
s'infînuer  dans  l'efprit  de  Filefac  ,  &  de 
ne  rien  oublier  pour  tâcher  de  vaincre 
fa  répugnance. 

Richer,  après  avoir   fait   examiner  fon      ^Y' 
petit  Livre  ke  la  Fuijfance  ecclejiafiiquc  ^      Iviclier 
politique  par  plulîeurs  Dodeurs ,  aRa  fur  ^°""'^^}'" 
la  fin  de   Juillet   le   prcfenter   écrit  à   là  ^^''^  ^^^* 
main  au  premier  Prélident  de  Verdun,  &  '^"  ^^^'e 
il  lui  porta  en  même  temps  la  cenlureque  ^j^j^^  ç^ 
la  Faculté  de  Paris  avoir  faite  en  1429.  ^^^       >^ 
contre  le  Jacobin  Jean  Sarralin,qui  avoir  fenrant 
avancé  beaucoup  de  Propolitions  qui  ten-  ç^x\  Li- 
doient  à   établir  la  Monarchie,    ou  puif-  vrc. 
fance  abfoluë  du  Pape  fur  les  autres  Pré- 
lats.  Le  premier  Préfident  reçut    ce  pre^ 
fent  avec  beaucoup  de  plailir&  toute  ladé- 
monftration  de  bienvailJance  dont  il  étoit 
capable.  Il  protefta  de  nouveau  qu'il  étoit 
relblu  de  défendre   hautement  l'ancienne 
dodrine  deSorbonne,&  les  droits  de  l'U- 
niverlité.  11  prelïà  mC*me  ie  Syndic  de  lui 

F  iij 


S6  L  A    V  I  E 

— —  marquer  en  quoi  il  pouroit  le  gratifier  per-!- 
i6ll,    fonnellement ,  &  de  voir  quel  Bénéfice  ou 
quelle  peniion  il  fouhaitoit  qu'il  deman- 
dât pour  lui  aux  Minières. 

Le  Syndic  l'ayant  tres-humblement  re*  " 
mercié  ,  lui  dit  qu'il  étoit  content  de  la 
médiocrité  de  fon  état  ,  &  qu'il  ne  cher- 
choit  pas  à  en  fortir  pour  le  peu  de  vie 
qui  lui  reftoit  ;  qu'il  n'avoit  pas  d'autre  iur 
terét  que  celui  du  Public  ;&  qu'étant  fort 
^  indiffèrent  pour  tout  ce  qui  pouvoit  le  re- 

garder ,  il  n'avoit  en  vûë  que  le  bien  de 
la  Religion  &  de  l'Etat,  &  en  particulier 
celui  de  rUniveriité  de  Paris,  dont,  la  pro- 
tedion  fembloit  lui  être  refervée  depuis  Isi 
retraite  de  fon  prédécefleur.  Il  entra  en^ 
fuite  en  conférence  fecrete  avec  ce  Mar 
gillrat,pour  lui  faire  comprendre  l'imporr 
tance  de  cette  affaire  ,  d'où  fembloit  dé- 
pendre le  bon  ordre  &  la  tranquillité  noij 
feulement  de  l'Eglife  Gallicane, mais  en- 
core du  Royaume ,  contre  la  pratique  des 
Etrangers ,  &  fur-tout  des  EmifTaires  de  la 
Cour  de  Rome,  qui  en  vouloient  à  la  li- 
berté de  notre  Eglife ,  &  à  la  fouveraine^ 
té  de  notre  Monarque.  11  lui  témoignîj 
qu'encore  qu'il  n'eût  jamais  étudié  au^ 
Jefuites  ,  il  ne  laiflbit  pas  d'eitimer  leur 
Compagnie ,  dont  l'Inftitut  pouroit  même 
être  de  grande  utilité  à  l'Eglife  ,  s'ils  ne 
cherchoient  point  à  s'introduire  par  des 
intrigues  dans  les  Fondions  eccleliaftiques 
au  préjudice  de  l'Hiérarchie,  &  à  exercer 
lur  les  Etudes  &  les  Lettres  un  monopole 
tendant  à  la  ruine  des  autres  Univerliteï 
&  Collèges  de  la  Chrétienté.  Car  pour  lei 


d'Edmond    Richer.     87 

rendre  utiles, il  falloit  empêcher  qu'ils  ne  —  ■? 
fe  rendiflent  necefîaires  ;  qu'on  pouroit  le  i6ii. 
régler  fur  la  conduite  qu'ils  avoient  gar- 
dée depuis  I5'74.  jufqu'en  lySç.  lorfqu'ils 
le  contentoient  d'enfcigner  les  Lettres  à 
Paris  ,  fans  avoir  l'ambition  de  fe  jctter 
dans  les  atîaires  du  Royaume  &  des  Fa- 
milles ,  comme  ils  avoient  fait  depuis  la 
Ligue;  que  depuis  le  retour  de  leur  exilée 
jeur  rétabliffement  en  France, ils  s'étoient 
tellement  avancez  à  laCour,  qu'ils  ne  gar- 
doient  plus  de  mefure  dans  la  paffion  qu'ils 
avoient  de  dominer ,  &  que  cette  ambition 
cauferoit  un  jour  la  ruine  de  leur  Com- 
pagnie, ou  celle  de  la  Republique  Chré- 
tienne. 

Le  premier  Prélident  parut  fi  touché  de 
ce  que  le  Syndic  venolt  de  lui  dire,  qu'il 
lui  demanda  encore  une  féconde  confé- 
rence pour  fe  faire  inllruire  à  fonds.  Ri- 
cher la  lui  donna  deux  jours  après,  &  lui 
fit  un  long  difcours  fur  la  manière  dont  le 
Parlement  devoir  agir  à  l'égard  de  Rome, 
&  des  Miniilres  mêmes  de  la  Cour  de 
France  durant  la  Régence  d'un  Femme; 
après  quoi  il  lui  laiiîa  quelques  Mémoi- 
res pour  le  foulager  dans  le  fouvenir  des 
maximes  qu'il  venoit  de  lui  doimcr. 

Peu  de  temps  après  la  Faculté  de  Théo- 
logie ayant  donné  ordre  de  faire  impri- 
mer la  cenfure  qu'elle  avoit  faite  le  premier 
jour  d'Août  contre  le  Livre  de  Dupleflis- 
Mornay  ,  intitulé,  le  Myjicre  d'iniijmte\  Ri- 
cher en  prit  occalion  pour  faire  en  même  Impref- 
tcmps  tirer  trois  cens  exemplaires  de  fon  hon  de 
petit  livre  de  la  Futjfance  ecclefiajltque  ^  ion  livre. 

F  iiij 


88  La    Vie 

iP^— politique  ,  non  pour  le  divulguer  dans  le* 

i6u.  Public  ,  mais  pour  le  communiquer  fim- 
plement  à  fes  amis  &  aux  perfonnes  de 
çonfideration ,  qui  en  pouroient  faire  quel- 
que ufage.  Il  s'y  étoit  déterminé  aulîi  dans 
le  deflein  d'arrêter  le  cours  des  mauvaifes 
copies  ,  fur  lefquelles  il  étoit  à  craindre 
qu'on  ne  l'imprimât,  comme  on  avoit  fait 
en  Italie  fon  Apologie  pour  Gerfon  ;  &  que 
la  vûë  des  fautes  qui  s'y  feroient  gliffées 
ne  l'obligeât  à  renoncer  un  ouvrage  qu'il 
'  étoit  bieri-aife  de  reconnoître  à  la  face  de 

rUnivers.  -^ 

Il  divifa  l'Ouvrage  en  dix-huit  articles , 
dont  il  fit  un  enchaînement  fi  bien  fuivi , 
que  le  fécond  dépend  neceflairement  du 
premier,  le  troifiéme  du  fécond,  &  ainfî 
des  autres  jufqu'au  dernier, dans  la  même 
liaifon  des  confequences  aux  principes.  Il 
voulut  y  faire  voir  d'abord  que  la  jurif- 
di^lion  ecclefiaftique  appartient  efTentiel-  -, 
lement  à  toute  l'Eglife,  &  que  le  Pape  & 
les  Evêques  n'en  Ibnt  que  les  Minières  ^ 
&  montrer  que  Jefus-Chrift  a  conféré  cette 
jurifdidion  à  tout  l'Ordre  Hiérarchique, 
par  la  mifîion  qu'il  a  donnée  immédiate- 
ment à  tous  les  Apôtres  &  à  tous  les  Difci- 
ples.  Il  y  définit  l'Eglife  zm  Etat  Monarchi- 
que injîîtîié  de'Jefus-C  hrift  pour  une  fin  fitrr 
Naturelle  ,  k^  ternperé  d'un  Gouvernement 
Anjîocratique  ,  qui  e[i  le  meilleur  de  touSy  Cîf 
le  plus  convenable  à  la  nature.  Après  avoir 
montré  que  jefus-Chrifi:  en  eft  le  ChefeJ/e»- 
tiel^h  le  Pape  feulemement  le  C\\QÎ  mini- 
fier  iel  ,  pour  me  fery  ir  de  fes  termes  ;  il  don- 
ne \d,  ditferenee  d'un  Etat  d'avec  un  Gou- 


p'Edmond    Ri  cher,     8p 

vcrnement.  Il  fait  voir  enfuite  que  la  puif-  —  ■■ 
fance  infaillible  de  faire  des  Décrets  &des  1611. 
Conftitutions  appartient  à  toute  l'Eglife, 
6c  non  au  Pape  feul  ;  &  il  marque  la  qualité 
&  retendue  de  l'autorité  du  fouverain  Pon- 
tife, qu'il  met  fous  la  diredîon  &  la  cor- 
redion  du  Concile  General,  qui  rcpre- 
fente  l'Eglife  univerfelle.  11  fait  part  auflî 
du  Gouvernement  de  l'Eglife  aux  Princes 
feculiers  en  ce  qui  regarde  la  difpoiition  des 
biens  temporels  &  les  peines  corporelles  , 
le  maintien  de  la  difcipline  ,  l'exécution 
des  Loix  &  des  Canons  dans  le  relfort  de 
de  leurs  Etats.  Il  veut  que  le  Prince  en 
qualité  de  Protedeur  de  l'Eglife ,  &  de  Dé- 
fenfeur  des  Canons  ,  non  feulement  qu'il 
ait  droit  de  faire  des  Ordonnances  pour 
la  Difcipline  Eccleliaftique,  mais  qu'il  foie 
encore  Juge  légitime  des  appellations  com- 
me d'abus  ;  &  il  prétend  que  c'elt  de -là 
que  viennent  les  libériez  de  l'Eglife  Gal- 
licane. 

La  penfée  qu'il  avoit  de  ne  diftribuer 
cet  Ouvrage  qu'à  des  Particuliers,  fans  ja- 
mais permettre  qu'il  fût  expofé  en  vente, 
fit  qu'il  ne  jugea  pas  à  propos  d'y  mettre 
fon  nom  ,  nr  celui  de  l'Imprimeur.  Mais 
cette  confideration  ne  fervit  de  rien  à  ceux 
qui  dans  la  fuite  voulurent  lui  faire  un  cri- 
me de  cette  fuppreflion.  Filefac  fut  un  de 
ceux  à  qui  il  en  donna  un  exemplaire.  Le 
jugement  qu'il  en  fit  après  l'avoir  lu ,  fut 
que  ce  Livre  ne  plairoit  guércs  à  la  Cour 
de  Rome,  où  l'on  n'aimoit  pas  tant  de 
difcernement  touchant  la  différence  entre 
l'ancienne  &   la  nouvelle  Dodrine.    Le 


5)0  L  A       V  I    E 

"■"^       froid  dont  il  accompagna  ce  témoignaga 
i^n.    fut  pris  pour  un  ligne  évident  du  change- 
ment qui  fe  faifoit  en  lui  peu-à-peu ,  par 
les  infpirations  du  Nonce  du  Pape  &  de 
l'Abbé  de  S.  Vidor. 
V.  Ce  Dodeur  ne  laifla  pas  de  remontrer 

Tilefac,    affez  fortement  dans  rAlFemblée  delaFa- 
qiioique    ^uj^^  ^^  ^    d'Odobre  ,  que  beaucoup  de 
peutavo-  ggj^5  jg  j^jgj^  parmi  les  Catholiques  étoieut 
rable  aiix  ^candalifez  de  trois  Sermons  prêchez  en 
fe^laiif^  '  E^P^g^^  ^  ^^  Béatification  de  faint  Ignace 
oa^ner     ^^  Loyola ,  traduits  en  notre  langue  par  le 
contre      ^^^^  François  Solier  Jefuite ,  imprimez  ea 
Kicher.     France,  &  recommandez  au  peuple  com- 
me d'excellentes  pièces.  Il  propofa  même 
pour  la  cenfure  quatre  articles  tirez  de  ces 
Sermons  Sermons.  Sçavoir  lO  .Qu'Ignace  avec  fon 
fur  faint    nom  écrit  fur  un  biU^ù   avoiî  plus  fait  ds 
Ignace      miracles  ,  ^ue  Moyfe  n'en   avait  faits   au. 
cenfurez  nom  de  Dieu  avec  fa  baguette,    z  °  •    Q^e 
en  Sor-    /^  faintete  dUgnace  était  fi  relevée ,  même 
bonne.      ^\  l'égard   des  Bienheureux  iff  des  Intelli- 
gences celefîes  ^  qu'il  n'y  avait  que  les  Pa- 
pes comme  faint  Pierre  ,  que  les  Imper atri^ 
ces  comme  la  Mère  de  Dieu ,  que  quelques, 
Monarques  comme  Dieu  le  Père  ^^  fon  Fils^ 
qui  eujfent  le  bien  de  le  voir.  3  °  .  Que  les 
autres  Fondateurs  des   Ordres  Religieux  a^ 
votent  été  fans  doute  envoyez  en  faveur  de 
VEglife  ;  mais  que  Dieu  uoviflimè  diebus 
ilHs  locutus  eft  nobis  in  filio  fiio  Ignatio, 
quem   conllituit   hxredem   univerforum  i 
ç'ejh-à-dire  ,  que  Dieu  nous  a  parlé  en  ces 
derniers  temps  par  fan  fils  Ignace  ,  qiCil   a, 
établi  héritier  de  toutes  chofes.   4  '^  .  Qu* Igna- 
ce affeâionnoit  particulièrement  le  tape  de 


d'Edmond   Ri  cher,     pi 

Kome ,  le  regardant  comme  le  légitime  fuc-  r ^ 

cejfeur  de  Jefus-Chrift  ,  çjffo»  l^itaire  en     l6ll. 
terre. 

Richer  ne  fut  pas  fâché  que  le  zèle  de 
Filefac  le  difpensât  de  faire  le  devoir  de 
Syndic,  en  une  occalion  qui  n'auroit  pas 
jnanqué  d'irriter  de  nouveau  les  Jefuites 
contre  lui. 

Le  DoâeurDuval  ,qui  s'intereiToit  au- 
tant à  l'honneur  de  leur  Société  qu'à  ce- 
lui de  la  Cour  deRome,s'oppofa  aux  re- 
montrances de  Filefac,  &  foûtint  que  les 
quatre  articles  pouvoient  avoir  un  fens 
pieux  &  favorable. 

La  Faculté   n'y   eut  pourtant  pas  d'é- 
gard, &  elle  condamna  les  trois  Sermons 
par  une  cenfure  du  même  jour.   Les  Je- 
luites  rirent  paroître  quelque  temps  après    O^i  P^^f- 
fous  le  nom   du  Père  Solier  une  Lettre  '|^|^  ^^^^'^ 
langlante  &  fort  injurieufe   contre  cette  "''"<^^^'" 
cenfure.  Elle  ne  fit  qu'irriter  encore  da-  P°!!^/ 
vantage  l'Univerfité, qui  recommença  peu  ■   |IJj*^^ 
de  jours  après  fes  pourfuites  contre  ces  L^.f^.ç- " 
Pères  ,  fous  le  Redeur  Pierre  do  Hardi- 
vil  lier  s. 

D'un  autre  côté  les  Jefuites  alTiftez  du 
Dodeur  Duval ,  de  l'Abbé  de  Saint  Vi- 
élor,&  de  l'Auditeur Scappi,travailloient 
fecretement  à  divifer  la  Sorbonne  ,  &  à  y 
•former  un  puilîant  parti  pour  Rome  h  pour 
eux.  11  fembloit  qu'il  n'y  eût  que  Richer 
dans  toute  la  Faculté  ,  qui  fût  capable  de 
traverfer  leurs  dcileins,  &  on  ne  pouvoit 
lever  cet  oblhicle  qu'en  lui  ôtant  le  Syn- 
dicat. On  n'avoit  plus  d'oppolicions  à  crain- 
dre du  côté  de  la  Cour ,  depuis  qu'on  an 


92  L  A      V  I  È 

-■  voit  fçu  gagner  le  Chancelier  de  France , 

i6u.  l'un  des  deux  Minières  qui  s'étoient  laiflei, 
prévenir  contre  Richer  depuis  le  récit  defr- 
obligeant  que  le  Nonce ,  le  Cardinal  du 
Perron  ,  &  les  Prélats  lui  avoient  fait  de 
ce  qui  s'étoit  pafTé  aux  Jacobins. 

L'Abbé  de  S.  Vidor  eut  commiffionde 
redoubler  fes  follicitations  auprès  de  File- 
fac,  nonobftant  le  mauvais  office  que  celui- 
ci  avoit  rendu  aux  Jefuites  le  premier  jour 
d'Aouft.  Il  n'étoit  alors  queftion  que  des 
moyens  de  pourvoir  la  Faculté  d'un  nou- 
veau Syndic  en  gênerai ,  fans  parler  de  ce- 
lui qui  devoit  prendre  la  place  de  Richer. 
Filefac  fe  laiffa  enfin  mener  chez  lesGrands. 
Le  Chancelier  &  le  Cardinal  du  Perron 
lui  firent  promettre  qu'il  s'employeroit  en 
Sorbonne  ,  pour  difpofer  les  efprits  à  la 
dépofition  du  Syndic  :  &  l'Evêque  de  Pa- 
ris ,  pour  l'y  engager  plus  fortement ,  lui  fit 
cfperer  l'Evêché  d'Autun,  s'il  faifoitréuf- 
fîr  l'affaire  ;  propolition  qui  lit  tant  d'im- 
preflion  fur  l'efprit  de  Filefac  ,  que  fe 
croyant  Evéque  dès  qu'il  agiroit  contre  Ri- 
cher, il  fongea  peu  de  jours  après  à  fe  dé- 
faire de  la  Cure  de  S.  Jean  en  Grève,  a- 
fin  de  fervir  ceux  qui  le  mettoient  en  œu- 
vre avec  plus  de  loiiir  &  de  liberté. 

Pendant  que  cette  intrigue  fe  pratiquoit 
fecrctement ,  il  fe  répandit  un  bruit  que  le 
Roi,  c'elt-à-dire  le  Chancelier ,  vouloit  don- 
ner des  Lettres  aux  Jefuites  pour  être  adop- 
tez &  incorporez  dans  l'Univerlité  de  Pa- 
ris, fous  prétexte  d'afToupir  la  diviiionquî 
rcgnoit  depuis  tant  de  temps  entre  eux  & 
la  Sorbonne.  C'eft  ce  que  les  Jelùites  de- 


d'Edmond    Ri  cher,    pj 
inandoient  ,  &  que  TUniverfité  appréhen-  ■■< 

doit  pour  plus  d'une  raifon.  Les  Facultcï  i6ll. 
fuperieures  fembloient  être  partagées  fur  ce 
point,  &  fur-tout  celle  de  Théologie , qui 
fembloit  y  être  plus  intereflee,  avec  celle 
des  Arts.  Filcfac  cnpritoccaHon  pour  fai- 
re bande  à  part  ,  &  mieux  tramer  l'affaire 
qu'il  avoit  entreprifc.  Le  Dimanche  13. 
de  Novembre  il  tint  un  conférence  chez 
le  Doâeur  de  Gamaches ,  à  l'infçû  de  Ri- 
cher  ,  qui  fembloit  néanmoins  y  devoir  être 
appelle  en  qualité  de  Syndic.  L'Aflemblée, 
outre  lui  &  le  maître  du  logis ,  n'étoit  com- 
pofée  que  de  cinq  Dodeurs ,  Etienne  Ba- 
lenot ,  Provifeur  des  Bernardins ,  fon  ami 
particulier  ,  Pierre  Leclerc  Principal  da 
Collège  de  Clugni  ,  *  Nicolas  Ifembert  1  •  /-.i  . 
Jacques  Flegmequin,  &  Jérôme  Parent.     Q^.c^*' 

Richer ,  félon  la  coutume  qu'il  avoit  de-  ^** 

puis  quelques  années  de  voir  le  Doôeur 
Gamaches  les  Fêtes  &  les  Dimanches  , 
pour  traiter  enfemble  des  affaires  de  la  Fa- 
culté, furvint  fans  être  averti  de  rien  ,  6c 
crut  d'abord  que  c'étoit  le  hatard  qui  avoit 
formé  la  Compagnie  chez  fon  ami. 

Filefac,  furpris  de  le  voir,  n'eut  pas  le 
loifir  de  trouver  une  défaite  ;  &  l'ayant 
pris  à  l'écart ,  il  lui  avoua  que  c'étoit  une 
Aflemblée  ordonnée  par  le  Chancelier  , 
qui  avoit  défendu  qu'on  n'y  appellât  le 
Syndic,  parce  qu'il  paroifToit  trop  animé 
contre  les  jefuites.  Richer  voulut  fe  reti- 
rer, témoignant  qu'il  étoit  venu  fans  au- 
tre delfein  que  de  rendre  une  limple  vifî- 
te  à  un  ami  ;  qu'il  ne  trouvoit  pas  à  re- 
dire qu'on  s'aflemblât,  ni  qu'on  délibérât 


P4  L  A    V  I  E 

•'»—  même  fans  fa  participation  ,  &  qu^'I  n'éi 
i<^i-.    toit  pas  curieux  des  affaires  d'autrui. 

Mais  Filelac  ,  pour  ne  lui  être  pas  ful^ 
ped,  le  prefl'a  de  refter,fous  prétexte  qu^î 
tous  ceux  delà  compagnie  luiétoient con*î 
nus,  &  qu'il  ne  feroit  pas  fâche  d*enten- •' 
dre  ce  qu'il  avoit  à  leur  dire..  i 

Richer  demeura  ,  quoiqu'il  s'imaginât' 
voir  Duval  dans   la  perfonne  de  Leclerc, 
&  d'ifambert ,  qui  étoient  particulièrement 
attachez  à  lui. 

Filefac  déclara  que  depuis  quelques  jours 
l'Abbé  de  S.  Vidor,  &  le  Père  Alexan- 
dre George  l'étoient  venus  trouver  pour 
ménager  un  accord  entre  l'Univerfité  & 
ks  Jcfuites;  que  le  Cardinal  du  Perron, 
^  le  Chancelier  Tavoient  appelle  pour  le 
même  lujet  ,  alléguant  qu'il  s'alloit  for- 
mer un  dangereux  Schifme,  fi  l'on  nere- 
concilioit  promptement  ces  deux  grands 
Corps ,  &  que  l'unique  moyen  d'en  ve- 
nir à  bout  étoit  d'immatriculer  les  Jefuites 
dans  rUniveriité.  Il  ajouta  que  (i  le  Chan- 
celier vouloit  faire  recevoir  les  Jefuites 
dans  l'Univerfité  de  Paris  par  un  Edit  du 
îloi ,  comme  k  bruit  en  couroit  ,  il  étoit 
rcfolu  de  quitter  le  Chaperon  &  de  le  jet- 
ter  à  la  porte  de  Sorbonne,  &  qu'il  y  a- 
voit  plus  de  trente  Dodeurs  dans  la  me-, 
me  difpofition.  Mais  il  fe  garda  bien  en 
prcicnce  de  Richer  de  dire  un  feul  mot  de 
la  commifîlon  qu'il  avoit  reçue  du*  Nonce, 
du  Cardinal  du  Perron,  du  Chancelier, & 
de  l'Evcque  de  Paris  touchant  l'éledioii 
d'un  nouveau  Syndic. 
"    Richer,  plus  ieniible  que  perfonne  à  Tin- 


d'Edmond    Ri  cher,    ^f 

terct  que  TUniverfité  avoit  de  ne  pas  ad-  — — — • 
mettre  les  Jefuites  dans  fon  Corps, &  à  la    1611. 
idiviiion  qui  fe  formoit  en  Sorbonne,  ne    Ce  <de{^ 
[trouva  plus  d'autre  moyen  pour  fauverî'un  fdn  eft 
!&  Tautre  que  celui  d'oppoler  le  Parlement  traverfé 
jà  la  Cour  &  au  Cierge.  Ce  fut  dans  cette  p-^r  Ri- 
Ivûc  qu'il  fe  rendit  amdu à  foUiciter  leprc-  ^^^^\ 
'mier  Préfident  de   Verdun  pour  faire  vui- 
idcr  roppolitionderUnivcrfité  aux  Lettres 
ique  les  Jefuites    avoient  obtenues  de  la 
Cour  pour  ouvrir  leur  Collège. 

L'affaire  fut  plaidée  au  mois  de  Decem-  Arreft  dd 
bre  par  la  Martiliereen  deux  grandes  Au-  Parle- 
dianccs  pour  l'Univerfité  ;enfuite  pour  les  ment 
Jefuites  par  Montolon,  qui  ne  parla  qu'une  contre 
demi-heure  ,  pendant  laquelle  il  fut  pref-  ^^s  Jefui- 
que  toujours  interrompu  par  les  tumultes  ^"• 
de  la  Salle  :  après  quoi  le  RedeurHardi- 
villiers,  par  manière  de  Réplique,  haran- 
gua la  grande  Chambre  en  Latin  avec  beau- 
1  coup  d'éloquence  &  de  grâce.  Les  Conclu- 
'  fions  de  l'Avocat  General  Scrvin  furent , 
qu'outre  ce  qui  regardoit  la  demande  de 
M'Univerfitc  ,  il  y  avoit  quatre  points  fur 
lefquels  il  falloit  obliger   les   Jefuites   de 
renoncer  à  leurs  do6lrmes  ordinaires ,  & 
i  fe  conformer  à  celle  de  la  Sorbonne;  qu'il 
I falloit  leur  faire   ligner,  i  °  .  Que  le  Con^ 
cile  eft  au-dejfus  du  Pape.  2  °  .  Que  le  Pa- 
-pe  n'a  aucune  puïjj'ance  temporelle  fur  les 
Rots ,  y  qjî'H  -ne  peîit  les  priver  de  leurs 
■Royaumes   après    les    avoir    excommuniez^ 
B  ^  •    Qj^*^    ^^-^   Confejfeurs   doivent   révéler 
cux^  Magijirats  les  conjurations  ^  les  af- 
'fjfjlnnts  contre  les  Rois  ow  contre   rEtat, 
.  Que  Us  Ecchfiafliques  font  fujets  att 


ç6  L  A      V  I   E  j 

Prince  feculier  oh  aux  Magiftrats  poUti^\ 
que  s. 

Les  Conclufions  furent  fuivies  ,  l'Ar- 
reft  fut  prononcé  contre  les  Jefuites  le 
22.  de  Décembre.  Il  leur  fut  défendu  de 
fe  inéler  de  Tindrudion  de  la  Jeuneflc 
dans  Paris,  ni  par  eux-mêmes,  ni  par  l'en* 
tremife  de  quelques  autres  pcrfonnes  ;  & 
il  leur  fut  ordonné  de  fc  conformer  à  la 
doftrine  de  TEcole  de  Sorbonne ,  même 
en  ce  qui  concerne  la  confervation  de  la 
perfonne  des  Rois ,  le  maintien  de  l'auto- 
rité royale  &  des  libertez  de  l'Eglife  Gal- 
licane. 
V I.  Le  grand  éclat  qu'eut  cette  affaire ,  qui 

Richer  avoit  occupé  &  rempli  le  Palais  pendant 
«ft  enga-  fix  jours,fit  du  bruit  jufqu'au  Château  du 
gc  par  la  Louvre,  &  rouvrit  la  playe  que  la  mort 
Cour     a  ^g  Henri  le  Grand  avoit  faite  dans  le  cœur 
1  T^^--^  des  bons  P'rançois.  Tout  Paris  ne  parloit 
î"  que  du  plaidoyer  de  la  Marteliere ,  où  cet 
trîerrqui  ^^°^^^  ^^^^^  ^'^  ^^  évidence  les  maximes 
regarde     ^  ^^^  procèdes  fecrets  des  Jefuites. 
la  vie  ôc      -^^  premier  Préfident  envoya  quérir  Ri- 
la   fureté  ^h^r  le  26.  du  mois, jour  de  S.  Etienne, 
des  Rois.  P°"^  ^^   féliciter  d'avoir  fi  heureufement 
travaillé  à  faire  connoître  une  dodrine  lî 
pernicieufe  ,  qui  avoit    ravi  deux  de  fes 
meilleurs  Rois  à  la  France  :  &  pour  l'ex- 
horter à  continuer  fes  foins  ,  il  lui  dit  en 
même  temps  que  les  deux  Minières ,  c'eft- 
à-dire  le  Chancelier  &  Mr.  de  Villeroi, 
delîroient  qu'il  drefsât  en  Latin  &  en  Fran- 
çois par   chapitre  tous  les  points  princi- 
paux de  cette  dodrine,  parce  qu'il  avoit 
iié  refolu  dans  le  Confcil  de  les  envoyer 

à  tous 


À 


d'Edmond    Ri  cher.    97 

a  tons  Icà  AmbafTadeurs  du  Roi ,  pour  en  — — 
donner  connôifTance  aux  Princes  étran-  161 1. 
gers.  Il  ajouta  qu'on  vouloit  ferieufement 
donner  ordre  au  rétablillement  de  l'Uni- 
verlité  ,  &  empêcher  l'accroiflement  des 
Jefuites ,  comme  tres-préjudiciable  au  Roi 
&  au  Royaume. 

Les  Jefuites  ,  avertis  de  cette  refolu- 
tion  y  en  furent  encore  plus  allarmez  que 
de  la  perte  du  procès.  Ils  crurent  queRi- 
cher  leur  alloit  porter  le  dernier  coup  qui 
devoit  renverfer  leurCompagnie  :  mais  pour 
le  parer  avec  avantage  ,  ils  fongerent  aux 
moyens  de  faire  tomber  fur  la  tête  de  Ri- 
cher-mcmc  la  tempête  qui  les  menaçoît. 
Ils  renouvellerent  toutes  les  brigues  qu'ils 
avoient  fecretement  fait  naître  en  Sorbon- 
ne  pour  troubler  la  Faculté  de  Théolo- 
gie ,  &  la  faire  partager  en  cabale.  Ils  apo- 
Iterent  des  Emilîàires  pour  publier  que  ce 
n'étoit  pas  aux  jefuites ,  mais  au  faint  Pè- 
re qu'en  vouloit  Richer ,  &  à  la  Religion 
Catholique  ;  qu'il  en  avoit  concerté  la 
ruine  avec  Frapaolo  de  Venife,  &  les  au- 
tres ennemis  de  la  Papauté,  dont  le  Par- 
lement de  Paris  n'étoit  que  trop  rempli. 
Se  voyant  appuyé  du  Nonce  &  du  Cardi- 
nal du  Perron,  en  qui  ils  avoient  fçû  vain- 
cre l'averlion  qu'il  avoit  eue  autrefois  pour 
leur  Compagnie;  ils  attirèrent  divers  Evé- 
ques  dans  leur  parti,  tâchèrent  deleurper- 
fuader  que  pour  remédier  au  Schifme  qui 
déchiroit  la  Faculté  de  Théologie,  il  fal- 
loit  détruire  la  Sorbonne  ,  où  il  fe  formoir, 
&  perdre  Richer  ,  qui  en  étoit  l'auteur. 
On  entendit  même  dire  hautement  à  Du- 

G 


98  L  A     V  I  E 

— -—  val  en  plus  d'une  rencontre,  qu'il  feroîtà 
1611.    fouhaiter pour  la  gloire  de  Dieu, qu'il  n'y 
eût  pas  de  Sorbonne  au  monde  en  ce  temps^ 
là.  Le  Cardinal  du  Perron  manda  Richer 
*Cethô-  à  l'Hôtel  Archiépifcopal  de  Sens  *  le  2.8; 
tel  eft  à    de  Décembre  ,  pour  ie  plaindre  à  lui  de 
P'iris        ce  que  l'on  avoit  traite  de  la  puifTance  du 
près  de     p^^pe  en  plaidant  la  caufe  de  l'Univerfité. 
S.Paul.         ][  im'  dit  qu'il  pouroit  bien  arriver  que 
des  elprits  brouillons  &  des  féditieux  pren- 
droient  de -là  fujet  d'appeller  au  Concile 
General  de  la  difpenle  que  le  Pape  Clé- 
ment VIII.  avoit  accordée  au  Roi  Henri 
IV.  pour  époufer  la  Reine  Marie  de  Me- 
dicis  ,  &  que  cela  ne  manqueroit  pas  de 
troubler  la  tranquillité  du  Royaume  ,.&  de 
caufer  un  fchifme. 
Réponfe       Richer  lui  répondit  que  la  difpenfe  du 
deRicher  mariage  du  Roi  Henri  le  Grand  étoit  une 
nu  Cardi-  queftion  de  fait ,  &  non  de  droit  ;  que  tous 
nal  du      les  Theolagicns  demeuroient  d'accord  que 
Perron,     ^^j^^  j^g  chofes  de  fait  l'Eglife  ou  le  Con- 
cile General  n'étoient  pas  infaillibles ,  non 
plus  que  le  Pape  :  qu'ainli  il  n'y  auroit 
point  lieu  d'appel  au  Concile  pour  le  ma- 
riage du  Roi.    D'ailleurs  ,  qu'encore  que 
la  Sorbonne  eût  toujours  tenu  pour  l'au^ 
torité  du  Concile  au-delllis  du  Pape, elle 
ne  laiûbit  pas  d'enfeigner  que  le  faint  Pè- 
re, à  raifon  de  fa  primauté,  peut  &  doit 
interpréter  le  droit  divin  ,  naturel  &  ca- 
nonique, &  donner  des  difpenfes  pour  le 
bien  &  Téditication  de  l'Eglife  univerfel^ 
le  :  que  le  mariage  du  Roi  étoit  dans  ce 
cas  ,  &  qu'il  ne  connoilfoit  perfonne  en 
France  qui  en  doutât  :  que  pour  fon  par-^ 


d'Edmond  Ri  cher,     pp 

tîculier  il  avoit  toujours  fouhaité  quêtant  — ■■  - 
dehors  que  dedans  la  Faculté  de  Theolo-  i6ii* 
gie ,  on  ne  remuât  pas  ces  queftions  odieu- 
t|  fes  ,  qui  mettent  en  compromis  la  puif- 
.|  fance  du  Pape  avec  celle  du  Concile  ;  mais 
que  jamais  il  n'avoit  pu  gagner  cela  fur 
l'efprit  de  l'Auditeur  du  Nonce  Ubaldin, 
qui  loin  d'avancer  les  affaires  de  fon  Maî- 
tre par  ce  moyen  ,  avoit  beaucoup  caufé 
de  Icandale  par  fes  intrigues  :  que  depuis 
fon  Syndicat  il  avoit  toujours  reiîfté  aux 
entreprifes  de  cet  Auditeur  ,  &  prévenu 
allez  heureufement  les  defordres  que  fon 
humeur  turbulente  avoit  caufez  en  Sor- 
bonne  ;  mais  que  ce  brouillon  ayant  ob- 
tenu des  Jacobins ,  ce  qu'il  n'avoit  pu  en 
Sorbonne  ,  qu'on  agitcroit  chez  eux  des 
queftions  contraires  aux  droits  du  Roi ,  & 
aux  maximes  de  france  ,  le  Syndic  de  la 
Faculté  n'étoit  plus  refponfable  du  fcan- 
dale  ,  qu'il  avoit  d'ailleurs  tâché  d'étouf- 
fer dans  le  lieu  mcme  où  on  l'avoit  fait 
naître  :  que  la  Sorbonne  demeuroit  tou- 
jours conftante  &  uniforme  dans  la  doc- 
trine des  Anciens  ,  qui  n'avoient  jamais 
cté  foupçonnez  de  fchifme  ,  pour  avoir 
maintenu  les  Décrets  du  Concile  de  Con- 
fiance. 

Ce  fut  pour  la  féconde  fois  que  Richer 
împofa  lilence  au  Cardinal  du  Perron,  ce 
que  nul  autre  n'avoit  encore  fçû  faire  a- 
vant  lui.  Le  même  jour  après-midi  le  Car- 
dinal excité  par  le  Nonce  Apoftolique ,  fe 
tranfporta  au  Château  du  Louvre  accom- 
pagné de  plulieurs  Evcques.  Ils  ne  trou- 
vèrent pas  de  fureté  à  fe  plaindre  du  plai- 

Gij 


100  L  A      V  I    E 

■  doyer  de  TUniverfité,  où   Ton  avoît  dif- 

1611.  couru  de  la  dodrinc  qui  attribue  au  Pape 
le  pouvoir  de  dcpofcr ,  &  de  faire  tuer  les 
Pratique  Rois,fuiYant  le  itylcde  rinquilition  :  mais 
des  Gens  ils  firent  de  grandes  clameurs  fur  ce  que 
d'Eglife  l'Avocat  General  Servin  avoient  dit  en 
dillipcc  plaidant,  que  toutes  les  fois  qu'il  s'agiffoit 
par  Ser-  de  la  vie  du  Prince,  il  étoit  permis  de  re- 
vin.  velcr  la  Confelfion  ;  Ce  qu'ils  regardoient 

comme  une  propoiition  hérétique,  qui  fé- 
lon eux  renverfoit  notre  Religion  de  fonds 
en  comble. 

Le  Cardinal  du  Perron  y  réitéra  contre 
Richer  ce  qu'il  avoit  déjà  dit  aux  Mini- 
lires dans  le  mois  de  May  dernier  ,&  qu'il 
avoit  fouvent  répété  depuis  comme  le  re- 
frein d'une  chanlbn  ,  ^«';7  étoit  autant  per- 
mis de  révoquer  en  doute  Vétat  du  mariage 
de  la  Reine  ct'  de  fes  enfans  ,  que  la  pmf- 
jance  du  Pape ,  qui  avoit  donné  au  Rot  dé- 
funt la  difpenfe  pour  fe  marier.  C'étoit  un 
artifice  du  Cardinal ,  pour  tâcher  de  porter 
un  contre-coup,  &  pour  faire  diverfionau 
vacarme  qu'excitoit  la  dodrine  féditieufe 
qui  autorifoit  le  parricide  des  Rois  ,&  dont 
on  prétendoit  que  les  Jefuites  étoient  les 
principaux  auteurs. 

Pendant  que  le  Cardinal  du  Perron  fai- 
foit  tout  ce  bruit  devant  la  Reine ,  &  les 
Minières  ,  on  vit  entrer  Servin  qui  avoit 
été  mandé  au  Louvi;^  par  la  Majelté.  Ce 
Magiilrat  apprenant  la  plainte  qu'on  étoit 
venu  faire  de  lui  ,  répondit  au  Cardinal 
qu'il  n'avoit  parlé  de  la  révélation  de  la 
Confelfion  que  fclon  le  fentiment  desTheo- 
logiens  ,  qui  enfcignent   qu'on  peut   fans 


d*Edmond    Ri  cher,    ioi 

rompre  le  fceau  du  fecret  déclarer  d'une ■ — ^ 

manière  générale  les  circollances  d'une  i6n. 
entreprife  faite  contre  le  Prince  ,  pourvu 
qu'on  ne  nomme  point  les  particuliers ,  & 
qu'on  ne  fpecitie  rien  qui  puilfc  les  dén'gner. 
Cette  réponfe  diflipa  tout  le  bruit  eue 
faifoient  les  Prélats  ;  &  Servin  prit  cette 
occafion  pour  découvrir  au  Chancelier  & 
à  Villeroy  ,  &  aux  principaux  de  toute  la 
Cour  tout  le  myllérc  des  intrigues  que 
l'on  employé  pour  procéder  fecretemcnt 
contre  la  perfonne  des  Rois  &  des  Prin- 
ces, la  forme  dans  laquelle  on  leur  fait 
leur  procès  à  l'Inquilition ,  (5c  la  manière 
cachée  &  indirede  dont  on  leur  ôte  la  vie. 
Il  produilit  pour  faire  foi  de  tout  ce  qu'il 
avançoit  le  Livre  intitulé  Direâunum  In- 
^uifitorum,  imprimé  à  Rome  en  15-85'.  qu'il 
avoit  fait  apporter  avec  lui  dans  cette  in- 
tention. D'un  autre  côté  le  Nonce,  le 
Cardinal  du  Perron ,  &  l'Evêque  de  Paris, 
qui  afpiroit  au  Cardinalat,  voulant  détour- 
ner la  haine  publique  de  dellus  les  jefui- 
tcs,  &  empêcher  queTUniverlité  ne  pour- 
fuivît  fa  pointe  au  Confeil  ,  publièrent 
qu'on  en  vouloir  ouvertement  au  S.  Perc 
&  à  toute  l'Eglife,  qu'on  ouvroit  la  por- 
te au  fchifme  &  à  l'herelie. 

Le   Nonce  &  le    Cardinal  jugeant   du  —        ■ 
peu  de  fuccès  de  leurs  plaintes  par  la  dif-    1612. 
;  polition  de   la   plufpart    des  efprits    de    la    V  1  l. 
Cour  ,  crurent   devoir  revenir  à   Richer.  Filefu-ôc 
Ils   ralfemblerent   contre  lui  uniquement  ^i^^val  fe 
toutes  les  forces  de  leur  parti;  ils  ranime-  ^y^ent 
rent  le  courage  deFilefac,  que  l'affaire  de  S^-'^^, 
rUniverfité   avec  les  Jefuites  fembloit  a-»  ^^'"^^^ 

G  iij 


102  La     Vie 

•— ^-—  voir  ralenti  ;  ils  firent  revivre  les  efperan- 
1612.  ces  qu'on  lui  avoit  données  de  rEpifco- 
pat,  pour  le  payer  de  ce  qu'il  pouroit  fai- 
re contre  le  Syndic  Richer.  Le  Cardinal 
du  Perron  le  voyant  au  commencement 
de  l'année  161 2.  lui  dit  qu'il  n'étoit  plus 
queftion  des  Jefuites ,  mais  qu'il  s'agiflbit 
de  la  caufe  du  faint  Siège ,  &  de  la  Reli- 
gion Catholique  ;  qu'il  fe  formoit  un  fchif^ 
me  dangereux ,  dont  Richer  étoit  l'auteur; 
il  le  conjura  de  venir  au  fecours  de  l'E- 
glife,  ajoutant  que  tout  le  monde  jettoit 
les  yeux  fur  lui,  comme  fur  le  feul  homme 
capable  de  remédier  au  mal  prefent,  &  d'é- 
touffer le  fchifme  dans  fa  naillance.  Il  lui 
fit  entendre  que  pour  mieux  exécuter  H 
chofe, chacun  jugeoit  qu'il  devoit  fe  char^» 
ger  du  Syndicat ,  qu'on  étoit  refolu  d'ôter 
à  Richer  :  qu'outre  la  gloire  d'avoir  renr 
du  un  û  grand  fervice  au  Pape  &  à  l'Egli- 
fe  ,  il  y  trouveroit  encore  de  l'utilité ,  & 
que  bientôt  les  Prélats  du  Royaume  der 
voient  l'avoir  pour  Confrère. 

Filefac  prit  cette  promeffe  pour  la  con-f 
firmation  de  la  parole  de  l'Evéque  de  Pa- 
ris, qui  quelques  mois  auparavant  lui  avoit 
parlé  de  l'Evêché  d'Autun.  Ilrefolutd'ac-. 
cepter  le  Syndicat  ,  efperant  que  ce  fcroit 
le  moyen  d'obtenir  gratuitement  les  Bul- 
les du  Pape  ;  il  promit  au  Cardinal  &  au 
Nonce  de  faire  cnforte  que  la  Sorbonne 
n'auroit  plus  qu'une  voix,  &  qu'on  n'y  en- 
|:enderoit  plus  parler  deiado6lrine  que  Ri- 
cher défendoit. 

Pour  commencer  à  affoiblir  le  parti  de  ' 
Ilicher  par  la  dif corde,  il  s'afTûra  de.plH- 


d'Edmond    Richer.    loj 

fieurs  Dodeurs  mccontens  de  la  feverité  — — 
avec  laquelle  Richer  vouloit  rétablir  Tan-  i6i2« 
cienne  doiSbine  ,  il  gagna  dix  -  neuf  Ba- 
cheliers tout  nouvellement  retranchez  du 
cours  pour  leur  incapacité  ,  &  il  le  fervit 
de  leur  organe  pour  publier  que  le  Syn- 
dic tbrmoit  un  fchifme  fous  le  nom  de  la 
Faculté.  Pour  lui  il  fe  contenta  de  dire  à 
tout  le  monde  qu'il  étoit  Papifte  ,  &  non 
Jefuite;  qu'il  tenoit  toujours  pour  l'Uni- 
verlîté  contre  les  adverfaires  :  mais  qu'il 
s'agiflbit  maintenant  du  Pape ,  &  non  des 
JeiUites ,  manière  de  parler  qu'il  avoit  ap- 
prife  du  Cardinal  du  Perron  ,  &  dont  il 
afteda  de  le  fervir  en  toute  rencontre, 
pour  empêcher  de  croire  qu'il  voulût  obli- 
ger les  Jefuites ,  en  agillânt  contre  Richer. 
On  avoit  remarque  jufques-là  queFile- 
fac  &  Duval  avoient  alFez  mal  vécu  en- 
femble.  La  jaloulie  ,  &  l'incompatibilitc 
d'humeurs  avoient  commencé  à  tbrmer  eu 
eux  cette  averlion  mutuelle  ;  mais  rien 
n'avoit  tant  contribué  à  l'entretenir  que  la 
palTion  que  l'un  &  l'autre  avoit  de  domi- 
ner feul  en  Sorbonne  :  néanmoins  l'uni- 
que point  dans  lequel  ils  (e  trouvèrent 
d'accord, &  qui  tendoit  à  la  ruine  de  Ri- 
cher, fut  pour  eux  une  occalion  de  le  re-r 
concilier  ,  &  de  réunir  leurs  forces  pour 
travailler  enfemble  à  le  faire  dépofer  da 
Syndicat.  Cette  reconciliation  fervit  beau- 
coup à  Filefac  pour  lui  faciliter  les  moyens; 
de  le  faire  élire  Syndic  dans  la  fuite.  El^ 
le  lui  ménagea  les  amis  de  Duval ,  &  mç- 
jne  beaucoup  d'autres  Dodcurs,à  qui  l'in^ 
confiance  &  la  fierté  de  Fiieiac  avoienç 
Ço^jours  déplii.  Q  iiij 


104  La    Vie 

* —      Duval  afTuré  dés   diTpolîtions  de  File- 

l6iz.  fac,  &  foûtcnu  de  pluiieurs  Jefuites  qu'il 
avoit  apollez,  commença  à  publier  que  le 
Livre  de  la  Puiffimce  ecclefiafiique  (^  po-^ 
l'iÙQue  ,  que  l'on  fçavoit  avoir  été  com^ 
poié  par  le  Syndic ,  étoit  rempli  d'erreurs 
&  d'herelies ,  &  que  c'éioit  fur  les  maxir 
mes  de  ce  Livre  que  la  caufe  de  l'Uni- 
Verfité  contre  les  Jefuites  avoit  été  jugée 
au  Parlement.  Il  fit  même  des  remarques 
fur  cet  Ouvrage ,  qu'il  communiqua  à  l'E- 
véque  de  Paris  &  au  Préfident  Seguier  , 
qui  jugèrent  tous  deux  que  le  Livre  de 
Richer  meritoit  une  réponfe  régulière  , 
parce  qu'il  fembloit  qu'on  vouloit  rédui- 
re le  Pape  au-delà  des  monts. 

Richer  s'appercevant  du  bruit  defavan- 
tageux  qu'on  élevoit  contre  lui  ,  crut  le 
pouvoir  diffiper  en  didribuant  ce  qui   lui 
reftoit  d'exemplaires  de  fon  Livre  ,  qui 
n'étoit  encore  connu  qu'à  quelques  amis, 
&à  quelques  Confeillers  de  la  Cour,  pour 
fervir  de  Fadum  dans  la  caufe  de  l'Uni- 
lls  atti-  verlité  contre  les  Jefuites.  Duval  &  Filè- 
rent de     ^jjj,  travaillèrent  en  même  temps  pour  at- 
Gama-      ^^^^^  ^^  Gamaches  à  leur  parti  ,  fçachant 
j^  .    '      que  s'ils  en  venoient  à    bout  ,  ils  prive- 
jui-  p  r-  j.Q-^j^j.  j^içj-^cj-  (j'^-j  j)QQ  ^jyji  ^  d'une  gran- 
de relfource  de  confolation.  Ils  firent  maii-< 
der  de  Gamaches  au  Palais  Epifcopal  le 
20.  de  Janvier.  L'Evcque  de  Paris  lui  dit 
/>  en  leur    prefence  :   //  court  un  bruit  que 

'VOUS  ^  Richer  êtes  les  auteurs  du  Livre> 
de  la  Puijiance  ecclejiajîique  ^  politique. 
De  Gamaches  l'ayant  nié ,  l'Evêque  lui  re-- 
partit  :  Au  moins  on  du  que  'vous  Pavesi 


d'Edmond    Riche  r.     lOf 

approuvé  ,  ^  que  vous  avez  confeillé  au  "~" 
Syndic  de  le  publier.  De  Gamaches  nia  en-  i6ia. 
core  l'un  &  l'autre  ;  &  l'Evéque  repre- 
nant la  parole  :  Puis  donc ,  lui  dit-il ,  que 
*vous  n'en  êtes  pas  l'hauteur  ,  CJ^  que  vous 
ne  Pavez  pas  approuvé  y  ^  que  vous  n^a- 
'vez  pas  été  d\ivts  qu^on  le  publiât ,  il  faut 
le  cenfurer  dans  V  Ajfemblée  du  premier  jour 
de  Février  prochain.  De  Gamaches  répon- 
dit que  cela  ne  fe  pouvoit  ;  qu'il  y  avoit 
à  la  vérité  quelques  Propolitions  hardies 
dans  ce  Livre  ,  mais  qu'il  n'y  avoit  pas 
d'erreur ,  &  qu'il  contenoit  l'ancienne  doc- 
trine de  Sorbonne. 

L'Evéque  &  les  deux  Dodeurs  voyans 
que  de  Gamaches  étoit  inaccelfible  par  cet 
endroit  ,  l'attaquèrent  par  un  autre  ,  par 
lequel  il  fc  doutoient  bien  qu'il  feroit  plus 
foible.  Ils  lui  firent  reiigner  au  mois  de 
Février  fuivant  l'Abbaye  de  faint  Julien  de 
Tours  ;_&  le  Nonce  pour  achever  de  le 
corrompre ,  promit  de  lui  faire  avoir  fes 
Bulles  gratuitement. 

Cet  artifice  ne  leur  fervit  pas  mal ,  de- 
puis ce  temps-la  on  vit  de  Gamaches  prê- 
ter l'oreille  aux  brigues  de  Fileiac  ;  &  il 
n'y  eut  point  d'x^lîemblée  de  Sorbonne, 
où  il  n'opinât  contre  Richer  toutes  les  fois 
qu'on  propofa  de  le  dcpofer  du  Syndicat  : 
pour  l'obliger  à  la  pcrfeverance  &  le  tenir 
en  bride,  le  Nonce  donna  ordre  qu'il  ne 
reçût  fes  Balles  ,  qu'après  la  dégradation 
du  Syndic. 

Lorfque  Richer  apprit  que  fon  ami  s'é- 
toit  lailfé  pourvoir  d'ane  Abbaye  enCom- 
maiide  ,  il  vit  bien  ce  que  leur  amitié  en 


I    E 

n'y  eut  que  l'jnte- 


Hebert 
demeure 
toujours 
fidèle  à 
Richer. 


io6  La     V 

_*-,  devoit  fouffrir  ;  mais  il 

lôii,  rêt  public  de  l'Eglife  qui  lui  fit  concevoir 
du  chagrin  de  cette  adion  :  car  il  fem-. 
bloit  que  cet  homme  qui  avoit  de  la  ver- 
tu d'ailleurs  &  qui  occupoit  l'une  des  pre- 
mières chaires  de  laSorbonne,alloitauto- 
rifer  par  Ion  exemple  les  Commandes, 
que  les  perfonnes  éclairées,  &  les  gens  de. 
bien  regardoient  comme  un  des  grands  a-, 
bus  de  rEglife  dans  la  difcipline. 

Il  ne  fut  pas  11  facile  aux  partifans  de 
la  Cour  de  Rome  de  corrompre  le  Doc- 
teur Rolland  Hébert ,  Pénitencier  de  l'E- 
glife de  Paris  ,  &  prédécefieur  de  Richer 
dans  le  Syndicat.  L'Evéque  &  fon  grand 
Vicaire  Silvius  de  Pierrevive  ,  Chancelier 
de  l'Univerlité,  employèrent  tous  les  artifi- 
ces imaginables  pour  lui  faire  prendre  parti 
parmi  les  ennemis  de  Richer  ;  mais  rien 
ne  le  put  ébranler.  Il  demeura  ferme  dans 
les  fentimens  d'équité ,  où  l'honneur  &  le 
Revoir  l'avoient  toujours  retenu.  Il  aima 
mieux  s'abfenter  des  Affemblées  de  la  Fa- 
culté ,  où  il  fçavoit  que  l'on  devoit  trai- 
ter de  l'abdication  du  Syndic ,  que  de  fai- 
re ou  de  voir  faire  quelque  chofe  au  pré? 
judice  de  Richer.  Il  fit  même  des  repro- 
ches à  Pierrevive  qui  l'obfedoit  continuel-; 
lement;  il  lui  dit  que  c'étoit  une  honte 
à  des  Chrétiens,  &  bien  plus  encore  à  de^ 
Eccleiiailiques ,  &  à  des  Théologiens ,  dç 
vouloir  employer  la  calomnie  ,  pour  opr 
primer  un  homme  d'honneur ,  à  qui  d'ail- 
leurs le  Public  étoit  très-redevable.  Cette 
genereufe  refiftence  mit  mal  pour  un  temps 
le  Pénitencier  de  Paris  avec  fon  EvêquçL 


/ 

d'Edmond   Ri  cher.    107 

&  le  grand  Vicaire  :  &  il  difoit  depuis  — — ^ 
qu'on  lui  avoitfait  faire  pénitence  pendant    1611. 
deux  ans  entiers  pour  la  ndelité  qu'il  av oit 
gardée  à  Richer.  vur 

Le  Nonce  Ubaldin  jugeant  que  la  Fa-  p  . 
culte  de  Théologie  étoitfuffifammentpar-  j   ?!l^^  ^ 
tagée  ,  pour  ne   pouvoir  plus  former  un    "  ^  '^^'' 
corps  allez  confiderable  contre  fon  parti ,  f^j^e^^en^ 
alla  au  Louvre  faire  grand  bruit  devant  la  ç^^^^  j^ 
Reine  &  les  Miniftres.    Voulant   tirer  a-  Li^^-c  ^jg 
vantage  de  la  foiblefTe  de  la  Régence ,  il  Richer, 
protelta  avec  menaces  que  fi  l'on   ne  fai-  sc  lui 
foit  juftice  au  Pape  fon  Maître  de  Richer  ôter  le 
&  de  fon  Livre  ,  il  fortiroit  de  [Paris  dès  Syndicat* 
le  lendemain  ,  &  s'en  retourneroit  à  Ro- 
me. 

D'un  autre  côté  fon  Auditeur  Scappî 
conduit  par  un  ancien  Do6leur  de  la  Fa- 
culté' nommé  Ofachim  Forgemont  ,  ami 
particulier  des  Jefuites ,  alloit  de  porte  en 
porte  follicîter  les  Dodeurs  au  nom  du 
pape  &  du  Nonce,  &  briguoit  leurs  voix 
pour  l'abdication  du  Syndic ,  &  la  cenfu- 
re  du  Livre  de  la  PuiJJance  ecclejiajiique  ^ 
politique. 

Richer  étudioit  tranquillement  dans  fon 
cabinet  tandis  que  le  bruit  de  cette  fadion 
fe  répandoit.par  toute  la  Ville.  Le  nou- 
veau Procureur  gênerai  de  Bellievre  ,  fils 
du  Chancelier  de  ce  nom ,  ôr  gendre  du 
Chancelier  Brulart  ,  qui  avoit  fuccedé  à 
Jacques  de  la  Guele,  mort  le  2.  de  Jan- 
vier, en  fut  touché,  (Scil  manda  Richer  le 
dix-huit  du  même  mois.  Il  lui  apprit  fur 
fon  affaire  beaucoup  de  chofes  qu'il  ne 
f:avoit  pas.   Il  lui  dit  que  le  Nonce  ,  & 


I 


io8  L  A     V  I  E 

— '—  les  Prélats  briguoient  beaucoup  pour  faî- 
lôil.    re  condamner  fon 'Livre  en  rx\fremblée 
du  premier  de  Février,  mais  qu'il étoit  re^ 
folu  de  l'empêcher  par  l'autorité  du  Par- 
lement. 

Le  Syndic  lui  répondit  qu'il  n'avoit 
rien  à  craindre,  fi  l'on  gardoit  Tordre  & 
les  formes  ordinaires  de  juftice  qu'on  a- 
voit  toujours  oblervées  en  faifant  les  cen- 
fures  ;  parce  que  fon  petit  Livre  ne  con- 
tcnoit  rien  qui  ne  fût  parfaitement  con- 
forme à  ce  qu'avoient^enfeignc  les  Con- 
ciles, les  anciens  ►Percs,  &  les  Docteurs 
Catholiques  les  plus  univerfcllement  re- 
çus. Le  Procureur  General  repartit  que 
l'animofitc  étoit  fi  grande, &  les  intrigues 
fi  puilfantcs ,  qu'il  ne  lui  feroit  pas  poflî- 
ble  d'y  refifter  par  lui-même  ,  &  que  la 
privation  du  Syndicat  feroit  luivie  de  la 
cenfure  du  Livre.  Richer  connut  à  ces 
paroles  le  danger  qu'il  couroit  ;  &  il  pria 
le  Procureur  General  ,  qu'à  fa  requifition, 
il  plût  à  la  Cour  d'envoyer  deux  Confeil- 
1ers  à  la  prochaine  Afiemblcc  de  la  Faj 
culte  de  Théologie  ,  pour  y  faire  garder 
l'ordre  &  la  liberté  des  fuffrages  ;  que  tout 
ce  qui  feroit  dit  de  part  &  d'autre  fût  fi- 
dèlement mis  en  écrit  ,  comme  i'avoient 
autrefois  pratiqué  les  Magiftrats  &  les  Sé- 
nateurs,  que  les  Empereurs  députoient  aux 
Conciles  Généraux  ,  pour  empêcher  les 
violences ,  les  brigues  &  les  tumultes  :  & 
que  ii  cela  étoit  ainfi  obfervé ,  il  ne  feroit 
pas  poffible  de  donner  atteinte  à  fon  Lin 
vre. 
De  Bellicvre  objeéta  que  fous  la  mino-» 


d'Edmond    Ri  cher.     lop 

îtîté  du  Roi  les  Prélats  prendroient  de-là  -" 
occafioii  de  calomnier  le  Parlement ,  com-  i6ix. 
me  s'il  vouloit  empêcher  la  liberté  desfuf- 
frages  ;  mais  que  dans  la  conjonélure  pre- 
fente  des  aftaipes  du  tems ,  il  valoit  mieux 
défendre  à  la  Faculté  de  Théologie  de  tou- 
cher à  ce  Livre ,  fous  prétexte  qu'elle  étoit 
divifée  par  faction  ,  &  qu'elle  n'étoit  pas 
libre. 

Aufll  par  Arreft  du  Parlement  du  pre- 
mier Février  171 2.  furent  cite^  à  la  requê- 
te du  Procureur  General  le  Doyen  &  les 
plus  anciens Dodeurs  de  la  Faculté* avec 
le  Syndic ,  pour  être  interrogex  fur  la  vé- 
rité de  tout  ce  qui  s'étoit  paffé ,  &  fur  ce 
qu'on  avoit  deflein  de  faire  en  Sorbonne 
touchant  le  Livre  de  la  Puiffance  eccle- 
ftafttque^  politique.  Leurs  dépolitions  fu- 
jent  uniformes  touchant  les  brigues  de 
l'Auditeur  du  Nonce  ,  qui  demandoit  la 
cenfure  du  Livre ,  &  la  dépolition  du  Syn- 
dic au  nom  du  Pape.  Forgemont  ,  pour 
l'avoir  conduit  chez  quelques  Doâeurs  ^ 
&  aidé  à  mandier  les  fuffrages ,  fut  admo- 
neté  de  la  Cour  comme  mauvais  François, 
qui  avoit  communiqué  avec  un  étranger 
fans  la  permiffion  du  Roi,  qui  avoit  contri- 
bué à  léduire  &  à  fuborner  fes  fujets ,  con- 
tre le  droit  des  gens  ,  &  deshonoré  l'an- 
cienne -DocSlrine  de  la  Sorbonne  ,  dont  il 
étoit  Membre. 

"*"    Claude  Petit-Jcnn  Curé  de  S.  Pierre  desAr- 
cis.  Nie.  RoquenautSenieur  dehMaifonde  Sor-, 
bonne,  Joachim  de  Forgemont,  Charles  Coppc 
Grand  Maître  du  Collcge  de  Navarre  ,  Etienne 
Michel  Colin  Grand  Maiae  du  Collcge  du  Pleffis. 


iio  La    Vie 

^  Il  fut  ordonné  par  le  même  Arreft  que 

1612.    les  exemplaires  du  Livre  de  Richer    fe- 
roient  apportez  au  Greffe  du  Parlement, 
&  enjoint  au  Doyen  &  aux  Dodeurs  de 
la  Faculté  de  furfeoir  toute  délibération 
fur  ce  fujet  ,  jufqu'à  ce  que  la  Cour  fût 
éclaircie  de  ce  qui  regardoit  le  fervice  da 
Roi  dans  cette  affaire  ,  pour   en  ôter  la 
connoiflance  à  d'autres  ,  &  empêcher  par 
ce  moyen  les  troubles  &  les  faélions  qui 
s'élevoient  à  cette  occafion.   C'ell  ce  qui 
auroit  dû  avoir  lieu  ,  fi  durant  la  mino- 
rité du  Roi  les  loix  euffent  été  obfervées 
comme  on  le  devoit  :  car  c'eii  au  Magi- 
ftrat  politique  à  maintenir  la  paix,  &  à  fai- 
re garder  la  juftice  par -tout  :  mais  la  ca- 
bale l'emporta  bientôt  fur  les  loix. 
Richer        L'Alièmblée  de  la  Faculté  qui  avoit  été 
demande  diflerée  ,  fe  tint  le  3.  du  mois.    Le  Syn- 
l'examen  die  y  demanda  que  l'on  Livre  y  fût  rigou- 
de  fon     reulement  examiné  par  des  Juges  qui  ne 
Livre  en  fulîènt  pas  intereffez  dans  la  caufe ,  6c  éloi- 
Paculte.    gj^^.^  ^ç.  f^jj-g  aucune  grâce  à  l'Auteur  , 
rilefac    ir.ais   dégagez   en   même   temps   de  tout 
s'y  oppo- mauvais   préjugé  :  Que  fi  la  Faculté  ju- 
^e.  geoit  que  les  trois  principes  établis    dans 

Repro-    cet  Ouvrage  n'étoient  pas  certains  ,  ou 
che  mu-    que  les  conclufions'ou  les  indudions  qu'il 
tuel  de     avoir  recueillies  de  ces  trois  principes  n'é- 
ces  deux  toient  pas  tirées  conformément    aux    re- 
Dodeurs  gles  de  la  Logique   &  de  la  Théologie  , 
à  la  do6i:rinc  des  anciens  Pères,  aux  Dé- 
crets des  Conciles  de  Conftance  &  de  Balle, 
ou  même  qu'il  y  auroit  quelque  autre  er- 
p,.  reur  que  ce  fût,   il  éioit  prêt  de  l'effacer 

&  de  la  plume ,  &  de  fes  larmes  devant 
toute  la  terre. 


d'Edmond  Ri  cher,     iir 

A'f  A  cette  propofition  du  Syndic  la  plû-  '■ 
part  des  Dodeurs  deiîroicnt  qu'on  exami-  i6i2. 
liât  ce  Livre  fans  brigues,  fans  faveur, & 
fans  inimitié;  &  qu'on  mît  enfin  l'ancien- 
ne do6trine  de  la  Faculté  dans  une  i\  gran- 
de évidence  ,  que  perfonne  ne  pût  l'igno- 
rer dans  la  fuite.  Mais  la  délibération 
fut  traverfée  par  Filefac  ,  qui  oppofa  une 
plainte  contre  ceux  qui  publioient  les  con- 
clufions  &  les  fecrets  de  la  Faculté,  fans 
en  avoir  obtenu  la  permiflion.    Il  deman- 

;  da  qu'il  fût  ordonné  qu'à  l'avenir  les  li- 
vres &  les  Regillres  des  conclulions  delà 
Faculté,  qui  avoient  été  jufques-là  entre 
les  mains  du  Syndic  ,  feroient  enfermeî^ 
fous  trois  clefs  ;  qu'on  n'en  pouroit  do- 
refnavant  rien  publier  ou  communiquer  à 

'  qui  que  ce  fût ,  qu'avec  la  permiffion  ex- 

I  prelfe  de  la  Faculté. 

Tout  le  monde  reconnut  que  cette  plain- 
re  regardoit  Richer,  quoiqu'il  n'y  fût  pas  "^ 
nommé  :  car  il  avoit  communiqué  fon 
Livre  ,  &  quelques  Décrets  de  la  Facul- 
té à  ceux  qui  plaidoient  la  caufe  de  l'U- 
niverfité  au  Parlement ,  afin  qu'ils  vilfent 
la  différence  de  l'ancienne  dodrine  &  de 
celle  des  Jefuites  touchant  l'autorité  & 
l'adminiftration  de  l'Eglife  :  ce  qui  ne  s'é- 
toit  néanmoins  fait  que  par  manière  de  fac- 
tum  (5c  de  mémoires  ou  pièces  fervantes  au 
procès,  qu'il  falloit  iuliruire  ,  comme  Ri- 
cher en  fit  fouvenir  enfuite  Filefac  même, 
qui  avoit  approuvé  pofitivement  cette  ac- 
tion dans  le  temps  ,  &  qui  y  avoit  même 
contribué  de  fes  confeils  &  de  fes  foins. 
Filefac  faifant  une  grimace  terrible  de 


112  La     Vie 

-  la  bouche  &  des  yeux  ,  dit  d'un  ton  me^ 

1612.  naçant  qu'il  étoit  Papifte,  mais  que  Ri- 
cher  vouloit,  faire  un  fchifme.  Richer  re- 
jetta  cette  calomnie  avec  horreur,  &  ne 
put  s'empêcher  de  reprocher  à  Filefac  qu'il 
étoit  lui-même  l'auteur  du  fchifme  qu'il 
imputoit  à  d'autres  ;  qu'il  divifoit  la  Fa- 
culte'  par  fa  faâion ,  &  qu'il  minoit  l'U- 
niverlité  leur  Mère  commune,  en  lui  ar- 
rachant des  mains  la  vidoireafliirée  qu'elle 
^toit  prête  de  remporter  fur  les  Jefuites. 
A  dire  le  vrai,  ces  Pères  ayant  fçû  que 
le  Confeil  du  Roi  étoit  refolu  de  don- 
ner avis  aux  Princes  étrangers  de  la  pcr- 
nicieufe  dodrine  d'attenter  à  la  vie  des 
Rois ,  fous  prétexte  de  tyrannie  ,  &  que 
Richer  avoit  été  chargé  par  le  Chancelier 
&  le  premier  Prélident  d'expofer  cette  doc- 
trine en  abrégé  pour  cet  effet  ,  s'étoient 
avifez  ,  pour  détourner  le  coup  ,  de  déta- 
^  cher  Filefac  des  intérêts  où  il  avoit  été 
engagé  jufques-là,&  de  lui  faire  tourner 
contre  Richer  le  lele  &  l'animofité  qu'il 
avoit  toujours  fait  paroître  contre  leur 
Compagnie. 

Les  Jefuites ,  nonobftant  l'avantage  qu'ils 
avoient  reçu  d'une  intrigue  qui  leur  avoit 
il  bien  réuffi  ,  appréhendoient  toujours 
que  rUniverfité  ne  pourfuivît  fa  pointe 
au  Conieil ,  &  ne  produisît  les  pièces  ju- 
liificatives  de  tout  ce  qui  avoit  été  avan- 
cé par  les  Avocats.  C'eit  ce  qui  les  fit 
enfin  refoudre  ,  après  de  longues  délibé- 
rations ,  à  fe  foûmettre  à  l'Arrell  du  22. 
de  Décembre  dernier.  Voyant  que  la  Far 
culte  de  Théologie  étoit  tellement  brouil- 
lée 


d'E dmond  Riche r.     115 

He  par  la  divifion  des  Dodeurs  ,  qu'il  ne  "'  '"'=*, 

feroit  pas  polTiblc  de  prouver  qu'elle  étoit  i6li» 
l'ancienne  dodrine  de  Sorbonne ,  &  qu'on 
ne  pouroit  plus  ai fé ment  confulter  fes  an- 
ciens Décrets ,  depuis  que  l'on  avoit  refolu 
de  renfermer  les  regiftres  fous  trois  clefs  ; 
ils  ne  trouvèrent  plus  tant  de  danger  à  ' 
dire  qu'ils  voulûient  bien  adhérer  aux  fen- 
timens  de  la  Sorbonne.  Ils  députèrent  iîx 
des  principaux  *  d'entre  eux  pour  aller  au 
Greffe  de  la  Cour  avec  leur  Procureur, 
&  y  donner  une  déclaration  par  laquelle 
ils  témoignoient  Je  conformer  à  la  doéîrine 
iie  V  Ecole  de  Sorbonne^  même  en  ce  qui  con- 
cerne  la  confervatîon  de  laperfonne  des  Rois^ 
le  maintien  de  leur  autorité  royale  ^^  les 
libertez  de  l^Eglife  Gallicane  ,  objervees 
-<le  tout  temps  en  ce  Royaume.  Ils  en  lignè- 
rent rA61:e  au  Parlement  le  22.  jour  de 
Février* 

Mais  Richer,  qui  croyoit  voir  clair  dans 
leurs  intentions  ^  s'apperçut  bientôt  de  l'ar- 
tifice d'un  aéle  qui  ne  les  engageoit  à  rien, 
&  qui  palferoit  même  pour  nul  quand  ils 
le  jugeroient  à  propos  ,  par  le  défaut  de 
jîermifllon  ,  ou  de  confentement  de  leur 
General ,  qui  étoit  une  condition  elîèniiel- 
le,  nonobltant  la  liberté  que  ce  General 
leur  lailFe  de  s'accommoder  aux  ulages  & 
aux  maximes  des  lieux  où  ils  vivent. 

L'Arrêt ,  outre  le  commandement  de  £ç 
conformer  à   la   dodtrine  de  Sorbonne  ^ 

"^  Chriftophe  Baithaziir,  Provincial.  Barthelemi 
Jaquinot,  Rcdeur  de  la  Maifon  Profelle.  Ale- 
xis Georges.  Jacques  Sirmgnd.  Fronton,  fraiv 
cifcus   Jaconius. 

H 


if-4  L  A    V  I  E 

r.  """;■»  perçoit   encore  que   leur  Avocat  Jacquef 

i6t2.    de  Montholon  corrigeroit  fon  plaidoyer^ 

avec  perraiflion  d'y  ajouter  néanmoins  ce 

qu'ils  jiTgeroient  à  propos  pour  leur  défen- 

ce  contre  celui  de  TUniveriité. 

C'eft  ce  qu'ils  firent  faire  par  le  P.  Co- 
ton fous  le  nom  de  Montholon ,  qui  n'a- 
voit  pas  plaide  refpace  d'une  demi -heu- 
l'e  dans  TAudiance  qiui  fut  fuivie  de  l'Ar- 
tca. 

Ce  fécond  plaidoyer  devint  un  jufte  vo- 
Kime  par  fa  grofleur  dans  l'impreffion  qu'ils 
en  firent  faire.  Mais  ils  n'ont  pas  fouffert 
long-temps  que  le  Public  attribuât  cet  Ou- 
vrage à  Montholon  ,  dont  ils  lui  avoicnt 
fait  porter  le  nom  ;  &  les  Bibliothécaires 
ée  leurs  Ecrivains ,  en  nous  avertilfant  que 
c'étoit  une  ample  Apologie  pour  leur  So- 
ciété plutôt  qu'un  plaidoyer  d'Avocat,  Pont 
fait  adjuger  au  P. Coton, malgré  Pinquie- 
^       tÀide  des  defcendans  de  Montholon  ,  qui 
•fâchent  encore  aujourd'hui  de  le  revindi- 
q'ùer  ,  &  qui  en  gardent  la  copie  de  là  main, 
qu'ils  prétendent  originale,  pour  leur  fer- 
vir  de  titre. 
Les  Pré-      Le  Nonce  voyant  qu'il  n'avoit  pu  réuf" 
lats  folJi-  iir  à  faire  cenfurer  le  Livre  de  Richer  en 
citent,      Sorbonne,ni  à  le  priver  du  Syndicat ,  laif- 
condiiits    f^  jgg  Dodeurs  pour  un  temps,  &  tourna 
^^\,^  ,    fa  brigue  vers  les  Evéques.  Il  alla  voir  le 
arci.     u  Caj.(jjfjal  du  Perron  àBagnolet,ou  unein- 
I.i^con-'    dj^potition  l'avoit  fait  retirer, &  lui  donna 
cianina-     ^^^  lettres  de  Rome  pour  Pexciter  encore 
tioii  de    davantage.   Le  Cardinal  retourna  inconti- 
Richer      lient  à  la  Cour  accompagné  des  Evéques 
niiprèsde  d'Angers,  de  Paris,  &  de  quelques,  autres 


d^Edmond*  Richer.    Ilf 

prélats,  renouvella  devant  la  Reine  &  les  '^  """^ 
Minières  le  refrein  de  la  chanfon  ordinai-     1612. 
re  ,   qiûil  étojt  autant  permis  de  révoquer  \^  Reine 
en  doute  Vétat  du  mariage  de  la  Reine  ^  &cie£Mi-« 
de  fes  enfam ,  que  i'^ autorité'  du  Pape.  Pour  niftres, 
les  irriter  contre  l'auteur  du  Livre  de  la 
PuiJ/ance  ecclejiafiique  ^  politique  ,  qu'il 
ne  iiommoit  point ,  il  leur  fit  entendre  que 
cet  Auteur  avoit  été  porté  par  un  grand 
Prince  (  c'ctoit  Henri  de  Bourbon  ,  Prin-         ^    . 
ce  de  Condé,  )  à  mettre  fon  Ouvrage  en 
lumière  pour  troubler  TpAat  ;  que  par  fa 
doétrine  il  armoit  les  Hérétiques  pour  at- 

;  taquer  la  mifîion  légitime  des  Palteurs. 

1  II  ajouta  que  la  Sorbonne  ,  qui  s'étoit 
oppofce  à  nos  Rois ,  en  fe  déclarant  con- 
tre le  Concordat  pour  les  Eleélions  fui- 
vaut  la  Pragmatique  ,  avoit  coutume  de 
fc  mêler  parmi  les  troubles  &  les  fédi- 
tions  publiques  ,  &  de  fuivre  toujours  le 
pire  parti  ;  que  dans  le  temps  de  la  Ligue, 
lorfque  les  Prélats  demcuroicnt  attacher 
înviolablement  au  fervice  du  Roi, la  Sor- 
bonne  s'étoit  débandée  contre  Sa  Majef- 
té  ,  avoit  décrété  contre  Henri  III.  & 
qu'en  particulier  Richer  avoit  alors  foû- 

'  tenu  des  Thefes  ,  où  Jacques  Clément  , 

I  parricide  de  ce  Prince ,  étoit  loué  comme 
vengeur  &  protefteur  de  la  liberté  des 
François  ;  que  la  cenfure  de  Sorbonne 
contre  Sarralin ,  que  Richer  avoit  fait  im- 
primer avec  fon  Livre, étoit  de  nulle  con- 
lideration  ,  parce  que  la  Sorbonne  étoit 
alors  le  parti  des  Anglois,  ennemis  &  maî- 
tres de  l'Etat  ,  &  qu'elle  avoit  condamné 
lî^Pucelle  d'Odeans  corne  forciere  ;  qu'en 

Hij 


ii6  L  A  *Vi  E 

-  un  mot  Richer ,  dont  les  Prélats  du  Royàu-» 
ïôiz.  nie  demandoient  la  condamnation  par  fa 
bouche ,  étoit  Tennemi  déclaré  des  Rois  & 
des  Etats  Monarchiques  ;&  que  les  maxi- 
mes qu'il  employoit  pour  attaquer  la  Mo- 
narchie des  Papes,  rninoient  celle  des  Rois 
&  des  autres  Souverains. 

11  parla  avec  tant  de  chaleur  &  d'em- 
portement ,  qu'il  perdit  la  fuite  de  fon 
dilcours,  &  fe  trouva  hors  de  lui-même. 
La  Reine  &  tout  le  Confeil  en  parurent 
fatiguez  ,  &  un  Confeiller  d'Etat  ne  put 
s'empêcher  de  dire  allez  haut  :  ah  le  long 
ferrnon  !  ciu'il  ejl  ennuyeux  ^  dégoûtant 
pour  les  jours  gras  ! 

La  Reine  n'y  voulut  pas  répondre  pour 
lors  :  mais  elle  tit  furfeoir  l'atîaire  jufqu'à 
ce  qu'on  eût  mûrement  délibéré  avec  fon 
Confeil.  Cependant  le  Chancelier  &  Vil- 
leroy,  qui  étoient  déjà  gagnez,  pour  ne 
pas  fe  charger  delà  haine  &de  l'envie  que 
la  condamnation  de  Richer  pouroit  atti- 
rer fur  fes  auteurs  ,  donnèrent  avis  au 
Nonce  de  faire  écrire  le  Pape  à  la  Reine^ 
pour  demander  immédiatement  par  lui- 
inéme  la  ccnfure  du  Livre  &  l'abdication 
du  Syndic. 

Le  Cardinal  de  retour  à  fon  hôtel ,  ne 
put  s'empêcher  de  témoigner  à  fes  gens  & 
à  ceux  qui  le  venoient  viliter,  le  regret  & 
le  chagrin  de  fe  voir  embarqué  li  mal  à 
propos  ,  ajoutant  qu'il  n'avoit  jamais  eu 
d'attaire  iî  malhcureufe  que  celle-là  ,  & 
dont  il  craignoitplus  riflué.  Certainement 
il  étoit  un  peu  étrange  que  d-ans  le  temps 
même  que  le  Cardinal  &  les  Prélats  acca- 


d'Edmond    Ri  cher.    117 

foient  Richcr  au  Confcil  d'Etat  d'être  en ■■  j; 

nemi  des  Rois,  d'autres  Prélats  de  la  mé-     i6iZ» 
ïTie  cabale,  &c  liez  avec  le  Nonce,  lui  re-  , 

prochafîent  comme  un  choie  honteufe  & 
indigne  d'un  Prêtre  &  d'un   Théologien ,  r. 

d'avoir  défendu  plutôt  l'autorité  du  Roi 
que  celle  du  Pape;  èc  que  ce  qu'il  avoir 
écrit  ,  çtoit  plus  féant  à  un  homme  du 
palais  ,  Qu  à  un  Parlemantaire  qu'à  un 
Ecclefiaftique.  , 

D'autres  parmi  le  Clergé  convenoient 
de  la  vérité  de  ce  qu'il  avoit  écrit  touchant 
les  droits  du  Roi,  &  la  fuperiûritédu  Con- 
cile fur  le  Pape  ;  mais  ils  difoient  qu'il  é- 
toit  beaucoup  plus  à  propos  que  le  Cler- 
gé ne  dépendît  que  du  Pape  feul  ,  que 
d'avoir  tous  les  jours  le  Parlement  &  les 
Cens  du  Roi  fur  les  bras. 

Le  Cardinal  du  Perron  ayant    appaifé    Aflem- 
peu  à  peu  les  remords  de  fa  çonfcienne,  blce  des 
&  rallumant  fon  premier  feu,   fit  afTem- Prélats  , 
bler  à  fon  hôtel  tous  les  Prélats  qui   fe  chez  le 
trouvoient  à  Paris ,  pour  les  difpofer  à  fai-  C.ird.  du 
re  la  cenfure  du  Livre  qu'on  n'avoit  pu  fai-  Perron 
re  en   Sorbonne.  Les   Archevêques  d'Aix  poui'cen- 
&  de  Tours  s'y  rendirent,  avec  les  Eve-  %^^'  ^^ 
ques  d'Angers ,  de  Beauvais  ,  de    Paris  ,  ^'.^'j'^  ^® 
d'Orléans  ,  de  Luçon ,  de  Boulogne  ,  de  f '^''^': 
Bazas,  de  Rieux,  de  Grenoble,  de  Graf-  j;,^m 
fe,  de  Digne,   &c.  Le  fujet  de  l'Affem-  s'oppofe 
blée    tut   l'examen  du   Livre  de   Richer.  en  vain  a 
L'Archevêque  de  Tours,  qui  étoitjeande  leur  pra- 
laGuefle,  frère  du  feu  Procureur  General,  tique  Jes 
fut  comme  le  Rapporteur  de  cette  atîaire.  Prélats 
Il  en  fit  la  kvfture  en  préfence  des  autres  ;  corrom- 
&  le  Cardinal  du  Perron  l'interrompant  p^n.t  le 

H  iij     ' 


ïi8  La    Vie 

\ .  I  lÉ ■  '  ■  .■'  par  intervales  difcouroît  fur  chaque  perîo- 
'  1612.  de,  &  exageroit  tout  ce  qu'il  voulôit  fai- 
Chance-  re  trouver  mauvais,  pour  rendre  Richer 
lier  par     plus  criminel. 

^gent.  L'Archevêque  de  Toufs  &  TEvcque  de 
Beauvais ,  René  Potier ,  que  le  Cardinal  du 
Perron  faifoit  palFer  pour  le  plus  fçavant 
des  Prélats  du  Royaume,  foûtenoîent que 
Richer  devoit  être  oiii  dans  fes  défenfesi, 
puifqu'il  s'étoit  déciaré  publiquement  au- 
teur du  Livre,  &  qu'il  pouroit  donner  un 
bon  fens  aux  propofitions  que  l'on  regar- 
doit  à  fon  abfence  comme  abfurdes  6c  er- 
ronées. Le  Cardinal  repartit  que  le  Livre 
avoît  été  mis  au  jour  fans  nom  d'Auteur 
ni  d'Imprimeur ,  qu'ainli  il  valoit  mieux  le 
condamner  fans  y  appeller  Richer  ;  puif- 
qu'on  pouvoit  raifonablement  douter  qu'il 
en  fût  l'Auteur  ,  ajoutant  que  s'il  étoit 
oiii,  il  faudroit  necelfairement  inférer  fon 
nom  dans  la  cenfure ,  &  qu'il  en  feroit  plus' 
noté  que  fi  on  ne  faifoit  aucune  mention 
de  lui. 

L'Evêque  d'Angers  (Charles  Miron) 
voulut  appuyer  ce  que  difoit  le  Cardinal, 
&  il  remontra  que  li  on  appelloit  Richer, 
il  empêcheroit  TefFet  pour  lequel  ils  étoient 
affemblez ,  par  fcs  di(lin6lions  &  fes  fubti- 
litex  fcholalHques.  L'Evêque  de  Beauvais 
prit  la  parole  ,  &  dit  qu'eftedivcment  il 
étoit  dangereux  d'appeller  l'Auteur  de  ce 
Livre ,  qui  étoit  Dodeur  en  Théologie  , 
que  les  Prélats  feroient  obligez  de  fe  tai- 
re devant  lui ,  ou  de  parler  Latin  comme 
on  avoit  accoutumé  de  faire  dans  les  Sy- 
podes ,  àç  que  ce  feroit  une  chofe  bien  ft- 


d'Edmond  Ri  CHER,    a^ 

cheufe  pour  les  Prélats  qui  iftoient  aflem  •  -— — ^ 
blez,&dont  la  plûpart.avoient  oublié  leurr  i4j^. 
Latin.  Raillerie  qui  déplut  un  peu  au  Car- 
dinal fon  ami ,  mais  encore  plus  aux  ^vé- 
ques ,  qui  trouvèrent  leur  ignorance  taxée 
par  un  Confrère ,  que  fa  grande  érudition 
mettoit  à  couvert  de  toute  repartie. 

Il  étoit  aifé  à  juger  que  tout  ce  que  le 
Cardinal  trouvoit  à  redire  dans  ce  Livre, 
étoit  altéré  dans  fa  bouche  ,  ou  détouraé 
par  de  mauvais  tours  dans  le  fens  qu'qa 
y  vouloir  trouve!:  malgré  l'Auteur.  Mais 
étant  abfolument  déterminé  à  facriticr  le 
Livre  au  Nonce  &  au  Pape ,  il  dit ,  pour 
achever  de  gagner  TAffemblée,  que  fi  les 
éledions  étoient  de  droit  divin  ,  comme 
Richer  le  prétendoit,il  n'y  avoit  pour  lors 
aucun  Evcque  en  France;  que  Richer  éga- 
loit  en  tout  les  Prctres  aux  Evéques  ,  en 
quoi  confiftoit  l'herefie  des  Ariens.  Ce  fut 
là  le  point  le  plus  fcnfible  aux  PréLits  :  & 
le  Cardinal  le  fit  valoir  avec  tant  d'adrcf- 
fe,  que  pour  refultat  des  Conférences ,  on 
conclut  que  le  Livre  de  la  P.mjfiwce  eccle- 
fiaftique  ^. politique  ci^oiù  digne  de  censure. 
Ce  font  les  termes  dans  lefqucls  ils  don- 
nèrent leurs  avis  ,  attendans  les  nouvelles 
de  Rome  ,  &  la  permilfion  de  la  Reine 
.pour  porter  cette  cenfure. 

Mais  l'Archevêque  de  Tours  &  l'Evé- 
que  de  Beauvais  ne  voulurent  jamais  con- 
sentir à  cette  refolution  de  leurs  Confrères. 
-Celui-ci  comme  confervateur  apoltolique 
-des  privilèges  de  l'Univerfité  de  Paris, 
prétendoit  qu'il  n'appartenoit  qu'à  lui  feul 
de  cenfurer.ceLivre.  Le  Cardinal  duPer«^ 

H  iiij 


îlb  L  A       V  I    E 

■-  '    ■  ron ,  nonobftûnt  cette  efpece  d*oppofitîoiT, 
r6ii.     ne  laiflTa  pas   de  donner  cette  forme  dé 
cenfure  au  Nonce  du  Pape  le  1 6.  de  Fé- 
vrier ,  &  le  Nonce  l'envoya  fur  le  champ 
au  Pape  par  un  Courier  extraordinaire. 

La  Cour  de  Parlement  avertie  de  tou- 
tes ces  pratiques  ,  chargea  dès  le  lende- 
main le  premier  Préfident  de  Verdun ,  les 
Confeillers  Bouyn ,  Scarron ,  Sanguin  Pré- 
vôt des  Marchands  ,  &  les  Gens'  du  Roi 
d'avertir  la  Reine  &  le  Chancelier  de  ce 
que  les  Prélats  avoient  fait  au  préjudice 
de  l'autorité  du  Roi  ,  &  de  protcfter 
au  Chancelier  que  la  Cour  Te  déchargcoit 
fur  lui  de  tout  l'événement  de  cette  affai- 
re ;  qu'il  ne  tenoit  point  au  Parlement  que 
les  droits  du  Roi  ne  fuffent  maintenus  ; 
que  malgré  l'Arrêt  du  premier  Février, 
les  Prélats  ofoient  cenfurer  le  Livre  de 
la  Puijfa»ce  ecclcfiajiique  ^  politique  ;  que 
les  regiftres  de  la  Cour  feroient  chargez 
de  ce  qui  fe  paiferoit  dans  cette  affaire. 

Le  Chancelier  félon  fa  coutume  ne  leur 
donna  que  du  galimatias  ,  &  de  belles 
paroles  ;  il  leur  dit  qu'il  n'étoit  pas  vrai 
que  le  Nonce  eût  envoyé  un  Courier  à 
Rome  ,  ni  que  les  Prélats  enflent  cenfu- 
re le  Livre  de  Richer;  mais-  qu'il  tien- 
droit  la  main  à  la  défenfe  des  droits  du 
Roi,  &  de  l'autorité  du  Parlement. 

Au  retour  des  Députez  de  la  Cour,Ri^ 
cher  alla  voir  les  Prélidens  de  Verdun  & 
de  Thou ,  &  les  pria  de  lui  ménager  une 
audiance  auprcs  du  Chancelier  &  de  Mon- 
sieur de  Vi44eroy  ^  en  prefence  du  Cardi- 
nal du  ferron,  &  des  autres  Prélats  qui 


d'E  d  m  o  n  d   R  I  c  h  e  r.     ï 11 

témoignoient  tant    de  pafîion  pour  cen y-r 

furer  ion  Livre  ,  afin  de  répondre  à  ce  i6i^, 
qu'ils  trouvoient  à  redire.  Le  Chancelier  n'y 
voulut  jamais  confentir,  quoique  la  re- 
quête fût  tres-juftc;  &  dans  leConfeil  da 
Roi  pas  un  n'oloit  parler  ouvertemeni: 
pour  Richcr ,  excepté  le  Prince  de  Condé, 
Ce  qui  fut  caufeque  Je  Chancelier,  fuivant 
les  faulfes  interprétations  que  le  Cardinal 
du  Perron  lui  avoit  données  au  Confeil 
du  Roi  &  dans  les  entretiens  particuliers, 
acculbit  tacitement  le  Prince  de  Condé 
d'avoir  confeillé  à  Richer  de  mettre  fou 
Livre  en  lumière. 

Ce  faux  bruit  vint  jufqu'aux  oreilles  du 
premier  Prélident  du  Parlement  ,  qui  fe 
crut  obligé  d'aller  détromper  le  Chance- 
lier, à  qui  il  alfura  quec'étoit  lui  feulqui 
avoit  porté  Richer  à  écrire  le  Livre  de  U 
Piiîjfance  ecclefiaftique  ^  politique.  Ce 
Magiftrat  dit  enfuite  à  Richer  qu'il  avoit 
enfin  découvert  le  rnyllere  de  toutes  les 
intrigues  que  fes  ennemis  avoient  auprès  des 
Miniftres  ;  que  le  Nonce  &  le  Cardinal 
du  Perron  étoient  venus  à  bout  de  faire 
d'une  difpute  purement  theologique  une  af- 
faire criminelle  d'Etat  :  mais  ce  qu'il  y 
avoit  de  plus  honteux  pour  notre  fiecle,& 
du  plus  incroyable  pour  la  pofterité,  c'ell 
que  les  Prélats  avoient  corrompu  l'iiitç- 
grité  du  Chancelier  ,  appréhendans  de  ne 
-pouvoir  fe  le  rendre  favorable  autrement , 
&  lui  avoient  fait  préfent>er  une  bourfe.de 
deux  mille  écus  d'or  par  l'Evéque  de  Pa- 
ris, afin  de  faciliter  la  dépolition  du  Syn- 
dic de  Sorb.o;ine. 


HZ  La    Vie 

f— '  '  '  ■  Cette  libéralité  du  Clergé  eut  tant  d'ef- 
1612.  fet  flir  le  cœur  du  Chancelier,  qu'il  pror 
mît  en  la  recevant  de  faire  conduire  Ri- 
cher  à  la  Baftilc ,  comme  ennemi  de  l'Etat 
&  du  Roi ,  &  de  le  faire  condamner  com- 
me criminel  de  leze-Majellé  ,  pour  avoir 
écrit  un  Livre  féditieux ,  troublant  l'état 
du  mariage  de  la  Reine  &  celui  de  fes 
enfans.  Calomnie  qui  n'écoit  fondée  que 
fur  ce  que  Richer  enfeignoit  que  ie  Con- 
cile General  ,  reprefentant  ^Eglife  -univer»» 
felle ,  ëtoit  au-deffus  du  Pape ,  &  qui  n'a- 
^oit  pu  être  colorée  que  par  un  tour  delà 
chicannerie,  &  de  la  malignité  du  Cardi- 
nal du  Perron  ,  prétendant  que  la  doftri- 
ne  de  Richer  donnoit  atteinte  à  l'état  lé- 
gitime de  Loiiis  XIII.  :  à  caufe  que  la 
Validité  du  mariage  de  Marie  de  Medicis 
avec  Henri  IV ,  qui  avoir  répudié  Mar- 
guerite, dépendoit  de  la  force  de  la  dif- 
penfe  que  le  Pape  avoit  donnée.;  &  qu'il 
falloit  félon  lui  que  la  puiffance  de  celui 
qui  donnoit  ,  fût  abfoluë. 

C'eft  auffi  ce  qui  avoit  rendu  plaufibles 
les  foupçons  que  le  Cardinal  &  le  Chan- 
celier firent  tomber  fur  le  Prince  deCon- 
dé ,  comme  s'il  n'eût  favorifé  Richer  que 
dans  l'efperance  de  fe  voir  élevé  fur  le 
thrône,  par  le  droit  héréditaire  qu'il  avoit 
de  fucceder  à  la  Couronne ,  ii  un  Puiifan- 
ce  fuperieure  à  celle  du  Pape  venoit  à  dé- 
clarer nul  le  Mariage  de  Marie  de  Me- 
XI.      dicis. 
Xe  Pape      Les  nouvelles  qu'on  attendoit  de  Rome 
demande  arrivèrent  à  Paris  des  le  cômencement  de  la 
înfliceàla  féconde  femaine  de  Mars  avec  des  lettres 


d'Edmond    Ri  cher,    iij 

du  Pape  pour  la  Reine  &  pour  les  Prélats,      ■  ■.  ^ 
■qui  ctoient  datées  du  fécond  jour  du  mois,     i6î2. 
&  qui  firent  connoître  que  le  Chancelier  Reine, ôc 
avoit  voulu  tromper  les  Députez  du  Par-  ordonne 
lement  ,  lorfqu'il  leur  avoit  protefté  que  ^^^  P^'^- 
le  Nonce  n'avoit  pas  envoyé  de  Courier  ^^^^  ^^ 
à  Rome.   Le  Sieur  de  Brèves  ,  Ambafla-  F-'ïncede 
deur  du  Roi  près  de  Sa  Sainteté ,  manda  ^^  7^^" 
en  même  temps  que  le  Pape  lui  avoit  re-  ^^^' 
fufé  audiance  ,  jufqu'à  ce  qu'on  lui  eût 
fait  raifon  du  Syndic  &  de  fon  Livre.  On 
fçut  aulîi  par  d'autres  lettres   écrites  de 
Rome  par  des  Secrétaires  ou  domelliques 
de  quelques  Cardinaux ,   qu'après  que  le 
Cardinal  Bellarmin  eut  fait  au  Pape  le  re- 
port de  ce  que  contenoit  le  Livre  de  Ri- 
cher,  le  faint  Pcre  avoit  été  quinze  jours 
dans  un  chagrin  extraordinaire, fans  don- 
ner audiance  à  pcrfonne,  &  fans  fe  lailîèr 
voir  en  public. 

Le  bruit  s'étoit  répandu  d'abord  que 
cet  écrit  renverfoit  tout  l'état  de  ia  Cour 
de  Rome;  &  l'on  commeîiçoit  à  craindre 
les  fuites  fâcheufes  que  fa  leéture  devoit 
produire  :  mais  on  fe  rafîura  un  peu  fur 
les  nouvelles  qu'on  eut  à  Rome,  que  la 
Sorbonne  étoit  divifée  fur  ce  fjjet.  Car 
auparavant  on  croyuit  que  tous  les  Doc- 
teurs de  la  Faculté  de  Paris,  ou  du  moins 
la  plus  grande  partie,  ctoient  d'accord  avec 
Richer  :  ce  qui  étoit  vrai  fans  doute  avant 
que  les  intrigues  de  Filefac  enflent  tout 
gâté. 

Les  Prélats  ayant  reçu  la  lettre  du  Pa- 
pe qui  leur  étoit  adrclTée,  fe  joignirent  au 
IsFonce  &  au  Cardinal  du  Pc-rron  pour  ai- 


Ï14  La     Vie 

>*-'  1er  en  Cour  prefenter  à  la  Reine  celle  quç 

l6i2.  le  faint  Père  lui  écrivoit  pour  lui  deman- 
der juftice  de  Richer.  La  Reine,  dcja  dif- 
pofée  par  le  Chancelier  ,  &  comblée  des 
termes  obligeans  &  dateurs  de  Sa  Sainte- 
té ,  accorda  enfin  aux  Prélats  la  permif- 
iion  de  ccniurer  le  Livre  de  Richer  cop- 
ine ils  le  jugeroient  à  propos. 

Villeroy  ,  qui  étoit  Tautre  Miniftre 
d'Etat  ,  &  qui  fe  trouvoit  pour  lors  au 
Confeii ,  ayant  été  ex^adement  informé  de 
tout  ce  que  contenoit  le  Livre  de  Richer 
par  Nicolas  Lefévre,  Précepteur  du  Roi, 
Tun  des  plus  fçavans  &  des  plus  hommes 
de  bien  de  ce  temps-là  ,  dit  au  Cardinal 
du  Perron  &  aux  autres  Prélats,  qu'il  s'é- 
tonnoit  de  ce  qu'ils  pourfuivoient  fi  ar- 
demment la  cenfure  de  ce  Livre,  vu  qu'on 
ne  permettrpit  jamais  qu'ils  touchafTent  aux 
droits  du  Roi ,  &  aux  libertés  de  l'Eglife 
Gallicane.  Il  ajouta  q\ie  fi  cette  exception 
etoit  inférée  dans  leur  cenfure ,  comme  il 
çtoit  neceffaire  qu'elle  y  tût ,  il  ne  voyoit 
pas  qu'elle  pût  être  agréable  à  R,ome  ;  que 
pour  cette  raifon  il  vaudroit  mieux  ne 
point  faire  cette  cenfure  en  France  ,  & 
laifler  aux  Romains  &  aux  autres  peuples 
de  delà  les  monts  la  liberté  d'en  ufer  com- 
me ils  jugeroient  à  propos. 

Ce  difcours  de  Villeroy  fut  caufe  que 
le  Chancelier, après  y  avoir  fait  reflexion, 
donna  aux  Prélats  une  claufe  pour  être 
inférée  dans  leur  cenfure  en  ces  termes , 
faf2s  toucher  néanmoins  aux  droits  du  Roi 
^  de  la  Couronne  dç  France ,  aux.  droits^ 
immunttez  ^  liberté:^;,  de  VEgUfe  Galliça- 


d'Edmond   Richer.    iif 

•iî'è.  Mais  cette  rellriftion  ne  mit  pas  le  wf 

Chancelier  à  couvert  du  blâme  qu'elle  lui  1612. 
attira  de  la  part  de  beaucoup  de  perfon- 
nes  éclairées.  On  ne  pouvoit  comprendre 
comment  celui  qui  eft  le  gardien  des  loix^ 
&  le  premier  Officier  deJuQice  du  Royau- 
me avoir  eu  la  foibleflè  de  permettre  con- 
tre toutes  fortes  de  Loix  ,  &  fur-tout  con- 
tre les  Ordonnances  des  Rois  de  France, 
dont  un  Chancelier  eft  garant  ,  que  les 
Prélats  fulTcnt  les  Juges  d\in  homme  dont 
ils  s'éioient  publiquement  déclarez  les  en- 
nemis. 

I^e  Cardinal  du  Perron  s'étant  fouvenu  Cenfurc 
des  raifons  que  l'Evéque  de  Beauvais  lui  ^  Livra 
avoir  alléguées  pour  lui  faire  appercevoir  ^^^J^^hen 
la  nullité  de  la  ccnfure  qui  avoir  été  pro-  P^^'a 
jettée  dans  l'AlTcmblée  des  Prélats  tenue  jjj'^'^^f^^ 
chez  lui  le  16.  du  mois  de  Février,  &  dont  yLce^dô 
il  avoit  donné  un  modèle  au  Nonce  pour  5^^^ 
être  envoyé  à  Rome  ,  s-'avifa  d'un  autre        ^ 
moyen  pour  î:endre  la  procédure  canoni- 
que. 

Les  Evéques  de  la  province  de  Sens  , 
dont  il  étoit  le  Métropolitain  ,  s'étoient 
rendus  tous  à  Paris,  pour  y  élire  un  Agent 
du  Clergé  de  la  même  province  ,  &  des 
gens  pour  oiiir  &  recevoir  les  comptes  du 
lieur  de  Callille.  Le  Cardinal  trouva  cet- 
te occation  favorable  à  fon  delfein ,  parce 
qu'elle  le  difpenfoit  de  toutes  les  peines 
éc  des  difficultez  qu'il  y  auroit  à  les  fai- 
re venir  exprès  de  leurs  Eglifes. 

Il  les  alfembla  tous  fept  le  13.  de  Mars 
dans  l'Hôtel  Àrchiépifcopal  de  Sens  qu'il 
avoit  à  Paris ,  &  il  leur  propofa  comme 


Ità  L  A     V  I   E 

r  '  M.  un  Metropolitfiin  à  fes  SufFragans*lé.fQr4 
1612.  mulaîre  d'une  cenfurc  qu'il  avoit  drefféo 
auparavant. 

On  fe  contenta  de  lire  cet  a<Sle ,  fans  par- 
ler d'examiner  ,  ni  même  jetter  les  yeux 
fur  l'ouvrage  qu'il  étoit  queftion  de  con- 
damner. L'a6te  portoit  néanmoins  :  /Iprès 
avoir  U  tsf  examiné  diligemment  un  Livre 
fans  norti  d'' Auteur  ni  d"* Imprimeur ,  intitulé 
DE  ECCLESIASTICA  ET  PoLlTICA  PoTES- 
TATE  ;  ils  l"* avaient  jugé  ^  déclaré  digne  de 
cenjure  ^  de  condamnation  :  qu'aujji  ils  le 
cenfuroient  ^  condamnaient  pour  pltifieurs 
fropojnions  s  expojitions  ^  allégations  fauf- 
jes  ^  erronées  ,  fcandaleufes  ^  jchifmatiques  ^ 
hérétiques  comme  elles fonnoient^  qui  y  étaient 
contenues  ^Jans  toucher  aux  droits  du  Roi  y 
ni  aux  immunitez  ^  aux  libertez  de  l'E- 
gltfe  Gallicane  ;  non  pas  que  ces  propofî- 
lions  loient  hérétiques  en  elles-mêmes  , 
mais  parce  qu'elles  frappoient  les  oreilles 
d'une  manière  qui  reveilloit  l'idée  que  ces 
cenfures  avoient  de  l'herelie. 

Tous  les  Piélats  lignèrent  cette  Cen- 
fare  fans  fcrupule,  lî  l'on  excepte  l'Evê- 
que  d'Orléans,  Gabriel  de  l'Aubefpine,  qui 
étoit  le  fcul  de  toute  l'AlTemblce  avec  le 
Cardinal  du  Perron,  qui  fût  capable  de  ju- 
ger de  la  dodrine  contenue  dans  le  Livre 
de  Richer ,  &  qui  fe  fût  donné  la  peine  de 
le  lire.  Ce  Prélat,  quoi  qu'encore  jeune ^ 
€toit  l'un  des  plus  doâes  Evêques  du  Roiau-i 
me ,  ayant  pris  pour  guide  dans  l'étude  des 

*  Paris ,  Auxerre  ^  Meaux ,  Orléans ,  Troyc^i» 
Nevers  ô^  Chartres. 


d'Edmond   Richer.    127 

i  Pères,  des  Conciles  &  de  rHiïloire  Eccie- — — < 
ik(lique,rEvéque  de  Beauvais  ,  qui  avoit  i6i2t. 
le  bruit  de  paflcr  du  Perron  en  fcience. 
JL'Evéque  d'Orléans,  non  plus  que  celui 
de  Beauvais,  ne  trouvoit  rien  dans  le  livre 
de  Richer  qui  ne  fût  conforme  à  I4  doc- 
trine de  TEglife ,  hors  Tendroit  où  il  fcm- 
bloit  donner  lieu  de  croire ,  qu'on  peut  c- 
galer  les  Preftrcs  auxEvéques,  parce  qu'il 
déclaroit  la  miiïîon  de  lxxii.  Difcipks 
venue  auffi  immédiatement  de  Jcfus-Ghrift 
que  celle  des  Apôtres ,  &  par  confequent 
d'inftitution  également  divine.  Mais  il  fut 
fort  fatisfait  de  l'éclaircilîement  que  Ri- 
cher donna  depuis  à  cet  endroit  de  fon  Li- 
vre, &  il  montra  que  les  procédures  dont 
on  ufa  contre  ce  Doâeur^ne  lui  étoient 
guéres  agréables. 

Lorfqu,'il  fallut  appofcr  le  fceau  des  huit 
Prélats  de  l'AfTemblée  Provinciale  à  l'ade 
de  la  cenfure,  l'Evefque  d'Orléans  s'ex- 
cufa  fur  ce  qu'il  n'avoit  pas  de  fceau  i 
Paris.  Cela  fit  naître  une  petite  contefta- 
i  tion  qui  penfa  déconcerter  le  Cardinal  du 
:  Perron, dans  l'impatience  où  il  étoit  de 
;  conclure  l'atfaire.  L'Evefque  de  Paris,  qui 
trouvoit  des  expediens  à  tout,  envoya  fur 
le  champ  lui  faire  graver  un  cachet  d'ar- 
gent à  fes  armes ,  &  fit  li  bien  qu'on  le  lui 
préfenta  avant  la  feparation  de  l'AfTem- 
blée^ :  après  quoi  le  Cardinal  fit  dire  en 
préfence  des  Prélats  une  MefTe  du  Saint- 
Efprit  dans  fa  Chapelle  par  fon  Aumô- 
nier, c'clt-à-dire,  qu'il  finit  toute  l'adion 
par  où  il  devoit  la  commencer.  ^i-^^ 

Quoi  qu'il  parût  affez  par  les  ternjçs    Défauts 


ïiS  L  Â    V  I  Ê 

mêmes  de  la  cenfure  ,  qu'elle  n'aivoît  paï 
été  faite  dans  un  Synode  ,  mais  dans  une 
fimple  AfTcmblée  d'Evêques  Comproviti' 
.  ciauîc,  venus  à  Paris  pour  toute  autre  cho- 
ie ;  les  ennemis  de  Richer ,  pour  lui  don-* 
her  plus  de  poids ,  ne  lailïërent  pas  de  pu- 
blier que  c'étoit  le  Décret  d'un  Concile  Pro- 
vincial ,  &  que  fon  Livre  avoit  été  condam- 
né dans  un  Synode  :  erreur  qui  paffa  bien- 
tôt dans  les  Chronologies  ,  &  les  Anna- 
les du  temps ,  &  que  les  Jefuites  fur  tous 
les  autres  prirent  plaifir  à  divulguer  de 
vive  voix ,  &  dans  leurs  Livres ,  pour  fè 
venger  d'un  homme  qu'ils  regardorent  com- 
bine le  plus  dangereux  de  leurs  adverfaires. 
Les  autres  confidererent  cette  cenfure 
comme  un  limplejugementdoâ:rinai,  por- 
té par  des  gens  qui  s'étoient  aflemblez  pour 
leurs  propres  affaires ,  &  qui  n'avoient  pas 
dejurildidion  pour  ordonner  quelque  cho- 
fe  juridiquement.  C'eft  pour  cette  raifon 
qu'on  croyoit  les  Cenfeurs  obligez  à  cot- 
ter  au  moins  les  propoiitions  auxquelles 
ils  trouvoient  à  redire ,  au  lieu  de  le»  con- 
damner fans  y  rien  fpecifier.  Mais  riea 
ne  marquoit  mieux  la  nullité  de  leur  cen- 
fure ,  four  ne  pas  toucher  aux  droits  âtt 
Roi ,  »/'  aux  immunitez  ^  aux  libériez  de 
PEgliJe  Gallicane.  Cette  claufe  renverfoit 
tous  leurs  projets  :car  comme  il  n'y  avoit 
pas  un  feul  mot  dans  tout  le  livre  de  Ri- 
cher qui  ne  fût  employé  à  expliquer  les 
libertés  de  l'Eglife  Gallicane ,  ou  les  droits 
du  Roi  ;  les  Cenfeurs  exceptoient  précifé- 
mcnt  ce  qu'ils  condamnoicnt,  ou  ils  con- 
damnoient  neceûairement  ce  qu'ils  excep- 
toient. La 


d'E dmond    Richer.     lip 

La  contradiétion  étoit  fîgroffiere  qu'el-  ■^■"~-^, 
le  fauta  aux  yeux  mcmes  de  ceux  que  la  i^li» 
palTion  aveugloit  le  plus  contre  Richer; 
de  forte  qu'ils  ne  crurent  pouvoir  s'en  dé« 
barrafTer ,  ni  fauvcr  l'honneur  des  Prélats , 
qu^en  agilîant  comme  fi  la  cenfure  étoit 
fans  exception.  Ce  que  Villeroy  avoit  pré- 
dit au  Cardinal  du  Perron  ne  manqua  pas 
d'arriver.  L'exception  déplut  à  la  Cour  de 
Rome,  &  à  tous  fes  partifans,  parce  qu'on 
étoit  efFcdivement  perfuadé  qu'elle  avoit 
une  étendue  égale  à  la  cenfure,  &  qu'elle 
la  détruifoit  entièrement.  C'eft  pourquoi 
le  Nonce,  fort  chagrin  de  voir  ainli  fru- 
ftrcr  fes  efperances ,  pcrfuada  à  l'Archevê- 
que d'Aix  en  Provence,  Paul  Huraut  de 
l'Hôpital  ,  de  fe  tranfporter  le  plus  dili- 
gemment qu'il  lui  fcroit  polTible  en  fon 
Archevêché,  pour  reparer  cette  faute  avec 
fes  Suffragans,  &  cenfurer  le  Livre  fans 
exception. 

Les  Evêqucs  de  la  Province  de  Sens  s^  publw 
avoient  beaucoup  meilleure  opinion  que  les  cation 
autres  de  ce  qu'ils  avoient  fait.  Ils  étoient  malgré  lô 
convenus  de  tenir  leur  cenfure  fort  fecrete  Parle- 
durant  les  premiers  jours  ,  parce  que  l'E-  meiit. 
véque  de  Paris  avoit  delfeinde  la  faire  pu- 
blier avec  éclat  dans  toutes  les  Paroiffes  de 
la  Ville  &  du  Diocefe ,  avant  que  l'on  pût 
fçavoir  fi  elle  étoit  faite.  Mais  ils  ne  pu- 
rent tenir  lachofe  tellementfecrete,quele 
Parlement    n'en  fût  averti  d'allez  bonne 
heure.  Il  chargea  aulTi-tôt  les  Gens  du  Roi, 
Servin  &  Bellievre ,  d'en  aller  porter  les 
plaintes  au  Chancelier  au  nom  de  la  Cour, 
Ce  Miniftre  répondit  qu'on  ne  devoit  nul- 

I 


ÎJO  L  A      V  I   È 

——«^  îement  fe  mettre  en  peine  de  cette  cehfù^' 
1612.  re;  qu'elle  ne  feroit  publiée  dans  Paris  ni 
dans  aucun  autre  endroit  du  Royaume; 
qu'il  avoit  fallu  donner  quelque  forte  de 
contentement  au  Nonce  de  Sa  Sainteté  : 
&  il  donna  commifîion  en  même  temps  à 
de  I3el lièvre  fon  gendre  de  voir  l'Evêquô 
de  Paris   fur  ce  fujer. 

Avec  tant  de  belles  paroles  la  cenfurel 
ne  laiffa  pas  d'être  publiée  aux  Prônes  du 
Dimanche  fuivant,qui  étoit  le  18.  jour  de 
Mars ,  dans  toutes  les  ParoifTes  de  Paris. 
L'on  fut  d'autant  plus  furpris  d'une  telle 
diligence, que  l'an  1610.  après  la  mortfu- 
nefte  du  Roi  Henri  le  Grand  ,  ni  l'Eve- 
que  de  Paris ,  ni  aucun  autre  Prélat  du 
Royaume,  n'avoit  jamais  voulu  que  l'on 
publiât  aux  Prônes  des  ParoifTes  la  cenfure 
de  Sorbonne  contre  les  parricides  du  Roi\ 
L'Evcque  de  Paris  ,  &  fon  grand  Vicaire 
Pierrevive  ,  ne  bornèrent  pas  leur  zèle  à 
cette  publication,  ils  recommandèrent  en- 
core la  chofe  à  tous  les  Prédicateurs  du 
Carême  :  de  forte  que  toutes  les  Chaires 
retentirent  du  Livre  de  Richer  jufqu'à  Pâ- 
ques. La  plupart  des  Evêques  des  Pro- 
vinces en  uferent  de  même  dans  leurs  Egli* 
fe$  ;  de  forte  qu'on  ne  fe  fouvenoit  point 
d'avoir  jamais  vu  le  Pape  fervi  en  France 
avec  tant  de  zèle  &  d'émulation  :  ce  qui 
fit  juger  que  le  Clergé  de  France  étoit  de 
concert  avec  la  Cour  de  Rome ,  pour  pro- 
fiter de  la  minorité  du  Roi ,  &  de  la  foi- 
blelfe  du  Gouvernement. 

Tant  de  fcrieux  empreffemens  n'empê-^ 
cherent  pas  qu'on  ne  donnât  dans  le  mon-. 


b'EDMÔND     RiCtiER.       131 

âe  un  tour  ridicule  à  la  cenfure.  Ce  fut  — — ■ 
principalement  à  l'occafioft  d'une  traduc-  1612^ 
tion  Françoife  que  l'on  fit  paroître  du  Li- 
vre de  Richer  dans  le  temps  que  Ton  com- 
I  inençoit  à  parler  de  l'entreprife  des  huit 
Prélats  de  la  Province  de  Sens,  La  tradu- 
ôi'ion ,  dont  perfonne  ne  connoifToit  l'Au- 
teur, n'étoit  pas  excellente,  ni  pour  la  fi- 
délité ,  ni  pour  l'exprelfion  ;  mais  les  Rieurs 
ne  laifTerent  pas  de  publier  qu'elle  avoit 
été  faite  en  faveur  des  Cenfeurs ,  qui  n'a- 
voient  étudié  ni  en  Grammaire  ,  ni  en 
Théologie.  Quand  la  tradu61ion  auroit  été 
plus  exafte,  elle  auroit  été  aflez  inutile 
aux  Cenfeurs, qui  félon  le  bruit  commun, 
n'étoient  ni  Théologiens,  ni  gens  de  Let- 
tres ,  ni  par  confequcnt  capables  de  juger 
de  la  dodrine  du  Livre  cenfuré  ,  fi  l'on  en 
excepte  du  Perron  &  de  l'Aubefpine.  Auf- 
ù  ces  deux  fçavans  hommes, qui  n'agirent  '. 
contre  leurs  propres  lumières  ,  l'un  que 
par  paflion  ,  l'autre  que  par  répugnance, 
tcnioignerent-ils  fouvent  depuis,  que  pour 
entendre  l'Ecrit  de  Richer  ,  il  étoit  abfo- 
lument  necellaire  d'eftre  verfé  dans  la 
Théologie  Scholaftique,  &  dans  la  con- 
noifl;ànce  parfaite  des  Conciles  &  de  toute 
l'Hifioire  Ecclefiaftique. 
".  Cette  verfion  Françoife  ,  à  laquelle  ni  Ri* 
cher  ni  fes  amis  n'avoient  eu  part ,  four- 
nit au  Nonce  du  Pape ,  au  Cardinal  du  Per- 
ron ,  &  à  l'Evéque  de  Paris  un  nouveau 
fujet  d'exciter  encore  de  nouvelles  tem- 
pêtes contre  ce  Dodeur.  Ils  firent  répan- 
dre le  bruit  que  c'étoient  les  huguenots 
qui  avoient  traduit  fon  Livre  en  François^ 


ï^z  La     Vie  I 

. ,  -^  &  qu'au  grand  mépris  du  Pape  &  des  PiéM 
\6i2,    lats,  on   le  vendoit  tout  publiquement  a 

Charenton. 
tes  Je-      Après  la  publication  de  la   cenfure  oni 
fLiitcs  a-    vit  les  Religieux  ,  &  fur  -  tout  les  Men-. 
giflent       dians  ,  à  Tcnvi  des   Eccleliaftiques  fecu* 
pour  la     liers  fe  déchaîner  contre  le  Livre  de  Ri* 
cenfure     cher  ,   la  plupart   fans  fçavoir  de  quoi  il 
contreRi-  étoit  queifion  ,  &  dans  la  penfée  de  dé- 
dier,       fendre  les  intérêts  du  Pape ,  qu'ils  croyoierit 
ruinez  &  conteftez  par  ce  Do6teur.  Les 
Jcfuites  ne  s'oublièrent  pas  dans  une  oc- 
caiion  qui  leur  paroilToit  fi  favorable  pour 
venger  leur  Compagnie  de  tous  les  mau- 
vais offices  qu'ils   croyoient   avoir   reçus 
deRicher.  Ils  répandirent  avec  grand  foia 
la  cenfure  de  fon  Livre  par  toute  la  Fran- 
ce. Les  Pères  Coton ,  Gonteri ,  Segueran,. 
Richeome  ,  GrafTe  ,  &c.  lignalerent   leur 
Rhétorique  au-defiùs  des  autres  pour  le 
rendre  odieux  ,  le  faire  déclarer   ennemi 
du  fûint  Siège  ,  &  difpofer  la  Cour  à  fa 
profcription.  Les  lettres  d'avis  que  les  Pè- 
res Jacquinot  &  Suffrien  en  écrivirent  pour 
faire  obferver  la  vengeance  divine  ,  mar- 
quoient  que  Richer ,  après  l'x^bbé  Dubois,- 
(arrêté  l'année  précédente  dans  les  prifons 
de  rinquilition  à  Rome,  )  étoit  le  premier 
qui  les  avoit  perfecutez  ;  qu'il  avoit  cen- 
fure les  trois  excellentes  Prédications*  fai- 
tes en  l'honneur  de  S.  Ignace  ;  mais  que 
par  un  julle  jugement  de  Dieu    il   étoit 
tombé  dans  la  folie  où  il  avoit  voulu  jet- 

*  Cela  eft  faux  de  Richer,  ôc  vrai  de  Fileiac, 
Voyez  ci-deifus. 


d'Edmond    Riche  r.    135 

1er  les  Jcfuitcs.  Les  Chroniques  &  lesHi-  — — .» 
floires  écrites  par  ces  Pères  rcprefeiitant  i6iJ^ 
la  cenfure  da  Livre  parmi  les  Conciles  , 
ne  pouvoient  manquer  de  mettre  Richer 
dans  la  colomnc  des  hérétiques.  C'e{i  ce 
qui  fe  voit  dans  celle  de  Gautier  ,  mais 
non  pas  dans  celle  de  Gourdon  ,  qui  a  mar- 
qué fa  modération  par  fon  lilence.  Richer 
ne  devoir  pas  être  furpris  de  tout  ce  que 
les  Jefuites  pouvoient  dire,  faire  ou  écri- 
re contre  lui  :  il  le  fut  néanmoins  lors 
qu'on  lui  apprit ,  ou  du  moins  qu'on  vou- 
îut  lui  perfuadcr  que  le  PereSirmond  lui-  Libcjle 
même  avoit  pris  la  plum.c  contre  lui  pour  attribue 
réfuter  fon  Livre.  Ce  Père, qui  fe  vantoit  au  P.  Sir- 
d'être  allé  à  Rome  bon  Ligueur  ,  &  d'en  monl 
ctre  revenu  Royalille  ,  qui  connoilîbit  l'An- 
ciquité  ecck'(iallique  ,  &  aimoit  même  les 
libertez  de  l'Eglife  Gallicane  ;  ce  Père  en 
lin  mot  quipalibit  pour  le  plus  dégagé  des 
préjugez  &.des  mauvaifcs  maximes  de  fa 
Compagnie  ,  après  Fronton  du  Duc  ,  ne 
lailfa  pas  de  brocher  un  Libelle  diffama- 
toire contre  Richer  ,  qu'il  fe  contenta  de 
qualifier  Do6leur  de  trente  pages,  par  une 
inliilte  mêlée  de  mépris  pour  le  petit  Li- 
vre cic  la  puijjance  ecclejtafttque  C5  politi- 
que. Sirmond  s'avifa  de  deux  expediens  , 
pour  rejetter  la  honte  de  fon  Libe.le  fur 
iautrui,  en  cas  de  mauvais  fuccès.  llfefer- 
Vit  1°.  du  minificre  d'un  Avocat  de  Chau- 
mont  en  Balfigny  ,  hantant  le  Palais  à  Pa- 
ris ,  nommé  Goutiere ,  tort  connu  parmi 
les  Sçavans  fous  le  nom  de  Gutherius,& 
pourvu  même  du  titre  de  Patrice  &  Citoyen 
Komaiii   pour  fon  fçavoir.    Goutiere  lui 

1  iij 


1J4  L  A    V  I  E 

— — — -  fournit  tant  d'injures  pour  remplir  fonLî- 
l6ia.  belle  ,  qu'il  mérita  pour  une  jufte  moitié 
d'être  affocié  à  la  qualité  d'Auteur  de  l'Ou- 
vrage. L'autre  expédient  du  Père  Sirmond 
fut  de  prendre  un  mafque  qui  pût  couvrir 
à  la  fois  les  deux  Auteurs  du  Libelle.  Il 
emprunta  pour  cet  effet  le  nom  de  Jaco^ 
bus  Cofmus  Fabricîus  ",  &  laifTa  imprimer 
îe  Libelle  en  Allemagne  fous  le  titre  riSTo- 
ia  Jligmatica  in  Magijirum  tr'tginta  pagi^ 
narum.  L'artifice  ne  demeura  pas  long- 
temps fans  être  découvert ,  malgré  la  pru- 
dence des  deux  Auteurs,  Sirmond  ayant 
pris  depuis  le  parti  de  nier  le  fait  ,  &  ne 
jugeant  pas  de  plus  qu'il  fût  honnête  de 
laifTer  fon  ami  chargé  du  foupçon  d'avoir 
eu  part  à  un  Libelle  lî  honteux ,  fçut  foû- 
tenir  que  Fabricius  n'étoit  pas  un  mafque, 
mais  le  nom  d'un  homme  aâuellcment  vi- 
vant ,  &  Auteur  des  Notes'  itigmatiques. 
Il  crut  avoir  perfuadé  le  Public  ,  julqu'à 
ce  que  vingt  ans  après  il  s'éleva  contre 
lui  un  nouvel  adverfaire ,  qui  lui  fit  voir 
fon  défaut  de  fincerité  ,  &  qui  lui  repro- 
cha l'indignité  avec  laquelle  il  avoit  vou- 
lu marquer  &  cauterifer  comme  un  efcla- 
ve  un  homme  libre  ,  &  un  défenfeur  des 
libertez  de  rEglife;&quî  l'accufa  d'avoir, 
joint  l'inhumanité  audéguifement ,  en  obli- 
geant un  homme  vivant  à  lui  iervir  de 
mafque; au  lieu  que  les  autres Jefuites  ne 
prenoient  ordinairement  pour  fe  cacher 
que  des  mafques  inanimè2&  vuidesdecer* 
velle. 
Xin.  ^^^  ^^  jours  après  la  publication  de  la 
Autres    cenfure  faite  par  les  Prélats  de  la  provin- 


d'Edmond    Riche r.  i^f 

,  ^e  de  Sens ,  on  vit  paroître  trois  autres  ou- ^ 

vrages  contre  le  Livre  de  Richer.  Lèpre-    1612. 
inier,&  le  plus  outrageant  ,  fut  celui  que  ouvracres 
leDodcurDuval  publia  fous  le  titre  d'jï-  contre^ le 
(encims  ^  fans  privilège.  Il  fefervitfort  am-  Livre  de 
plement^de  l'avantage  que  la  langue  Lati-  Richer, 
ne  donne  à  ceux  qui  veulent  dire  des  inju-  compo- 
res ,  qu'on  ne  peut  fouffrir  en  langue  vul-  fez.  par 
gaire  parmi  les  honnêtes  gens.  Le  refte  de  Duval , 
l'ouvrage  conliftoit  à  imputer  à  Richer  ce  Durand 
que  celui-ci  rejcttoit  comme  ne  l'ayant  ni  ^  I^ellc- 
pcrit  ni  penfé ,  ou  à  accufer  d'erreur  ce  que  "^''* 
Kicher  avoit  donné  pour  orthodoxe. 

Le  fécond  des  ouvrages  qu'on  fit  cou- 
rir alors  contre  le  Livre  de  h  puijfafjce  ec- 
çlefiajîique  ^  politique  ,  avoit  pour  auteur 
Claude  Durand  ,  Docteur  de  Sorbonne, 
difciple  de  Duval  ,  &  infeparablement  at- 
taché à  fes  opinions  &  à  fes  intérêts.  Du- 
rand le  publia  en  François ,  mais  fans  non) 
d'Imprimeur  ,  &  fans  privilège  ,  comme 
^voit  fait  Duval. 

Le  troifiéme  avoit  été  compofé  en  mê- 
me langue  par  un  Laïque  nommé  Pierre 
Pelletier  ,  nouvellement  converti  du  Cal- 
vinifmc  à  l'Eglife  Catholique.  Ill'avoit  en- 
trepris ,  non  feulement  pour  faire  voir  la 
lîncerité  de  fa  converlion  ,  en  fe  jettant 
avec  zèle  dans  tous  les  intérêts  &  les  pré- 
tentions de  la  Cour  de  Rome, mais  enco- 
re pour  montrer  qu'il  n'étoit  pas  indigne 
de  la  penlion  que  lui  taifoit  le  Clergé, ni  ' 

delà  table  du  Cardinal  du  Perron.  Il  avoit 
intitulé  fon  Livre  ,  La  Monarchie  de  VE- 
glife  ,  &  avoit  pris  pour  début  que  Dieu, 
^ui  embralfe  la  défenfe  des  Jcfiutes ,  avait 

I  iiij 


'1^6  L  A    V  I  E 

'-  ■'  '  >  permis  qti'un  de  leurs  plus  'violens  ennem'tf 
2l6l  eût  enfin  verni  fur  le  théâtre  tout  le  venin 
qu*il  avoit  dans  le  cœur  ;  que  cet  homme 
de  rien ,  profitant  de  mal  en  pis ,  s^étoit  dit 
ferviteur  pris  au  Maître ,  s'étoit  des  Mem- 
bres attaqué  au  Chef ,  ^  que  quittant  la 
querelle  des  Jefuites  ,  il  avoit  ofé  choquer 
le  Pape. 

Tous  les  Ecrivains  fembloîcnt  être  con- 
venus de  parler  de  TAuteur  du  Livre  qu'ils 
refutoient  ,  comme  d'un  véritable  héréti- 
que :  &  Duval ,  animé  d'un  efprit  peu  con- 
forme à  celui  qui  a  formé  le  Chriftianif- 
me,  n'étoit  pas  honteux  de  déclarer  tout 
haut  le  defir  qu'il  avoit  de  voir  Richcr 
prendre  parti  parmi  les  huguenots.  Sou- 
hait criminel  ,  qui  rendoit  Duval  coupa- 
.  ble  du  fchifme  dans  lequel  il  vouloit  pouf- 
fer fon  adverfaire  ,  s'il  eft  vrai  que  ceux 
qui  demandent  ou  qui  fouhaitent  le  re- 
tranchement de  leurs  frères  ,  ne  font  pas 
moins  fchifmatiques  que  ceux  qui  le  re- 
tranchent d'eux-mêmes,  ou  qui  entrepren- 
nent de  retrancher  les  autres  injuftement. 
Ce  fut  alors  que  Duval  inventa  le  nom 
partial  de  Richcriftes  ,  qu'il  fit  donner  à 
tous  ceux  qui  défendoient  l'ancienne  doc- 
trine de  la  Faculté  de  Paris  touchant  la 
fuperiorité  du  Concile  fur  .le  Pape ,  &  l'in- 
dépendance de  l'autorité  fouveraine  du  Roi. 

Richer,  qui  fe  fentoit  difpofé  à  foufïrir 
plutôt  mille  morts  que  de  divifer  l'unité 
de  rEglife,eut  horreur  qu'on  fe  fervît  de 
fon  nom  pour  faire  divifion ,  &  pour  ren- 
dre odieux  ceux  a  qui  on  le  feroit  por-» 
ter.  Il  alla  trouver  Duval ,  pour  lui  faire 


d'Edmond   Riche  r.    157 

çonnoître  combien  il  étoit  éloigné  de  la ^' 

ifoUe  ambition  de  ceux  qui  cherchent  à  le  161  z.- 
faire  Chets  de  feéie  ;  &  il  lui  reprefenta 
que  c'étoit  une  chofe  également  contraire 
à  la  raifon  &  à  la  charité  chrétienne, que 
de  prendre  le  nom  d'un  de  fes  confrères, 
dans  le  fein  de  l'Eglife  même  ,  pour  en 
faire  un  terme  de  parti-  Du  val  fe  conten- 
ta de  lui  répondre  d'un  ton  fier  &  dédai- 
gneux ,  que  ni  lui  ni  tous  ceux  qui  défendent 
Je  Pape  comme  lui  ,  n'étoient  pas  appel- 
iez Duvaliftes.  Il  iaillà  pourtant  entrevoir 
dans  le  rcfte  de  l'entretien  ,  qu'il  n'auroit 
pas  été  tâché  de  donner  fon  nom  à  ceux 
qui  étoient  oppofez  à  Richcr  :  en  quoi  il 
auroit  pu  fatisfaire  fon  ambition,  s'il  avoit 
vécu  aifez  pour  voir  ce  qu'en  ont  écrit 
quelques  dilciplcs  de  Richer  fur  la  fin  du 
miniltere  du  Cardinal  de  Richelieu. 

Jamais  Richcr  n'avoit  paru  fi  ferme, &    XIV. 
fi  confiant  que  dans  la  conjoncture  de  ce    Le  Car- 
temps,  où  ii  fembloit  que  toutes  les  Puif- dinal    de 
fances  de  la  terre  avoient  conjuré  fa  rui-  Bonzi dé- 
lie. Il  n'y  avoit  que  le  Parlement  de  Pa-  tourne 
ris  qui  n'eût  point  abandonné  fa  défenfe  ;  ^'^'^^1' 
&  plufieurs  Magifirats  de  cette  Gompa- j  ^PP^*^'^ 
gnie  fouveraine   voulurent   lui   perfuader  ^^  \?"^* 
d'appeller  comme  d'abus  de  la  cenfuredes  bu/j^èli 
Evêques.  Ils  lui  firent  efperer  même  que  cgi^f^-e/ 
le  Procureur    General  de  Bellievre    ap- 
pelleroit    avec   lui   pour  le  maintien   des 
droits  du   Roi,  &   de   l'indépendance  de 
fon  autorité  ,  &  des  libertez  de  l'Eglife  Gal- 
licane. 

Richer  ne  put  néanmoins  fe  refoudre  à 
faire  ce  que  l'on  fouhaitoit  de  lui  ,  fça- 


Ï38  L  A      V  I   E 

!- chant  que  la  Reine  régente  fe  repofoît  de| 

lôiz»  tout  le  Gouvernement  fur  deux  hommesi 
qui  lui  faifoient  entendre  tout  ce  qu'ils; 
vouloient ,  &  qui  s'étudioient  à  abaifler  au- 
tant qu'ils  pouvoient  l'autorité  du  Parle- 
ment, pour  augmenter  la  leur.  Il  s'apper^ 
cevoit  auffi  que  ces  deux  Miniftres  com- 
mençoient  à  tourner  l'efprit  du  premier 
Préiident  de  Verdun  comme  bon  leur 
fembloit.  D'ailleurs  il  conlîderoit  que  1^ 
Reine  &  toute  la  Cour  n'çtoient  occupées 
que  de  pompes, de  balets,dejeux  publics, 
&  de  magnificence  du  Garouzel  inftitué  à 
la  publication  des  mariages  du  Roi  Loiiis 
XIII.  avec  l'Infante  d'Efpagne,  &  du 
Prince  Philippe  d'Efpagne  avec  Madame 
4e  France  ,  ioeur  du  Roi.  Il  ne  crut  pas 
qu'il  fût  à  propos  de  troubler  ces  réjouif- 
fances  publiques;  &  il  ainia  mieux  remet-^ 
tre  réyenement  de  fon  affaire  à  la  provi- 
dence de  Dieu.  Il  prit  même  la  refolution 
de  quitter  volontairement  le  Syndicat  au 
mois  d'Oélobre  fuivant ,  fi  le  Nonce ,  Fi-: 
Jefac ,  Duval  ,  &  fes  autres  adverfaires 
çefïoient  de  le  perfecutcr,  deitinant  le  refte 
de  fes  jours  à  la  retraite,  à  l'étude,  &  aux 
autres  exercices  de  pieté  dans  fon  Collège. 
Le  Cardinal  de  Bonzi ,  Italien ,  premier 
Aumônier  de  la  Reine ,^  ayant  fait  prier 
Richer  fort  civilement  de  lie^ venir  trouver 
le  ;i3.de  Mars,  le  combla  d'abord  de  tant 
d'honnétetez,  qu'il  ne  fçut  que  penferd'un 
accueil  qu'il  n'avoit  jamais  dû  efperer  de  lui 
pour  plus  d'une  bonne  raifon.  L'entretien 
qui  fui  vit  ne  lui  permit  pas  de  douter  de  fa 
iinceritç.  Le  Cardinal  lui  dit  dans  les  termes, 


d'Edmond    Ri  cher.    139 

les  plus  obligeans  du  monde  que  la  Reine  lui 1^ 

nvoit  comandé  de  le  prier  dcfapart^qti'il  ri'ap-  i  ôl  ^. 
pellât  comme  d^ abus  de  la  cenfure  qu'on  avait 
faite  de  [on  Livre  ^  ^  qu'il  accordât  cela  à. 
la  tranquillité  publique '^  il  ajouta  que  pour 
fon  particulier  tl  était  tres-fâché  que  cela. 
fût  arrivé  '^  qu*il  avait  toujours  ejlimé qu'on 
de'voit  latjfer  aux  François ,  aujfi-  bien  qu'aux 
Italiens^  de  défendre  leurs  maximes  ;  que  c  V- 
toit  pour  cette  raifon  quil  navoit  pas  vou- 
lu fe  mêler  dans  cette  affaire  avec  les  au- 
tres Prélats  ;  //  ajjurci  qii'il  pouvait  défen- 
dre fon  Livre  ^pourvu  quil  ne  fart ît  pas 
des  bornes  d'une  jujie  modération  ;  qu''il  lui 
ferait  permis  d'expliquer  ce  qui  paroîtroif 
Oi'fcur  ,  ^  donner  des  fens  favorables  aux 
çn  droit  s  qui  avaient  choqué  fe  s  ennemis. 

Richer  repondit  au  Cardinal ,  qu'il  tâ- 
cheroit  toujours  de  rendre  chrétien  le 
courage  avec  lequel  il  étoit  relblu  de 
fouffrir  toutes  les  injures  &  les  calomnies 
de  fes  ennemis  ;  ipais  qu'il  étoit  bien  fâ- 
cheux qu'on  lailsât  débiter  impunément 
dans  le  Royaume  des  dogmes  &  des  maxi- 
mes étrangères  contre  l'autorité  des  Rois, 
&  la  fureté  de  leur  vie,  après  ce  qui  étoit 
arrivé  aux  deux  derniers  enlevez  à  la  Fran- 
ce par  les  conclulions  criminelles  de  cet- 
te féditieufe  dodrine  ;  6t  qu'un  François 
n'osât  ouvrir  la  bouche,  ou  prendre  la  plu- 
me pour  s'y  oppofcr. 

Si  l'on  avoit  ces  fentimens  d'humanité    Zèle  du 
à  la  Cour  de  France  envers  Richer ,  cel-  Duc  d'E- 
le  de  Rome  en  avoit  d'autres  qui  ne  lui  psrnoa 
étoient   guéres    favorables.    Il  fçut  alors  contre 
qu'on  n'en  vouloit  pas  moins  a  fa  perfon-  I^icl^^r 


140  La    Vie 

,— ._  ne  qu'à  fon  Livre  au-delà  des  Monts ,  ^< 
1612.    qu'on  cherchoit  les  moyens  de  l'enlever 
qui  court  ^^  Royaume  ,  pour  le  conduire  dans  les 
rifque  dePri^oiis  de  l'Inquifition  Romaine  &  l'yfai- 
là  vie.      re  périr. Frapçois  de  Verthamont  Confeillcr 
de  la  Cour, 'qui  étoit  de  fes  amis,  &  qui 
voyoit  fouvent  le  Duc  d'Epcrnon  chez  le 
Préfident  Seguier  ,  voulut  fçavoir  de  lui 
s'il  avoir  dit  ou  écrit  quelque  chofe  qui 
regardât  ce  Seigneur.   AW ,  répondit  Ri- 
cher  ^je  ne  vois  pas  même  uk  evdroit  par  ok 
Mr.  le  Duc  d'Epernon  pouroit  fçazwir  que 
je  fuis  au  monde.  Il  paraît  ,    dit  Vertha- 
mont, ^«f  ce  Seigneur  n'eft  pasde  vos  amis. 
Je  vous  confeille  d'' approfondir  fes  deÛeins  ^ 
CJ  de  Tctller  Jur  vous-même. 

Richer,qui  en  quittant  leConfeiller,Im 
avoir  déclaré  qu'il  n'avoit  point  d'autre 
précaution  à  prendre  que  celle  de  de- 
meurer tranquille, &  de  te  repofer  de  fon 
fort  &  de  fa  vie  fur  la  volonté  de  Dieu, 
ne  laifla  point  de  s'informer  de  ce  qui  en 
pouroit  être.  Il  apprit  que  le  Duc  d'Eper- 
non,  qui  étoit  un  de  ces  2elex  Catholiques, 
qui  ne  mettoient  pas  alors  de  différence 
entre  le  fervice  qu'on  doit  rendre  à  Dieu ,  & 
celui  qu'on  pouvoir  rendre  à  la  Cour  de 
Rome  ;  voyoit  fort  fouvent  le  Nonce  du 
Pape,  l'Evéque  de  Paris,  &  les  Jefuites , 
aufquels  il  avoit  olii  parler  de  Richer 
comme  d'un  hérétique  des  plus  pernicieux. 
Le  danger  étoit  alors  plus  grand  que  ni 
lui  ni  de  Verthamont  ne  s'étoient  imagi- 
nez :  les  gens  du  Duc  d'Epernon  enten- 
dant fouvent  faire  des  plaintes  &  de$ 
menaces  à  leur  Maître  contre  lui  ,  cru-s 


d^Edmond    Ri  cher.    141 

>cnt  qu'ils  ne  pouroieiit  lui  rendre  un  plus  — — ^ 
grand  fervice  que  de  délivrer  le  monde  de  cet  i6ia^  ^ 
obj  et  de  fa  haine ,  &  que  fécondant  fa  dévo- 
tion ,  ils  feroient  un  facrifîce  bien  agréable 
â  Dieu ,  en  immolant  cette  vi6lime  au  Pa- 
pe &  aux  Jefuites.  Ils  apofterent  dans  cet 
efprit  deux  Eflafiers  de  la  maifon  pour  al- 
ler aflalïiner  Richcr  ;  mais  Dieu  qui  avoit 
d'autres  delfeins  fur  lui ,  fit  naître  des  em- 
barras qui  interdirent  l'entrée  du  Collège 
du  Cardinal  -  le  -  Moine  à  ces  aiTaffins ,  & 
dilfiperent  toute  la  confpiration. 

L'Evéque  de  Paris ,  Henri  de  Gondi ,  ne  impa- 
témoignoit  pas  moins  d'impatience  que  le  tience  de 
Duc  d'Epernon  pour  voir  la  Cour  de  Ro-  l'Evêque 
me  vengée  de  fon  ennemi.  Il  fe  plaignoit  de  Paris^ 
par-tout  de  la  mauvaifc  foi  du  Chancelier, 
qu'il  prétendoit  avoir  manqué  de  parole  au 
Nonce  &  aux  Evéques.  Le  vieux  renard^ 
difoit-il,  nous  avott  promis  de  faire  mettre 
le  Syndic  dans  la  Bajltlle  ^  ^  de  le  décla- 
rer criminel  de  leze'MajeJie  ;  mais  le  mé" 
èhant  homme  s'^efl  mo^ué de  nous.  Circonllan- 
ces  que  Richer  apprit  prcfquc  aufli-tôt  de  la 
bouche  d'un  des  premiers  Domeftiques  de 
cet  Evêque,  qui  s'étoit  fait  un  devoir  de  l'in- 
former exaàement  de  tout  ce  qu'il  fçauroit 
qui  le  regarderoit.  Il  n'étoit  pas  moins  fidè- 
lement fcrvi  auprès  de  fes  autres  ennemis , 
chez  qui  feformoient  les  refolutions  qu'on 
prenoit  contre  lui.  Il  ne  fe  difoit  &  ne  fe 
palîoit  rien  chez  le  Cardinal  du  Perron,  chez 
le  Nonce,  chez  les  Jefuites ,  dont  il  ne  fût 
incontinent  averti  par  des  amis  cachez  qu'il 
avoit  auprès  d'eux  ;  mais  il  n'en  voulut  pas 
iircr  d'autre  avantage  que  de  drefïcr  par  ce 


cat 


I4i  L  A    V  i  É 

« moyen  des  mémoires  exacts  de  toute  foîi 

1612.    aftairc,  &  de  fe  fortifier  de  plus  en  plus* 

dans  la  reiblution  de  n'oppofer  à  la  mau- 

vaife  volonté  de  fes  ennemis  qu'une  foû- 

miffioh  aveugle  à  celle  de  Dieu. 

XV.        Cependant  les  brigues  recommencèrent 

Nouvel-   enSorbonne  durant  le  mois  d'Avril, pour 

les  bri-     faire  dépofer  Richer  du  Syndicat  dans  l'af- 

guespour  f^^n^blée  du  premier  jour  de  May.  On  at- 

la  dcpo-  tcndoit  ce  jour-là  ,  parce  que  les  Moines 

fition  de  jj'^t^jtiit;  pas  encore  revenus  des  Stations, 

i  s  ^^di-  ^^  ^^^  avoient  prêché  le  Carême  ;  &  File- 

r^t  ^"   '  ^'^^  ->  r^'ii^^i  5  ^  i^s  autres  Chefs  du  parti 

comptoient  principalement  fur  ce  renfort: 

parce  que  les   Religieux  ,  &  fur-tout  les 

Mendians  Doékurs  de  la  Faculté,  étoient 

tous  particulièrement  dëvoiiez  au  Pape  ,- 

gouveinei  par  le  Nonce, &dépendans des 

Evêqiies,qui  leur  diltribuoient  les  Chaires' 

&  les  Stations  pour  la  Prédication  dans' 

leurs  Diocefes. 

Malgré  l'efperance  que  donnoient  ces 
grands  fecours  ,  Filefac  &  Duval  ne  lai£^ 
foient  pas  de  fe  méfier  encore  du  fuccès 
de  l'entreprife.  Ils  voulurent  fonder  adroi- 
tement Richer  fur  la  difpolition  qu'il  avoît 
fait  paroître  pour  quitter  le  Syndicat  vo- 
lontairement au  mois  d'Odobre  ,  &  voir 
Il  l'on  pouroit  le  porter  à  avancer  fa  dé- 
pofition  ,  ou  fa  démiflion  de  lui-même  ,' 
pour  s'épargner  le  fracas  des  procédures. 
Ils  lui  députèrent  l'un  de  fes  meilleurs  amis, 
le  Dodeur  Bertin ,  celui  qui  l'année  pré- 
cédente, comme  Bachelier  de  la  première 
Licence ,  avoir  difputé  par  fon  ordre  con- 
tre la  fameufeThefe  des  Jacobins.  Richer,* 


d'EdMond  RiCttËR.     Î45 

éprès  avoir  olii  la  commiflion  de  Bertin ,  .  .^  mtj 
lui  fit  connoître  l'attince  de  ceux  qui  l'eu  i6ii. 
àvoient  chargé  ,  &  l'avertit  de  ne  pas  en- 
trer dans  les  intrigues  de  fes  ennemis.  11 
lui  dit  que  leur  malignité  l'obligeoit  de  for- 
mer des  delleins  contraires  à  la  première 
refolution;&quepuifqu'ils  ne  cherchoient 
qu'à  opprimer  la  vérité  ,  &  à  détruire  le 
gouvernement  légitime  de  l'Eglife  ,  il  ne 
Ibngeoit  plus  à  quitter  volontairement  le 
Syndicat. 

Ces  moyens  lui  firentjuger  que  la  cabale  Rîchcr 
fe  fortitioit  de  plus  en  plus,  &  que  le  premier  cft  rcfufc 
jour  de  May ,  dont  il  étoit  menacé ,  étoit  appellant 
véritablement  à  craindre  pour  lui.  Cela  le  comme 
détermina  à  appeller  comme  d'abus  de  la  d'abus  à 
ccnfure  des  Evéques  de  la  province  de  Sens,  ^^  cenTiH 
&  dès  le  mois  d'Avril   il  mit  les  Lettres  ^^'. 
d'Appel  à  la  Chaiicelerie  pour  être  fcel- 
lées.   Il  y  expofoit  qu'au  mépris  de  l'Ar- 
rell  du  Parlement  qui  ordonnoit  de  fur- 
feoir  les  délibérations  qu'on  vouloit  pren- 
dre fur  fon  petit  Livre  ;  douze  ou   treize 
Prélats  de  diverfes  provinces  du  Royaume, 
trouvez   à  Paris ,  s'étoient  aflemblez  plu- 
fieurs  fois  fans  permiflion  du  Roi  ,  pour 
procéder  à  la  cenfure  du  Livre  ;  que  ce  def- 
fein  n'ayant  pas  pu  réulîlr ,  on  avoit  com- 
pofé  en  un  moment  une  prétendue  Con- 
grégation des  Evéques  fuftragans  de  l'Ar- 
chevêché de  Sens ,  députez  par  leur  Clergé 
pour  toute  autre  choie  que  cette  cenfure; 
que  les  huit  Prélats  de  cette  Congrégation 
l'avoient  condamné  de  leur  autorité  parti- 
culière ,  fans  permilfion  du  Roi ,  fans  for- 
me ,  fans  convocation  requife  par  les  Or- 


à 


Ï44  La    Vie 

>-  ■  ■  donnahceS  ,  fans  oiiir  ni  entendre  mêm 
Xôiz.  l'Auteur  du  Livre  ,  qu'ils  connoifToient 
prefque  tous  ;  que  cinq  des  Prélats  qui 
avoient  foutcrit  la  cenfure,  n'avoient  pas 
afîiiié  à  i'examcn  de  l'Ecrit  ;  &  qu'ainfî  ils 
avoient  rendu  leur  jugement  fans  connoif» 
fance  de  caufe. 

Mais  le  plus  grand  abus  de  cette  pré- 
tendue condamnation  paroiiToit  en  ce  que 
la  cenfure  étoit  générale,  vague  &  incer- 
taine ;  qu'il  en  étoit  de  même  de  l'excep- 
tion qui  refervoit  les  droits  du  Roi  &  les 
libertez  de  l'Eglife  Gallicane  :  de  forte  que 
par  un  même  aéle  on  condamnoit  &  on 
approuvoitun  même  Ecrit  en  termes  géné- 
raux &  indetinis,  fans  exprimer  ou  déiî- 
gner  ce  qui  étoit  condamné  ni  ce  qui 
étoit  excepté.  Riclierpar  le  même  adleof- 
froit  de  défendre  Ôl  de  juftifier  tout  ce  qu'il 
avoit  avancé  dans  fon  Livre  ,  &  d'expli- 
quer ce  qui  auroit  befoin  d'éclairciiîement- 
Ce  relief  d'Appel  fut  préfenté  d'abord  à 
Monlieur  de  Mefme ,  Seigneur  de  Roilfy, 
Maître  des  Requêtes  en  tour  de  femaine 
pour  les  Sceaux.  Après  Tavoir  lu  avec  beau- 
coup d'application  ,  il  dit  tout  haut, qu'il 
étoit  tres-jufte,&  qu'on  ne  pouvoir  le  re- 
fufer  par  les  loix  du  Royaume  ;  mais  que 
le  Chancelier  lui  avoir  exprefîément  dé- 
fendu de  le  recevoir.  Tous  les  autres  Maî- 
tres de  Requêtes  qui  fuivoient  félon  l'or? 
dre  de  leur  femaine ,  &  tous  les  Secrétai- 
res du  Roi  en  tirent  autant,  ajoutant  qu'ils 
avoient  reçu  ordre  de  M.  le  Chancelier  de 
lie  rien  expédier  de  tout  ce  qu'on  leur  pre- 
fenteroit  de  la  part  de  Richer  pour  être  fcel- 
lé  à  la  Chanccletie.  Ce 


I 


d'Edmond   Ri  cher,    i^f 

.  Ce  D'odeur  furpris  d'un  refus  fi  gênerai,  ■  ■  " 
préfentW  fon  A6te  d'appel  à  la  Cour  de  1612. 
Parlement,  où  cet  Appel  devoit  refTortir, 
5r  l 'accompagna  d'une  Requête,  par  laquelle 
il 'marqua";  qu'après  le  refus  qu'on  avoit 
faJt  à  la  Chancelerie  de  fceller  fon  Relief^ 
il  lupplioit  la  Cour  de  le  recevoir  Appel- 
la4U  comme  d'abus,  &  de  le  tenîr  pour  bien 
relevé.  Il  y  €ut  Arrelt  le  13.  d'Avril  pour 
communiquer  ce  Relief  au  Procureur  Ge- 
neral,  <iui  au  lieu  de  fe  fervir  de  la  for- 
mule ordinaire ,  je  ne  l^ empêche  pas  pour  le 
Rot  ,  dans  fes  conclufions  ;  écrivit ,  je  U 
confens  pour  le  Roi  :  parce  que  la  matière 
étoit  li  importante  ,  que  ce  A4agiftrat  ju- 
gcoit  qu'il  s'y  agillbit  des  fondcmens  de 
l'Etat  ecclefiailique  &  politique  ;  ce  qiit 
donna  lieu  de  croire  que  le  Procureur  Ge- 
neral appelleroit  avec  Richcr. 

M.  Courtin  ,  Doyen  des  Confeillers  du 
Parlement,  ayant  été  nommé  pour  Rap- 
porteur de  cette  affaire ,  fit  fon  rapport  à 
la  Cour ,  que  le  Procureur  General  avoit 
donné  fon  confentement  en  termes  affir- 
matifs.  Le  premier  Préfident  de  Verdun 
en  parut  tout  mtcrdit  ,  ne  pouvant  com- 
prendre que  le  Procureur  General,  qui  étoit 
gendre  duChancelier ,  &qui  dépendoit  to- 
talement de  fon  beau-pere,eût  voulu  con- 
clure pour  cette  Requête.  Une  put  pas  dif 
fimuler  plus  long-temps  le  changement  qui 
s'étoit  fait  en  lui  au  préjudice  des  intérêts 
de  Richer,  contre  toutes  les  magnifiques 
protcltations' qu'il  lui  avoit  faites  depuis 
qu'il  étoit  en  Charge.  C'efl  pourquoi  il  dé- 
clara à  la  Cour  que  la  Pleine  lui  avok  ex- 

K 


1^6  L  A      V  I   E  ,         . 

—-  preirément  commande   de   ne  point  per- 
i^iz;    mettre  qu'il  intervînt  Arreft  fur  la  Requê- 
te de  Richer. 

Il  le  fit  enfuite  donner  cette  Requête 
avec  toutes  les  autres  pièces  par  Courtinj 
6c  rAïuiiante  ne  fut  pas  plutôt  levéeç  ^ 
qu'il  alla  les  porter  toutes  lui-même  à  la 
Reine,  qui  les  fit  remettre  aufll-tôt  ent;çe 
les  m.ains  du  Nonce  du  Pape.  Cette  co^-» 
duitc  parut  lort  étrange  à  beaucoup  de 
Melfieurs  du  Parlement ,  qui  ne  pouvoient 
Ibuftrir  que  le  Chef  de  Juftice  fe  rendît 
ainlî  le  Miniftre  de  l'in juftice  ,  à  la  tête 
de  leur  Compagnie  ;  &  qu'il  contribuât  à 
opprimer  les  Loix  du  Royaume  ,  dont  il 
devoit  être  le  défenfeur.  Le  premier  Pré- 
fident  en  ufoit  ainfi,  pour  rendre  fervice 
au  Chancelier  ,  qui  étant  adroit  &  politi- 
que ,  avoit  trouvé  le  moyen  de  le  faire 
agir ,  pour  détourner  de  la  tête  de  cet  hom- 
me l'envie  &  le  reproche  que  toute  cette 
affaire  auroit  attirez  fur  la  lienne.  C'eft 
pour  cela  qu'il  s'étoit  bien  gardé  de  don- 
ner des  Lettres  du  Roi  contre  l'iVppel  de 
Richer,  de  l'évoquer  au  Confeil  privé,  & 
d'empêcher  même  le  Procureur  General 
fon  gendre  de  faire  fon  devoir.  Comme 
il  y  avoit  plus  de  fimplicité  que  de  mau- 
vaife  volonté  dans  ce  qu'avoit  fait  le  pre- 
mier Prélidcnt;  Richer  l'alla  trouver  pour 
lui  reprcfenter  les  fâcheufes  confequenceç 
de  fon  aâion  :  mais  il  fentit  en  cette  oc- 
caiion  plus  que  jamais  la  grandeur  de  1^ 
perte  que  le  Parlement  &  toute  la  P>ance 
avoient  faite  dans  la  privation  d'Achille  de 
Harl^y.    De  Verdun  ne  put  lui  alléguer 


d'E  d  m  o  n  d    R  I  c  h  e  r.    147 

|>our  excufe  que  la  mifére  du  temps  ,  les  '*"      ■  ^ 
intrigues  du  Nonce,  &  le  commandement     i6ii. 
de  la  Reine  Régente. 

-    Sur  la  fin  du  mois  d'Avril  le  Cardinal     XVI. 
de  Bonzi,  qui  avoit  traite  Richer  cinq  fe-  pi'<^i"c  Je 
maines  auparavant  avec  des  témoignages  J?  Reine 
d'humanité  &  de  bienveillance  tout  extra-  ^   ^^^^^ 
ordinaires ,  le  manda  une  féconde  fois  chez  ^  ^"^hei^ 
lui  ,  &  lui  tint  un  langage  bien  oppofc  à  ^^^f  ^j- 
celui  de  leur  premier  entretien.    Je  croi  ^  Bonzi 
dit-il,  que  ma  dignité  de  Cardinal  vous  au--  ^ 

ra  donné  la  penjee  que  ce  que  je  vous  avais 
dit  dernièrement  ne  venait  que  de  monprO' 
pre  mouvement  ,  lorfque  je  'vous  avois  prié 
de  ne  point  appeller  comme  d'abus ,  ^  que 
vous  n'étiez  point  perfuadé  que  fen  eu(fe 
reçu  ordre  de  la  Reine  Mère  du  Roi  ^  Re^ 
>gente  du  Royaume.  C^ejî  fans  doute  ce  qui 
vous  a  porté  a  n'en  faire  point  de  cas  :  en 
quoi  vous  avez  irrité  le  Roi  ^  la  Reine 
contre  vous.  Sfachez  donc  qu'ils  m"* ont  char- 
gé aujourd'hui  ,  comme  ont  j ait  auffi  le  Chan- 
celier ,  ^  le  Fréjident  Jeannin  ,  de  vous  or- 
donner de  demeurer  en  repos  ;  l^  de  vous 
'  déclarer  ,  que  Ji  vous  faites  quelque  chofe  y 
fait  pour  la  défenfe  ou  P explication  de  vo- 
ire Livre  ,  foit  contre  la  cenfure  des  Pré" 
lats .,  ou  même  contre  Duval .^^  les  autres 
qui  ont  écrit  contre  vous  ^  votre  Livre  j 
on  procédera  en  votre  endroit  comme  cri- 
mi'/tel  de  hze  -  Majejlé  ,  fans  avoir  aucun 
■égard  au  caradére  de  votre  Prctrife.  Fre- 
inez bien  garde  qu^il  ne  paroifje  rien  d'im- 
primé ni  en  France  ,  ni  en  Hollande ,  ni  en 
■Allemagne  ,  ni  à  Genève  ,  ni  ailleurs  ,  fous 
r^uelque  nom  dAutçur  que  ce  puifje  éîrc  ; 

Kij 


'148        -  L  A      V  I    E  I 

p'  I—  -L~  pour  la  definfe  de  votre  Livre  ^parce  qtt^oH  99^ 
161 2.     i^  en  prendra  qîî'à  vous  ,  ^  que  vous  ferez  fèttl 
obligé  d''en  répondre.    Votre    Appel  comrne 
d\ibus  a  tellement  aigri  la  Reine ,  les  Mi' 
niftres  ,  CfT*  le  Confetl  du  Roi ,  que  peu  s^én 
eji  fallu  qîi'on  ne  vous  aft  fait  arrêter.  Un. 
Frctre  comme  vous  doit  prendre  garde   de 
ne  point  former  un  fchifme   dans    PEglife. 
""^  Il  en-     On  ffait  fort  bien  par  qui  *  vous  avez  été 
tend  ici    excité  à  faire  tout  ce  que  vous  avez  fait  ^ 
le  Prince  ^  on  n'en  ignore  pas  les  motifs.  "Tout  mou- 
de    Con-  vement  eJi  à  craindre  pendant  la  minorité 
de.  du  Roi.    La  Reine  Régente  veut  avoir  la 

paix  avec  tout  le  monde.  Si  elle  ejl  Ji  exac- 
te à  donner  toute  la  fatisfaBion  poffible  à 
^ne  anjfi  petite  ^  aujjï  foible  Republique 
qu^ejl  celle  de  Genève  .,pour  la  retenir  dans 
l^union  ;  combien  à  plus  forte  raifon  doit- 
elle  s''interefjer  à  rendre  content  un  aufji 
grand  ^  aujfi  putffant  Monarque  qu'eji  U 
Pape  :  un  Souverain ,  lequel  outre  le  Royau- 
me fpirituel  ,  qui  lui  donne  une  puijj'ancff  \ 
abfoluë  fur  tous  les  Chrétiens ,  a  encore  une 
Principauté  temporelle  d'aune  grande  éten- 
due ,  où  il  difpofe  de  plus  de  fotxante  iiz'e- 
chez  ,  qu'il  confère  de  plein  droit. 

Richer  ,  fans  s'émouvoir  ,  repondit  au 
Cardinal  d'un  air  modefte  &  tranquille  ^ 
qu'il  étoit  parfaitement  fournis  à  l'Eglifc 
&  au  Pape ,  au  Roi  &  à  la  Reine  ;  &  que 
comme  il  étoit  tres-fidele  fujet  de  Leurs 
Majcllcz,il  donneroit aufli  tres-volontiers 
fon  fang  pour  la  primauté  du  faint  Siège , 
&  l'autorité  légitime  du  Pape  ;  qu'il  étoit 
abfolumcnt  refolu  de  ne  point  appcller 
comme  d'abus  de  la  cenfure  des  Prélats^ 


D'Edmond   Ri  cher.     14P 

nî  de  rien  écrire  pour  fa  dcfenfe ,  fi  fes  en-  — r— 
Bemis  lui  euflent  voulu   accorder  quelque     1612, 
trêve:  mais  voyant  que  non  contens  de  le 
clcchirer  par   leurs  calomnies  ,  ils  redou- 
bloient  leurs  brigues  pour  le  faire  honteu- 
fement  dépofer  du  Syndicat  ,  qu'il  auroit 
volontairement  quitte  au  mois  d'Oêlobre; 
il  avoit  été  contraint  de  recourir  à  la  ju- 
flice  des  Loix ,  qui   ctoit  la  feule  relfour- 
ce  qui  reliât  à  fon  innocence.  Il  ajouta, 
que  quand  même  on  cmpécheroit  le  cours 
de  la  juliice  qui  lui  ctoit  due ,  il  ne  feroit 
pas  moins  intrépide  contre  les  menaces  & 
les  mauvaifes  pratiques  de  fes  ennemis, 
tant  qu'il  feroit  foûtenu  de  la  grâce  que 
Pieu  lui  avoit  faite  jufques-là ,  &  des  té- 
moignages d'une  bonne  confcience.  Qu'il 
etoit  vraifemblable  que  fes  ennemis  avoient 
voulu  perfuadcr  à  la  Reine,  qu'il  avoit  été 
excité  par  les  huguenots  ou  par  les  enne- 
mis de  l'Etat  à  interjetter  Appel   comme 
d'abus  ;  mais   que  pour  confondre  Ir.uite- 
ment  leurs  calomnies, il  demandoit  d'être 
entendu  juridiquement  fur  cela  ,  &  fur  ce 
qui   concernoit  fon  Livre  de  la  IPuiffance 
ecclefiajlique  ^  politique  ;  que  c'étoit  une 
choie  étonnante  que  Ravaillac  parricide 
du  Roi  eût  été  oiii  avec  tout  le  foin  &  la 
patience  imaginable  ,  &  qu'on  refusât  une 
nudiance  au  Syndic  de  Sorbcuinc  qui  avoit 
défendu  les  droits  du  Roi  contre  les  alTaf- 
iîns  &  leurs  Diredeurs, encore  qu'il  l'eût 
fait  demander  au  Chancelier  par  les  Préli- 
dens  de  Verdun  &  de  Thou  :  du  refte  que 
c'étoit  à  la  follicitation  feule  du  premier 
Prçfident  de  Verdun  qu'il  avoit  fait  le  pe* 

K  iij 


îfo  La     Vie 

'  i'*^  tit  Livre  de  la  PuiJIance  ecclefiaftique  Çjf: 
i6J2.  politique^  pour  expliquer  l'ancienne  &  ve-. 
ritable  doârine  de  l'Eglife  de  France  ôc 
de  la  Sorbonne  ;  qu'il  falloit  rejetter  la  eau- 
fe  du  trouble  fur  ceux  qui  l'avoient  atta- 
qué ,  &  qui  en  avoient  pris  occafion  pour 
établir  la  puiffance  abfoluë  du  Pape  ,  mê- 
me fur  le  temporel  &  la  vie  des  Rois  ,  à 
îa  faveur  de  la  minorité  de  Louis  XIIÏ.  ' 
Le  Cardinal  s'éleva  brufquement  à  ces 
paroles ,  &  il  dit  tout  en  colère  à  Richer, 
qu'il  avôit  en  effet  plufieurs  ennemis  à  la 
Cour  ,  mais  qu'il  y  avoit  auffi  plulieurs 
amis  qui  prennoient  fa  défenfe ,  &  que  fans 
cela  il  auroit  déjà  fenti  les  effets  delà  mau- 
vaife  volonté  des  premiers.  Mais  cependa-aty 
ajoûta-t-il,  que  voulez -'vous  que  je  dife  à 
ia  Reine  ?  que  je  fuis  ,  dit  Richer  ,  jon  tresr 
humble  y  très  -  obéiJJ'ant  ferviteur ,  le  plus^ 
fidèle  ^  te  plus  fournis  des  fujets  de  Sa  Ma-- 
jefié  ^^  que  je  72e  publierai  rien  pour  la  dé" 
fenfe  de  mon  Livre  :  promeffe  dont  il  vou- 
lu que  fufTent  témoins  trois  Doéleurs  *  & 
un  Bachelier ,  f  qu'il  avoit  menez  avec,  lui 
chez  le  Cardinal  ,  pour  avoir  de  quoi  en-' 
fuite  fe  juftifier  devant  ceux  qui  l'auroicnt 
accufé  de  trahir  ou  d'abandonner  la  vcr.i- 
té  en  demeurant  dans  le  iilence. 

Cet  engagement  neregardoit  que  le  Pu-. 
blic ,  auquel  il  ne  fe  croyoit  redevable; 
qu'autant  qu'on  lui  permettoit  de  lui  ren-* 
dre  fervice  :  mais  il  ne  le  difpenfoit  pas  de 
rendre  en  tout  temps  ce  qu'il  devoit  à  la 

*  Vincent  Marchand  ,  Nicolas  de  Paris  ,  Hu4 
bert  Franchant.       f  Ant.  Froiflarr. 


d'Edmond  RiCHER.     ifi 

trerité&  à  fa  confcience,  comme  il  le  fit  — 
voir  quelques  mois  après  dans   l'occaiioii     i6ia. 
que  lui  en  donna  le  fameux  Ligueur  Jean    jjoucli^r 
Boucher,  autrefois  Curé  de  laint Benoît  à  j^.    jj     • 
taris.  Ce  Dodeur  qui  n'avoit  rien  oublié  aneuv'  é- 
pendant  les  fureurs  de  la  Ligue  pour  porter  oit  conv 
tous  les  efprits  à  la  rébellion  contre  leurs  tre  Ri- 
Seigneurs  légitimes ,  qui  avoit  ofé  publier  cher, 
un  Livre    pour   autorifer  l'abdication    de 
Henri  111.  &  une  Apologie  pour  JeanCha- 
tcl ,  &  qui  s'ctoit  fauve  en  Flandres  ibus 
la  proteélion  des  Efpagnols  plutôt  que  de 
reconnoître  le  Roi  Henri  IV.  avec  toute 
rUniverlité. 

Cet  homme  ayant  vu  une  copie  imprî- 
inée  du  Relief  d'Appel  interjettéc  par  Ri- 
cher,  l'attaqua  aufli-tôt  par  un  Ecrit  qu'il 
feignit  d'envoyer  de  Gafcogne  à  Paris  , 
quoiqu'il  l'eût  compofé  &  mis  fous  la  pref- 
fe  dans  une  Ville  de  Flandres.  Il  le  publia 
fous  le  faux  nom  de  Paul  de Gimout  ^Sei- 
gneur d^Efclarolles  ,  &  fous  le  titre  à"*  Avis  fur 
i^ Appel ^  ^c.  Richer  ayant  lu  l'Ouvrage, 
lailfa  tombers  volontiers  les  injures  dont 
J'Auteur  l'avoit  rempli  :  mais  il  répondit 
cnfuite  de  point  en  point  à  tout  ce  qu'ils  ré- 
prennoit  &  dans  l'Ade  d'Appel  &  dans  le 
Livre  même  de  la  Puijjance  ecclejiafiiqne 
i^ politique.  Cette  Réponfe  fut  inférée  dans 
la  Défenfe  qu'il  tit  de  fon  Livre  peu  de 
temps  après  ;  mais  il  ne  fit  rien  imprimer, 
pour  ne  pas  contrevenir  à  la  parole  qu'il 
avoit  donnée  au  Cardinal  de  Bonzi. 

Cependant  Filcfac  voyant  approcher  le    XV'II. 
i.jour  de  May,  qu'il  attendoit  avec  beau-    Dcpoii- 
coup  d'impatience,  chargea  deux  Dodeurs,  ï>oi^  c^-- 

K  iiij 


J 


îft  L  A      V  I    E 

— — —  Jean  Gonant,&  François  deHarlay  Abb 
1612.     de  faint  Vidor ,  du  foin  de  requérir  en  Fa» 
Jlicher      culte  la  dépolîtion  du    Syndic  ;  mais  ces 
diffère  au  Doâeurs  ayant   confideré  l'état  de  TAf- 
mois  de    fembléc ,   &   reconnu  que  leurs    mefures 
Juin,         ^toient  mal  prifes ,  turent  contraints  de  re- 
mettre l'affaire  au  i.  de  Juin  fuivant.  Fi- 
lefac  en  eut  beaucoup  de  chagrin  ;  mais 
Duval,qui  faiibit  Ibnner  de  tous  cotez  le 
tocfin  fur  Richer  ,  comme  fur  un  enne- 
mi public  de  la  Religion  &  de  l'Etat  , 
qu'il  falloit  chaffer ,  le  confola  en  lui  fai.- 
fant  voir  la  neceffité  d'attendre  tous  les 
autres  Dodeurs  qu'il  faifoit  venir  de  tous 
les  endroits  de  la  France  aux  dépens  du 
Clergé  ,  pour  s'allurer  du  fuccès  de  l'en* 
treprifc. 
îleftac-  n'étoit  pas  feulement  Duval  quîfai* 

cufé  d'in-  ^"^^^  P^lfer  Richer  pour  ennemi  de  la  Reli- 
telhVence  S^^^'^  1  &  qui  l'accufoit  de  communiquer 
avec  le     ^^^^  ^^s  hérétiques  ;  l'Abbé  de  faint  Vie- 
Roi  d'An- tor  publioit  par-tout  qu'il   conferoit  avec 
gleterre     les  AmbafTadeurs  du  Roi  de  la  Grande  Brer 
hc  les  he-  tagne,  &  ceux  des  Etats  Généraux  d'Hol- 
retiques.    lande.  Pourjoindrerimpoilureà  lacalom^ 
Sur  quel   nie  ,  o,n  ajoûtoit  qu'il  étoit  penfionnairc 
prétexte,   du  Roi  Jacques  I.  Richer  fe  montra  beau-' 
coup  plus  fenlible  à  la  fauffetc  de  ces  faux 
bruits  qu'à  tout  ce  que  fes  ennemis  avoient. 
encore  pu  controuver  jufques-là  pour  le 
perdre  :  &  il   ne   fit   pas  difficulté  d'em:- 
ployer  les  fermens  les  plus  facrez  dans  les 
proteiktions  qu'il, fe  crut  obligé  de  faire' 
contre  de  pareilles  acculât  ions. 

Tout  le  fondement  de  la  calomnie  rou- 
lojt  fur  ce  qu'on  difoit  que  le  Roi  d'An- 


d'Edmond    Ri  cher,     ifj- 

gietcrre ,  après  avoir  lu  le  Livre  de  Richcr, 

avoit  déclaré  qu'il  foufcriroit  volontiers  à  1612. 
cette  do£i:rine,&  qu'elle pouroit  beaucoup 
fcrvir  pour,  réunir  les  elprits,  difîiper  le 
fchifme  ,  &  rendre  la  paix  à  l'Eglife.  Ce 
qu'il  y  avoit  de  certain ,  étoit  que  ce  Prin- 
ce ayant  fçû  que  le  Livre  du  Syndic  avoit 
€té  cenfuré  parle  Cardinal  du  Perron,  au- 
quel il  avoit  coutume  d'écrire  auparavant 
d'une  manière  pleine  de  bienveillance  &  de 
civilité,  par  l'entremife  d^Ifaac Caufaubou 
fon  horpmc  de  Lettres ,  touchant  les  Con- 
troverfes  de  la  Religion,  avoit  rompu  en- 
tièrement avec  lui  par  cette  unique  raifon.  Il 
protclla  qu'il  ne  vouloit  iii  conférer  doref- 
iiavant,  ni  avoir  commerce  de  lettres  avec 
un  homme  qui  avoit  condamné  d'erreur  & 
d'herefie  un  Livre  ,  auquel  il  fçavoit  pat- 
fa  propre  convidion ,  qu'il  n'y  avoit  pas 
d'erreur  ni  d'herelic  non  plus  que  dans  les 
ouvrages  du  Cardinal  Bellarmin.  (^ue  le 
Cardinal  du  Pçrron  ,  qui  étoit  bien  verfé 
dans  la  ledure  des  Conciles  &  des  anciens 
Pères ,  ne  pouvoit  l'avoir  fait  par  ignoran- 
ce ;  &  qu'ainli  c'étoit  une  cenlure  d'Etat, 
faite  contre  fa  confcience  ,  par  une  poli- 
tique malicieufe  ,  pour  tâcher  d'établir  de 
plus  en  plus  la  grandeur  &  la  puiliance  de 
la  Cour  Romaine. 

Du  Perron  apprit  cette  nouvelle  de  tant 
d'endroits  ditîerensde  la  France  &  de  l'An- 
gleterre ,  qu'il  ne  put  douter  que  l'inter- 
ruption du  commerce  dont  il  commençoit 
à  s'appcrcevoir,  ne  vînt  de  cette  mauvai- 
fcdifpolition  duRoi  à  fon  égard.  Il  en  eut 
tant  de  deplailir  ,  qu'il  ne  garda  plus  de 


tf4  L  A    V  I  E 

^-  »  I  mefurc  pour  faire  décrier  Richer  en  Fran-* 
^6ï2,  ce ,  &  pour  tâcher  principalement  de  le  dé»< 
rruire  dans  l'efprit  du  Roi  d' Angleterre.* 
Le  reflentiment  lui  fit  écrire  à  ce  Prince 
«ne  lettre  pleine  de  fiel  &  d'aigreur  con- 
fre  ce  Dodeur.  Il  le  lui  depeignoit  corn-* 
îTic  un  homme  violent  &  féditieux ,  corn-» 
me  un  homme  ennemi  de  toutes  les  Mo-* 
riarchies,qui  avoit  autrefois  fait  des  The-; 
fes  à  la  louange  de  Jacques  Clément  par- 
ricide d'Henri  III.  Il  voulut  aufîi  lui  per^» 
fuader  que  les  maximes  de  Richer ,  qui  fer-- 
voient  à  attaquer  la  fouveraineté  du  Pape, 
ébranloient  pareillement  celle  de  tous  les 
Princes  Chrétiens.  Enfin  il  n'omit  rien  de 
tout  ce  qu'il  put  imaginer  de  defobligeant 
contre  le  Syndic  ,  &  de  ce  qu'il  avoit  dé' 
ja  propofé  à  la  Cour  de  France  pour  le 
rendre  odieux. 

Il  furvint  prefque  en  même  temps  un 
îîouvel  accident  ,  qui  fembloit  donner  de 
l'apparence  aux  calomnies  de  ceux  qui  pu- 
blioient  que  Richer  étoit  penfionnaire  da 
Roi  d'Angleterre.  Aufîi-tôt  que  le  maria- 
ge du  Roi  de  France  avec  l'Infante  d'E(^ 
pagne  fut  refolu ,  la  Reine  Régente  &  le 
Confeil  du  Roi  ,  pour  ôter  tout  ombrage 
&  tout  fujet  de  défiance  au  Roi  d'Angle- 
terre ,  &  aux  huguenots  de  France  ,  en- 
voyèrent à  Londres  le  Maréchal  Duc  de. 
Bouillon  pour  AmbafTadeur  extraordinai- 
re, afin  de  faire  entendre  à  ce  Prince, que 
le  Roi  Tres-Chrétien  vouloir  toujours  vi- 
vre dans  une  parfaite  union  avec  lui ,  com- 
me il  avoit  fait  auparavant  ,  &  faire  exacr 
tement  garder  les  Edits  du  Roi  Henri  1^. 


d'Edmond  Ri  cher,     iff 

Grand  fou  Pcre  en  faveur  des  hu^c^uenots. 

Ces  propolitions  ne  dévoient  pas  être  luf-  1612, 
pedesauRoi  d'Angleterre  dans  la  bouche 
du  Duc  de  Bouillon  ,  qui  étoit  lui-même 
huguenot.  Cependant  ce  Prince  lui  répon- 
dit ,  qu'apparemment  on  ne  les  lui  faifoit 
que  pourTamufer.  Car  ^dk-W  ^feaju^^e par 
r  expérience  que  fat  de  ce  qui  Je  piijje  tous 
hs  jours  en  France  ;  oh  pour  contenter  Romey 
en  mécontente  les  huguenots  en  tout  ce  que 
Von  peut  ,  même  dans  les  choses  qui  j'ont 
prcfcrites  par  les  Edits.  Mais  ce  qu'il  y  a 
de  plus  étrange  ^  de  plus  inconcevable  , 
ajouta  ceRoi,cV/?  qu^au  préjudice  du  fer - 
lice  du  Roi  de  France  ,  des  droits  de  la 
Couronne ,  ^  des  libertez  de  PEglife  Gal- 
iicane  ,  le  ConjVil  du  Rot  a  J'otijfert  tout 
iîouvellement  que  Richer  ^  qui  avait  défen- 
du les  droits  de  la  Couronne  ^  csf  l^'i  libér- 
iez de  VFglife  de  France  ^ fut  opprimé ^^ 
fon  Livre  cenfuré ^auquel ^futvant  les  prin- 
cipes de  VRgitj^e  Romaine ,  qu\n  difitnguoit 
€n  France  de  la  Cour  de  Rome  ,  tl  n'y  a- 
Toit  certainement  pas  plus  .à  redire  qtCà 
tous  les  Ouvrages  du  Cardinal  de  Bellar- 
inin.  Ce  Prince  inferoit  de-là ,  par  un  rai- 
fonnement  du  plus  grand  au  plus  petit  , 
que  1]  dans  les  chofes  qui  regardoient  ef- 
•fentiellement  le  fervice  du  Roi  de  Fran- 
ce ,  &  la  police  de  fon  propre  Etat  ,  on 
nvoit  fi  mal  traité  Richer  &  fon  Livre  , 
pour  donner  contentement  à  la  Cour  de 
-Rome; il  ne  falloit  pas  efperer  qu'on  dût 
favorifer,  ou  fupporter  même  les  hugue- 
nots ,  félon  les  Edits ,  quand  il  plairoit  au 
Pape  de  les  faire  inquiéter. 


L  A      Vl    E 

Duc  de  Bouillon  à  fon  retour  tief 
manqua  pas   de   rapporter'  fidèlement  au 
Confeil  du  Roi  ce  qu'il  avoit  entendu  de 
la  bouche  du  Roi   Jacques  qui  regardoit 
Richer,à  qui  le  Prélldent  deThou  racon-^ 
ta  enfuite  toute  Taffaire.  Ce  fut  de-là  que 
les  Partifans  de  la  Cour  de  Rome  publiè- 
rent que  le  Syndic  de  la  Facclté  de  Paris 
étoit  aux  gages  du  Roi  d'Angleterre  ,  & 
communiquoit  avec  les  hérétiques  ,  pour 
exciter  plus  aifément  les  Doâeurs  contre 
lui ,  &  avancer  fon  abdication  ,  ainfi  que 
Richer  l'apprit  long -temps  depuis  par  le 
moyen  mêmedeplufieurs  decesDoâeurs, 
<][ui  étoient  revenus  à  lui  après  avoir  été 
trompe2. 
P^VIII.      Nous  avons   remarque   ailleurs,  que  le 
Cenfure   Nonce  du  Pape  ayant  reconnu  la  cenfu-r 
des  Eve-  j-g  des  Prélats  de  la  Province  de  Sens  n'ê^ 
«juesdela  jj-e  pas  agréable  à  Rome  ,  parce  qu'elle 
^l'oyince  gyQJj.  f^[^  exception  des  droits  du  Roi ,  & 
^^'"^  ^"  des  libertex  de  l'Eglife  Gallicane  ,  avoit 
iroven-   ^^^ç^^^^  ^  l'Archevêque  d'Aix  en  Proven- 
^^'  ,        ce,  qui  avoit  affifté  à  l'examen  du  Livre  de 
Richer  Rjcher ,  au  mois  de  Février  dernier  ,  chez 
€n  appel-  jg  Cardinal  du  Perron  ,  d'aller  promptcr 
'^^^^    ment   reparer   cette  faute  par  une  autre 
^^    ^"    cenfure ,  qui  fût  fimple  &  abfoluë  ,  dans 
-    *         une  AfTemblée  provinciale  de  fes  Suffra- 
gans  avec  lui.  Le  Cardinal  du  Perron,  af- 
lez  fâché  lui-même  d'avoir  été  contraint 
par  le  Chancelier  d'infcrer  l'exception  dans 
la  lienne,  l'Evêque  de  Paris,  celui  d'An- 
gers ,  &  quelques  autres  Prélats  fe  joignir 
rent  au  Nonce  pour  l'y  déterminer. 
L'Archevêque  d'Aix,  homme  d'imefprît 


d'Edmond    Richer.    ify 

facile,  &  de  peu  de  confiftence,  ne  témoi-  i^ 

gna  pas  la  moindre  répugnance  pour  obe'ir.  i6ia„  ^ 
C'étoit  un  homme  que  ion  défaut  de  con- 
duite avoit  fait  accabler  de  dettes ,  &  que 
la  neceffitc  jointe  au  mauvais  ordre  de  fes 
affaires,  avoit  réduit  à  fe  loger  à  Paris  dans 
•une  fimple  chambre  garnie  fans  train;  de  for- 
te qu'en  faifant  connoître  fa  bonne  difpofi- 
tion  au  Nonce  &  aux  Prélats ,  il  leur  fit  fen- 
tir  en  même  temps  l'impoffibilité  où  il  étoit 
de  faire  fon  voyage  &  d'exécuter  leurs  or- 
dres fans  alTillance.  On  eut  égard  àfesbe- 
foins  d'autant  plus  aifément  qu'ils  étoient 
connus  de  tout  le  monde;  on  avoit  pris  des 
deniers  du  Clergé  une  fomme  de  quatre 
mille  écus  qu'on  avoit  conlignée  entre  les 
mains  de  TÈvêque  de  Paris  fous  un  blanc 
fîgné ,  pour  fournir  aux  fraix  qu'on  feroit 
obligé  de  faire  dans  les  procédures  contre 
Richer  &  fon  Livre.  On  en  donna  une 
portion  conliderable  à  l'Archevêque  d'Aix 
pour  faire  fon  voyage,  &  on  lui  recom- 
manda la  diligence  dans  fon  expedition.il 
ne  fut  pas  plutôt  arrivé  à  fon  Eglife  Mé- 
tropolitaine, qu'il  yalfembla  fes  trois  Suf- 
fragans*,&  leur  propofa une  cenfure  tou-  *  R,'ez- 
te  dreflee,  qu'il  lignèrent  le  jeudi  24.  de  Frejus , 
May.  Klle  étoit  conçue  à  peu  près  dans  les  Siftei-on, 
termes  que  celle  de  la  Province  de  fens; 
mais  elle  ne  contenoit  pas  d'exception  pour 
les  droits  du  Roi  &  de  la  Couronne,  & 
les  libertez  de  l'Eglife  Gallicane.  Elle  fut 
publiée  enfuite  aux  Prônes  des  ParoifTes 
des  quatre  Diocefes  de  la  Province,  &  af- 
fichée aux  Eglifes.  L'Archevêque  d'Aix, 
pour  rendre  fes  fervices  plus  agréables  aa 


îf8  L  A    Vi  È 

*— ^— .  Nonce,  aux  Prélats  qui  Tavoïent  envoyé^ 
'1612.  &  à  toute  la  Cour  de  Rome,  fit  publier  en 
même  temps  &  afficher  avec  la  cenfuredu 
Livre  de  Richer,  la  Bulle  In  cœna  Domi" 
ni  dans  toute  l'étendue  de  fon  Archevêché. 
A  dire  le  viai,rune  des  principales caufes 
de  la  haine  des  Prélats  contre  Richer ,  ve- 
noit  de  ce  que  ,  par  les  principes  &  les  maxi- 
mes de  fon  Livre ,  il  faifoit  voir  que  les  Ec- 
cleiiaftiques  étoient  fujets  naturels  des  Prin- 
ces leculiers ,  de  même  que  les  Laïques  ; 
maximes  qui  denieuroient  confirmées  par 
la  ceniure  des  Prélats  de  la  Province  de 
Sens,  qui  voulant  en  excepter  les  droits 
du  Roi ,  avoient  allure  qu'il  n'y  vouloicnt 
nullement  toucher  :  &  ce  fut  principale- 
ment pour  détruire  cette  exception  ,  que 
l'Archevêque  d'Aix,  ne  croyant  pas  qu'une 
condamnation  générale  fût  fufiifante ,  avoit 
encore  fait  publier  la  Bulle  In  cœna  Domi- 
»/, par  laquelle  tous  les  Clercs  ou  Eccle- 
fialtiques  font  déclarez  &  rendus  fujets  feu- 
lement du  Pape,  comme  étant  Monarque 
abfolu  de  rEglife,&  par  confequent  exempts 
de  la  jurifdiètion  temporelle  de  leur  Roi 
légitime.  Sa  fatisfadion  pour  ce  dernier 
point  ne  fut  pas  de  longue  durée  ;  comme 
il  commençoit  à  s'applaudir  avec  fés  Con- 
frères 5  Guilleaume  du  Vaïr ,  premier  Pré- 
fident  au  Parlement  de  Provence,  s'oppo- 
fa  fortement  à  cette  publication ,  &  dépu- 
ta aufll-tôt  en  Cour  un  Confeiller  du  mê- 
me Parlement  ,  nommé  Nicolas  Claude 
Fabri  de  Peirefe,pour  avertir  le  Roi  &  le 
Chancelier,  &  fe  plaindre  des  entreprifes 
de  r Archevêque  d'Aix  au  nom  de  toute 
la  Compagnie. 


i         d'Edmond   RLicher.   ifp 

L^  Ce  Confeiller,  qui  étoit  un  des  plus  beaux  — '— — 
Krnemens  du  Royaume  par  fa  fcience  &fes  i6ii. 
Cutres  rares  qualités  ,  &  qui  palToit  pour  *" 
le  principal  fauteur  des  Lettres, &  le  Pa- 
tron des  fçavans  le  plus  généreux  &  le 
plus  bienfaifant  qui  fût  en  fon  iiecle ,  étant 
arrivé  à  Paris ,  alla  rendre  vifite  à  Richer 
dans  fon  Collège  du  Cardinal-le-Moine. 
Il  eut  de  longues  <Sc  fçavantcs  conférences 
qui  lui  valurent  fon  amitié  &  celle  de  du 
Vaïr,  comme  ce  Magiftrat  le  lui  tit  con- 
noître  quelques  années  après.  LePhilofo- 
phc  Gaifendy  n'a  pas  oublié  de  marquer 
ce  voyage  de  Peirefe  à  Paris  dans  la  Vie 
qu'il  a  écrite  de  ce  Confeiller  ;  mais  il  n'a 
parlé  de  la  caufe  ni  de  la  tin  defaDéputa- 
tion,  non  plus  que  de  l'entretien  qu'il  eut 
avec  Richer  fur  la  qualité  &  étendue  des 
deux  Puilfances  fouveraines  de  la  terre. 
GalFcndy  n'étant  pas  homme  d'Etat  ,&ne 
fe  mêlant  jamais  des  affaires  de  l'Eglife, 
quoique  Prêtre ,  étoit  plus  curieux  de  rap- 
porter des  expériences  phyliques ,  des  dé- 
couvertes agronomiques ,  &  des  curiolîte?. 
de  belle  Littérature ,  que  les  chofes  qui  con- 
cernoient  l'Etat  ou  la  Religion. 

La  cenfurc  des  Prélats  de  la  Province 
d'Aix  ne  vint  à  la  conuoilfance  de  Richer 
que  deux  mois  après,  lorfqu'il  en  reçut 
une  copie  que  lui  envoyoit  l'Evcquc  de 
Digne.  11  en  appclla  comme  d'abus  dès  le 
i7.d'Aoufl:, devant  deux  Notaires  au  Cha- 
pelet, Pevier  &  de  Beaumont;&  le  17.  de 
•Septembre  auffi-tôt  qu'il  eut  appris  le  re- 
tour de  l'Archevêque  d'Aix  à  Paris ,  il  lui 
fitiignirîer  fon  Appel  par  Gaultier  Huilfier, 
;iu  Parlement. 


l6o  La    Vie 

y-,  .r^.,      L'Archevêque  en  fut  (î  furprîs , que  p^t\ 
j6ii.    manière  de  reproche  &  de  récrimination,  flj 
dit  au  Huilîier  :   Quoi  ?  Richer  n'eji  point 
encore  terraj]e\- après  que  les  Lettres  Paten^ 
tes  du  Roil^  fArrefl  de  [on  Confetl  en  der» 
mer  lieu  Vont  fait  dégrader  du  Syndicat:  de  là 
Faculté^  pour  fes  erreurs  ^  pour  fes  mal* 
i^erfations  ?  Mais  Dieu  augmentoit  (fa  con- 
fiance &  fon  courage  à  mefure  que  les 
hommes  tâchoient  de  multiplier  fes  adver- 
fitez. 
XIX.        Pendant  que  Ton  faifoit  la  cenfure  du 
Deifein     Livre  de  Richer  à  Aix,  on  voyoit  arriver 
du  I.  de  des  Dodeursdes  Provinces  les  plus  éloi* 
Juin  tra-  gnées  à  Paris  ,   pour  fortifier  le  parti  de 
verfc.On  I)uval   &  de  Filefàc;  de  forte  qu'il  s'eii 
perfecute  trouva  foixante  &  dix  ,  outre  Richer  ,  pour 
ceux  qui  l'Aifcmblée  de  la  Faculté  du  i.  Juin:  & 
favon-     ^ep^js  ^^^  tres-long-temps  il  ne  s'en  étoit 
ient  Ri-    .^^  ^^^  ^  grand  nombre  en  Sorbonne.  Cô 
^  ^^'''        fut  ce  jour  que  l'Abbé  de  S.  Vidor  fup^ 
plia  la  Faculté  de  vouloir  élire  un  autre 
Syndic, pour  inftruire  les  nouveaux  Doctj 
teurs  ,  &  tenir   la  main  à  la  difcipline  : 
parce  ^;^^, dit-il,  M.  Edmond  Richer  avoiù 
ajfez  long-temps  exercé  le  Syndicat ,  ^  qu'il 
fallait  lut  rendre  grâces.  Il  ajouta  qu'il  étoit 
de  l'intérêt  de  la  Faculté  qu'elle  eût  plu* 
fleurs  Doéleurs  verfez  dans  les  affaires  6c 
dans  la  connoiflance  de  la  difcipline  :  par- 
ce qu'elle  n'auroit  pas  toujours  des  per- 
lonnes   qui  entendiiltnt  les  affaires  &  les 
fçuiftnt  manier  ,  li  Richer  venoit  à  mou- 
rir avant  d'avoir  un  fucceffeur.  Mais  afin 
que  l'éledion  fût  libre ,  l'Abbé  requit  que 
Richer  eût  à  fortir  da  l'AfleiBblée. 

Apre» 


d'Edmond    Riche r.     i6i 

.P  Après  cette  fupplication  ,  Nicolas  Ro-  ———h 
guenaut ,  Curé  de  faint  Benoît ,  Doyen  de 
la  Faculté  ,  dit  qu'il  ne  fe  fouvenoit  pas  j^ij.» 
d'avoir  vu  ou  entendu  que  l'on  eût  bor* 
né  l'éle^bion  d'un  Syndic  à  aucun  terme, 
&  qu'on  en  ait  dépofé  aucun  ,  à  moins 
qu'il  n'eût  lui-même  prié  la  Compagnie 
de  lui  donner  un  fuccelfeur ,  ou  qu'il  n'eût 
commis  quelque  choie  qui  méritât  fa  de- 
ftitution;  que  M.Edmond  Richcr  n'avoit 
jamais  rien  fait  de  fcmblablc  ;  que  loin  de 
cela,  il  avoit  rendu  de  très-grands  fervi- 
ces  à  rUniveriité  ,  &  particulièrement  à 
Ja  Faculté  de  Théologie  :  qu'ainlî  au  lieu 
de  propofer  l'éledion  d'un  autre  Syndic  à 
l'AlTemblée ,  il  étoit  d'avis  qu'on  rendît 
grâces  à  Richer  ;  &  qu'au  lieu  de  parler 
de  le  dépofer  ,  on  fongeât  plutôt  à  le  prier 
de  continuer  fes  fondions.  Richer  prit  la 
parole  après  la  remontrance  du  Doyen  :  & 
ayant  dit  deux  mots  de  fa  promotion  au 
Syndicat ,  &  de  ce  qu'il  avoit  fait  ou  fouf- 
fert  pour  maintenir  les  Statuts  ,  la  difci- 
pline,  &  la  dignité  de  l'Univerlîté  ;il  dé- 
clara qu'il  foûmettoitfon  Livre  de  JaPu/f- 
fa^ce  ecclefiafttque^s^ politique  au  jugement 
de  la  Faculté  de  Théologie,  après  quoi  il 
s'oppofa  formellement  à  ce  que  la  propo- 
fition  faite  par  l'Abbé  de  faint  Vidor  fût 
mife  en  délibération.  11  en  produilît  aufîi- 
tôt  un  Ecrit  qu'il  avoit  drelléô:  ligné  avant 
que  d'entrer  dans  l'Alfemblée  ,  &  fupplia 
la  Faculté  qu'on  lui  donnât  un  A6le,tant 
de  la  propolition  faite  par  l'Abbé  de  faint 
Vidor  ,  que  de  l'oppolition  qu'il  y  for* 
inoit.    L'émotion  ,  qui  fut  extraordinaire 

L 


i6z  La    Vie 

-— -- -  dans  l' Aflemblée ,  dura  depuis  fept  heures 
1612.  jufqu'à  midi  :  de  7o.Doâ:eurs  qui  opinèrent^ 
les  45*.  qui  avoitin  été  pratiquez  par  le  Non- 
ce ,  l'Evcque  de  Pans ,  Duval  ,  les  Jefui* 
tes  &  les  autres  ,  tirent  retentir  la  Salle 
de  clameurs  &  de  tumultes  ,  demandant 
qu'on  procédât  à  la  dégradation  du  Syn* 
die  Nicolas  l'Argentier  Abbé  de  Clair^ 
vaux  ,  Roland  Hébert  Pénitencier  de  l'E* 
gliie  de  Paris,  &  plufieurs  autres  Dodeurs 
demeurans  dans  la  Ville,  refuferent  de  le 
trouver  à  rAflemblée ,  nonobiiant  les  fol- 
licitations  réitérées  du  Nonce  éc  de  l'Eve»» 
que  de  Paris ,  qui  envoyèrent  coup  fur  coup, 
l'un  fon  Auditeur  de  Rote  Scappi ,  l'autrft 
fon  grand  Vicaire  Pierre  de  Vive. 

Les  vingt -cinq  Doâeurs  de  rAfTein? 
blée  qui  défendoient  la  caufe  de  Richer  , 
refillerent  jufqu'à  la  fin  aux  brigues  des 
quarante-cinq  de  la  cabale  oppofée ,  &  ren* 
dirent  ainli  leurs  efforts  inutiles.  Cette  re* 
fillance  les  fit  remarquer  par  le  Nonce  & 
par  l'Evéque  de  Paris  ,  pour  pouvoir  fe 
venger  d'eux  félon  les  occalions.  L'Evs^ 
que  empêcha  toujours  tant  qu'il  put  ces 
Docteurs  de  prêcher  à  Paris  &  ailleurs  ^^ 
&  d'obtenir  aucun  Bénéfice  de  ceux  qui 
dépendoient  de  la  Cour  de  Rome ,  de  lui* . 
même  &  des  autres  Evêques  fes  amis.  , 
Le  Doyen  Roguenaut ,  fur  tous  les  au* 
très  ,  lignala  fa  fermeté  ,  &  fe  rendit  in-^ 
flexible  à  toutes  les  follicitations  des  eu* 
nemis  de  Richer.  C'eil  pourquoi  Filefac 
&  Duval  envoyèrent  à  Meaux  pour  faire 
tenir  OroncePiné,&  au  défaut  de  celui- 
ci  ils  députèrent  à  Orléans  pour  amener 


J 


d'EdxMond    Ri  cher.    kSj 

Nicolas  Burlat  ,  afin  de  préiîder  aux  Ai-  — — — 
femblées,  parce  qu'ils  étoient  Win  6c  Tau-  i6ii» 
tre  plus  anciens  Doâeurs  que  Roguenaut. 
On  rit  une  rude  inquilition  fur  la  vieôc 
ies  mœurs  de  tous  ceux  qui  avoient  opiné 
pour  Richers  à  deflcin  de  les  perdre  pour 
cette  raiibn  ,fans  d'autres  prétextes;  mais 
en  n'eut  prile  fur  aucun  d'eux  ,  excepté  An- 
toine P'ulî,  Curé  de  faint  Leu  &faint  Gil- 
le,  qui  fut  accufé  de  ne  pas  vivre  dans 
une  aufli  grande  continence  que  fa  profef- 
fion  exigeoit  de  lui.  On  lui  rit  un  procès 
criminel  ,  &  par  un  jugement  définitif  on 
le  condamna  au  banniilement  hors  du 
Royaume,  on  l'interdit  de  fes  fondions^ 
&  on  lui  ôta  pour  toujours  le  pouvoir  de 
dire  la  Mclle  ;  &  fe  voyant  prjvé  des  ref- 
Iburces  ordinaires,  &  réduit  à  mendier, 
ou  à  apprendre  unautremétier  pour  vivre, 
il  le  fe  laiilli  tomber  dans  un  mouvement 
de  défefpoir  qui  le  porta  à  fe  faire  hugue-^ 
not  :  adion  dont  la  faute  étoit  entièrement 

I  perfonnelle  ,  &  dont  le  blâme   ne  devoit 
pas  plutôt   tomber  fur  le  parti  de  Richer,' 
que  fur  la  Compagnie  des  Jefuites ,  dont- 
Fuli  avoit  été  Membre  fort  long-temps. 

I  Le  Syndic  voyant  que  malgré  fon  op- 
pofition,  &  malgré  les  avis  de  vingt-cinc| 
Dodeurs  qui  le  défcndoient  ,  fes  enne- 
mis étoient  toujours  refolus  de  palTer  à  fa 
dépofition  ,  &  que  d'ailleurs  Duval  fol- 
licitoit  Joachim  de  Forgemont  ,  comme 
ctant  le  plus  ancien  Dodeur  après  Ro- 
guenaut, de  prendre  la  place  du  Doyen, 
pour  faire  délibérer  fur  la  propofition  de 
TAbbc   de  faint  Vi6tor  ,   fit  venir  denx 

Lij 


1(54  L  A    V  I  E 

— Notaires  *  à  rAfremblée,pour  demander 

1612.     A6le  de  ion  oppolition  ;  gppella  du  refus 
^  Perles  <îu'on  faifoit  d'y  déférer  ;  protefta  contre 
^   de       tout  ce  qui  fe  leroit  au- préjudice  de  fou 
Beau-        oppolition  ;  rccufa  la  plus  grande  partie  des 
mont.        quarante- cinq  Docteurs  qui  étoient  contre 
lui; donna  par  écrit  aux  Notaires  les  cau:»- 
fcs  de  recuiation,  &  fit  drefler  unA6lede 
tout  ce  qui  s'étoit  pafié  dans  cette  Aflènv» 
blée  au  fujet  de  fon  Syndicat.  ■ 

Après  qu'on  fe  fut  retiré ,  TAbbé  de.S; 
Viélor  alla  incontinent  chez  les  Notaires, 
pour  avoir  copie  des  Ades ,  &  dès  le  lende-, 
main ,  il  les  porta  à  Fontainebleau ,  où  étoit- 
^Gérard    ^^"^^  la  Cour.  Il  mena  avec  lui  trois  DoCr' 
Ci.  le   *  teurs  '^  choilis  par  Duval  du  nombre  des. 
Bc\,  N.    pl^s  zelez  advcrfaires  de  Richer,  pourtâ- 
Ham-       cher  d'obtenir  de  la  Reine   &  des   Mini- 
beit.         ftres  un  ordre  du  Roi  qui  obligeât   la  Fa-) 
culte  de  procéder  à  Téledion  d'un  noti-i 
veau  Syndic.  Mais  ayant  été  reçus  du  Chan>. 
celier  &  de  M.  de  Villeroy  beaucoup  plus- 
froidement  qu'ils  n'efperoient ,  &  fur-tout, 
l'Abbé  de  faint  Victor, que  le  Chancelier; 
mortifia  en  particulier,  pour  fes  emporte-^, 
mens  &  fon  ambition,  ils  n'eurent  que  le: 
loiiir  de  recommander  leurs  affaires  à  Mi- 
chel de  Marillac  Confeiller  d'Etat  ,,&  com-^; 
pagnon  du  Doéleur  Duval  dans  l'adminit^î. 
llration  de  la  Mafion  des  Carmélites.,  &!. 
ils  fe  retirèrent  à  Paris.  .  :      ;^j,'> 

Quelques  jours  après  le  Chancelier  écd^; 
vit  aux  Gens  du  Roi  du  Parlement,  &  leu.Ei 
manda  qu'ils  appaifalîcnt  l'cmotionde  Sor- „. 
bonne,  &  ordonnalfent  àRicherdpfecoftn  j 
tenir,  &  de  ne  point  pourfuivre  fon  Ap*T'| 


d'Edmond   Ri  cher.    î6f 

pel  comme  d'abus  :  de  farte  que  TAvocac  — — — 
General  Servin,  &  le  Procureur  General     1612,*." 
4e  Bellievre  étant  allez  à  la  grande Cham-       ••  "* 
bre  le  premier  jour  de  Juillet  pour  faire  en- 
tendre à  la  Cour  ce  que  le  Chancelier  leur 
avoir  mandé  ;  il  fut   ordonné  que  Daniel 
Voilin ,  l'un  des  quatre  Greffiers  &  Secré- 
taires du  Parlement ,  iroit  en  Sorbonne  le 
premier  jour  que  laP^aculté  s'airembjeroit. 
Ce  fut  des  le  3.  du  mois. 

Voyfîn  étant  entré  dit  au  Doyen ,  (  après 
que  celui-ci  lui  eut  déclaré  que  la  Com- 
pagnie étoit  légitimement  aflemblée ,  )  qu'il 
étoit  envoyé  de  la  Cour  pour  faire  enten- 
dre à  la  Faculté ,  que  l'on  ne  parlât  point 
d'élire  un  autre  Syndic,  &  que  l'on  alîbu- 
pît  toutes  les  conteftations  qui  s'étoient 
^levées  à  cette  occalion.  L'AfTemblée  obéit 
d'autant  plus  volontiers  que  la  Reine  avoit 
fait  écrire  huit  jours  auparavant  des  lettres 
à  l'Abbé  de  faint  Vidor  ,  portantes  des 
ordres  tout  femblables. 

Le  premier  Préfident  manda  en  même 
temps  le  Doyen  avec  cinq  autres  DovSleurs*  ^  F/Jefac; 
'•'  que  la  P'aculté  nomma  pour  lui  tenir  com-  ^^«^uclerc, 
pagnie.   Il  leur  ordonna  de  ne  point  in-  S^'^^^**,^^' 
quicter  Richer  ,    parce  que  le  Roi  devoit  r^^^-"* 
pourvoira  cette  atfaire  des  qu'il  feroit  de       ^olin. 
retour.  Quelques  jours  après  ccMagillrat 
envoya  quérir  Richer,  pour  l'avertir  que  les 
çhofes  ne  fe  difpofoient  pas  en  fa  faveur 
auprès  de  la  Reine  &  des  Minières ,  qui 
ctoient   continuellement    obfedez  par  fes 
ennemis.  Il  lui  confeilla  de  quitter  volon- 
tairement  le  Syndicat,  pour  prévenir  les 
violences  d'une  dépoiition    involontaire. 

L  iij 


1Ç6I2. 


XX. 

On  ob- 
tient des 
Xetfres 
Patentes 
pour  la 
dépolî- 
tion  du 

Syndic. 


i66  L  A     V  I  E 

Richer  dit  beaucoup  de  chofes  fur  fon  în- 
hocence,  fur  rinjuftice  qu'on  lui  faifoit 
fur  le  violement  des  Loix  qu'on  blelFoit  k 
fon  égard, &  fur  les  fentimens  d'honneur 
&  de  Religion ,  qui  Tobligoient  à  demeu- 
rer inébranlable  jufqu'à  la  tin.  Mais  le 
premier  Prétident  lui  déclara  que  toute  fon 
Innocence  appuyée  du  crédit  de  fes  amis , 
ne  lui  ferviroit  plus  de  rien  ,  &  qu'on  né 
pouroit  empêcher  l'injudice  de  triompher^ 
&  que  rAmbalTadeur  de  Brèves  avoir  écrit 
tout  nouvellement  de  Rome  que  le  Pape 
lui  avoir  refufé  andiance  jufqu'à  ce  qu'oa 
eût  fait  un  autre  Syndic.  •  ^ 
'  C'eft  ainli  que  depuis  long-temps  on  ob  î- 
ge  les  PuilFances  à  accommoder  leur  poli- 
tique &  leur  gouvernement  à  Tintciét  d^ 
h  Cour  de  Rome ,  principalement  dans  la 
minorité  des  Princes  ,  &  la  Régence  de» 
femmes,  lorfqu'on  rencontre  des  Magt- 
ftrats,  &:  des  Mini  tires  foibies  ou  intcref*- 
fez  ,  qui  ne  fongent  qu'à  profiter  des  coh'-^ 
jondures,  pour  faire  leurs  propres  attaires, 
au  préjudice  de  la  vérité  &  de  la  jullicd 
qui  leur  font  confiées.    -  • 

Cependant  Marillac,  Confeiller  d'Etat^ 
confident  du  Chancelier  ,  follicitoit  en*  i 
Cour  la  detlitution  de  Richer  avec  beau-' 
coup  d'ardeur  &  d'importunité  ;  &  l'Ab- 
bé de  faint  Vidor  ,  qm  recevoit  de  jour 
à  autre  des  nouvelles  du  progrés  de  fes 
négociations,  faifoit  efperer  à  fon  parti- 
toutes  fortes  de  fatisfaétions  pour  le  pre- 
mier jour  d'Aouft.  Mais  le  dernier  d^ 
Juillet  on  vit  venir  ctici  le  Doyen  Ro- 
guenaut  le  premier  Huilîier  du  Conlicili 


d'Edmond    Riche  r.     167 

far  ordre  du  Chancelier  ,  pouf  lui  lîgiii -•— 

iier  de  la  part  du  Roi   défenfe  de  traiter    i6i£r 
de  réledion  d'un  Syndic  dans    TAllem- 
blce  que  la  Faculté  devoit  tenir  le  lende- 
rrjain   ,  parce  que  Sa  Majefté  vouloir  y 
pourv^oir  incèflamment. 

C'étoit  un  artifice  du  Chancelier  ,  qui 
tâchoit  de  tirer  Taftaire  en  longueur ,  pour 
porter  Richer  à  quitter  volontairement  , 
tandis  que  le  premier  Prclident  de  Verdun, 
<5c  François  de  Montholon ,  Intendant  de  la 
Maifon  deMademoifellc  de  Montpenfier, 
quifçavoit  à  quoi  les  brigues  de  fes  enne- 
mis dévoient  le  terminer ,  cherchoient  des 
raifons  pour  le  convaincre.  Le  Chancelier 
apprenant  que  rien  ne  pouvoit  ébranler  le 
Syndic,  donna  ordre  que  Ton  difposât  Tef- 
prit  du  Doyen  Roguenaut  pour  la  prochai- 
ne Alfemblée  de  Sorbonne.  Mais  Rogue- 
naut ne  s'étant  pas  lailTé  abattre ,  il  fit  ve- 
nir Oronce  Fine ,  Théologal  de  Meaux  ,  le 
plus  ancien  de  tous  les  Dodeurs  ,  &  qui 
àvoit  été  autrefois  fon  compagnon  d'étu- 
de au  Collège  de  Navarre.  Il  n'y  eut  point 
de  careffe  qu'il  n'employât  pour  l'engager 
à  fe  trouver  en  Sorbonne  le  i.  de  Septem- 
bre, pour  y  prélider  ,  &  taire  élire  un  Syn- 
dic. Fine,  quoiqu'accablé  de  vieillefîe,& 
des  témoignages  d'une  ancienne  amitié 
avec  le  premier  Magiftrat  du  Royaume  , 
eut  aflez  de  force  néanmoins  pour  ne  pas 
fuccombcr.  Il  dit  au  Chancelier  qu'il  ne 
pouvoit  faire  ce  qu'il  fouhaitoit  delui  fans 
donner  une  atteinte  mortelle  à  l'ancienne 
Ecole  de  Paris  touchant  la  fuperiorité  du 
Concile  fur  le  Pape  ,  aux  libertez  de  l'E-, 

Liiij 


ï68  L  A     V  I  E   ' 

C— '  '—  glife  Gallicane  ,  &  à  l'autorité  du  Rof  ;  i 
f6iz.  d'ailleurs  que  tous  les  Doéteurs,  coniîde^ 
rant  le  traitement  qu'on  auroit  fait  à  Ri- 
cher  à  caufe  de  fon  Livre,  ne  voudroiènt 
plus  dorefnavant  défendre  cette  dodrine, 
par  la  crainte  d'être  traiter  comme  lui.  ' 
Alors  le  Chancelier  ,  que  Ton  n'avoit 
jamais  vu  en  colère  ,  s'échautfa  &  dit  eri 
Latin  d'un  ton  couroucé  :  Eft  Libellus  à 
quodam  Magiftello  intempefiivè  editus.  AuP- 
ii-tôt  il  donna  ordre  à  Marillac  de  faire 
expédier  des  Lettres  Patentes  du  Roi ,  pour 
obliger  l'AfTcmbléedu  premier  jour  de  Sep- 
tembre de  procéder  à  l'éledion  d'un  nou- 
veau Syndic.  Il  les  fcella  du  27.  d'Aouft^ 
d.leCi-  &  les  fit  exécuter  par  deux  HuilTicrs*  du 
rier  ,  Se-  Confeil  privé  ,  que  Marillac  inltruifit  dé 
raphin  tout  ce  qu'ils  auroient  à  faire  en  cas  d'in- 
Mauroy.  tervention.  Ils  les  fignifierent  au  Doyen 
Roguenaut  en  pleine  Sorbonne  le  premier 
de  Septembre  ,  &  en  firent  publiquement 
la  lecture  en  préfence  de  Richer,  qui  lut 
incontinent  après  une  Plainte  apologéti- 
que en  Latin  ,  qu'il  avoit  compofée  à  la 
première  nouvelle  qu'il  reçut  des  delleins 
de  la  Cour.  Il  en  donna  aufîi-tôt  deux 
copies  Françoifes  fignées  de  fa  main  ail 
premier  Huifiler  ;  l'une  pour  être  prefen- 
tée  au  Chancelier ,  l'autre  pour  être  com- 
muniquée à  tout  le  monde.  Il  profefta  en- 
fuite  de  nullité  de  tout  ce  qui  fe  faifoit 
contre  lui  ,  conformément  aux  raifons 
qu'il  en  avoit  alléguées  dans  fa  Plainte  , 
perfifla  dans  l'Appel  comme  d'abus  qu'il 
ûYoit  interjette  de  la  prétendue  cenfure  de 
Ion  Livre  ^  &  demanda  Aéte  de  tout  wç 


d'Edmond  Ri  cher.     i6^ 

^ui  s'ètoit  paire  à  fon  fujet  ,  pour  faire  — - 

connoître  à  la  pofterité  qu'il  étoit  dcpolë  1612. 
fans  caufe,à  lapourfuite  du  Nonce  de  Sa 
Sainteté,  &  par  les  foUicitations  des  Je- 
fuites  &  de  leurs  confidens,  qui  par  ce 
moyen  cherchoient  à  rendre  fans  effet  l'Ar- 
reft  intervenu  contre  eux  par  l'Univerlité.  Dcpofî- 
On  procéda  enfuite  à  l'exécution  des  Let-  ['°^  ^'^°- 
très  Patentes  du  Roi,  &  le  Docteur  Fi-  |^="^^^^ 
lefac  fut  élu  Syndic  ,  quoique  la  brigue  ^^i^^^^"^^-^ 
qu'il  faifoit  pour  cela  depuis  huit  mois,  dût  ^'|^^^. 
i-en  exclure  fuivant  la  dîfpofition  des  Loix. 
■  On  arrêta  qu'à  l'avenir  le  Syndic  de  la  Fa- 
culté n'exerceroit  point  fa  charge  au-delà  de 
2.  années ,  &  qu'à  la  tin  de  la  première  il  de- 
manderoit  d'être  continué  pour  la  féconde. 
On  ordonna  enfuite  que  l'on  rendroit 
grâces  à  Richer  pour  s'être  ridelement  ac- 
quitté de  l'adminiftration  du  Syndicat  penr 
dant  les  quatre  ans  &  demi  qu'il  Favoit 
exercé.  Le  Dodeur  Michel  Mauclerc,  l'un 
de  fes  principaux  adverfaires  après  Duval 
&  Filefac  ,  &  le  premier  opinant  de  l'Af- 
femblée,  dit  qu'il  rendoit  grâces  à  Richer 
pour  tout  ce  qu'il  avoit  fait  pendant  fon 
Syndicat  ,  mais  non  pour  fon  Livre  de  la 
FuiJJmce  ecclejiaftique  l^  politique  ,  ni  pour 
la  Plainte  apologethique,  ou  la  Protefta- 
tion  contre  les  Lettres  du  Roi.  Les  autres 
Doéleurs  de  la  cabale  de  Mauclerc  fuivi- 
rent  l'exemple  &  l'opinion  de  Mauclerc,  tâ- 
chant d'inlinuer  par  ce  moyen  que  la  Fa- 
culté avoit  indiredement  condamné  le  Li- 
vre de  Richer,  dont  elle  n'ofoit porter di- 
reéfemcnt  ni  ouvertement  la  cenfure,  à 
caufe  de  1  •  Arrett  du  premier  Février.  Néan- 


170  L  A      V  I    E 

moins  la  plus  grande  partie  des  Docteur? 
ayant  été  d'un  avis  contraire  après  deGa- 
inaches ,  le  Doyen  Roguenaut  conclut  ab- 
folument  ,  que  Ton  rendroit  grâces  à  Ri- 
cher  fans  exception ,  &  fans  faire  mention 
de  fon  Livre. 

Filefac  nouveau  Syndic  mettant  la  con^ 
clufion  par  écrit,  ne  laiiTa  pas  de  mettre  l'ex? 
ception ,  contre  la  raifon  &  la  coutume  j 
le  Doyen  ne  voulutjamaisconfentir  à  cet- 
te violence ,  &c  il  donna  lieu  à  Richer  dç 
s'oppofer  à  ces  Ades,  &  d'appeller  enco-^ 
ye  comme  d'abus  au  premier  jour  d'Odlo- 
tre  fuivant,  auquel  on  devoit  confirmer 
&f]gner  la  concluiion  du  i.  de  Septembre. 

Filefac  refolu  de  l'empêcher  à  quelque 
prix  que  ce  fût ,  m  venir  d'Orléans  le  Doc- 
teur Hugues  Burlat ,  plus  ancien  que  Ro- 
guenaut ,  pour  préfider  à  l'Allemblée  pror 
chaîne  de  la  Faculté  ,  &  y  taire  ligner  la 
concluiion.  Burlat  vint  par  le  fecours  de 
l'argent  du  Clergé ,  qu'on  lui  fit  tenir  pour 
les  fraix  de  fon  voyage ,  &  fur  l'efperancç 
que  lui  donnoit  l'Evêquede  Paris  de  lere- 
compenfer  d'une  des  meilleures  Cures  de 
la  Ville. 

Dans  rAlTmblée  du  premier  Odobre, 
avant  que  Burlat,  tenant  ia  place  du  Doyen, 
eût  figné  la  concluiion ,  Richer  fit  entrer 
deux  Notaires ,  auxquels  il  donna  l'Aétc 
de  fa.  proteftation  de  nullité ,  écrit  &  figné. 
de  fa  main ,  pour  le  fignifier  à  toute  l'Af- 
fcmblée.  Voyant  que  malgré  ceîA*Si:e,la 
cabale  étoitrefolué  de  conclure  à  fon  pré- 
judice, il  fe  crut  obligé  d'appeller  comme 
d'abus  de  tout  ce  <i\x[oïï  attentcroit  contre 


d'Edmond    Riche r.    171 

luî   :  ce  qu'il  ne  fit   qu'après  avofr  pré — ^ 

fciué  a  Burlat  là  Plainte  apologétique,  ou  i6i2. 
Protedation  contre  les  Lettres  ï'at entes  du 
Roi  du  27.  d'Aouft,  qu'il  avoit  donnée  à 
Roguenaut  le  i.  de  Septembre  ,  &  après 
^voirrefuféde  Ibrtir  de  l'Aflemblce ,  pour 
empêcher  qu'on  ne  décietât  contre  lui. 

Les  ennemis  de  Richer  s'appercevant 
que  fcs  raifons  faifoient  fur  la  plupart  des 
cfprits  des  impreffionsqui  ne  lervoientpas 
9  kurs  delfeins  ^  excitèrent  un  f\  grand  tu-  , 
iTiulte,que  toute  l'Airembléc  fe  tourna  en 
coinié.  Richer  ayant  voulu  lire  les  moyens 
de  recuiation  ,  ne  put  le  faire  entendre, 
&  fut  obligé  de  mettre  le  cayer  entre  les 
mains  des  Notaires.  L'Abbé,  de  S.  Vidor 
prit  l'an  de  ces  Notaires  *  à  part,  &  lui  *  Pcries.' 
dit  à  l'oreille  que  tout  ce  qui  fe  faifoit 
contre  Richer  étoit  prefcrit  par  un  com- 
DianJement  exprès  du  Roi.  Il  tâcha  en-  - 
fuite  de  l'intimider  ,  pour  l'empêcher  & 
ion  compagnon  de  recevoir  les  Aékcs  de 
Richer,  &  il  les  menaça  de  les  rendre  ref- 
ponfables  à  la  Cour  de  tous  les  defordres 
qui  alloient  arriver  ,  s'ils  n'arrétoient  l'é- 
inoiion  de  l' Alfemblée ,  alllirant  qu'autre- 
ment lui  &  eux  feroient  accablez  de  coups 
de  poing  &  de  pied  avant  que  de  fortir, 
&  que  d'un  procès  civil  ,  ils  en  feroient 
naître  un  criminel.    "  y  Yt 

L'animolité  des  ennemis  de  Richer  étoit  j^^uL 
trop  violente  pour  pouvoir  être  appaiiee  ^^jj^^.  ^^.^ 
par  la  privation  de  fon  Syndicat.  Inconti-  ^^^^  \^ 
nent  après  fa  deltitution,  ils  prirent  des  fureur 
nouvelles  mefures  pour  le  retrancher  en-  Jesenne- 
tierciAient  de  U  FaeuUé.  misacRi-. 


172  La    Vi  If  V 

ft  Ils  fe  flattèrent  méitiede  lui  faire  perdre 

l6ï2.    encore  fa  charge  de  Grand  Maître  du  Collé-s' 
geduCardinal-le-Moine,par  le  moyen  de 
*  Jean  l'Evéque  deParis,  du  Doyen  de  l'EgliTe  Ga* 
François   thedrale  *  fon  frerc,&  du  Chancelier  de  TU- 
dcGoxidy.  hiverfité ,  Pierrevive ,  forî  Grand  Vicaire , 
trois  hommes  animez  du  même  efprit,  & 
tous  trois  Supérieurs  ordinaires  du  Collège 
du  Cardinal-le  -Moine ,  auxquels  feuls  il  ap- 
partenoit  de  nommer  à  la  Grande  Maî- 
trife  de  ce  Collège.    Mais  la  Providence 
divine  ne  tarda  pas  à  confondre  leurs  mau. 
vais  defTeins ,  dans  le  temps  &  dans  le  lieu 
même  où  ils  efperoient  le  faire  autorifer. 
L'Abbé  defaint  Viétor,  accompagné  de  fîx 
Doâeurs ,  parmi   lefquels  étoient  Burlat 
Doyen  de  la  Faculté,  Filefac  Syndic,  & 
Duval  Profefîeur  Royal ,  alla  au  Louvre 
comme  Députez  de  tout  le  Corps,  pour 
remercier  la  Reine  &  le  Chancelier  de  ce 
qu'ils  avoient  donné  la  paix  à  la  Sorbon- 
11e.    Comme  l'Abbé  s'échauffoit  en  jeune 
homme  au  milieu  de  fon  difcours ,  qu'il  re- 
îcvoit  le  mérite  de  Burlat  au  préjudice  de 
Roguenaut ,  &  qu'il  exageroit  la  hardiefîè 
que  Richcr  avoit  eue  de  s'oppolér  par  des 
Â^les  publics  à  tout  ce  qu'on  avoit  fait  con- 
tre lui,  &  d'en  appeller  comme  d'abus; le 
Chancelier  lui  répondit  froidement,  quefî 
on  n'croitpas  allé  au-delà  de  ce  qui  étoit 
porté  par  les  Lettres  Patentes  du  Roi ,  qui 
ne  permettoient  rien  autre  chofe  que  l'é- 
îcâion  d'un  nouveau  Syndic  ,  il  mai'n- 
ticndroît  l'Arreft  du  Confeil  privé.  Ils  fu- 
rent entièrement  déconcertez  d'une  répon- 
fefi  peu  attendue  5  &  ils  revinrent  duLou* 


I 


d'Edmond    Ri  cher.    17} 

fre  tout   interdits  d'une  parole  qui  dilîi-  —       —j 
poit  tous  leurs  projets.  i6iz.  ' 

.    Marillac,  qui  éioit   Torgane  du  Chan- Les Pnn«« 
celier ,  leur  donna  avis  de  ne  plus  inquie-  ces  du    ' 
ter  Richer  ,  parce    qu'il    étoit  à  craindre  fanc^  Ce 
qu'ils  ne  gatafîent  tout  ce  qu'ils  avoient  plaignent 
fait  Jufques-là ,  &  que  les  efprits  ne  chan-  de  l'inju- 
^ealientcn  faveur  de  Richer,  qui  avoit  en-  fticetaite 
core  beaucoup  d'amis  &  des  défenfeurs  à  à  Richer, 
la  Cour.  L'un  des  principaux  étoit  le  Com- 
te de  Soilîbns  ,  Prince  du  fang  royal  de 
France  ,  qui  fe  plaignit  hautement  d'une 
faulFeté  commife  dans  les  Lettres  Paten- 
tes concernautes  la  dcpolition  de  Richer. 
Mariilac  avoit  fçû  prendre  Ton  tems  pen- 
dant l'abfence  des  Princes  du  iang,  pour 
faire  expédier  les  Lettres  Patentes.  Il  n'a- 
voit  pourtant  pas  laille  que  d'y  faire  dire 
au  Roi  que  ces  Princes  étoient  prefens  au 
Confeil,  &  qu'il  avoit  pris  leurs  avis.  Le 
Comte  de  Soilfons ,  à  la  perfuafion  de  M. 
Etienne  d'Aligre ,  Confeiller  d'Etat,  &  In- 
tendant de  fa  Maifon  ,  qui  favorilbit  la 
caufe  de  Richer  ,  en  alla  faire  des  repro- 
ches au  Chancelier  ,  &  il  le  fit  fouvenir 
en  termes  alfez  forts  ,  que  lorfqu'il  lui  avoit 
fait  entendre  que  la  Sorbonne  ctoit  divi- 
fée,  &  qu'il  falloit  appaifer  ces  contefta- 
tions  ,  il  ne  lui   avoit  jamais  parlé  qu'on 
dût  dépofer  Richer  du  Syndicat.  Mais  pour 
le  malheur  de  la  France  le  Cortite  de  Soif- 
fons  mourut  peu  de  jours  après  *en  fon  Châ-  *  Le  f^ 
teau   de  Blandi  ,  regretté  de  ceux  qui  ai-  fieNoy, 
moîent  le  bien  de  l'Etat ,  &  la  tranquillité 
du  Royaume. 
Le  Prince  de  Gondé  en  ufa  encore  avec 


Ï74  I^  A    Vie 

^-—z..^  moins  de  rcferve  auprès  du  Chancelier.  Lt 
1612.  première  chofe  qu'il  fit  après  être  retour^ 
né  en  Cour ,  &  avoir  lalué  la  Reine  Mè- 
re Régente ,  tut  de  décharger  fa  mauvaifè 
humeur  fur  ce  Magiltrat ,  qui  ne  fçut  fai- 
re autre  chofe  que  û^imputer  àMariilacla 
faufletc  glifTée  dans  les  Lettres  Patentes  ^& 
au  Nonce  du  Pape  la  refolution  prife  att 
'        Confçil  pour  la  dépolition  de  Richer*       ; 


Fm  du  fécond  Lhn^ 


d'Edmond  Rxcher.    xj^ 


LA     VIE 

D'EDMOND  RICHER, 

DOCTEUR  DE  SORBONNE, 
LIVRE    TROISIEME. 

Après  la  fatisfa61:ion  qu'on  avoît  don-       ^\ 
nce  au  PaDe  en  deftituant  du  Syndicat  Dcflein 
de  la  Faculté  l'Auteur  du  L{\rc  de  la  Puif-  de  ruineç 
fa^ce  ecclejiafi'tque  ^  politique ,  il  fembloit  |^  ^^^' 
que  les  partifans  de  la  Cour  deRomeduf-  °°""^ 
fent  le  laiiler  en  repos,  &  y  demeurer  eux-  ^-^L^j/. 
mêmes  ;  mais  ils  s'apperçurent  bientôt  qu'il  ^^    ^  * 
feroit  allez  inutile  de  s'être  vengé   de  (a 
perfonne ,  &  de  lui  avoir  ôté  TadminiUra- 
tion  des  Regiftres  des  Délibérations  ,  s'ils 
ne  travailloient  aufli  à  détruire  fa  doâri- 
ne ,  qu'ils  croyoient  encore  moins  facile  à 
déraciner  de  Tefprit  de  fes  défenfeurs ,  que 
du  fonds  des  Regiftres. 
-    Il  fe  tint  fur  ce  fujet  un  Confeii  fecret 
de  plufieurs  Prélats  chez  le  Cardinal  du  Per- 
ron.  Il  fut  refolu  d'une  commune  voin 
qu'il  falloit  prendre  toutes  fortes  dévoyés, 
&  employer  toutes  fortes  de  moyens  pour 
exterminer  c€tt€  doctrine , iqui  Ion  conn- 


ij6  L  A     V  I  E 

* r  mença  pour  lors  de  donner  le  nom  de  Rt* 

lOi.1-    chéri i me  ;  terme  que  Richefr  n'a  jamais  vou- 
lu attribuer  qu'à  une  invention  diabolique 
deccuxquivouloient  rejetter  fur  lui  l'idée 
od^eute  de  fchifme  ,  dont  ils  étoient  eux- 
mêmes  les  auteurs..  On  y  prit  même  des 
relblutions  pour  ruiner  la  Sorbonne  &  tou- 
te la  Faculté  de  Théologie,  fi  l'on  ne  pou 
voit  autrement  abolir  cette  dodrine,  à  quoi 
l'on  étoit  déjà  convenu  d'employer  les  de- 
niers du  Clergé  ,  pour  dédommager  les 
Dodeurs  de  ce  Corps  qui  de;voient  entier 
dans  la  conlpiration  ,  comme  l'Abbé  de 
faint  Vidor ,  Duval ,  Fileiàc.  On  fe  pro- 
niettoit  de  les  élever  à  des  Prélatures ,  & 
de  les  faire  pourvoir  des  meilleurs  Béné- 
fices, 
l'rôjet         ^^  y  f"^  ^"^  d'avis  de  ne  plus  fouf- 
'j>cur  exT-  frJr  aucun  Dodeur  ou  Bachelier  qui  ticn- 
ciurc   le:,  droit  les  opinions  deRicher  ,dans  les^  em- 
lùthëi-îf-  plois  eccleliaftiques  de  la  prédication  ,  de 
u:5  acs      la  diredion ,  &  de  l'adminitlration  des  cho- 
^liiplois    les  faintes  ;  de  les  empêcher  d'enfeigner 
ce  des      dans  les  Ecoles  publiques  &  particulières 
i>rnefî-     d^  Théologie,  &  de  les  exclure  generale- 
ces.  ment  de  toutes  fortes  de  Benetices. 

Quelques  foins  que  prilîent  les  Prélats 
pour  tenir  leurs  délibérations  cachées,  el- 
les furent  révélées  de  point  en  point  àRi- 
cher  par  un  de  ceux  qui  y  avoient  alïï- 
fié.  Mais  rien  ne  contribua  tant  à  les  dé- 
couvrir que  le  2ele  indifcret  de  Duval  , 
qui  fe  chargea  de  les  faire  exécuter  dans 
tous  les  lieux  où  fes  intrigues  pouroient 
entrer.  Il  fit  tout  à  la  fois  l'ofiice  d'In- 
quifiteur  ,  d'efpion  &  de  délateur  dans  le 

Collège 


d'Edmond   Ri  cher.    177 
CoUcge  de  Sorbonne  ;  de  forte  que  dès  la  «-~.^ 

même  année  il  défera  Jérôme  Parent,  Doc-  i6il. 
teur  d'une  probité  linguiiere,  qui  joignoit 
beaucoup  de  pieté  à  une  grande  érudition, 
&  qui  étoit  particulièrement  verfé  dans  la 
connoilfance  de  la  Langue  fainte.  C'étoit 
dans  cette  confideration  que  le  Roi  avoit 
donné  à  ce  Docieur  un  Brevet  pour  lire  pu- 
bliquement en  Hébreux.  Il  fucceda  à  la  place 
de  PierreVi6i:or  Gagé  dans  la  Chaire  de  Pro- 
felfeur  Royal.  Comme  il  n'étoitplus  qucf- 
tion  que  de  faire  expédier  fes  Lettres,  Du- 
val ,  fon  délateur,  par  une  fupercherie  in- 
digne, tâcha  de  lui  perfuader  d'aller  voir  le 
Nonce  Ubaldin  ,  de  qui  on  avoit  voulu 
faire  dépendre  cette  expédition. 

Parent  n'eut  pas  de  peine  à  comprendre 
ce  que  iignifioit  une  telle  propolition ,  & 
il  ne  put  diffimuler  à  fcs  amis  que  la  dé- 
marche qu'on  lui  vouloit  faire  faire  étoit 
fufpeéle.  Richer  voyoit  comme  lui  la  ma* 
lice  qu'on  avoit  eu  de  faire  du  Nonce  l'u- 
nique Médiateur  pour  paffer  à  la  Reine  & 
au  Chancelier;  mais  puifqu'il  n'y  avoit  pas 
d'autre  voy^,  il  croyoit  qu'il  falloit  mieux 
qu'un  homme  de  mente ,  comme  étoit  cet 
ami,  fît  cette  perilleufe  démarche,  que 
de  lailfer  la  Chaire  Royale  à  des  Sujets 
indignes.  Parent,  qui  avoit  une  intégrité  & 
une  délicateffe  de  confcience  à  toute  épreu- 
ve ,  rejetta  cet  avis ,  &  demeura  toujours  in- 
flexible aux  foUicitations  que  plulîeurs  lui 
tirent  fur  le  même  fujet  ,  aimant  mieux 
n'être  pas  Profelfeur  du  Roi  en  Langue 
Hébraïque,  que  de  rien  faire  qui  fût  pré- 
judiciable à  la  vérité.   C'eft  pourquoi  le 

M 


178  L  A      V  I   E 

,__- —  Cardinal  du  Perron ,  averti  de  fes  fcrupu-^ 
j6i2.    les  , retira  le  Brevet  donné  en  fa  faveur, 
fous  prétexte  de  faire  expédier  fes  Lettres, 
&  les  fit  fceller  en  faveur  d'un  autre. 

On  fit  le  même  traitement  aune  infini- 
té d'autres  Dodeurs  &  Bacheliers  ,  que 
Ton  menaçoit ,  que  Ton  carefToit ,  que  l'on 
tentoit  par  toutes  fortes  de  moyens  :il  ne 
fufEloit  pas  même  àDuval  de  faire  abju- 
rer le  Richerilme  (  c'étoit  l'exprefTion  du 
temps  )  à  ceux  que  la  ncceffité  ou  l'am- 
biîign  faîfoit  tomber  dans  les  pièges  ;  il  leur 
défendoit  encore  de  hanter  Richcr  ni  les 
Richerilles ,  fous  peine  d'encourir  la  dif- 
grâce  des  Prélats ,  &  de  perdre  leur  fortu- 
ne :  de  ibrte  que  les  perfonnes  éclairées ,  & 
les  amateurs  de  la  vérité  gemifToient  de  voir 
ainfi  opprimer  la  liberté  ancienne  de  la  Fa- 
culté, &  changer  la  Maifon  de  Sorbonne 
en  une  prifon  d'inquifition. 

C'étoit  une  des  conditions  du  Syndicat 
du  Sieur  Filefac  ,  qu'en  moins  de  deux 
*  11  ne  ans ,  *  qu'il  croyoit  que  devoit  durer  fon 
dura  pas  emploi  ,  il  fît  en  forte  qu'il  ne  fût  plus 
tant.  mention  des  Richerilles  ,  ni  des  opinions 
de  Richer.  C'eft  ce  que  ce  nouveau  Syn- 
dic avoit  promis  aux  Grands  qui  le  met- 
toient  en  œuvre,  c'efi:-à-dire , au  Cardinal 
du  Perron ,  au  Nonce  ,  &  à  l'Evêque  de 
Paris  :  mais  ayant  trouvé  plus  de  travail 
dans  la  fuite  qu'on  n'en  avoit  envifagé 
d'abord ,  il  aifocia  Duval ,  &  quelques  Doc- 
teurs de  bonne  volonté  à  fa  commifilon. 
L'an  &  l'autre  tvirent  bientôt  qu'il  n'en 
talîoit  pas  efpcrer  le  fuccès,à  moins  que 
de  rcnouveller  entièrement  la  Sorbonne  , 


d'Edmond  Richer.     175) 

i  quoi  ils  crurent  devoir  fe  refoudre  pour  à 

j  parvenir  plutôt.  Ils  fongerent  à  faire  i6ia*  - 
,  abroger  le  Statut  qui  fert  de  loi  fonda- 
mentale à  la  Maifon  de  Sorbonne  ,  don- 
né par  le  Fondateur  &  le  fouverain  Pon- 
tife, afin  d'y  introduire  les  Prêtres  de  la 
nouvelle  Congrégation  de  TOratoire,  qu'on 
prétendoir  fubftituer  aux  Doreurs  de  l'an- 
cienne Sorbonne.  Pendant  que  les  Prélats 
&  les  Cardinaux  qui  étoient  en  France,  tra- 
Vailloient  à  faire  exécuter  la  refolutioa 
qu'ils  avoient  prife  de  ne  point  conférer 
des  Bénéfices  aux  Richerifles  ,  Dieu  per- 
mit qu'ils  eufTent  la  mortification  de  voir 
Richer  même  pourvu  d'un  Bénéfice  de  la 
Cathédrale  ,  qu'il  n'avoit  pas  recherché  , 
&  que  fon  dclinterefremcnt  lui  fit  aban* 
donner  peu  de  temps  après. 

L'Univerlité,  qui  le  regardoit  toujours     ^  1 1- 
comme  fon  Père  &  fon  Maître,  fçachant  Richer 
qu'un  Chanoine  de  Notre-Dame,  nommé  ^^  P^"*^ 
Pierre  de  Serre  ,   étoit  mort  au  mois  de  "^'"  ^'"P 
Juillet  ,  qui  eft  afiedé  aux   Graduez  ,  le  C^'^o'^^- 
tït  avertir  de  ne  pas   négliger    fes  droits.  ^"^ 
Il  avoit  pris  dès  le  i)-.  de  Février  de  l'an  j^^^^ie' 
1603-  des   Lettres  de  l'Evêque  de  Paris  ,  maWé 
par  Icfquellcs    en  qualité  de   Dodeur  en  fes  ?nne< 
Théologie,  il  devoit  êti;e  pourvu  du  pre-  mis. 
mier  Bénéfice  afiedé  aux  Graduez,  nom- 
irttz  :  mais  ayant  requis  le  Grand  Vicai- 
re de  lui  donner  la  provifion  du  Canoni- 
cat  vacant  par  la  mort  de  Pierre  de  Ser- 
re,  il  fut  refufé  ;  &  le  Cardinal  de  Gon- 
di ,  fuivant  fa  relérve  de  difpofer  des  Ca- 
nonicats  de  l'Eglife  de  Paris  ,  en   donna 
la  collation  à  Sebaftien  Bouthiilier ,  Prieur 
de  la  Cochere.  M  [] 


i8o  La    Vie 

, Richer  s'attendoit  très  -  certainement  à 

l6i2..  ^n  refus,  qui  ne  devoit  furprendre  aucu» 
de  ceux  qui  connoilîoient  les  difpofîtions* 
de  l'Evêque  de  Paris  &  de  fon  Grand  Vi- 
caire à  fon  égard  ,  &  qui  fçav oient  ce  qui 
s'étoitpafié  enSorbonne  par  leurs  brigues. 
C'eft  pourquoi  il  obtint  fur  une  Requête 
prefcntée  à  la  Cour, que  ce  refus  lui  vau- 
droit  titre  ,  &  prit  polîeffion  du  Canoni- 
cat  ;  &  nt  enfuite  affigner  Bouthillier  de- 
vant le  Prévôt  de  Paris  ,pour  fe  voir  con- 
damné à  lui  lailîer  la  polklTion  de  ce  Bé- 
néfice. Bouthillier  de  fon  côté,  affilié  du 
Cardinal  de  Gondy  ,  qui  fe  joignit  à  lui 
dansla  caufe,  fit  affigner  Richer  au  Grand 
Confeil  :  fi  bien  que  Richer  fut  obligé  d'ob- 
tenir des  Lettres  pour  les  faire  valoir  au 
Confeil ,  afin  d'y  être  réglé  touchant  les 
Juges  qu'il  devoit  avoir. 

Dans  ce  procès ,  où  Boiffife  de  Thume- 
ric  ,  Confeiller  d'Etat  ,  fut  Commiiraire , 
les  Cardinaux  qui  étoient  en  France  in- 
tervinrent pour  Bouthillier  &  le  Cardinal  ' 
de  Gondy  ,  demandant  que  les  privilèges 
des  Evocatoires  générales  accordées  aux 
Cardinaux  par  les  RoisTres-Chrétiens  de 
tous  les  procès  concernant  les  Bénéfices 
qui  font  en  leur  difpofition ,  ou  à  leur  col- 
lation ,  avec  leui'  renvoi  au  Grand  Con- 
feil, demeurât  en  fon  entier  Ôc  dans  tou-| 
te  fa  force. 

D'autre  part  l'Univerfité  de  Paris,  fur 
une  Requête  prefentée  au  Confeil,  fut  auf- 
fi  reçue  partie  intervenante  pour  Richer  v 
foûtcnant  contre  Bouthillier  &  les  Cardi- 
naux ,  que  conformément  à  fes  privilèges^ 


d'Edmond    Richer.    i8i 

Rîchcr  &  Bouthillier  dévoient  être  renvoyé?  — — 
devant  le  Prévôt  de  Paris  ou  fon  Lieute-    lôiz. 
nant  civil  ,  Juge  confervateur  de  ces  pri- 
vilèges. 

L'Arreft  du  Confeîl  donné  en  faveur 
de  Richer  le  29.  de  Novembre  161 2.  dé- 
clara, conformément  aux  Lettres  de  I5'43. 
quel'Univerlité  n'étoit  pas  comprile  dans 
les  privilèges  accordez  au  Cardinaux  ;  que 
Ifs  procès  que  les  Suppôts  avoient  au  lu- 
jet  des  Bénéfices  qui  font  à  la  collation, 
ou  prefencation  des  Cardinaux  ,  ne  pou- 
voient  être  jugez  ou  décidez  par  d'autres 
Juges  que  par  le  Prévôt  de  Paris  ou  fon 
Lieutenant  ,  devant  lefquels  le  Roi  ren- 
voyoit  les  parties  qui  fe  conteiioient  le  Ca- 
non icat. 

Les  amis  de  Richer  s'étoient  flattez  de 
voir  finir  les  perfecutions  de  fes  ennemis 
avec  Tannée  1612.  mais  la  fuivante  vit  naî- 
tre d'autres  troubles  qui  lui  donnèrent  de 

nouveaux  fujets  de  patience  &  de  courage.    1613. 

Comme  lesjefuites  étoient  accoutumez      m 
à  lui  imputer  tout  ce  qui  fe  faifoit  con-    Con- 
tre eux  dans  la  Paculté  de  Théologie,  ils  veau.v 
ne   manquèrent   point    de  lui  attribuer  la  chagrins 
cenfure   que    l'on    meditoit  en   Sorbonne  desTefui- 
pour  le  premier  de  Février   161 3.   contre  tes  con- 
le  Livre  que  leur  Père  Becan  avoit  nou-  f^e  Ri- 
vellement  publié  à  Mayence  fous  le  titre ,  <^^<^''' 
^e  la  Controverfe  ^Angleterre  touchant  la 
J?uijjance  du  Rot  $5*  du  tape.    C'étoit  un 
Livre  fi  pernicieux  au  jugement  de  toute 
la  terre,  qu'il  étoit  fort  important,  pour 
l'honneur  &  pour  l'intérêt  de  leur  Com- 
pagnie ,  qu'ils  le  condamnalfcnt  des  pre- 

M  iij 


i8i  L  A    V  I  E 

P>-  miers  ,  pour  ôter  la  gloire  à  d'autres  de 

1613*  les  avoir  prévenus.  Mais  au  lieu  de  fça- 
voir  gré  à  Richcr  d'une  chofe  lî  louable, 
dont  ils  le  croyoient  promoteur  ,  ils  pri- 
rent ce  prétexte  pour  le  charger  de  nou- 
velles calomnies  ,  &  infulter  à  fa  dilgra- 
ce  ,  difant  qu'il  ne  follicitoit  la  ccnture 
de  Becanus  dans  la  Faculté  de  Théologie, 
que  pour  relever  fon  parti  ,  &  y  entrete- 
nir toujours  les  intelligences  ,  &  fes  an- 
ciennes habitudes.  S'il  y  avoit  de  la  louange 
ou  du  blâme  à  recueillir  de  cette  adion. 
le  tout  étoit  de  Filefac  ,  qui  avoit  forme 
les  plaintes  &  la  requifîtion  neceifaire  en 
Sorbonne ,  fans  que  Richer  fe  fût  mclé  de 
rien.  Mais  les  Jefuites  eurent  la  bouche 
fermée  ,  quand  ils  virent  le  méchant  Li- 
vre de  leur  Confrère  condamné  à  Rome 
par  un  Décret  que  l'Inquiiition  avoit  don- 
né dès  le  3.  de  Janvier  :  Décret  qui  pré- 
vint &  empêcha  celui  de  la  Sorbonne  de 
paroître  ,  &  qui  avoit  été  follicité  par  le§ 
partifans  de  la  Cour  de  Rome  même,  & 
les  amis  des  Jefuites  en  France ,  pour  faire 
voir  que  le  Pape  ne  prétend  pas  autorifer, 
ou  fouffrir  des  fentimens  fi  injurieux  aux 
PuiiTances  feculieres ,  fous  prétexte  de  re- 
haulfer  la  lienne  ;  &  pour  montrer  en  mê- 
me temps  que  le  faint  Perefçavoit  recon-  ; 
noître  la  coniideration  que  la  Cour  de 
France  avoit  eue  pour  Sa  Sainteté  dans  la 
dellitution  de  Richer. 
Efïortsde  L'entreprife  de  Filefac  &  de  Duval  pour 
ïilefac  6c  changer  l'ordre  établi  en  Sorbonne ,  &  re- 
de  Duval-nouvellcr  la  Faculté  de  Théologie  en  fa-»/ 
pour  dé-  veqj:  de  la  Congrégation  des  Prêtres  dç 


d'Edmond    Riche  r.    183 

rOratoire,caufa de  nouveaux  troubles  qui — « 

firent  fortir  Richer  du  port  où  il  croyoit     1613. 
être  après  fa  démifTion  ,  pour  s*expoier  à  truîre  le 
des  autres  tempêtes.  Robert  de  Sorbonne,  statut 
Fondateur  de  la  Mailon&  du  Collège  de  tbnda- 
ce  nom  à  Paris ,  avoit  ordonné  que  cet  Eta-  mental 
bUffement  feroit  pour  les  pauvres  étudians  de  laSor- 
en  Théologie,  &  qu'on  Tappelleroit  la  Mai-  bonne  , 
ion  des  pauvres  Ecoliers  de  Sorbonne ,  lieu  rendus 
de  fa  naifîance.    Il  avoit  voulu, en  confe-  i"»^itiles 
quence  de  fon  Inftitution ,  que  le  droit  de  Pj^^'  ^'- 
Societé  de  cette  Maifon  fût  conféré  feu-  ^     l.^ 
lemcnt  à  ceux   qui  auroient   enfeigné  un  ?^    I", ^ 
Cours  de  Philofopie  dans  l'Uni verlîté  de  ^^^^^  ^^' 
Paris  ,  &  qui  feroient  véritablement  pau- 
vres. 

Filefac  ,  appuyé  de  Duval ,  voulut  em- 
ployer fon  indulhie  &  fon  crédit  pour  ab- 
roger cette  pratique,  qui  avoit  été  invio- 
lablement  obfervée  depuis  le  temps  de  ce 
Fondateur.  Il  tâcha  de  faire  en  forte  qu'on 
n'exigeât  plus  la  condition  d'avoir  enfei- 
gné la  Philofophie,  pour  faire  entrer  dans 
le  droit  de  cette  Société  ;  de  plus  ,  que 
tous  les  Dodeurs  &  Bacheliers  en  Théo- 
logie, qui  s'écoient  mis  en  l'Oratoire  dans 
la  Congrégation  de  Pierre  deBerulle,  puf- 
fent  retourner  en  la  Faculté  de  Théolo- 
gie &  en  la  Maifon  de  Sorbonne, avec  le 
même  droit  qu'ils  avoient  avant  d'être  en- 
trez dans  cette  Congrégation. 

Pour  y  parvenir,  il  propofa  dès  le  com- 
lïiencement  de  l'an  161 3.  à  ceux  de  la  So- 
ciété de  Sorbonne  de  vivre  en  commun, 
à  l'imitation  des  Prêtres  de  la  nouvelle 
Congrégation  de  l'Oratoire  ,  &  de  payer 

M  iiij 


ï84  L  A    V  I  E 

- — ^—  chacun  quarante  écus  de  penlïon  pour  cet' 
1613.  effet.  L'aifaire  fut  conclue  à  la  pluralité 
des  fuffrages ,  en  laiffant  néanmoins  la  lî-» 
berté  à  qui  vpudroit  ,  de  ne  point  entrer 
dans  ce  genre  de  vie  en  commun.  Le  pe^, 
tit  nombre  qui  s'oppofa  à  cette  refolutiori 
fut  appelle  allez  mal-à-propos  le  parti  des 
Richerirtes. 

Cette  conduite  injurieufe  obligea  Richer 
de  faire  quelques  reflexions  fur  la  propo- 
fîtion  deFilefac:&  après  avoir  mûrement 
confîderé  fes  confequences  ,  il  remontra 
dans  rAlfemblée  de  Sorbonne  ,  que  puis- 
que ces  nouveautez  étoient  diredemenç 
contraires  à  la  loi  fondamentale  de  la  Mai- 
fon  ,  &  à  rinftitut  du  Fondateur  ,  elles 
ne  pouvoient  manquer  d'être  fufpedes  5 
que  Robert  de  Sorbonne  ayant  bâti  une 
Maifon  pour  les  pauvres  qui  érudioient 
dans  rUniveriné,  avoit  lailîe  à  chacun  la 
liberté  de  vivre  ,  &  d'épargner  fa  dépenfe 
comme  bon  lui  fembleroit  ;  perfuadé  que 
les  pauvres  n'ont  pas  de  revenus  plus  af- 
fûtez que  leur  épargne  ;  &  que  ce  feroit 
leur  fuggerer  un  moyen  innocent  d'amaf- 
fer  ce  qui  leur  feroit  necelfairepour  ache- 
ver leurs  Etudes  en  Théologie;  quelapen- 
fion  de  quarante  écus,  que  l'on  propofoit 
pour  vivre  en  commun  ,  fenibloit  n'ctre 
imaginée  que  pour  exclure  les  pauvres  de 
la  Maifon  de  Sorbonne,  &  n'y  admettre  - 
que  les  riches,  qui  auroient  encore  au  moins 
une  fois  autant  de  revenu  pour  le  relie  dé 
leur  entrelien, &  les  fraix  du  Cours  deTheo- 
logie  ;  que  pkilieurs  de  ceux  qui  étoient 
maintenant  de  cet  avis ,  dévoient  conliderer 


d'Çd^^ond    Ri  cher.     i8f 

que  jamais  ils  n'auroient  pu  entrer  dans  la , 

Société  de  Sorbonne,  li  ce  nouveau  Re-  1613. 
glement  avoit  été  établi  au  temps  de  leur 
réception  ;  que  pour  fon  particulier ,  il  a- 
vouoit,fans  rougir,  qu'il  n'eût  pu  y  avoir 
part,  &  qu'il  ibuhaitoit  autant  de  iinceri- 
té  &  de  bonne  foi  dans  les  auteurs  de  ces  ' 
nouveautez  ;  que  fuivant  l'opinion  reçue 
parmi  les  hommes ,  qui  vu  les  moyens  qui 
fervent  à  acquérir  leschofes,  vûaufll  ceux 
qui  fervent  à  les  conferver,  la  Maifon  de 
Sorbonne,  aufli-bien  que  l'Eglife  dejefus- 
Chrill,  avoit  été  premièrement  fondée, & 
enfuite  confervée  par  les  pauvres  ;  que  la 
difcipline  n'avoitpas  d'obfervateursplus  fi- 
dèles &  plusexads  que  les  pauvres;  &que 
la  plupart  des  relâchemens  ne  venoient 
que  des  riches ,  à  qui  les  commodités  four-  • 
nifTent  toujours  mille  prétextes  de  fe  dif- 
penier  delà  règle;  que  l'on  prendroit  bien- 
tôt l'occafion  du  défaut  de  fujets  deTUni- 
veriité  quieufTent  de  quoi  fournira  lapen- 
^on ,  pour  en  admettre  de  dehors  &  rem- 
plir la  Maifon  de  Gens  de  qualité,  ou  de 
perfonnes  accoutumées  à  la  vie  des  Grands, 
&  aux  manières  de  la  Cour  ;  qu'à  la  véri- 
té les  auteurs  de  ces  nouveautés  laifToient 
à  la  difpolition  des  particuliers  d'embraf- 
fer  ce  genre  de  vie  commune  ,  moyennant 
la  penlion ,  ou  de  demeurer  comme  aupa- 
ravant :  mais  que  cette  liberté  fe  trouve- 
roit  bientôt  en  neceffité  de  fe  conformer 
aux  autres  ,  pour  n'écre  pas  méprifes  de 
ceux  qui  feroient  meilleure  chere,&  feroient 
mieux  entretenus  ;  que  ce  feroient  des  four- 
ee$  inépuifables  de  jaloufie  ,d'animoIicé  (5c  ^ 


iS6  La     Vie 

■ — • demédifance,jurqu'à  ce  que  tout  fût  réduit 

1613.  dans  Tuniformité  ;  &  qu'auffi-tôt  que  tout 
feroit  uniforme ,  refprit  de  domination  en- 
treroit  dans  la  Communauté ,  avec  cet  au- 
tre efprit  dangereux  ,  qu'on  appelle  ordi- 
nairement Ejpriù  de  fociete\  &  qui  infeéle 
,  fouvent  les  meilleures  intentions  de  ceux 
[ui  croyent  ne  fonder  qu'à  la  gloire  de  Dieu 
à  leur  falut.  Qu'il  appercevoit  bien  le 
piège  qu'on  tendoit,  fous  les  belles  appa- 
rances  de  nouveaux  Reglemens ,  à  ceux  qui 
s'attacheroient  aux  anciennes  Conftitutions 
du  Fpndatcur  :  mais  que  le  moyen  défai- 
re fublirter  la  Maifon  dans  fa  vigueur  <Sc 
dans  fa  gloire  entière  ,  ctoit  de  fuivre  les 
maximes  &  les  pratiques  des  Anciens,  com- 
me on  le  difoit  de  la  Republique  Ro- 
piaine. 

Le  préfentiment  de  Richer  fut  bientôt 
fuivi  de  tout  ce  qu'il  appréhendoit.    Dès 
le  mois  de  Février  Filefac  &  Duval  per-  - 
fuaderent  qu'il  ctoit  de  la  grandeur,  &  de 
la  dignité  de  la  Sorbonne  de  ne  plus  ob- 
ferver  le  Statut  par  lequel  on  ctoit  obligé 
de  régenter  un  Cours  de  Philofophlie,  pour 
obtenir  le  droit  de  la  Société;  que  cetaf-^ 
fujetiileiVient   rebutoit   la  plupart  des  pcr- 
fonnes  de  qualité, qui  fans  cela  fe  feroient 
honneur  d'être  dé  la  Maifon  &  de  la  So- 
ciété de  Sorbonne ,  qui  en  releveroient  l'é- 
clat par  leur  diitinélion  ,  &  l'appuyeroient  , 
par  leur  crédit  auprès  du  Roj  &  des  Grands. 
Duval,  qui  étoit  naturellement  chaud,  ôc  ■ 
beaucoup  moins  dilîlmulé  que  Filefac ,  di- 
foit fouvent,  que  ce  Statut  étoit  caufeque 
la  Maifon  de  Sorbonne  n'étoit  remplie  quç 


d'Edmond  Richer.     187 

jde  pedans  ,  &  qu'il  n'ctoit  bon  qu'à  en  ex — * 

dure  les  honnêtes  gens»  1613. 

C'étoit  le  prétexte  de  rabrogation  ;  mais 
le  véritable  inoiif  de  ces  deux  Dodeurs, 
&  de  leurs  adherans,étoit  de  détruire  Tan- 
cicnne  dodrine  dcSorbonne,dont  ilsfça- 
voieiit  qu'il  y  auroit  toujours  de  courageux 
dérenfeurs  dans  la  Mailbn ,  tant  qu'on  con- 
ferveroit  Teiprit  du  Fondateur ,  &  ce  point 
principal  de  l'ancienne  difcipline.  Ils  ju- 
gcoient  que  fî  l'on  pouvoit  venir  à  bout  de 
faire  recevoir  inditîeremment  dans  cette 
Mailbn  d'autres  perfonnes  que  celles  qui  a- 
voient  été  élevées  dans  les  maximes  de  l'U- 
niverlité,il  feroit  facile  de  faire  le  renou- 
vellement de  la  Sorbonne,  tel  que  Filefac 
Tavoit  fait  etperer  de  fon  Syndicat  au  Non- 
ce &  aux  Cardinaux,  &d'y  établir,  en  fa- 
veur de  la  Cour  de  Rome,  l'uniformité  de 
fcntimens  touchant  la  Puillance  du  Pape. 

Ils   commencèrent  leurs  entreprifes  par 
faire  recevoir  dans  la  Faculté  Henri  Boif- 
vin,   Neveu  de  l'Evêque  d'i.\vranches  *,    *  pen- 
quoi  qu'il  n'eût  point  enfeigné  la  Philo-  card, 
fophie ,  félon  qu'il  étoit  prefcrit  par  les  Sta- 
tuts. Quoique  la  pluralité  des  fuftrages  eut 
prévalu  fur  ceux  qui  étoient  de  l'avis  con- 
traire ;  il  fe  trouva  néanmoins  trois  Doc-  *Jacques 
deurs  *  des  plus  graves  ,  &  des  plus  con-  Juiuii, 
liderez  ,    mais  du  nombre  de  ceux  qu'on  .Teome 
appelloit  Richenftes  ,   qui  s'y  oppoferent  Parent, 
juridiquement.    Ils  pourfuivirent  leur  op-  Ui-bam 
polition  devant  le  Magilbat  politique,  fans  Gamier. 
•fefoucier  des  menaces  qu'on  leur  tit  faire 
de  la  part  des  Puiifances.  Filefac  &  Du- 
yal  appréhendant  l'intégrité  du  Parlement, 


i88  La     Vie 

'■■  qui  ne  leur  avoit  pas  paru  favorable  en  tout 

1613,  ce  quils  avoient  fait  contre  Richer  trou- 
vèrent moyen  de  décliner  la  Juftice  ,  & 
d'évoquer  la  chofe  au  Confeil  devant  le 
Chancelier.  Ils  perdirent  leur  caufe,laloî 
fondamentale  de  la  Maifon  de  Sorbonne 
fut  confirmée,  &  les Richeriftes  firent  éva- 
noiiir  les  projets  de  Fîlefac. 
IV.  L'autre  eÔbrt  que  fit  le  Syndic  pour 

Autre  ef-  faire  réuffir  fon  grand  deffein  ,  étoit  Tin- 
fort  pour  trodudion  des  Prêtres  de  l'Oratoire.  II 
introdui-  s'agifîoit  de  faire  en  forte  que  les  Dodeurs 
p^  /^^  &  les  Bacheliers  en  Théologie,  qui  étoienf^ 
deY'O^-  ^^^^^'^  ^^^^  ^^^^^  Congrégation  ,  fulient 
toire  ^'^"  ^o^^^rvez  dans  le  Corps  de  l'Univerlité, 
dans  la  ^  qu'ils  fuffent  reçus  dans  la  Faculté 
Faculté.  ^^  Théologie ,  &  dans  la  Maifon  de  Sor- 
Remo  *  ^^"^^  '  ^^^^  ^^^  mêmes  droits  &  les  mê- 
trance  d'e  ^^^  avantages  qu'auparavant.  Duval  s'é- 
Richer  ^^'^  J^^^^  ^^^"  avant  dans  les  intérêts  de 
contre  ^^^^^  Congrégation ,  tant  par  l'inclination 
ÇU.X,  qu'ils  faifoient  paroître  pour  les  nouveau- 

te2,que  par  l'amitié  particulière  qui  leté- 
noit  lié  avec  Pierre  de  Beruile,  Auteur  de 
cet  Inltitut.  La  Compagnie  des  Jefuites^ 
qui  auparavant  étoit  l'objet  de  toute  fon 
eftime&de  toute  fa  tendreliè,  fembloit  ne 
'  lui  être  plus  de  rien  au  prix  de  cette  nou- 
velle Congrégation.  Non  content  de  l'é-  i 
lever  au-dellus  de  la  Société  de  Loyola , 
il  excitoit  encore  les  Dodeurs  &  les  Ba- 
cheliers à  s'y  retirer,  il  fit  même  compli- 
ment à  Richer  de  lui  dire,  qu'il  faifoit  des 
prières  à  Dieu ,  qu'il  rinTpirât  d'embralier 
cet  Inftitut  ;  que  plus  de  douze  perfonnes 
<ie  la  Faculté  s'y  ctoieut  déjà  rendues ,  & 


d'Edmond    Ri  cher.    i8p 

que  bientôt  il  y  en  auroit  plus  de  foixan- 
te ,  tant  de  la  Maifon  de  Navarre ,  que  de 
celle  de  Sorbonne ,  parce  qu'ils  efperoient 
qu'on  leur  conferveroit  toujours  leurs 
droits  dans  la  Faculté  ,  &  dans  les  Mai- 
fons  dont  ils  ibrtoicnt  pour  entrer  à  i'O- 
ratoire. 

Filefac  de  fon  côte  avoit  promis  à  TE- 
vcque  de  Paris  ,  qui  étoit  Protedeur  de 
la  Congrégation ,  que  dans  lesiix  premiers 
mois  de  Ion  Syndicat  il  feroit  recevoir  les 
Prêtres  de  l'Oratoire  dans  la  Faculté  :  Ôc 
fur  un  bruit  qui  s'étoit  répandu  que  plus 
de  foixante  Dodeurs  dévoient  fe  ranger 
fous  la  difcipline  de  BcruUe  fur  la  fin  de 
l'année  ,  on  propofoit  déjà  chez  i'Evéquc 
de  prendre  la  Maifon  de  Sorbonne  pour 
leur  fcrvir  de  Séminaire  &  de  Convent. 

Ceux  qui  étoient  entrez  à  l'Oratoire 
l'an  1612.  commencèrent  au  mois  d'Avril 
&  au  mois  de  May  de  1613.de  venir  aux 
Ades  de  Théologie  ,  pour  s'infmuer  ,  & 
!  s'incorporer  de  nouveau  à  la  P^aculté.  Ils 
y  furent  reçus,  contre  l'avis  deRicher,par 
on  A6te  du  17.  de  May,  après  avoir  dé- 
claré dans  l'Interrogatoire  des  Députez  de 
TAllemblée ,  ^«'/7j  étotentfeculiers  ,  ^  nort 
réguliers  ;  qu'ils  n*  étoient  liez  par  aucun  vœu^ 
qu'ails  iJ^avotent  ni  Règles  nt  Statuts  écrits  ; 
qu'ails  ïiivotentfous  l'*ûhéijj'ance  d'un  Supérieur 
par  ufage  feulement  ;  ^  qu^il  n^y  avoit  rien 
qui  les  empêchât  déporter  dans  leur  Congre^ 
gation  toutes  les  Charges  de  la  Faculté. 

Richer  n'iniilla  pas  long-temps  fur  l'im- 
portance&fur  la  folidité  des  raifons  qu'il 
alleguoit  pour  empêcher  la  Faculté  de  le» 


i^  L  A    V  I  E 

^--i——  recevoir  fans  une  Airemblée  générale  dé 
jCiS.  toute  rUniverlité,& fans  un  engagement 
particulier  du  Supérieur  de  la  Congréga- 
tion pour  ceux  qu'on  recevroît  ;  mais  il 
n'en  parut  pas  mieux  intentionné ,  ni  plus 
favorable  aux  Prêtres  de  l'Oratoire,  con- 
tre rinftitut  defquels  il  s'ctoit  peut-tcre 
trop  facilement  laifle  prévenir.  La  Mai- 
fon  de  Navarre,  par  une  jaloufie  intcref- 
fée  contre  celle  de  Sorbonne,favorifa  cc«î 
Pères  de  toutes  fes  forces  ,  dans  l'inten- 
tion d'humilier  fa  rivale,  &  d'avancer  fa 
ruine,  que  plufieurs  jugeoient  attachée  à 
ce  changement  qu'on  y  introduifoit.  Les 
Moines  Mendians  de  leur  côté  ,  &  prin- 
*  cipalement  les  Jacobins  ,  publièrent  d'un 
air  moqueur  ôr  infiiltant, qu'enfin  lesSor- 
bonifies  avoient  rencontré  leurs  Reforma- 
teurs comme  les  Moines.  Richer  ,  à  qui 
s'adrefToient  ces  reproches ,  comme  au  plue 
fenfible  ,  répondit  que  les  nouveaux  Reli- 
gieux ne  trouveroient  que  trop  à  reformer 
dans  les  anciens  Ordres  ;  &  que  puifqu'ils 
ne  vouloient  pas  fouffrir  que  leurs  Novi- 
ces ,  ou  ceux  qu'ils  recevroient  de  nouveau,- 
fe  mêlaiïent  dans  les  Univerlitez  ,  &  y  prif- 
fent  des  Degrcz ,  c'étoit  un  préjugé  fuffi- 
fant  pour  tuire  croire  que  cela  n'étoit  pas 
compatible  avec  leur  régularité. 

Il  étoit  fî  perfuadéde  ce  qu'il  avançoit^ 
qu'il  fe  crut  obligé  de  reprendre  les  pen^ 
fées  d'oppoiiiion  qu'il  avoir  déclarées  dans 
la  dernière  Alfemblée  :  mais  voyant  qu'il 
ne  falloit  rien  attendre  de  la  Faculté  de 
Théologie ,  à  caufc  des  fa6lions  qui  la  di- 
YÎfoieiit ,  il  eut  recours  au  Redeur  de  l'U- 


d'Edmond    Ri  cher.     ïpî 

tliverlité ,  Jean  Saulmoiit ,  &  lui  confcilla 
d'airemblcr  les  trois  autres  Faculteï.  Le 
Relieur  fuivit  cet  avis.  Richer  voulut  le 
trouver  à  rAflcmblée ,  &  il  y  remontra  que 
depuis  la  première  tbndation  de  TUnivcr- 
fité  ,  il  ne  s'étoit  point  encore  prélenté 
d'Ordre  ou  de  Compagnie  qui  fût  tant  à 
craindre  pour  elle  que  celle  des  Prêtres 
de  rOratoire  :  parce  que  les  autres  étant 
Religieux  ,  &  liez  par  des  vœux  ,  lailîbient 
ceux  de  i'Univeriité  dans  la  liberté  entiè- 
re de  leurs  fondions fcholan:iques,& dans 
la  polîëfTion  des  Emplois  ou  Bénéfices  ec- 
cleliaitiques  ;  mais  que  les  Compagnons 
deBêrulle,faifant  une  nouvelle  elpece  de 
Congrégation  ,  qui  ne  differoit  pas  des  Pré-» 
très  ïeculiers ,  pouvoient  tenir  toutes  fortes 
de  Bénéfices  &  deDignitez  eccleliafiiques, 
&  les  Charges  des  Collèges  de  l'Univerfi- 
té ,  fans  dillindion ,  ni  exception  ,  pour  en- 
feigner  la  JeunefiTe  ,  d'où  il  arriveroit  in- 
failliblement que  l'Evéque  de  Paris,  leur 
Protedeur,  &  les  autres  Prélats ,  fous  l'o- 
bciirancc  defquels  ilsfaifoientprofclfionde 
vivre  ,  en  gardant  le  droit  commun  ,  ne 
prendroient  plus  des  Penitenciers,desTheo- 
logaux,  des  Curez,  des  Grands-Maîtres, 
des  Provifeurs,des  Principaux  des  Collè- 
ges ,  des  Regens,  des  Adminiftrateurs  d'Hô- 
pitaux ,  &  des  Dircdeurs  de  Communau- 
tez  que  de  leur  Congrégation.  Que  cette 
Inllitution  de  l'Oratoire  paroilFoit  faite  pour 
ravir  aux  pauvres  qui  travailioientdans  l'U- 
niverfité ,  ce  que  l'avidité  des  Jcfuites  leur 
avoit  lailfé  à  glaner  ;  &  qu'il  ieroit  facile 
à  BeruUc  de  Vemparer  de  la  Maifoa  de 


1613. 


ïpi  L  A      V  I    E 

^_- —  Sorbonne  &  de  toute  TUniverfité,  ce  qui 
1613.  i^'^voit  pas  été  polîible  aux  Jefuites;  que  cet- 
te Congrégation  ,qui  s'étoitjettée  entre  les 
bras  des  feuls  Evéques,pour  avoir  leur  fa- 
veur ,  étant  entrée  dans  TUniverfité  ,  ne 
manqueroit  pas  de  travailler,  au  préjudice 
de  l'autorité  du  Roi,  pour  établir  l'exem- 
ption que  les  Ecclefialb'ques  précendoient 
avoir  de  la  puifTance  du  Magiftrat  politique, 
conformément  à  la  Bulle  Incœna  Domim^ 
à  ^uoi  buttoient  plufieurs  Prélats  ,  partifans 
de  la  Cour  de  Rome  ;  que  pour  empêcher 
BeruUede  faire  de  plus  grands  progrés,  il 
falloit  s'oppofer  a  fes  entrepriiés ,  &  ordon- 
ner d'abord  que  la  Faculté  de  Theolègie', 
ou  aucune  autre  Faculté  de  l'Univerfité 
ne  pût  féparement  délibérer  fur  la  réception 
des  Prêtres  de  l'Oratoire  ;  &  fommer  la  Fa- 
culté de  Théologie  de  fe  joindre  aux  trois 
autres ,  &  au  Re6teur,  pour  agir  de  concert. 
Sur  cette  remontrance  de  Richer,  le  Rec- 
teur &  les  principaux  fuppôts  de  l'Univer- 
fité firent  le  30.  May  une  conclulion  qui  fut 
portée  par  le  Redeur  même  à  l'Afîcmblée 
delà  Faculté  de  Théologie  le  i.  Juin  fui- 
vant ,  pour  être  lue  en  Sorbonne.  Mais  il 
y  fut  fiffié ,  chargé  d'injures  &  de  huée  par 
les  vénérables  IJodeurs ,  &  traité  avec  tant 
d'infulte  &  d'indignité ,  qu'il  fut  obligé  de 
fe  retirer  de  l'AlIemblée  fans  rien  faire.  Le 
Parlement  lui  fit  faire  une  réparation  pu- 
blique dans  l'Alfemblée  du  i. Juillet,  &  dans 
la  grande  Chambre  même,  en  plein  Palais  ; 
mais  au  lieu  de  lui  permettre  de  propofer 
de  vive  voix  en  Sorbonne  ce  qu'il  avoità 
dire  au  nom  de  l'Univerlité  ;  il  ordonna  1 

contre 


d'Edmond  RrcHER.     ipj 

contre  Tordinaire,  qu'il  le  fcroit  par  écrit:  —     ■     ■ 
ce  qui  fc  failbit  pour  favoriler  les  Prêtres     1613. 
de  l'Oratoire  ,  dont  Tlndituteur  étoit  Be- 
rulle,  neveu  du  Fréiident  Seguier ,  &  ami 
de  beaucoup  de  Gens  de  la  Robe. 

On   voyoit  avec  peine  en  Sorbonne  le  Crédit  dd 
crédit  qu'avoit   Richer   dans   rUniveriîtc.  Richer 
On  remarquoit  que  tous  les  Redeurs  lue-  dans  l'U- 
celfivement ,  &  les  autres  Suppôts  avoient  niverfuc. 
une  entière  contiance  en  lui ,  &  qu'ils  fe 
fervoient  de  les  contcils  dans  toutes  les  af- 
faires qui  fe  prc'fentoient.  rilefac&Duval, 
refolusavec  ceux  de  leur  cabale  de  détrui- 
re abfolument  cette  correfpondance,  folli- 
citerent  les  Grands  pour  faire  en  forte  qu'à 
l'avenir  on  ne  prît  plus  perfonne  de  ceux 
qui  pouvoient  être  fufpcCts  de  relation  avec 
Richer,  pour  êtreReèteur  de  l'Univerlité. 
On  fçavoit  que  c'étoit  lui  qui  gouvernoit 
Saulniont,&  on  employa  tous  les  moyens 
poifibles    l'empêcher  qu'il  ne  foit  continué 
dans  le  Redorât  des  quatre  Nations.  Cel- 
le de  France ,  gagnée  par  les   artifices   de 
Gondy  ,  Doyen  de  l'Eglife  de  Paris ,  frère 
de  l'Evêque,  deFilefac  &  deDuval  ;  celle 
d'Allemagne,corrompuè  par  l'argent  qu'on 
fitdiltribucr  parles  foins  du  Nonce  Ubal- 
din  aux   Pi  b.  mois  &  Ecolfois ,   dont  elle 
étoit  prcfquc  toute  compofée.  L'une  &  l'au- 
tre Nation  s'oppoferent  par  leurslntrans  à 
la  continuation  de  Saulmont,  &  nommè- 
rent pour  Redeur  Jean  Joli ,  premier  Agent 
du  Collège  de  Navarre  ,  alleguans  qu'il 
lalloit  maintenir  l'Univerfité  dans  la  foû- 
milPion  au  Pape ,  dont  Richer  la  détour- 
iioit  par  fes  Emilfaires.  Celles  de  Picardie 

N 


194  L  A     V  I  E 

<5c  de  Normandie  tinrent  bon  pour  Saul- 

i6  I  .  mont.  La  divilion  des  Intrans  étoit  égale; 
il  fallut  plaider  devant  le  Prévôt  de  Paris, 
qui  jugea  en  faveur  de  Saulmont. 

On  regarda  ce  gain  comme  une  vidoire 
remportée  par  le  parti  de  Richer.  Saulmont 
entra  comme  triomphant  le  premier  jour  de 
Juillet  dans  rAflemblée  de  Sorbonne,  où 
il  obligea  Filefac  à  exécuter  TArreft  du 
Parlement  du '26.  Juin,  qui  ordonnoit  ré- 
paration des  injures  qu'il  avoit  reçues 
dans  le  même  lieu  un  mois  auparavant.  Ce 
Dodeur  en  couçut  tant  de  chagrin ,  que 
Pileiac  voyant  d'ailleurs  tous  fes  artifices  décou- 
verts &  traverlez  par  Richer  ,  il  fe  dé- 
mit publiquement  du  Syndicat  dans  la  mê- 
me Aflèmblée,  avant  que  la  première  an> 
née  de  fon  emploi  fût  achevée. 

La  fatisfadiondesRicheriftes  fùtunpea 
modérée  par  l'Evêque  d'Orléans ,  qui  en- 
tra en  même  temps  en  Sorbonne  avec  des 
Lettres  de  Cachet  pour  faire  recevoir  les 
L)o6teurs  qui  s'étoient  rendus  de  la  Con- 
grégation de  l'Oratoire. 

Après  que  ce  fçavant  Prélat ,  qui  étoit 
lui-même  de  la  faculté,  &  de  la  Maifon 
de  Sorbonne  ,  eut  parlé  dans  rAfTemblée 
pour  cxpofer  la  volonté  du  Roi  ;  Richer 
prit  la  parole,  &  fit  un  grand  difcours  pour 
y^  lui  découvrir  tous  les  inconveniens  qui 
nicher  pouroient  fuivre  de  la  réception  des  Prê- 
tres de  l'Oratoire  dans  la  P'aculté ,  &  lui. 


rin'.tc    1 
Syndicat 


oie 


Let-    pcrfuuderque  les  Lettres  de  Cachet  ne  dé- 
voient pas  empêcher  l'exécution  de  l'Ar- 
:t      rcltdu  26.  Juin,  qui  ordonnoit  queleRec- 
c;.l:  ou'ô-  leur  de  rUniverfité  <Sc  la  Faculé  de  Thea- 


r  --s  de 


d'Edmond   Ri  cher,    ipf 

logîe    produiroient   leurs  moyens   par  c-  —*—-«. 
crit ,  &  que  la  Cour  enjugeroir.  Il  lui  re-     i6ia. 
montra  de  plus  que  la  Faculté  étant  ac-  i^QJ^nf  j^ 
tuellement  fans  Doyen  &  fans  Syndic  ,  par-  lecevoir 
ce  que  Roguenaut;  &  Filefac  venoient  de  \ç^  p^^. 
fe  retirer,  elle  ne  pouvoit  légitimement  dé-  très  de 
libérer  fur  fa  propoiîtion.  l'OratoI-*' 

Richcr  n'eut  pias  plutôt  achevé  de  parler,  re. 
qu'une  grande  partie  des  Doélcurs ,  ôc  fur- 
tout  les  Moines,  fc  mirent  à  crier  contre  lui, 
Tappellant  rebelle  &  criminel  de  leï.e-Ma- 
jelié  ,  pour  ne  vouloir  point  obéir  aux  Let- 
tres de  Cachet  ,  &  au  commandement  du 
Roi.  Comme  il  vouloit,  &  cherchoit  ^  fe 
fauver  de  la  prcfle  ,  quelques  Dodturs 
Mendians  voulurent  fe  jetter  fur  lui  pour 
l'outrager  :  mais  l'Evêque  d'Orlcans  les 
retint, difint  que  Richer  étoit  un  homme 
de  bien ,  &  de  trcs-bon  fens ,  Ttr  boi^us  ^ 
acerrimi fcnfus .V\Xi.{\Q\xxs  quittèrent  les  rangs 
pour  aller  confolei;  Richer,  qui  étoit  vers 
la  porte  de  la  Salle,  &  lui  faire  part  du  bon 
témoignage  que  le  Prélat  venoit  de  lui  ren- 
dre. Duval  ,  qui  l'auroit  crû  }  fut  de  ce 
nombre,  &  tâcha  d'adoucir  fon  efprit  pour 
les  Prêtres  de  l'Oratoire,  p^ous  jçavez ,  lui 
dit  Richer,  que  je  n^nvifûge  que  le  Lien 
fuhlîc  ;  maïs  dans  feu  â'^années  vous  juge^ 
rez  autreme'/ît  que  vous  ne  faites  mainte^ 
fiant  de  la  Congrégation  de  V Oratoire ,  ^« 
faveur  de  laquelle  vovs  caufez  tant  de  def- 
ordres  par  vos  briques.  Duval  fe  fouvint 
{\iL  ans  après  de  la  vérité  de  cette  prédic- 
tion ,  lorfque  pour  blâmer  l'ambition  qu'il 
attribuoit  à  Berullc,  il  dit  qu'il  avoit  pris  un 
autre  vol  qu'il  ne  fe  s'étoit  imaginé. 

N  ij 


ip6  L  A     Vi  E 

Quoique  la  plupart  des  Dofteurs  du  par- 

16x3.  ti  de  Richer  fe  tuflcnt  retirez  de  l'AlTem- 
blée  avec  le  Doyen  &  le  Syndic,  pour  n'ê- 
tre pas  préfcns  aux  violences  qu'on  alloit 
commettre;  ceux  qui  ctoicnt  reliez,  quoi 
qu'en  petit  nombre  ,  entreprirent  hardiment 
la  défenfe  de  la  liberté  de  l'Ecole  :  de  for- 
te que  la  voyant  opprimée  par  le  nombre 
des  Dodeurs  qu'on  avoir  fait  venir  extra- 
ordinairement  de  diverfes  Provinces  ,  par- 
mi lefquels  on  comptoir  vingt  Mendians; 
ils  s'oppoferent  à  la  conclulion  que  l'E- 
véque  d'Orléans  ,  porteur  des  Lettres  de 
cachet ,  avoit  di6lée  mot  à  miOt  au  préten- 
du Doyen  Burlat ,  Theogal  de  fon  Egiife, 
qu'on  avoit  fait  venir  d'Orléans  aux  dé- 
pens du  Clergé  ,  pour  préiider  à  la  place 
de  Roguenaut. 

Burlat  ,  à  la  follicitation  de  fon  Evé- 
que  ,  ne  laiffa  pas  de  réitérer  fa  conclu- 
iion  malgré  l'oppofition  formée.  C'eft  ce 
qui  porta  le  E^edeur  del'Univerlitéde  prç- 
fenter  Requête  à  la  Cour  en  fon  nom ,  6c  en 
celui  des  trois  Facultez  ,  pour  remontrer  la 
nullité  de  tout  ce  qui  s'étoit  palié  dans 
l'AlIemblée  de  la  Faculté  de  Théologie 
le  X.  Juillet.  Ses  raifons  furent  écoutées, 
&;  fa  Requête  reçue  au  Parlement  le  13» 
du  même  mois,  il  plaida  lui-même  lacau- 
fç  deux  jours  après  dans  la  grande  Cham- 
bre, &  les  conclulions  de  l'Avocat  Gene- 
ral Servin  lui  furent  entièrement  favora- 
bles :  mais  le  Fréiident  Seguier  ,  que  le 
Rcdeur ,  accompagné  des  Suppôts  de  TU- 
iiiverliié,  avoit  fupplié  dans  toutes  les  for- 
mes de  vouloir  s'abflcnir  de  counoîire  de 


d'Edmond    Ri  cher.    197 

cette  ntîiiîre  ,  parce  que  ion  neveu  de  Be 

rulleyctoit  trop  intcrefic  ,  &  qui  avoit  net-     1613. 
tement  retate  d'arquiefcer  à  la  recufation, 

r  appointer  la  caufe  au  Confcil  ,  toute 
claire  &  toute  jiilie  qu'elle  étoit  ;  ^  pour 
la  raiiîcr  périr  par  la  longueur  des  délais, 
il  lui  fit  donner  pour  Rappoteur  un  Con- 
feiller  nommé  Pelletier  ,  duquel  il  étoit 
perfuadé  qu'il  ne  fgroit  pas  poffiblc  d'avoir 
julHce. 

Ce  fat  alors  que  Richer ,  dont  le  Rec- 
teur &  les  Suppôts  de  l'Univcrlité  n'avoient 
été  que  les  minilhes  dans  toute  cette  aliai- 
rc  ,  voyant  le  crédit  que  Berulle  avoit  au 
Parlement  &  au  Confeil  du  Roi ,  commen- 
ça à  defefperer  du  iuccès,  &  en  abandon- 
na entièrement  la  pourluite.  Il  crut  nean-  ♦ 
moins  n'avoir  pas  perdu  fes  peines ,  en  ce 
qu'il  fit  ouvrir  les  yeux  à  plus  de  foixante 
Docteurs  ou  Bacheliers  amateurs  de  nou- 
vo.uite'z  ,  qui  dévoient  fe  rendre  à  l'Ora- 
toire, dans  l'efperance  de  jouir  toujours 
des  droits  de  leur  Dodorat ,  &  des  privi-  ^ 
legcs  de  l'Univeriité  ,  &  qui  changèrent 
derelblutionà  la  vue  des  ditîicultex  qu'ils 
trouvèrent  dans  cette  afi^aire.  Voila  quelle 
fut  la  véritable  câufe  de  l'averlion  mutuel- 
le qui  parut  entre  Berulle  &  Richer ,  &  que 
les  difciples  du  premier  entretinrent  juf- 
qu'à  fa  mort  ;  après  quoi  les  plus  habiles 
d'entre  eux  ne  manquèrent  pas  de  fc  récon- 
cilier avec  la  mémoire  de  Richer  ,&d'em- 
brafièr  même  fes  fentimens. 

L'averfion  du  côté  de  Berulle  n'ctoit 
pourtant  pas  (\  inflexible ,  qu'il  ne  fît  quel- 
quefois des  tentatives  pour  gagner  Richer, 

iN  iij 


ipS  L  A     V  I  E 

— —  &  l'attirer  dans  les  intérêts  de  fa  Congre- 
1613.  gation.  Dans  le  temps  même  que  celui-ci 
travailloit  avec  le  Rcdeur  de  l'Univcrlité 
à  la  faire  exclure  de  la  Faculté  de  Théo- 
logie ,  un  Prêtre  Anglois ,  nommé  Guillau- 
me Bishop,le  vint  trouver  au  Collège  du 
Cardinal-le-Moine  de  la  part  de  BeruUe , 
avec  commiffion  de  lui  faire  entendre  que 
fa  Congrégation  étoit  inftituée  pour  ran- 
ger les  Jcfuites  à  la  raifun ,  &  pour  repri- 
^  mer  leurs  entreprifes  ;  que  ce  n'étoit  pas 
fans  fondement  que  les  Jcfuites  appréhen- 
doient  rétablilFement  des  Prêtres  de  l'Ora- 
toire ,  qui  dévoient  s'unir  à  l'Univerfité, 
pour  l'aider  puiifamment  à  arrêter  le  pro- 
grès de  ces  Pères  ;  &  qu'ainli  Richer ,  qui 
•  étoit  fi  2elé  pour  le  bien  de  l'Univerfité, 

&  qui  faifoit  profefllon  de  ne  rien  épar- 
gner pour  le  procurer ,  ne  devoit  pas  s'op- 
pofer  ,  comme  il  faifoit  ,  aux  Prêtres  de 
l'Oratoire. 

Richer  répondit  à  Bishop ,  que  s'il  s'étoit 
^  oppofé  aux  Jefuites,  il  ne  l'avoit  pas  fait 
par  animofité ,  mais  dans  la  feule  vue  de 
conferver  l'Univerfité  ,  &  particulièrement 
le  Collège  de  Sorbonne  ,  comme  il  y  étoit 
obligé  par  fes  engagemcns  ;  qu'il  étoit  per- 
fuadé  que  l'Univerfité  ,&  fur-tout  la  Sor- 
bonne ,  avoit  plus  à  craindre  des  Berulif- 
tes ,  que  des  Jefuites  :  parce  que  ceux-là 
venoient  retondre  ce  que  ceux-ci  avoient 
laiflë  ;  &  qu'il  étoit  bien  fâcheux  qu'après 
avoir  triomphé  des  Jefuites  avec  tant  de 
peine  &  de  travaux,  il  fallût  foûtcnir  une 
nouvelle  guerre  contre  l'Oratoire  ;  qu'aii 
jpite  il  étoit  refolu  de  combattre  jufiu'à 


d'Edmond    Riche  r.     ipp 

la  fin  pour  la  dcfenfe  de   PUniverlitc  fa  — ^ 

Mère,  &  de  ne  jamais  abandonner  la'cau-     iCi-^. 
fe  publique  ,  quoique  le  public  abandon- 
nât rUniveriîté. 

La  négociation  de  Bishop  n'ayant  pas 
eu  d'elfet  fur  Tefprit  de  Richcr  ,  Berulle 
voulut  le  tenter  de  nouveau  par  des  fol- 
licitations  mêlées  de  reproches.  II  lui  en- 
voya fur  la  fin  d'Odobre  un  Prêtre  de  fa 
Congrégation  ,  nômé  Claude  Bcrtin  ,  Doc- 
teur de  Sorbonne  :  celui-ci  n'étant  enco- 
re que  Bachelier,  avoit  dilputé  par  ordre 
de  Richer  même,  qui  étuit  alors  Syndic, 
contre  la  fameufe  Thefe  des  Jacobins  de 
l'année  1612,  &  qui  depuis  avoit  change 
de  fentimens  de  l'ancienne -Sorbonne  con- 
tre ceux  de  la  Cour  de  Rome.  Bertin  vou- 
lut lui  faire  peur  de  la  Reine  Mère  ,  qui 
s'étant  déclarée  Fondatrice  de  la  Congré- 
gation de  l'Oratoire  ,  ne  manqueroit  pas 
de  prendre  pour  fcs  ennemis  ceux  qui  ne 
feroient  pas  amis  de  cette  Congrégation. 
U  l'avertit  que  s'il  continuoit  de  s'oppo- 
feràfes  progrès ,  Berulle  ne  pouroit  s'em- 
pêcher de  dire  à  Sa  Majefté  qu'elle  n'a- 
voit  que  lui  d'advcrfaire  ;  &  qu'il  étoit 
étrange  que  celui  qui  l'étoit  déjà  du  Pa- 
pe &  des  Prélats ,  voulût  l'être  encore  du 
ïloi  &  de  la  Reine  ,  en  fe  rendant  celui 
de  cette  Congrégation. 

f^ous  ffa-vez  mieux  que  ferjonne ,  répon- 
dit Richer  à  Bertin  ,  que  les  menaces  des 
hommes  ne  font  pas  plus  d'imprejjiu»  fur 
mon  efprit  que  leurs  fromejjes  :  tous  fûtes 
témoin  il  y  a  deux  ans  de  bien  de  chofes^ 
qui  devroicnt  vous  pcrfuader  que  f  étais  dès^ 

N  iiij 


200  La     Vie 

lors  -à  V épreuve  des  unes  ^  des  autres.  De-  i 

1613.  puis  ce  temps-là  Dieu  m'a  fortifié  de  plus 
en  plus  dans  cette  dtfpojition  ;  ^  je  m^éton" 
ne  que  vous  ayez  cru  pouvoir  m' épouvan- 
ter du  crédit  ^  de  la  faveur  de  Berulle 
auprès  de  la  Heine.  "Je  n'ignore  pas  l'af- 
cendant  qu'il  a  pris  fur  elle  :  mais  je  fçai 
auffi  quelle  aime  la  jufttce  ;  il  n'eji  quef- 
ùon  que  d'entendre  nJniverfité  en  juge- 
ment.  C'eji  ce  que  Berulle  ne  de  voit  pas 
empêcher  par  tant  d'intrigues  :  puifque  Ji 
la  caufe  de  VUniverJité  je  trouve  muuvaï- 
fe  ,  votre  Congrégation  fera  mieux  aj/'er- 
mie  ^'i^  triomphera  avec  plus  d'éclat,  xklais 
vous  fuyez,  la  lumière  ,  cj"  "vous  vous  détour- 
nez du  chemin  droit  cf  commun  de  la  ju- 
fiice  ,  pour  vous  emparer  par  voye  de  fait 
du  droit  ^  du  bien  a'autrut  :  ou  je  me 
trompe  ,  ou  ce  nefi  pas  par  cette  jorte  de 
violence  qu'on  emporte  le  Ciel  ;  Berulle  pou- 
roit  faire  beaucoup  de  miracles  de  cette  ef- 
pece ,  avant  qu'on  y  portât  des  chandelle^  , 
puifqu^il  ne  ferviroit  qu'à  détruire  les  ma- 
ximes de  ï'iLvangile  ,  qui  nous  défend  de 
faire  à  autrui  ce  que  nous  ne  voudrions  pai 
qu'on  nous  fit.  il  vous  jujfira  de  conférer 
les  artifices  que  vous  employez  pour  vous 
établir  ,  avec  la  ftmplicité  des  Apôtres  ,  cs' 
les  premiers  Infîiîuieurs  des  Societez  lieli- 
gieufes  ,  dans  leurs  établilfemens  ,  pour  ju- 
çer  vous  -  même  de  ce  peint.  En  cela  vous 
jurpaj/ez  les  Jefuites  ,  quoi  que  d'ailleurs 
vous  ne  f>yez  que  leurs  petits  Jmges  en  tout 
le  refie.  Pour  fi^ir  par  vous  ^Cijin\nu3.Rl- 
cher  ,  je  veux  vous  faire  remarquer  qu'il 
vous  cofé,  vcfioit  moins  qii\ï  un  autre  de  vous 


d'Edmond    Ri  cher,   loi 

charger  d'une  telle  commijfioa  à  mm  egard^  —>-  -4 
^  de  vouloir  vous  prévaloir  de  la  ce/;fure 
de  mon  Livre  ^  dont  vous  connoijfcz  finju-  idlX. 
fîtce  csf  ^^  nullité  :  vous  ne  deviez,  pas  ou- 
blier que  vous  aviez,  lu  çjf  examiné  POur 
vrage  avant  qu'il  fût  publié  \  ^  le  fouve^ 
nir  des  fentimens  où  vous  étiez  alors ,  vous 
auroit  peut-être  erapcché  de  faire  cette  dé- 
marche. 'Je  n'étois  ,  repartit  Bertin  ,  que 
fimple  Bachelier  pour  lors  :  un  mouvement 
de  jeunejjé  \jf  de  vanité  pareil  à  celui  qui 
accompagne  ordinairement  les  Bacheliers  dif* 
put  an  s  fur  les  bancs  de  i^cole  ^m*avoit  faif 
remuer  ces  quejiions  au  Chapitre  gênerai 
des  Jacobins  :  iêais  maintenant  que  je  fuis 
autrement  injlruit  ,je  tiens  que  le  Pape  feul 
eft  doiié  de  la  grâce  de  V infaillibilité  ,  ^ 
qu'il  a  condamné  feul  ^  terajjé  plujieurs 
herefies ,  fans  aucun  Concile  ,  dans  les  trois 
premiers  fiecles  de  PEglifc. 

Apprenez  ,  lui  répliqua  Richer ,  qu^ aucu- 
ne herejie  n'a  jamais  été  condamnée  fans 
quelque  Concile  ;  visT*  qu'ainfi  le  jugement 
înfaillible  rejide  dans  la  feule  Eglife  Catho- 
lique ou  univerjelle  ^  ç^  non  ddns  le  Pape 
feul.  Je  veux  que  vous  ne  .vous  en  rappor- 
tiez pas  a  moi  ,  mais  à  BelLrmin  ,  pour 
lequel  vous  avez  tant  d'ejhme.  Il  vous  ajfu-  L.i.Con- 
re  pofittvement  que  le  moyen  ordinaire  zd'  ^i^-  <^. u. 
.necefjaire  pour  produire  un  jugement  in- 
faillible ,  ejl  l'^aj] emblée  d^un  Concile  ,  tel 
qiCil  foit  ,  ou  petit  ou  grand  ,  un  ou  plu- 
jieurs ;  CST  quon  n^a  jamais  condamné  dhe- 
rcjie  J'ans  quelque  Concile  :  doù  il  eft  aifé 
de  juger  que  le  Gouvernement  de  L^ Eglife 
ir'fi  arifî ocrât ijîie  ^  çsf  qu^i  proprement  par"- 


lot  La     Vie 

U- — . —  1er  le  Pape  n*efl  cenfé  répondre  EX  C  A- 
1613.     T  H  E  D  R  A  ,  que  quand  il  ajfemble  ^  con* 

fuite  le  Synode. 
V  I.  Pendant  que  Berulle  employoit  Bertin, 
Le  Prin-  pour  tâcher  de  gagner  ou  d'abattre  Richer, 
ce  de  le  Nonce  Apoltolique  Ubaldin  fe  rendit 
Condé  à  Fontainebleau  ,  où  étoit  la  Cour ,  pour 
empêche  demander  au  Roi  &  à  la  Reine  Régente , 
qu'on  (Je  la  part  du  Pape  ,  qu'on  lui  fît  juftice 
n'envoyé  ^^  Richer  en  France,  ou  bien  qu'on  l'en- 
Richer  à  yQy^f  ^  Rome.  La  Reine  reçut  prefqu'en 
Rome  ,  j^éme  temps  de  l'AmbafTadeur  ordinaire 
i^  quon  ^  j^^j  V  f^Qj^e  jg  sjgur  de  Brèves ,  des 
ne  le  II-     ,  .  ••     .  1        />  l    /-     t 

vre  au      lettres  qui  marquoient  la  même  choie.  Lq 

Pape  5c  à  -^^^  d'Epernon ,  qui  fçavoit  ce  qui  fe  paf- 
rinquifi-  fo't  1  &  ^ui'  ^^o'^  ^'^^  ^^s  principaux  au- 
tion.  teurs  de  tout  ce  qui  fe  paflbit  &  fe  tra- 
moit  contre  Richer ,  fe  prefenta  pour  ap- 
puyer la  demande  du  Nonce, &  offrir  fon 
minidere  en  éxecution  de  ce  qui  feroit 
ordonné. 

Mais  Dieu  permit  que  dans  le  tems  que 
Ton  donnoit  audiance  au  Nonce,  &  qu'on 
ouvrit  les  lettres  de  l'Ambaffadeur  ,  le 
Prince  de  Condé  fe  trouva  au  Confeil  , 
pour  s'oppofer  au  Duc  d'Epernon.  Ce  Prin- 
ce ayant  entendu  que  le  Nonce  demandoit 
la  punition  de  Richer  en  France,  ou  qu'on 
l'envoyât  à  Rome  pour  le  mettre  entre  les 
mains  des  Inquilitcurs  :  Foila  ,  dit-il ,  une 
étrange  prepojition.  Richer  ejl  un  homme 
de  bien  ,  irreprocJoable  dans  fa  conduite  ,  fi- 
dèle fujet ,  e/  bon  fcrviteur  du  Roi.  Serait- 
il  pojjible  qu'ion  l'oulût  fe  jouer  ainfi  des 
Sujets  du  Roi  ,  05^  que  l'on  permît  de  les 
envoyer  a  Rome.    Le  Duc  d'Epernon  ré- 


d'Edmond   Ri  cher,     zoj 

pondit  que  Richer  étoït  Prêtre  ^  Doftcur 

en  Théologie  ,  Cif  p'ir  cunjcqiient  Sujet  du,     1613. 
Tape,    Eft-ce-a-dtre  ,  répliqua  le  Prince, 
que  les  Prêtres  ^  les  Dudeurs  en  Theolo^ 
gte    ne  [ont  pas  Sujets  du  Rot  ,   quand  ils 
font  François  ?  Tout  ce  qui  e(l  dans  le  Royau- 
me ^  n^ejl-il  pas  de  fa  dépendance  ,  ^  fous 
fa  proicdion  royale  ?  Si  de  pareilles  entre- 
prtfes  avoient  iieu  en  France ,  le  Roi  feroit 
privé  d'aune  grande  partie  de  fon  Royaume^ 
(S>  perdroit  la  jurifdiélion  qu'il  a  fur  tous 
fes  Sujets  naturels  :  il  n\uiroît  qu'une  puif- 
fance  empruntée  ^  fubaitcrne  fur  tous  les 
Fcclefiafiiques  de  fon  Royaume  :  tS  s^ils  fe 
rendotent  rebelles ,  ou  coupables  de  quelque 
crime  de  leze-MajeJlé  ,  il  n\uroit  drott  de 
les  punir  qu^ autant  qu'il  plairoit  au  Pape 
de  lui  en  accorder  le  pouvoir,  jfe  -vevx  que 
les   Ecclcfidfîiques  du   Royaume  ,    dans  les 
chofcs  purement  jpintuelUs  ^foient  Sujets  du 
P^ipe  :  mais  il  ne  peut  pas  les  tirer  à  Ro-^ 
tne  f L'Ion  J on  bon  pLiJir  ;   il  doit  leur  ajji- 
gner  des  Juges  dans  les   Provinces   où   ils 
I  demeurent  ,   CJ*  les  laiffer  toujours  fous  la 
yprotedion  du  Roi  dont  ils  font  fujets.  Pour 
\  ce  qui  ejl  de  Richer  ,   il   efl    certain  qu'il 
;  n'cfi  recherché  ou  pourfuivt  par  fes    enne- 
mis ,  que  par  ce  qu'il  défend  P indépendan- 
ce de  la  Couronne  ^l^  P autorité  fouveraine 
du  Roi. 

Le  Chancelier  ,  excite  par  les  remon- 
trances du  Prince  de  Condé  ,  fe  tourna 
vers  la  Reine,  &  lui  dit  d'un  ton  qui  mar- 
quait Ton  émotion  :  Madame  ,  Madame  , 
f\cjl  parler  bien  haut ,  ^  être  bien  hardi., 
de  demander  qu'on  envoyé  Us  Sujets  du  Roi 


204  L  A      V   I     E 

^— ■  à  Rome.  Vous  ne  devez  pas  permettre  qu^'tU 

1613.     foient  atnfi  traitez. 

Deiîèin      Quoique  cette  affaire  parût  achevée  au 
fur  la  vie  Confeil  du  Roi ,  on  ne  lailla  pas  de  tenir 
6c  la  li-    à  part  un  Conlcil  fecret ,  où  le  Nonc?& 
berré  de  j^  Duc  d'Epernon  prélîderent  :  il  y  fut  re- 
Richer      £q|^  <i'cnlever  Richer,&  de s'afïuitr rie  fa 
iuinc&:    perfonne.  Villeroy  doiyia  les  mains  àcct- 
empcchc  ^^  injaftice;  mais  le  Chancelier  n'y  vou- 
Piiilc        ^^'^  jiUTiais  confentir.  Le  Doéleur   Duval 
ment'       ^^^^^  ^^  ^^^^  ^^^  Conieils  ,  &  ce  fut  lui, 
qui  par  une  efpece  de  repentir  ^  de  fatif- 
faâion,  les  découvrit  quelques  années  après 
à  Richer,  dans  le  chagrin  où  il  étoitdevoir 
que  Charles  de  Gondren,  Dodcur  de  Sor- 
bonne,  &  homme  d'une  mérite  lingulier, 
s'étoit  fait  Prêtre  de  l'Oratoire.  Car  autant 
qu'il  avoit  paru  zélé  pour  faire  entrer  Ri^ 
cher  &  les  autres  Dotteurs  dans  cette  Con- 
grégation ,  autant  chercha-t-il  depuis  à  les 
en  détouhier,  pîir  une  averlion  étrange  qu'il 
avoit  conçue  pour  tout  ce  que  Bcrulleen- 
treprenoit ,  s'étant  imaginé  trop  legerem.ent 
qu'il  n'agifibit  plus  que  par  am.bition  ou 
par  intereil:, après  avoir avoiié  ingénument 
à  Richer  qu'il  avoit  vu  plus  clair  que  lui 
dans  les  dcflcins  de  Berulle,&  qu'il  avoit 
regret  de  ne  l'avoir  pas  connu  plutôt,  lors 
qu'il  étoir  queftion  d'exclure  fa  Congré- 
gation de. la  Faculté  de  Théologie,  &  de 
la  Maifon  de  Sorbonne.  Il  lui  déclara  qu'en 
confequence  du  refultat  de  la  confpiration 
faite  contre  lui  au  mois  d'06tobre  de  l'an 
161 3.  le  Duc  d'Epernon  ,  qui  avoit  Berul- 
îe  pour  Contcfitur  ,  avoit  promis  de  le  fai- 
re enlever ,  &  de  l'enlermer  dans  la  tour  de 


d'Edmond    Ri  cher,     zof 
Jjoches  ;  que  îi  jamais  il    en  fortoit ,  ce  ne  "" 
feroit  que  pour  aller  à  Rome  éprouver  ce     ^^^3- 
qu'il  avoit  eu  la  hardieile  de  nier  dansfon  TeJl.Bjch. 
Livre,  que  le  Pape  avoit  un  glaive  ma- 
tériel &  bien  tranchant  pour  couper  la  tê- 
te à  des  gens  taits  comme  lui.  La  même 
chofe  fut    encore  confirmée  à  Richer  par 
François  de  Montholon,  Confeiller  d'Etat, 
&  Intendant  de  M^e.dc  Montpenlier,  qui  lui 
aflura  que  ceux   qui  étoient  apoftez  pour 
l'enlever,  l'avoient  feulement  manqué  de 
trois  heures.  En  quoi  Richer  crut  avoir  dé- 
couvert  des  marques  tres-fenfibles  de  la 
protedion  particulière  de  Dieu,qui  fembloit 
l'encourager  ,  en  autorifant  ainfi  les  té- 
moignages fecrets  que  fa  propre  confcien- 
ce  lui  rendoit  de  fon  innocence,  &  de  la 
pureté  de  fes  intentions  dans  tout  ce  qu'il 
avoit  écrit  touchant  l'une  &  l'autre  Puilfan- 
ce,  &  dans  tout  ce  qu'il  avoit  fait  pour 
s'oppofer  aux  entreprifes  des  Jefuites,  & 
des  Prêtres  de  l'Oratoire.  I^c  Hir- 

Ce  fut  vers  le  même  tems ,  &  peu  de  jours  ^-^y  ^  [^ 
après  la Toufîaint, qu'on  fçut  à  Paris  que  ^^"^  *^'^-. 
François  de  Harlay,  Abbé  de  faint  Vidor,  P^'"^^ 
.avoit  été  créé  Coadjuteur  du  Cardinal  de  *^*^^i"~ 
Joyeufe  pour  l'Archevêché  de  Roiien  :  &  f^l^^^ 
le  Pape  lui  donna  fes  Bulles  gratuitement,  vojj.\r^^ 
pour  le  recompenfer  de  ce  qu'il  avoit  fait  y^^n^ 
l'année  précédente  contre  laperfonne&le  contre 
Livre  de  Richer.  Son  Père  Chanvallon  &  Richer, 
lui ,  foit  par  une  excès  de  reconnoilîànce, 
foit  par  un  mouvement  de  vanité  ,  publiè- 
rent par-tout  que  cette  remife  d'annates 
faite  par  le  Pape  pour  avoir  fervi  le  faint 
Siège  contre  fon  ennemi  ,  étoit  un  don 


io6  La     Vie 

, gratuite  de  120CO.  écus  d'or.  Ce  qui  fit 

i6li.  croire  qu'on  iai  avoit  remis  aufli  l'annate 
de  fon  Abbaye  de  laintViélor,  qu'il  n'au- 
roit  pu  payer  fans  s'incommoder.  Ces  li- 
beralitez  excitèrent  le  nouveau  Coadjuteur 
à  pourfuivre  Richer  &  ce  qu'il  appelloit 
le  Riciierilmc  avec  encore  plus  d'ardeur 
qu'?uparavanr.  Il  le  fit  joindre  par  un  Ja- 
cobin de  la  t"a61:ion  de  Du  val,  nommé  Gen- 
tien  Billand,  pour  publier  &  répandre  par 
la  Ville  la  ctnrurc  qu'on  avoit  t'aiteà  Ro- 
me du  Livre  de  Richer.  Ils  fe  préparè- 
rent même  à  la  lire  en  pleine  Airemblée 
de  Sorbonne  :  mais  fur  ce  que  Richer  leur 
fit  dire  que  s'ils  avoient  cette  hardielTe,  il 
en  appelleroit  au  Parlement  comme  d'une 
chofe  inufitée  &  abulîve,  &  qu'il  intime- 
roit  en  leur  propre  &  privé  nom  les  au- 
'^  teurs  &  les  miniftres  de  ce  nouvel  atten- 

tat ;  cette  menace  fit  un  peu  revenir  de 
Harlay  ,  que  la  joye  de  fes  Bulles  avoit 
mis  hors  de  lui-même ,  &  l'empêcha  d'exé- 
cuter fon  entreprife. 

Dans  l'AfTemblée  du  4.  de  Novembre , 
à  laquelle  Richer  ne  fc  trouva  point ,  de 
Harlay  voulut  rendre  compte  de  tout  ce 
quis'étoit  palfé  au  fujetde  ce  Dodeur  du- 
rant le  mois  d'06l:obre  à  Fontainebleau, 
dans  le  Confeil  du  Roi.  Il  afliira  en  mê- 
me temps  que  le  Pape  avoit  prom.is  que  fi 
on  ne  lui  envoyoit  Richer  tout  vit  à  Ro- 
me pour  y  être  brûlé,  il  le  feroit  brûler  en 
effigie  ,  feignant  être  fort  fenfible  au  dan- 
ger qui  le  menaçoit  ;  il  l'envoya  conjurer 
enfuite  de  prévenir  fon  malheur,  eh  con- 
tentant le  Pape.  Il  lui  fit  dire  que  maigre 


d'E  d  m  o  n  d  R  I  c  h  e  r.     207 

le  Chancelier,  la  Reine  étoit  refoluë  de  l'en-  — — » 
voyer  à  Rome  ;  &  que  cette  bonne  PrincelFe  161 3. 
ainieroit  mieux  perdre  latroilicme  partie  de 
fon  Royaume  de  France,  que  de  manquer 
de  donner  la  moindre  fatisfaélion  au  Pape: 
que  pour  appaifer  toute  cette  tempête,  il 
ialloit  que  Richer  allât  déclarer  devant  le 
Nonce  ,  en  prefcnce  de  quatre  ou  cinq 
témoins  ,  qu'il  étoit  dans  un  dcplailir 
très  -  lincere  d'avoir  fait  le  Livre  de  la 
Puilja?2ce  ecclcjiajlique  Qff  politique  :  que 
c'étoit  le  parti  le  plus  facile  à  prendre  pour 
lui ,  d'autant  que  le  Prince  de  Condé  fon 
Protc6i:eur,qui  Tavoit  détendu  à  la  Cour 
jufques-là ,  l'avoit  entièrement  abandonné, 
après  avoir  defapprouvé  fon  Livre.  Com- 
me les  Docteurs  que  de  Harlay  employoit 
pour  les  commiffions  ,  retournoient  lui 
rendre  compte  de  leurs  négociations  ,  & 
qu'ils  lui  faifoicnt  juger  par  la  vigueur  des 
réponfcs  de  Richer ,  qu'il  avoit  l'efprit  in- 
vincible; un  de  fes  Domeftiques  leur  dit, 
qu'on  feroit  un  trcs-agréable  facririce  à 
Dieu  de  tuer  Richer  ,  &  d'en  délivrer  le 
Public.  Une  parole  li  fanguinaire  reçue  par 
les  autres  DomelHques  ,  avec  une  efpece 
d'applaudifTement,  fans  que  le  Maître  pa- 
rût y  trouver  à  redire,  rît  horreur  àUa com- 
pagnie :  on  vint  avertir  Richer  de  demeu- 
rer fur  fes  gardes.  ^ 

Sur  le  brait  qui  s'en  répandit,  un  bon 
Ecclciiaftique  du  Diocefe  d'Angers, nom-  *ii  mon- 
mé  Pierre  CofiTiier  *  demeurant  à  l'Hôtel  rut  Piin- 
d' Abbiac ,  compofa  en  Latin  uneRemon-  cipal  du 
trance  en  forme  d'Epîtrc  à  l'Abbé  de  faint  Collège 
VitHor,  contre  les  propoliiions  homicides  de  Sable» 


2o8  La     Vie 

^ que  fes  gens  avoient  tenues.  Il  y  défendît 

1613.  l'innocence  de  Richcr,&y  découvrit  l'in- 
dignité des  perfecutions  qu'on  lui  fa-foit 
foutfrir ,  d'une  manière  li  pathethique,que 
ceux -mêmes  qui  ne  vouloient  point  de 
bien  à  Richer,  en  furent  touchez.  L'Ou- 
vrage fut  généralement  goûté  de  tout  le 
n-ionde;  il  defarma  plufîeurs  ennemis  de 
Richer  par  les  fentimensde  paix  &  de  cha- 
rité quil  infpiroità  fes  ledeurs.  Mais  quoi 
qu'il  eût  été  compofé  vers  le  milieu  de 
Novembre,  ainli  que  l'Auteur  avoitvou- 
lu  le  faire  remarquer  en  le  commençant 
.  ^gof-o-  par  rintroite  de  la  Melle  du  Dimanche* 

gtto  cogt-  a^qy£|  j1  y  travailla  ,  il  ne  parut  au  jour  s 

tationes     ^^î^^  commencement  de  l'année  fuivante. 

facts,c:/c.  Q,j^,-|(^  l'Ecrit  de  Cofmier  feroit  venu 
VU.  plutôt  entre  les  mains  des  ennemis  de  Ri- 
cher ,  il  eft  difficile  de  croire  qu'il  eût  pu 
convertir  des  efprits  de  la  trempe  du  Duc 
d'Epernon ,  que  l'intereft  joint  au  faux  it- 
je  rendoit  aveuglément  efclave  de  la  paf- 
licn  d'autrui.  Le  Pape  ayant  appris  que  la 
Cour  de  France  ne  paroiiîbitpas  trop  dif- 
poféc  à  lui  envoyer  Richer  ,  cherchoit  quel- 
qu'un qui  tût  capable  ,&  d'alîez  bonne  vo-' 
lonté  pour  le  venger  de  ce  Dodeur  furies 
lieux,  ou  pour  le  faire  palier  les  Alpes  fans 
que  le  Chancelier  en  fût  averti.  Il  rit  pro- 
mettre un  Chapeau  de  Cardinal  pour  fon 
fils  de  la  Valette  ,  s'il  vouloit  fe  charger 
d'exécuter  l'un  ou  l'autre  ,  en  marquant 
néanmoins  qu'il  aimoit  mieux  qu'on  lui 
livrât  Richer  vif  ,  pour  lui  faire  faire  fou 
procès  à  l'Inquilition. 
D'Epernon  prit  la  commilTion ,  fans  que 

ni 


d'Edmond    Ri  cher,    zo^i 
nî  fan  Confefleùr  de  Bcrulle  ,  ni  pas  un  i^— — u*. 
Prélat  ,  ni  aucun  Direéleur  de  confcien-     1613» 
ce  ,  lui  en  fît  le  moindre  fcrupule.     Il 
fit  faifir  Richer  dans  fon  Collège  du  Car- 
dinal -  le  -  Moine  par  des  Archers  ,  qui  le 
traînèrent  par  la  rue  avec   mille  indigni- 
tez ,  quoiqu'il  ne  fît  point  la  moindre  re- 
liftance,&  ils  le  jetterent  dans  les  prifons 
de  faint  Vi6lor.   On  croyoit  que  le  Prin- 
ce de  Condé    s'interelFeroit  efficacement 
pour  lui  auprès  du  Roi   &  de  la  Reine  , 
après  ce  qu'il  nvoit   fait   pour   empêcher 
qu'on  ne  l'envoyât  à  Rome.   Richer  lui- 
même,  fe  fouvenant  des  témoignages  de 
bienveillance  &  d'eftime  qu'il  lui  avoir  don- 
nez ,  l'avoit  fait  prier  de  le  prendre  fous 
fa  proteétion  :  mais  ce  Prince,  redoutant 
le  crédit  &  la  faveur  du  Duc  d'Epernon, 
qui  étoit  tout-puilfant  aupiès  de  la  Reine 
Régente,  &  qui  lui  en  avoit  déjà  fait  fen- 
tir  de  fâcheux  effets,  n'ofa  parler  pour  Ri- 
cher ,  ou  s'il  le  fit ,  ce  fut  inutilement.  L'U-    Vioîen-* 
niverfité  ,  qui  fe  trouvoic  intereifée  dans  ces  J-j 
toutes  ces  violences ,  fe  remua  pourlepri-  I>"c  d'E-. 
fonnier  avec  plus  de  fuccès  :  elle  prefcn-  pernon 
ta  Requête  au  Parlement,  où  on  fit  venir  arrêtées 
Richer  ,  qui  fut  favorablement  écouté  dans  P^il^P^^"-! 
tout  ce  qu'il  allégua  pour  prouver  fon  in-  ^^"^^^^ 
iiocence,<5crin)ullice  qu'il  avoit  foufterte. 
Il  fut  remis  en  liberté,  &  rétabli  dans  fon 
-Collège  ,  &  dans  la  poflefilon  paiiîble  de 
tout  ce  qu'on  lui  avoit  enlevé.    Le  Par- 
lement ,  non  content  de  l'avoir  arraché  des 
mains  du  Duc  d'Epernon ,  décréta  encore 
contre  ceux  qui  avoient  été  les  exécuteurs 
de  ces  violences ,  &  donna  des  fauve-gar? 

O 


IIO  L  A      V  I    E 

-I _  rl^iQ  à  RIcher,  contr^  fes  ennemis  quîauA 
3^J3..    roicnt  dorefnavant  la  penfée  d'attenter  fut^ 
lui.  ' 

La  mortification  que  reçut  le  Duc  d'E* 
peruon  d'avoir   ainfi    manqué  fon  coup, 
lui  tint  encore  lieu  d'un  nouveau  meritô 
auprès  du  Pape  ,  qui  conliderant  fes  fer- 
vices  plutôt  par  la  qualité  de  fon  '^elé  & 
de  fes  efforts ,  que  par  le  fucccs ,  ne  laif- 
fa  pas  de  faire  fon  fils  Cardinal  dans   la, 
fuite  des  temps, 
nicher         Cependant  Richer  fit  fon  teftament ,  craî- 
hk  fon    gnaiit  que  toutes  les  fauve-gardes  que- le 
Tefta-      Parlement  lui  avoit  données  ,  ne  fuifeiit 
ment.       pas  capables  de  le  garantir  -de  la  mauyai- 
le  volonté  de  fes  ennemis  ;  il  employa  la 
liberté  qu'on  lui  avoit  rendue  ,  &  le  peu 
de  temps  qui  pouvoit  lui  refter  ,  pour  fe 
préparer  à  la  mort.  Son  teftament,qui  eft 
en  François,  ell  du  i6.de  Novembre.  Ille 
lit  pour  prévenir  toute  furprife  :  parc^  que 
de  jour  à  autre  il  étoit  averti  &  menace 
de  quelque  nouvelle  entreprife  contre  fa 
vie.  Mais  parce  que  ce  Tellament  ne  re- 
gardoit  prefque  que  la  difpolition  de  ce 
qu'il    polîedoit  ,  &  qu'il   ne  croyoit   pas 
moin»  necellàire  de   pourvoir  à  la  fureté 
de  fes  fentimens  en  faveur  de  la  pofteri- 
té  ;  il  en  fit  un  fécond  en  Latin  le  22. 
du  même  mois.    Il  voulut  que  l'on  s'en 
tînt  à  ce  teftament  pour  juger  de  fes  vé- 
ritables fentimens,  contre  tout  ce  que  la 
propre  foibleffc  pouroit  lui  faire  faire  à  la 
vûé  des  dangers  ou  de  la  mort  ,  &  con- 
tre tout  ce  que  la  malice  de  fes  ennemis, 
f'ouroit  produire  dans'la  fuite  pour  faire 


d*Edmond    Richer.    Zlf 

Croire  au  Public  qu'il  auroit  changé  de  len tg 

timens,  ou  retraâé  la  doélrine  qu'il  avoit  i6i3* 
enfeignée  dans  fon  Livre  de  la  Putjjarî' 
ce  ecdefiaftique  ^  politique.  Il  rcnouvella 
ces  deux  teftamens  de  temps  en  temps  ,  & 
îl  refolut  dix  -  fept  ans  après  de  faire  im- 
primer le  fécond  à  fes  dépens  :  afin  d'in- 
former le  Public  de  la  conduite  qu'il  avoit 
gardée  en  Sorbonnc  &  ailleurs ,  depuis  qu'il 
avoit  été  reçu  Doâeur,  &  de  laillèr  une  bon- 
ne proteftation  d'uniformité  de  perfcveran- 
ce  dans  les  fentimens  de  l'ancienne  Sorbon- 
nc, qu'il  avoit  inferez  dans  fon  Livre,  & 
qu'il  avoit  défendus  en  toute  occalïon. 

Au  milieu  des  embûches  que  lui  dref-    VIIIJ 
foient  fes  ennemis ,  dans  le  temps  mcme  vigor  c^ 
qu'il  fe  croyoit  réduit  à  ne  point  recevoir  crit  poujt 
de  confolation  que  du  fonds  de  fa  propre  la  defen- 
confcience,  il  lui  en  vint  une  de  dehors,  fe  de  Ri* 
qui  lui  fut  d'autant  plus  agréable,  qu'elle  cher, 
avoit  pour  fondement  la  dcfenfe  des  fen- 
timens qui  faifoient  tout  le  fujet  defaper- 
fecution.  Celui  qui  la  lui  procuroit,  étoit 
Simon  Vigor  ,  Confeiller  au  grand  Con- 
feil,  héritier  des  fentimens  du  célèbre  Ar- 
chevêque de  Narbonne  de  même  nom ,  fon 
oncle  &  fon  parrain  ,  qui  avoit  été  Doc- 
teur de  Sorbonne  ,  Théologal  de  l'Eglffc 
de  Paris  ,  &  Prédicateur  du  Roi  Charles 
IX ,  &  qui  s'étoit  diilingué  au  Concile  de 
Trente,  où  ce  Prince  l'avoit  envoyé  avec 
fes  autres  Députez. 

Vigor  n'étoit  pas  content  d'avoir  dé- 
claré hautement  que  la  dodtrine  pour  la- 
quelle on  inquietoit  Richer,  ôc  que  les  Pré- 
lats avoient  cenfurée  dans  ion  Livre  de  U 

Oii 


HZ  L  A    V I  Ê 

-^— -  Puijfance  ccclefiaftique  ^  politique  ,  étoit 
^613.  la  même  que  celle  que  Ion  oncle  avoit 
toujours  prêchée  en  Chaire ,  enfeignée  en 
Sorbonne  ,  &  laille'e  dans  fes  Ecrits  ;  iî 
voulut  encore  entreprendre  la  défenfe  de 
ces  lentimcns ,  &  faire  l'Apologie  de  Ri- 
cher  par  un  Livre  qu'il  publia'  en  Latin 
fous  je  nom  de  Theophilus Francus ,  &  fous 
le  titre  de  Commentaire  [nr  la  Réponfe  Sy^ 
féodale  que  fit  le  Concile  de  Baie  aux  Am- 
hajfadeurs  du  Pape  Eugène  IV.  dans  la 
Congrégation  Générale  du  '^.  de  Septembre 
1432.  touchant  V autorité  du  Concile  Gene-^ 
rai  fur  le  Pape  ^  Jur  chaque  fidèle. 

L'Auteur  ayant  déclaré  qu'il  loûmettoît 
fon  Ouvrage  à  l'examen  &  au  jugement 
de  l'Eglife  univerfelle,  du  faint  Siège,  & 
de  la  Faculté  de  Théologie  de  Paris ,  de 
toutes  les  Eglifes  particulières  ,  &  autres 
Sociétés  de  Pafteurs  ou  Dodeurs  ,  pour- 
vu qu'ils  foient  aflemblez  au  nom  de  Je- 
fus-Chrili  ;  proteilant  qu'il  n'avoit  été  for- 
cé d'écrire  ni  par  la  haine  ,  ni  par  l'ami- 
tié qu'il  eût  pour  qui  que  ce  fût  ;  que  ne 
connoilfant  aucun  de  ceux  contre  qui  il 
•  avoit  été  obligé  d'écrire ,  loin  de  les  haïr, 
il  fe  fentoit  difpofé  à  leur  rendre  tous  les 
fervices  dont  il  auroit  été  capable  ;  &  que 
pour  ce  qui  étoit  de  Richer  ,  dont  il  dé- 
^  fendoit  la  caufe  &  la  doétrine ,  il  ne  l'a- 
voit  vu  que  deux  fois  en  toute  fa  vie,  ce 
qui  n'étoit  pas  fuffifant  pour  faire  dire  qu'il 
étoit  lié  d'amitié  avec  lui. 

La  coniidcration  que  tout  le  monde 
avoit  pour  le  mérite  &  le  rang  de  Vigor, 
fut  caufe  que  les  ennemis  de  Richer ,  au 


d'Edmond    Ri  cher.   113 

,  lîeu  de  le  prendre  à  partie  d'abord ,  aime-  — — 
rent  mieux  regader  foii  Ouvrage  comme  1013. 
le  fruit  d'un  inconnu ,  conçu  dans  les  té- 
nèbres ,  que  perfonne  n'ofoit  avoiier ,  fous 
prétexte  qu'il  y  avoir  fuppofe  un  nom  étran- 
ger au  lieu  du  lien.  Vigor  fentit  auffi-tôtla 
neceliité  qu'il  y  avoir  de  fe  déclarer  l'auteur 
de  l'Ouvrage,  pour  ne  pas  nuire  à  la  vé- 
rité, &  ne  pas  le  rendre  inutile  au  Public. 
Mais  comme  depuis  quelque  temps  ilvi- 
voit  retiré  dans  une  terre  qu'il  avoir  eu 
Champagne  ,  pour  vaquer  plus  tranquille- 
ment à  l'étude, &  au  falut  de  fon  ame;il 
envoya  une  procuration  dans  les  formes 
ordinaires  à  fon  frère  Nicolas  Vigor,  de- 
meurant à  Paris  ,  pour  avoiier  pablique- 
ment  en  fon  nom  le  Livre  dont  ii  étoit 
queftion.  Nicolas  prit  deux  Notaires  au 
Châtelet  ,  &  alla  faire  la  déclaration  de- 
vant le  Doyen,  le  Syndic,  &  les  Dodleurs 
de  la  Faculté  de  Théologie.  La  déclaration 
portoit,  qu'cficore  que  L' Auteur  ne  fut  pas 
obligé  de  découvrir  les  motifs  qui  l^avoient 
empêché  d'' exprimer  fon  nom  au  Livre  in- 
titulé ,  Ex  Responsione  Synodali  da- 
ta BasiliCvE  ,  ^c.  il  trouvoit  bon  d\n 
'marquer  un  des  principaux  \  fçavoir  ,  que 
(eux  qui  ,  fuiuant  la  dodrtne  des  Apôtres 
k^  des  anciens  Pères  de  l^Eglife  ,  foûtenoient 
(le  fon  temps  que  la  fouveraineté  temporel- 
le des  Rois  ^  des  Princes  Chrétiens  dé- 
fend feulement  de  Dieu  ,  ^  qui  s^oppofoienf 
aux  opinions  de  ceux  qut  attribuent  au  Pa- 
pe une  puiffance  direàe  ou  tndireéie  fur  les 
çhofes  temporelles  ,  étoient  auffi-tht  cenfu- 
T€K,  )  dégradez  ,  chajjez ,  jetiez,  dans  des  ca^ 

Q  iy 


ii4  La     Vie 

'■'■     ■—  chots  ,   contre  le  droit  des  gens  ,  ou  punis 
Î613.     même  du  dernier  fuppîice  :  que  V Auteur 
offroit  de  faire  'voir  qu'il  n'y  avoit  rien  ni 
dans  ce  Livre  ,  ni  dans  celui  de  Ri  cher  , 
dont  il  prenait  la  défenfe ,  qui  ne  fût  par- 
faitement conforme  à  la  doÛrine    confiante 
^jf  perpétuelle  de  la  Sor bonne  juf qu'au  temps 
de  fon  oncle  ,  dont  il  gardait  Us  minutes , 
pour  en  faire  foi   par  ce  témoignage  irre-  < 
prochahle ,  auffi-hien  que  par  les  monumens 
publics.    Qu'il  fornmoit    ta  Faculté  de  vou- 
loir   examiner  fon  Livre  ,   l^   de  députer 
four  cet  effet  un  nombre  de  Doéîeurs  exempts 
de  toute  préoccupation ,  Cif  cCanimofité  par- 
ticulière contre    le  Traité  DE  EcCLESlAS- 
TICA    ET    POLÎTICA    PoTESTATE.      Qu'ils 
cujfent  à  qualifier  les  termes  ^  les  propo- 
fitions  quils  jugeroient  dignes  de  cenfure  , 
ou  d"* éclair ciffcment  :  que  s^tls  en  ufoient  au- 
trement ,   ^   que  par  brigues   ,   ou  autres 
moyens  illicites ^ils  voulurent  trahir  la  vé- 
rité qu'il  prétendait  avoir  expofée  dans  fon 
Livre  ^  il  fe  pourvoir  oit  contre  eux  par  les 
voycs  ordinaires  de  la  jufîice. 

Cette  déclaration ,  que  le  Doyen  &  le 
Syndic  de  la  Faculté  furent  obligez  de  fi- 
gner  en  préfence  des  Notaires ,  fervit  beau- 
coup à  retenir  les  ennemis  deRicher,qui  s'é- 
toient  vantez  d'empêcher  par  la  crainte  des 
profcriptions  &  des  fupplices,  qu'aucun  des 
défenfeurs ofat  rien  entreprendre,  &  faire 
paroître  en  public  pour,  foûtenir  la  dodrî- 
ne  de  fon  Livre.  Le  Do6l:eur  Duval  ne 
pouvant  plus  diffimuler ,  après  une  décla- 
ration fi  authentique,  que  Vigor  fût  l'au- 
teur du  Commentaire  fur  la  Réponfe   Sy^ 


d'E  D  m  O  N  D    R  ï  C  h  E  R  .       II)- 

jîodalc    du   Concile   de  Bâle  aux    Députez  --— 
du  Pape  Eugène  ,  prit  le  parti  de  Tattaqucr     i6i3- 
ouvertement  :  ce  qu'il  fit   par  la   publica- 
tion d'un  Livre  Laiin  Ibus  le  titre  ,  de  lu 
JPuiffance  jouvcratne  du   Pape  fur  rEglife. 

Vigor  répliqua  en  même  langue,-  &  voulut 
donner  à  Ion  nouvel  ouvrage  le  titre  d'y:/- 
pologie  touchant  ^autorité  fouveratne  de  PE- 
gltfe.  Il  en  fit  quatre  Traitez  feparez  ;  dans 
le  premier  defqueh  il  tâcha  d'étaolir  la  Mo- 
harchie  de  TEglile  :  dans  le  fécond  ion  in- 
faillibilité au  Concile  General,  qui  la  rcpre- 
fente  :  dans  le  troilîéme  la  dilciplinc  ec- 
clelialtique  maintenue  ou  profcrite  par  les 
Princes  feculiers  dans  leurs  Etats  :  &  dans 
le  quatrième ,  l'cminence  ou  la  fuperiori- 
té  du  Concile  au-dcifus    du  Pape. 

Daval,qui  avoit  ufé  toutes  fes  raifons, 
&  toutes  fes  injures  dans  fon  Ecrit ,  ne  fçut 
plus  que  repondre  :  mais  il  eut  recours  à 
un  x^umônier  du  Roi  nommé  Theophra- 
fte  Bonju ,  dit  Beaulieu  ,  qui  entreprit  de 
réfuter  l'Apologie  de  Vigor  en  François  ^ 
parce  qu'il  n'étoit  pas  en  état  de  le  faire 
en  Latin.  Il  commença  par  deux  Avis,  auf- 
quels  Vigor  répondit  pour  lui  faire  con- 
noître  qu'il  n'étoit  pas  propre  à  traiter  ces 
matières  à  caufe  de  l'ignorance  où  il  étoit 
de  la  langue  Latine ,  dont  les  termes  dé- 
voient éire  pris  fans  équivoque. 

Bonju  fe  piqua  d'honneur,  &  s'ciantfait 
affilier  de  quelques  amis ,  il  publia  un  nou- 
vel Ouvrage  avec  Le  titre  de  Défenfe  pour 
la  Hiérarchie  de  VEglife  ,  ^  de  notre  faini 
Père  le  Pape  ,  &  prit  la  liberté  de  le  dé- 
dier au  Roi.  L'Ouvrage  étoit  bien  moins 

O  iiij 


2i6  La     Vie 

r  ■  '"  '  "■  lupportable  que  celui  de  Duval. 
i6i;{.         Vigor  ne  jugea  pas  à  propos  de  le  mé-. 
priler ,  à  caufe  du  refped  dû  au  nom  de  fa^ 
JViajefté  ,  que  l'Auteur  avoit  mis  à  la  tê- 
te. Il  y  répondit ,  non  pas  en  Latin ,  mais 
^n  Langue  vulgaire  ,  parce  qu'il  vouloir 
fe  rendre  intelligible  à  l'Auteur  qui  l'avoit 
attaqué.   Il  fit  porter  à  ce  nouvel  Ouvra- 
ge le  titre,  De  l^Etat  çsf  Gouvernement  de 
l^Eglife.W  ledivifa  en  autant  de  Livre  que 
fon  Apologie  Latine   contre  Duval  ;  &  il 
y  traita  les  mêmes  fujets  dans  un  ordre  & 
une  méthode  toute  femblable  à  fon  pre- 
mier Livre. 
Emporte-      L'avantage  que  Vigor  remporta  fur  tous 
mens  de    ^^^  adverfaires  fut  un  véritable  fujet  de 
Piene  de  tj-jonipher  pour  la  caufe  que  lui  &  Richer 
y^^^        défendoient  contre  les  partifans  de  la  Cour 


contre 


ir  her  de  Rome;  mais  il  ne  diminua  guéres  le 
nombre  des  ennemis  de  ce  dernier.  L'un 

des  plus  animer  contre  lui  étoit  le  Syl- 

^<^I4-  vius  de  Pierre  de  Vive,  Piemontois  , allié 
de  l'Evêque  de  Paris,  &  fon  Grand  Vi- 
caire, qui  avoit  fait  tant  de  démarches  inu- 
tiles avec  l'Auditeur  Scappi,  pour  faire  cen- 
furer  fon  Livre  en  Sorbonne.  Cet  homme, 
en  qualité  de  Chancelier  de  l'Univerfité  de 
Paris,  fe  difpofant  le  z8.  de  Janvier  1614. 
à  donner  la  benediâ:ion  aux  Théologiens 
que  la  Faculté  de  Paris  avoit  licetitiez,  & 
mis  hors  de  l'Ecole,  fit  une  harangue  qui 
jie  fut  qu'une  continuelle  inveélive  contre 
Richer ,  fans  le  nommer.  Après  avoir  fait 
entendre  que  l'Univerfité  de  Paris  devQÎt 
fon  établilfement  ,  fe$  privilèges  (Se  gene- 
falement  tout  ce  qu'elle  avoit  au  Pape; 


d'Edmond    Richer.   217 

i\  déclara  aux  Dodteurs  &  aux  Licentiez  qui ? 

afpiroient  au  Do6lorat ,  qu'ils  étoient  étroi-     1614. 
tcineiu  obligez  de  défendre  la  Monarchie, 
&  le  pouvoir  defpotique  du  Pape ,  ajoutant 
que  s'il  arrivoit   à  quelqu'un  de  ces  der- 
niers de  mettre  dans  fes  Theles  aucune 
propolition  de  celles  qui  avoient  été  con- 
damnées au  Synode  de  Sens ,  &  réfutées  par 
pluiieurs  Doéteurs,  il  leroit  rejette  de  la 
Licence,  &  ne  pouroit  obtenir  le  degré 
de  Do6teur,que  je  confère ,  difoit-il ,  feu- 
lement par  l'autorité  du  Pape.  Proiec- 
Un  difcours  li  paliioné,  (X  li  plein  d'er-  tion  du 
reurs  groffieres  ût  bien  moins  de  tort  à  Prince 
Richer  ,  que  la  retraite  fubitc  que  lit  le  de  Condé 
Prince    de   Condé  en  quittant  la  Cour,  nuifible  à 
Comme  ce  Prince   paffoit  publiquement  Richer. 
dans    le    monde    pour   fon  Protecteur  , 
fes  ennemis    ne    lailîerent  pas    échapper 
cette    occalion    de  renouveller  leur    hai- 
ne contre  lui.  Par  les  lettres  que  le  Prin- 
ce écrivit  à  la  Reine  pour  jullilier  fa  re- 
traite, il  fe  plaignoit  que  le  Chancelier  Ôc 
Villcroyfaifoient  les  Arrellsdu  privé  Con- 
fcildu  Roi  comme  bon  leur  fembloit,  fans 
en  confulter  que  leur  intérêt   particulier, 
ou  leur  caprice  ;  &  qu'ils   étoient   caufe 
de  la  divifion  qui  ruinoit  la  Sorbonne  , 
qui  avoit  été   toujours  fort  unie  aupara- 
vant.   Il  n'en  fallut  pas  davantage  pour 
exciter  un  nouvel  orage  fur  la  tête   de 
Richer.     On  le  calomnia  de  nouveau  , 
comme  s'il  eût  écrit  le  Livre  de  la  Puif- 
fance   ecclefiajitque  i^  politique  pour  trou- 
bler l'état  du  Mariage  de  la  Reine, &  ce- 
Jui  des  enfans  de  France.   Calomnie  in- 


2l8  L  A       V  I    E 

^  ventée  deux  ans  auparavant  par  le  Cardi- 

J614.  j^al  du  Perron  ;  puis  réitérée  &  rebattue  au- 
tant de  fois  que  le  Prince  de  Condé  faifoit 
de  mouvement,  ou  que  Ton  faifoit  quel- 
que chofe  contre  lui  à  la  Cour  :  tant  il  ctoit 
nuilîble  à  Richer  d'avoir  été  défendu  une 
feule  foi  dans  le  Confeil  par  le  Prince  de 
Condé.  * 

■^  ^•,       Il  n'en  étoit  pas  de  même  de  laprotec- 
iivre  de  ^j^j^  ^^^  ^ç  Parlement  donnoit  à  la  doc- 
c^^nd^'    trine  qu*il  défendoit.C'eft  ce  qui  parut  en- 
^      am-   ^^^.g  p^^  1^  condamnation    qu'il  fît  d'un 
Livre  nouveau  publié  par  François  Sua- 
re2,  Jefuite  Efpagnol,  fous  le  titre  fpecieux 
de  Défenfc  de  la  Foi  Catholtquc  contre  les 
erreurs  de  la  Seéie  Anglicane.  En   exécu- 
tion de  TArrefl:  donné  le  16.  jour  de  Juin 
le  Livre  fut  brûlé  le  lendemain  ,  &  l'Au- 
teur noté ,  pour  avoir  enfeigné  que  le  Pa- 
pe pouvoit  non  feulement    depolieder  les 
Rois,  de  leurs  Etats  ,  mais  leur  faire  per- 
dre encore  la  vie  ,   après  qu'il  les  avoit 
condamnez.  L'Arreft  du  Parlement  fut  fo- 
lemnellement  prononcé  à  la  grande  Cham- 
bre ,  en  prefence  des  quatre  principaux  d'en- 
Ignace  ^j-e  iesjefuites*de  Paris.  Le  ;>remier  Pré- 
Armiind,  j^-^^ç.^^^  p^j.  autorité  de  la  Cour,  reprocha  pu- 
V   j         bliquement  à  ces  Pères, qu'au  préjudice. 
Tour  à    ^^^^^  ^^  ^^  déclaration  qu'ils  avoient  faite 
3a  place    ^^  Greffe  du  Parlement  le  22.  de  Février 
du  Pere    ^^  ^'^^^  i6ii.  de  fe  conformer  entièrement 
Cotton,    à  î^  do6tîine  de  l'Ecole  de  Paris,  que  du 
Jacques*    Décret  de  leur  General ,  publié  peu  de  tems 
Sirmond^  après  la  mort  du  Roi  Henri  le  Grand;  un 
Tronton   homme  de  leur  Compagnie  venoit  de  pu-» 
du  Duc.   blier  encore  un  Livre  tres-pernicieux  con- 


d'EdmoKd    Ricïîer.     219 

tre  la  perfonne  du  Roi  ,  &  l'Etat  de  Ion  — - 

Royaume.  Il  leur  ordonna  de  taire  publier  1614 
de  nouveau  le  Décret  de  leur  General, & 
d'en  apporter  un  A61:e  à  la  Cour  de  Par- 
lement dans  fix  mois  :  &  il  leur  déclara 
que  s'il  arrivoit  à  aucun  de  leur  Compa- 
gnie de  parler  ou  d'écrire  comme  Suarez, 
ou  même  de  ne  pas  enfeigner  le  contrai- 
re dans  les  Prédications  ;  la  Cour  proce- 
deroit  contre  eux  comme  criminels  de  Ic- 
2c-Majelié. 

La  condamnation  de  ce  Livre  de  Suaret  Article  du 
étant  écheuë  au  temps  de  la  convocation  tiers  Etat 
des  trois  Etats  du  Royaume  à  Paris ,  fit  attribué 
rouvrir  dans  plufieurs  Provinces  de  Fran-  taufle-^ 
ce  la  playe  que  la  Erance  avoit  reçue  de  "^Ç^i^  ^ 
cette  doàrine  parricide  ,  par  la  mort  des  Ri<^tier, 
deux  derniers  Rois ,  ôt  fit  rechercher  le  Li- 
vre de  Richer  avec  plus  d'emprellement  que 
jamais,  pour  mettre  une  barrière  aux  pro- 
grès étonnans  que  ces  pcrnicieufes  maxi- 
mes taifoient  fous  la  minorité  d'un  Roi  en- 
core entant ,  &  fous  la  Régence  d'une  Rei- 
ne Italienne.  On  drefla  en  divers  endroits 
du  Royaume  des  articles  pour  empêcher  le 
cours  de  cette  dodrine  ,  par  la  crainte  de 
retomber  dans  le  malheur  où  cette  mau- 
dite doèlrine  avoit  plongé   la  France.  On    . 
chargea  les  Députez  des  Provinces,  tant  de 
la  Noblelle  que  du  tiers  Etat,  d'en  faire  des 
plaintes  &  des  remontrances  à  l'AfTemblée 
des  trois  Etats. 

La  Province  de  Paris  ,  qui  avoit  fervi 
de  théâtre  à  tant  de  funellcs  Tragédies ,  fe 
fignala  entre  toutes  les  autres  par  le  ^elç 
qu'elle  v  fit  paro'^tre.   L'article  qu'elle  fit 


210  L  A      V  I    E 

^ drciïer  contenoit  en  huit  points ,  qu'on  ar- 

Î614.  réteroit  dans  TAfTemblée  des  Etats  pour 
loi  fondamentale  &  inviolable  du  Royau- 
me, que  le  Roi  étant  fouverain  dans  fon 
Etat  ,  ^  ne  tenant  que  de  Dieu  feul  fa 
CùîiYonne  ,  il  n'y  a  Puiffance  en  terre ,  telle 
qu'elle  puijje  être  ^fpirttuelle  ou  temporelle , 
qui  ait  aucun  droit  fur  fon  Royaume ,  ni  pour 
l'en  priver ,  ni  pour  difpenfer ,  ou  abfoudre 
fes  Sujets  de  la  fidélité  &  de  l''ohciJ[jance 
qii'tls  lui  doivent  ,  pour  quelque  caufe  ^ 
prétexte  que  ce  pût  être.  Il  fut  reçu  d'abord 
&  approuvé  par  le  tiers  Etat,  qui  conclut 
qu'il  fût  mis  à  la  tête  de  fon  cahier.  Mais 
ayant  donné  avis  de  fa  refolulion  à  l'Or- 
dre du  Clergé,  &  à  celui  de  la  NoblefTe, 
le  Cardinal  du  Perron  fe  rendit  à  la  Cham* 
bre  de  la  NoblefTe ,  &  en  celle  du  tiers  Etat, 
où  par  deux  harangnes  tres-artificieufes ,  il 
les  diifuada  de  recevoir  cet  article.  Il  ne 
lui  fut  pas  difficile  d'impofer  à  laNoblef- 
fe,  dont  la  plus  grande  partie  n'avoit,  ou 
point  du  tout ,  ou  point  affez  d'étude  pour 
voir  où  tendoient  les  artifices  du  Cardinal. 
Mais  il  ne  put  rien  perfuader  au  tiers  Etat, 
qui  étoit  compofé  de  beaucoup  de  do6les 
Magiftrats  &  Jurifconfultes  du  Royaume. 
Le  Cardinal  ,  pour  donner  de  la  terreur  j 
leur  foûtint  que  cet  article  étoit  beaucoup 
plus  pernicieux  pour  la  Religion  Catholi- 
que, que  le  Formulaire  du  ferment  de  fi- 
délité que  le  Roi  d'Angleterre  avoit  fait 
propofer  aux  Catholiques  Anglois.  Il  leur 
dit  de  plus  que  c'étoit  Richer  qui  avoit 
compofé  cet  article  pour  femer  unfchifme 
en  France  ;  que  c'étoit  un  efprit  violent. 


d'Edmond  Ri  cher,    izt 

qui  n'aimoit  qu'à  fe  jetter  dans  les  extré-  — -*i^ 
mitez,  &  qui  ne  pouvoit  tenir  de  milieu.    1614. 
Il  étoit  faux  au  refte  que  Richer  fût  Au- 
teur de  cet  article  du  tiers  Etat.   Il  avoit 
été  conçu  &  drefle  par  un  Confeiller  du 
Parlement  nommé  Claude  le  Prêtre ,  rc- 
commandable  par  fa  vertu  &  fa  capacité; 
il  avoit  été  lu  &  examiné  dans  les  Allem- 
blées  de  Ville  devant  le  Prévôt  des  Mar- 
chands ,  tes  Efchevins  ,  plulicurs  Confeil- 
1ers  du  Parlement,   &  de  la  Ville,    &  un 
très-grand  nombre  de  Députez  ,  tant  de  la 
part  du  Clergé  ,  que  du  tiers  Etat.  Non 
feulement  Richer  n'y  avoit  pas  eu  de  part, 
mais    il  n'avoit    pas  été    d'avis  qu'on  le 
propolat;  non  pas  qu'il  ne  le  jugeât  très-  Les  gens 
bon  &  tres-équitable  en  tout  ce  qu'il  con-  de  bien 
tenoit  ,  mais  il  voyoit  qu'il  étoit  hors  de  ont  parle 
failbn  de  le  propofer  fous  la  minorité  du  de  mémo 
Roi ,  pendant  que  l'Etat  étoit  agité  de  fac-  ^^^  qua- 
tions,&  que  chacun  feprévaloitdelacon-  ^^'^    .^^'Q- 
jonèlure  des  temps,  au  préjudice  de  la  fou-  po""oi^s 
veraineté  du  Prince.   C'eft  ainli  que  Ri- ^^^ ar- 
cher s'en  expliqua  toujours  à  toutes  les  ^^^^^  '^" 
perfonnes  de  qualité  qui  le  vinrent  con-  ^^^ç^ 
fulter  fur  cette  atfairc ,  ajoutant  néanmoins,  ^^^  ^^^^ 
que  comme  l'article  n'avoit  rien  qui  ne  etoitalor;i 
fût  conforme  à  la  Loi  de  Dieu  &  de  la  brouillé 
nature  ,  il  valoit  mieux  foûtenir  les  pre-  avec  le 
mieres  démarches  qu'on  avoic  faites  ,  que  de  Pape, 
trahir  la  vérité  en  les  abandonnant  :  arin 
qu'on  n'en  pût  tirer  aucun  avantage  pour 
inlinuer  les  propofitions  contraires.  -X"-' 

Ce  nouvel  incident  fervit  encore  à  Ri-  Richer fd 
cher  pour  lui  faire  connoître  qu'il  n'avoit  retii-edex 
pas  de  compolicion  à  cfperer  de  la  part  de  Aircm-. 


ZIZ  L   A    V  I    E 

fes  ennemis,  dont  la  malignité  ne  faifoît 
que  croître  avec  celle  des  temps.  C'eft  ce 
qui  le  fit  refoudre  de  s'abftenir  doréna- 
vant de  paroître  dans  les  affaires  publi- 
ques ,  &  à  ne  plus  fe  trouver  aux  Afîèm* 
blées  de  Sorbonne  ,  pour  ôtcr  toute  oc- 
cafion  de  parler  ,  &  de  fe  faire  attribuer 
tout  ce  qui  s'y  pouroit  palfer  d'odieux.  Il 
crut  aulTi  que  ce  feroit  le  moyen  de  fe 
fouftraire  aux  fâcheux  effets  de  l'animofi- 
té  du  Cardinal  du  Perron,  du  N  once  Apo- 
ftolique,&  des  Prélats,  qui  paroiffoit  im- 
placable. Mais  ce  qui  le  détermina  le  plus 
à  la  retraite  &  au  lilcnce,'fut  Tarmement 
du  Prince  de  Condé  ,  dont  tous  les  mou- 
vemens  avoient  toujours  renouvelle  fes  af- 
fligions. Car  encore  qu'il  fût  tres-éloigné 
d'entrer  dans  les  intérêts  &  les  reffenti- 
mens  de  ce  Prince  ,  il  ne  laiffoit  pas  d'ê- 
tre tres-fenfîble  à  tout  ce  qu'il  faifoit  au 
préjudice  de  fes  devoirs  envers  le  Roi,  & 
le  repos  de  l'Etat.  Cequil'atïïigeoit  leplus, 
c'étoit  le  plaifir  fecrec  que  prennoient  fes 
ennemis  de  publier  ,  quoique  faulfement, 
que  le  Prince  de  Condé  ne  faifoit  que  fui- 
vre  les  maximes  deRicher  dans  toutes  fes 
démarches. 
^*"*  Pour  jouir  avec  plus  de  loifir  des  avantages 

1616.     de  fa  retraite,  qu'il  vouloit  employer  à  la 
Richer    prière  &  à  l'étude ,  il  fe  délit  de  fa  charge  de 
quitte   la  Principal  de  fon  Collège  vers  le  temps  de 
Principa-  Pâques  1616,  que  fon  âge  &  fes  infirmi- 
hte  ac      te2  ne  lui  permettoient  plus  d'ailleurs  d'e- 
Von  Col-  xercer  avec  fa  vigueur  &  fon  affiduité  or- 
'S^'         dinaires  ;  mais  cette  démilfion  volontaire, 
pour  laquelle  fes  Bourfiers  l'avoienr  autre- 


d'Edmond    Riche  r.    215 

fois  tant  chicané  ,  ne  fervit  pas  beaucoup  m  m 

à  leur  toucher  le  cœur,  ni  à  changer  leurs     1610. 
difpofitions    à    fon    égard  ;  parce    qu'ils 
•Voyoient  que  demeurant  Grand  Maître  du 
"CoIlq^e,  ils  feroit  toujours  en  état  de  les 

lir  eu  bride.  Ilschoiiirentun  autre  Prin- 
'.  ^^al  pour  neuf  ans. 

Ce  fut  cette  année  que  le,Roî  pour  ap-  DiYpofî- 
"  ocher  de  fa  perfonne  Guilleaume  du  Vair,  ^'^^^^s  da 

:nier    Préiîdent  au  Parlement  de  Pro-  Garde 
vence  ,  &  reconnoitie  fon  mérite  ,  le  fit  ^^s  Sce- 
Garde  des  Sceaux  de  France.    Richer  fe  '^"^.  ^^ 
fouveuiiiu  de  la  generolité  qu'il  avoit  eue  ^"^'^,  ^ 
pour  s'oppofcr  à  la  cenfure  que  l'Arche-        S^^'-'^ 
véque  d'Aix  avoit  faite  contre  fon  Livre 
iivcc  fes  Suffragans,  &  des  marques  de  la 
bienveillance  qu'il  lui  avoit  fait  donner  par 
de  Peirefc ,  qu'il  avoit  députe  en  Cour  làir 
ce  fujct;  crut  qu'il  étoit  de  fon  devoir  de 
l'aller  faluer,&de  lui  en  témoigner  fa  re- 
connoifTance.  Du  Vair  le  reçut  avec  tou- 
tes les  dcmonftrations  d'une  amitié  fince- 
re  5  l'encouragea  à  demeurer  ferme  dans 
fcs  fentimens ,  &  dans  la  défenfe  de  la  vé- 
rité, lai  promit  fa  protedion  en  toute  ren- 
contre, ÔL  lui  offrit  fa  faveur  pour  lui  ôc 
pour  ceux  qu'il   voudroit  lui  recomman- 
der. Les  bonnes  rcfolutions  de  ce  nouveau. 
Minirtrc  ne  rcgardoient  pas  moins  les  af- 
fliires  de  l'Etat, dont  le  rétabliilement  de- 
inandoit  un  homme  de  tête  &  deConfeil, 
comme  il  étoit.  Mais  on  ne  lui  donna  gue- 
res  le  îoifir  de  les  exécuter  :  on  commen- 
ça ii  redouter  fon  intégrité ,  &  on  lui  ôca 
les  Sceaux  des  le  mois  de  Novembre  de  la 
même  aniice    Cette  difgrace  fut  une  fâ- 


ii4  L  A     V I  E 

!*■■  cheufe  épreuve  pour  cette  intégrité  qu'il 

i6i6.  avoit  apportée  de  la  Province.  Elle  lui  at- 
tendrit tellement  le  cœur  ,  qu'ayant  fçû 
qu'on  avoit  témoigné  quelque  regret  de  f-a. 
deftitution  à  la  Cour,  il  en  témoigna  aulîî^ 
du  peu  de  complaifance  qu'il  avoit  eue  pour 
les  volontez  de  ceux  qui  avoient  l'admi* 
niftration  des   affaires.    On  lui  rendit  les 

Sceaux  au  mois  de  Juin  de  l'année  fuivan- 

1617.    te  ;  &  Ton  rétabliffemcnt ,  foûtenu  des  plus 
grandes  efperances  que  la  Cour  de  Rome 
puifTe  donner  à  un  Ecclefiaftique  ambitieux, 
fit  une  révolution  confiderabledans  fon  ef- 
prit,&  produifit  dans  fa  volonté  un  chan- 
gement dont  Richer  reçut  des  preuves  quel- 
ques années  après. 
X  I-         Le  Dofteur  Duval  fatigué  de  tourmen» 
Buval     Je,.  Richer  par  la  force  ouverte,  &  s'en- 
f  -.^r  î^uyant  d'ailleurs  de  ne  le  plus  voir  en 
vouloir  le  ^Qj-^onne,  feignit  alors  de  fe  vouloir  re- 
lie?^^^^'6c  concilier  avec  lui  ,  dans  le  deffein  de  ga- 
Richer      §^^^  P^^  ^^  ^^^^  ^^^^^  ^^^  ^^^  violences  , 
pour  le'    ^^  celles  des  autres  u'avoient  pu  abattre, 
furpren-    I^ans  cette  vue,  il  lui  envoya  fur  la  fin 
dre.  du  mois  de  Juillet  le  Dodeur  Georges 

Froger,  Curé  de  S.  Nicolas  du  Cluardon- 
net  ,  fon  difciple  &  fon  confident ,  poun 
lui  perfuader  de  vouloir  expliquer  fon  Li- 
vre de  la  puijjance  Ecclefiaftique  ^  Poli- 
tique ,  ajoutant  qu'il  travailleroit  pour  la 
gloire  de  Dieu ,  &  pour  la  réunion  de  l'E- 
cole de  Sorbonne  ,  qui  étoit  miferable- 
ment  déchirée  par  les  divilions.  Car  c'é- 
toit  le  prétexte  fpecieux  dont  il  avoit  cru 
devoir  fe  fervir  pour  l'engager  plus  facile- 
ment à  fournir  de  nouveaux  fujets  de  que- 
relle 


J 


d'Edmond   Riche r.     zif 

telle  &  de'perfecutîons  à  fes  ennemis.  < 

Richer  découvrit  d'abord  le  piège  qu'on  1617. 
lui  tcndoit,  &  il  repondit  à  Froger  que  ce 
n'étoit  point  le  tems  d'écrire,  &  que  d'ail- 
leurs il  ne  lui  étoit  pas  permis  de  mettre 
rien  en  lumière,  depuis  la  défenfe  qui  lui 
avoit  été  faite  par  le  Cardinal  de  Bonzi, 
de  la  part  de  la  Reine  Régente  ,  de  rien 
écrire  fnr  le  fcjet  qu'on  lui  propofoir. 

Deux  mois  après  on  apporta  de  la  Foi- 
re de  Francfort  à  Paris  le  nouveau  Livre 
de  Marc- Antoine  de  Dominis  ,  Archevê- 
que de  Spalatro  en  Dalmatie.  Cet  Auteur 
venoit  de  le  publier  en  Latin  fous  le  titre. 
De  Repubtica  Ecclefiajlica  Lihri  decem^to- 
mis  tribus.  11  ne  paroilïbit  encore  que  le 
premier  tome  di\iié  en  quatre  livres. 

Le  bruit  que  tic  cet  Ouvrage  porta  plu-    J"5^- 
fieurs  perfjuncs  de  coniideration  à  rendre  "\^"^  ^^ 
vilite  à  Richer,  pour  en  fçavoir  fon  fcn-  ^',^:^^^^  . 
timent.  Il  leur  fit  entendre  que  ce  Prélat  ^"^*  |f  r''" 
avoit  tout  gâté  ,  pour  avoir  voulu  traiter  \^^  ij  * 
les  controverfes  &  les  points  dogmatiques;  ^^^^^ 
au  lieu  de  s'attacher  uniquement,  comme 
il  le  devoit ,  à  renfermer  la  domination  de 
la  Cour  de  Rome  dans  fes  bornes  légiti- 
mes :  que  par  cette  conduite  il  avoit  ou- 
vert la  porte  à  des  nouveautez  dangereu- 
fes  ,&  jette  les  femences  d'un  fchifme  :  que 
dans  l'avis  qu'il  avoit  publié  de  fa  retraite, 
&  de  fa  fortie  d'Italie  ,  il  fembloit  avoir 
delfein  de  vouloir  faire  revivre  toutes  les 
nouvelles  herelies  ,  lorfqu'il  avoit  ofé  di- 
re ,  c^iie  la  doârïne  de  ces  Eglifes  ou  Soc'te-  }^^tm,   % 
tez  ennemies  de  Rome ,  que  les  Catholiques 
combattent  avec  tant    d^ ardeur  ,  ne  diffère 

P 


12(5  L  A      V  I    E 

■ .  en  rien  ,  ou  fi  peu  que  rten  de  la  leritahU 

iCiy.  (^ pure  doârine  de  ^ancienne  Eglife : qu*o» 
a  cru  devoir  rejetter  cette  dodnne  tout  d'un 
coup  ,  plutôt  que  de  la  combattre  par  des 
moyens  honnêtes  ^  légitimes  :  ^  que  fi. 
elle  étoit  en  horreur  à  Rome  ,  ^  parmi 
nous  ,  ce  n"* étoit  pas  qu'elle  fût  hérétique  , 
ou  fciujje  ,  mais  parce  qu'^elle  étoit  contraire 
aux  fentimens ,  ^  aux  mœurs  corrompues 
de  la  Cour  Romaine  ^  qui  étoit  devenue  toU' 
te  temporelle ,  ^  ne  fe  gouvernait  plus  que 
par  une  politique  purement  humaine.  Que 
rien  n'étoit  plus  capable  de  ruiner  l'union 
&  la  paix  de  la  Chrétienté  que  ces  maxi- 
mes ,&  que  cela  meritoît  une  tres-rigou- 
reufe  cenfure.  D'ailleurs  ,  que  ce  Prélat 
détournoit  faufîement  la  dodrine  de  l'E- 
cole de  Paris  ,  pour  la  faire  fervir  à  fes 
delîeins  ,  prétendant  qu'il  n'enfeignoit  pas 
autre  choie  qu'elle  ;  qu'il  en  impofoit  à 
la  Sorbonne  ,  en  fuppofant  qu'elle  tenoit 
]'état  de  l'Eglife  feulement  ariftocratique, 
&  en  fe  fervant  de  cette  fuppolition  pour 
détruire  la  Papauté ,  ou  la  primauté  de  S. 
Pierre  &  de  fes  fuccefTeurs. 

Tous  ces  difcours  ne  manquèrent  pas 
d'être  rapportez  au  nouveau  Nonce  du 
Pape ,  Gui  Bentivoglio ,  fucceileur  du  Car- 
dinal Ubaldin,  par  la  plupart  de  ceux-mé- 
mes  qui  les  avoient  entendus  de  fa  bouche. 
Il  faut  avouer  que  Bentivoglio  eut  pour 
lui  des  égards,  &  des  manières  moins  dures- 
que  n'en  avoir  eues  fon  predecellèur ,  foit 
que  le  récit  de  ces  difcours  eût  fait  quel- 
que irnpreffion  favorable  fur  fon  efprit  , 
foit  qu'il  eût  naturellement  plus  de  poli- 


d'Edmond  Richçr.     zvj 

tefTe  ,  &  pies  de  lumières  qu'Ubaldin.      — — 
Duval  lui-même  ayant  appris  le  juge-     1617. 
inent  que  Richer  failuit  du  Livre  dcl'Ar-    x  1 1. 
chev«2que  de  Spalatro  ,  en  tcmoiguA  tant    Tentati- 
de  fatisfadion ,  qu'il  voulut  reprendre  les  ves  de 
fentimens  de  reconciliation  qu'il  lui  avoit  Duval  ôc 
déjà  fait  propoler  près  de  trois  mois  au-  de   Moa- 
paravant  par  le  Curé  de  iaint  Nicolas  du  th^ion 
Chardonnet.  Il  le  fit  prier  de  lui  donner  ^"''  ^'^'. 
un    rendez -vous   pour    pouvoir    conrerer  PJ'^^^"^*^'* 
avec  lui  :  &  ils  convinrent  de  fe  trouver  ^^'^ 
te  19.  d'06lobre  dans  le  Collège  d'x\rras , 
fur  les  dix  heures  du  matin.  Duval  com- 
mença  à  proteller   devant   Richer    d'une 
iincere  &  iblide  reconciliation;  il  en  vint 
enfuite  à  quelque    éclaircillement   lur  di- 
vers  endroits    du  Livre  qu'il    avoit  écrit 
contre  lui.  Après  quoi  il  lui  fit  entendre 
que  le  Nonce  du  Pape  dciiroit  avec  pal- 
lion  de  le  voir;  quec'étoit  un  brave  Gen^ 
tilhomme  de    la  famille  des  Bentivoglio, 
qui  avoient  été  de   tout  tems   nttachez  a 
la  France   ,  &    tenu  fon  parti  en  Italie  \ 
qu'il  étoit  civil  ,atiable,  d'un  naturel  ooli- 
geant  ,  atîedionné   aux   gens  de    Lettres 
&  de  vertu  ;  que  fes  domelliques   mêmes 
étoient  femblables  à  lui,  &  tort  ditierens 
de  ceux  du  Cardinal    Ubaldin.  Il  ajouta 
qu'on  avoit  affuré  Bentivoglio  que  l'Ar- 
chevêque   de  Spalatro    avoit  envoyé  huit 
exemplaires  de  fon  Livre  à  Paris ,  <Sc  qu'il 
yen  avoit  un  dont  l'Auteur  taiibit prefent 
à  Richer  nommément  ;  que  depuis  que  le 
Livre  de  ce  Prélat  étoit  arrivé  à  Paris,  les 
Colporteurs  du  Palais  avoient  tout  de  nou- 
veau expofé  en  vente  le  Livre  de  Richer 

pij 


228  L  A      V  I   E 

touchant  la  puifTance  Ecclefiaflique  &Po- 

1517.  litique;  que  Richer  ne  pouvoit  avoir  une 
occîiiion  plus  favorable  &  plus  glorieufc 
pour  fe  remettre  en  grâce  avec  le  faint 
Père ,  &  tous  les  Prélats  qui  avoient  cen- 
fiiré  fon  Livre,  pourvu  qu'en  expliqant 
les  propofitionsdeibn  Livre, il  voulût  ré- 
futer la  dodrine  de  l'Archevêque  de  Spa-  | 
latro  ;  qu'il  pouroit  en  toute  alTurance  écri- 
re fur  ces  trois  chefs,  i.  Que  Jefus-Chrift 
avoit  donné  immédiatement  les  Clefs  à  tou- 
te l'Eglife.  2.  Que  l'Eglife  eft  infaillible. 
3.  Que  le  Concile  General  eft  au  -  deflus 
du  Pape. 

Il  voulut  aufîî  lui  perfuader  que  M. 
Mole ,  Procureur  General ,  avoit  envoyé  à 
la  Faculté  k  Livre  de  ce  Prélat  pour  être 
cenfuré  ,  &  que  la  cenfure  de  la  Facul- 
té feroit  confirmée  par  Arreft  de  la  Cour, 
à  la  requête  de  ce  Magiftrat  ;  qu'ainfi  Ri- 
cher,  nonobftant  l'habitude  qu'il  avoit  pri- 
fc  de  ne  plus  aller  eu  Sorbonne  ,  devoit 
le  trouver  à  l'Aflemblée  de  la  Faculté 
quand  on  feroit  cette  cenfure, afin  de  re- 
mctrre  l'union  dans  les  Memores  de  ce 
Corps ,  &  d'arrêter  le  bruit  qui  couroit  que 
de  Dominis  6l  Richer  étoient  de  même  opi- 
nion :  que  ce  feroit  le  moyen  de  fe  ven- 
ger avantageufement  de  Filefac  fon  enne- 
mi, qui  vouioit  dominer  feul  en  Sorbon- 
ne ,  &  qui  ne  s'étudioit  qu'à  le  détruire 
dans  l'efprit  des  Prélats. 

C'étoit  tout  de  bon  que  Duval  tâchoit 
d'animer  PJcher  contre  Filefac  ,  avec  le- 
quel il  s'étoit  ligué  auparavant  pour  tra- 
vailler conjointement  à  fa  condamnation^ 


d'Edmond   Ri  cher.    119 

éf  à  fa  perte   avec  le  Nonce  Ubaldin,  & 

rAuLîé  de  S. Victor; mais  ayant  confondu  1617. 
&  dilfipé  une  partie  de  leurs  mauvais  def- 
fcins  ,  Filcfac  étoit  devenu  inrupportable 
à  Duval,  par  fou  ambition  &  ton  inconf- 
tance  :  de  forte  que  l'ayant  vu  lî  brufque- 
ment  quitter  le  Syndicat  ,  comme  nous 
l'avons  rapporte  ,  il  s'étoit  brouillé  avec 
lui  ,  fins  prétendre  alors  que  Richcr  duc 
tirer  avantage  de  leur  divilîon,  6c  ne  Tap- 
pclloit  plus  autrement  que  terminus  t-fide- 
fi/mus  ,  à  caufc  de  la  légèreté  de  fon  ef- 
prit. 

D'ival  ne  fut  pas  le  feul  qui  voulut  fai- 
re faire  àRicher  les  démarches  versBenti- 
vocjlïo  ,  qu'il  n'avcHt  januiis  voulu  faire  vers 
Ubaldin.  Montholon,  Confeiller  d'Etat  & 
Intendant  de  la  Maifori  deMontpenlicr,vint 
lui  rendre  deux  vilices  confecutives  dans 
fon  Collège  pour  le  même  fujct.  Il  tâcha 
premièrement  de  le  tenter  par  de  magni- 
fiques promelfts  ,  &  par  tout  ce  qui  peut 
flatter  la  vanité  d'un  efprit  curieux  de  gloi- 
re ,  &  un  cœur  avare  &  interclié  :  il  le 
prie  eiifuite  par  tout  ce  qui  peut  flatter  la 
vaniic  ,  en  voulant  lui  perfuader  qu'il  étoit 
fort  utile,  &  necelfaire  même  à  la  Facul- 
té pour  y  maintenir  la  difcipline  :  que  ceux 
qui  lui  avoient  été  les  plus  coutraires,re- 
connoilfoient  maintenant  le  befoin  qu'on 
avoit  de  lui  ;  que  tout  le  monde  géné- 
ralement trouvoit  à  redire  qu'il  s'abliînt 
d'aller  aux  Alîemblées  de  Sorbonne  ,  & 
le  tenoit  coupable  devant  Dieu  d'avoir  en- 
feveli  le  talent  qu'il  avoit  reçu; qu'au  re- 
(k  le  fouvenir  des  dangers  qu'il  avoit  cou^ 


1^0  La    Vie 

— -—  rus,  devoîtlui  faire  prendre  de  bonnes  n\Cr 
1617.  fures  pour  fa  fureté  ;&  qu'il  ctoità  crain- 
dre que  les  inimitiez  de  ceux  qui  avoient 
tâché  de  le  faire  périr ,  ne  fe  reveillaffcnt 
bientôt,  s'il  ne  fedéterminoit  à  donner  en- 
fin quelque  contentement  au  Nonce  de  Sa 
Sainteté  :  en  un  mot  qu'il  étoit  tems  que 
Ton  fît  quelque  chofe  pour  lui ,  &  que  c'é- 
toir  une  cnofe  indigne  de  voir  qu'un  hom- 
me de  foi;  mérite  n'eût  ni  Bénéfice  nî  Di- 
gnité Ecclefiaitique. 

Richer  remercia  Montholonle  pluscîvî- 
lemenc  qu'il  lui  fut  pofîiblc;  &  il  tâcha  de 
s'excufer  fur  toutes  les  propolitions  qu'il 
venoit  de  lui  faire.  Il  lui  remontra  qu'é- 
tant fatisfait  de  fa  condition  ,  il  s'y  étoit 
borné  pour  le  relie  de  fes jours,  perfuadé 
que  rien  ne  pouvoit  manquer  à  ceux  qui  fe 
propofoient  de  vivre  félon  les  règles  delà 
nature  &  de  l'Evangile,  qui  fe  contentent 
de  peu  ;  qu'il  étoit  toujours  prêt  à  fervir 
la  Faculté  de  Théologie,  lors  qu'elle  ai\- 
roic  beloin  de  lui  ,  muis  qu'il  ne  lui  pou- 
voit donner  que  des  confeils  généreux  & 
deiiniereifez  pour  la  défenfe  de  la  vérité  j  , 
qu'il  ne  s'ablknoit  d'aller  aux  Allemblées  ' 
de  Sorbonnc  ,  que  parce  que  les  brigues 
&  lesra^h'ons  la  mettoient  toute  ei\  defor- 1 
dre ,  6l  que  ce  qui  fe  devoit  faire  par  tout 
le  Corps  ,  n'étot  refolu  que  par.deux  ou 
trois  perfonnes. 

Mais  il  crut  devoir  repondre  à  Duval 
avec  d'autant  moins  de  ménagement,  qu'il 
remarqua  plus  d'artifice  dans  la  fuite  de  fes 
entretiens.  Il  rcfufa  de  voir  le  N'oiicejufrj 
qu'à  ce  qu'il  lui  fît  l'honneur  de  l'appel-  ' 


D'EdMO  ND    RiCHER.       131 

îer,  fous  prétexte  qu''il  ne  rendoit  vifitc  à 

peribnne  ;  &  lui  montra  que  tout  ce  que  161 
l'on  difoit  de  ùs  relations  avec  de  Do- 
minis  ,  &  de  la  nouvelle  publication  de 
fon  Livre  à  l'occafionde  celui  de  cet  Ar- 
chevêque ,  n'étoit  qu'une  calomnie  de  Ces 
ennemis.  Il  ajouta  que  comm.e  Chrétien 
&  Catholique,  il  tailbiî  cas  de  la  bienveil- 
lance du  Pape  &  des  Prélats  de  TEglile; 
mais  qu'il  ne  Ibuhaitoit  pas  l'acquérir  en 
écrivant  fous  le  bas  âge  du  Roi ,  où  tout 
étoit  dangereux  :  que  ii  Duval  n'avoit  pu 
^tre  approuvé  de  Bellarmin  &  de  la  Cour 
de  Rome  en  pluiieurs  chofes  qu'il  avoit 
écrites  pour  la  fouveraine  Puilfance  du  Pa- 
pe fui*  TEglife  ,  Richcr  n'avoit  pas  lieu 
d'efperer  de  lui  p'aire  en  demeurant  dans 
fes  premiers  fentimens  ;  qu'il  lui  feroit  af- 
fci  inutile  d'écrire  fur  les  trois  points  que 
Duval  afluroit  qu'ils  lui  feroient  permis, 
puifque  tout  fon  Livre  de  la  Puijhnce  ec- 
clefiaftique  ^  politique  ne  contcnoit  autre 
chofe  ,  avec  les  indu6lions  évidentes  & 
necellaires  qu'on  en  pouvait  tirer  ;  qu'il 
étoit  bien  tard  de  retourner  en  Sorbonne 
depuis  quatre  ans  qu'il  s'en  étoit  abfenté; 
que  fur  le  bruit  qui  couroit  que  l'on  y 
devoit  cenfurer  fon  Livre  avec  celui  de 
l'Archevêque  de  Spalatro ,  &  que  Duval  lui- 
même  avoitcholi  cinq  Dodcurs  des  princi- 
paux ennemis  de  Richer  pour  examiner  l'ou- 
vrage de  ce  Prélat,  il  faudroit  être  dépour- 
vu de  fens  pour  fe  trouver  à  la  condamna-  ' 
îionde  fon  Livre, que  ces  fadieux  fe  pro- 
mcttoicnt  de  faire  pafler  à  la  faveur  de  la 
cenfure  de  l'autre; qu'il  u'cntroit  pas  dans 

?  iiij 


231  L  A      V   I    E 

j  les  jaloufies&les  brouillerics  de  Duval  <5c 

1617.  dcFilefac,&que  les  connoifiant  tous  deux 
également  poiîedez  par  des  pafîîons  diffe^ 
rentes ,  il  ne  fongeoit  qu'à  fe  tenir  en  re- 
pos ,  fans  prétendre  fe  rendre  le  miniftre 
du  reffentiment  de  Tua  contre  l'autre,  ou 
fe  mêler  de  deux  hommes  qui  n'avoient  pu 
s'accorder  enfemble  que  pour  lui  nuire. 
XIII.  Après  la  mort  du  Cardinal  du  Perron  , 
Nouvel-  qui  arriva  en  161S,  le  Cardinal  François  de 
les  intri-  la  Rochetoucault  fut  cholî  pour  être  Grand 
gués  de  Aumônier  de  France,  à  la  recommendation 
Duval  ^^  p_  Arnoux  ,  Jcfuite ,  Conteifeur  du  Roi. 
^."5^^^  Ce  fut  auffi  en  cette  même  année  que  Hen- 
ri de  Gondy  reçut  le  Bonnet  de  Cardinal , 
&  prit  lenomdeRetz.  Peudeiemsa{)résle 
Duc  de  Luyncs,  favori  de  Louis  XIII ,  pour 
tâcher  de  le  décharger  de  l'envie  que  l'ad- 
miniltration  de  l'Etat  avoit  fait  tomber  fur 
lui ,  fit  appeller  ces  deux  Cardinaux  au  Con- 
feil  du  Roi.  Du  val  crut  quec'étoit  un  nou- 
veau renr'ort  pour  fon  parti  ,  6c  comptant 
d'aillears  fur  la  faveur  de  Mole  ,  Procu- 
reur General  du  Parlement,  il  leva  lemùf- 
que  de  reconciliation  qu'il  avoit  pris  pour 
tâcher  defurprendre  Richer.  Il  rit  naître  de 
nouveaux  fujcts  de  querellecontre  lui  ;  6c 
pour  engager  plus  de  monde  dans  fa  cabale, 
il  alloit  de  porte  en  porte  difant  :Nofj.s  avova 
le  Cabinet  ^'jiir  nous '^  c'cii-à-dire  qu'il  dif- 
pofoit  entièrement  du  Confeil  du  Roi ,  dont 
le  Cardinal  de  RetT,  avoit  éié  fait  Chef. 
Pour  parvenir  à  les  tins  ,  il  invita  Richer 
tout  de  nouveau  à  donner  une  explication 
des  propolîtions  de  fon  Livre,  comme  (i 
c'eût  été  le  moyen  de  faire  finir  les  trour 


d'Edmond  Ri  cher.     155 

bîes  (?^  Icsdivifions  qai  regnoient  parmi  les 

Dodenrs  de  la  Faculté  ,  dontil  n'avoitgar-     lôi^, 
de  de  reconnoître  qu'il  étoit  Tauteur.   Ri- 
cher  s'excufa  toujours  comme  auparavant       ^ 
fur  ce  qu'il  lui  étoit  défendu  de  la  part  de 
la  Reine, au  péril  de  la  vie, de  rien  écrire 
fur  ce  fujct.  Duval  lui  fit  promettre  d'un 
ton  auffi  alfuré  que  s'il  avoit  été  l'un  des 
Miniitres  d'Etat ,  qu'il  ternit  lever  cette  dé- 
fenfc  au  Confeil  du  Roi.Riclier  lui  titré-        $ 
ponfe  qu'il  le  pouvoit,  mais  qu'il  n'y  ga- 
gnerait rien,  parce  que  laconjonéluredes 
tems  fâcheux  ne  lui  permettoit  point  d'ail- 
leurs de  prendre  la  plume. 

Duval  perdit  près  de  dix-huit  mois  à  faire 
rénirir  Ion  intrigue, avec  tous  IcsEmilIai- 
res,dont  le  plus  ardent  &  le  plus  importun 
pour  Richer  étoit  ce  Georges  Froger,  Curé 
de  laint  Nicolas  du  Chardonnet ,  qui  lui  fai- 
foit  chèrement  payer  les  charges  de  fon  voi- 
linage.  Après  avoir  inutilement  employé 
toutes  leurs  rules  ,  ils  ne  trouvèrent  plus 
d'autre  expédient  pour  l'abattre,  que  celui 
de  le  faire  regarder  comftie  un  excommu- 
nié. Pour  le  taire  réufllr  ,  ils  publièrent  que 
Richer  caulbit  un  très  grand  Icandale  dans 
l'Eglifc  par  le  rems  qu'il  faitbij d'expliquer 
fon  Livre ,  nonoblVant  l'ailurancc  qu'on  lui 
donnoit  de  ne  le  point  inquiéter  fur  tout 
ce  qu'il  pouroit  dire  pour  autorifer  les  opi- 
nions, &  que  cette  oblHnation  étoit  caule 
qu'on  lui  refuferoit  l'abiblution  ,  s'il  fc  pre- 
fentoit  au  Tribunal  de  la  Confeflion. 

Le  Tems  de  l'Avent  de  Tan  16 19.  leur 
fournit  l'occalion  d'exécuter  leurs  mena- 
ces. Froger ,  fécondé  par  un  Minime  nom^ 


254  La    V  I  E 

mé  Guerin  ,qui  prcchoit  dans  fa  Paroîfle, 
homme  turbulent  &  faftieux,  à  qui  la  Prédi- 
cation fut  interdite  quelque  tems  après  par 
tout  le  Diocefe  de  Paris ,  gagna  le  Curé  * 
*  Ant.  du  Collège  du  Cardinal-le-Moine,  qui  étoit 
B'ou-  auflî  Sacriftain,  ou  Clerc  d'Eglife  de  faint 
ment.  Nicolas  du  Chardonnet.  Il  lui  fit  enten- 
dre qu'on  nepouvoit  abfoudre  Richerfans 
commettre  un  horrible  facrilege  ,  &  lui 
•  dit  de  confulter  fur  cela  le  ProfefTeur  Du- 
val,  &  le  Pré-licateur  Guerin,  Froumçnt, 
Curé  du  Collège,  confirmé  dans  fes  fcru- 
pules  par  ces  deux  Cafuiftes ,  alla  trouver 
Richer  la  veille  de  Nocl ,  pour  lui  dire, 
qu'il  avoir  détendu  à  tous  les  Prêtres  du 
Collège  du  Cardinal-le-Moine  de  l'enten- 
dre en  Confefîion ,  par  l'avis  des  plus  habi les 
Cafuiftes  &  des  plus  fçavans  Théologiens 
de  Paris.  Richer  lui  répondit  froidement 
qu'il  en  connoiflbit  des  meilleurs, &  que 
quand  il  auroit  befoin  de  fe  confeller ,  il 
iroit  droit  au  Pénitencier ,  ou  à  quclqu'au- 
tre  qui  fçavoit  ce  qui  étoit  contenu  dans 
le  Livre  de  la  P Mtffance  ecclefiaftïqtie  ^  fo^ 
iitique ,  auquel  ni  Froument ,  ni  fes  fem- 
blables  n'entendoient  rien. 

Guerin  ^  Froger  fort  fatisfaits  d'eux- 
mêmes  &  de  Froument,  allèrent  donner 
avis  de  ce  qu'ils  avoient  fait  au  Cardinal 
de  Retz ,  Evêque  de  Paris ,  qui  rabattit  un 
peu  leur  joye  en  leur  difant  qu'il  falloit 
marcher  bride  en  main ,  &  qu'on  ne  de- 
voit  rien  bazarder  dans  une  affaire  fi  dé- 
licate fans  prendre  l'avis  des  deux  Profef- 
lèurs  Royaux  ,  Duval  &  Gamaches ,  &  du 
Fetiitencier  Hébert.  Guerin  voulut  porter 


d'Edmond   Richer.   ijy 

le  lendemain, jonr  de  Noël ,  à  huit  hcv.res 

du  matin  la  rcponfe  du  Cardinal  de  Retz     1619. 
à  Richer,  qui  traita  tellement  avec  lui  que 
ce  Père  s'en  retourna  tort  content ,  &  pref- 
que    entièrement    changé  ,    reconnoillant 
qu'il  avoit  tort  d'avoir  autrefois  parlé  de 
fon  Livre,  mc:ne  dans  fes  Prédications ,  à 
la  manière  de  plniieurs  autres ,  qui  ne  con- 
iioiffoient  ni  l'Auteur  ni  le  Livre  ,  &  qui 
croyoient  mal-à-propos  que  c'étoit  par  mé- 
pris, &  par  opiniâtreté  qu'il  reUUbit  l'ex- 
;  plication  qu'on  lui   demandoit  ,  au    lieu 
I  qu'il  ne  failbit  ce  refus  que  pour  obçir^u 
!  Roi  &  à  la  Reine. 

Guerin  alla  lejuur  des  Innocens  rendre 
,  compte  au  Cardinal  de  ce  qui  s'étoit  pvUie 
entre  Richer  &  lui.  Le  Cardinal  tbuhùita 
de  voir  Richer,  &  de  l'entretenir  en  par- 
ticulier. Richer  ravi  d'avoir  cette  occalion 
d'aller  taire  connoître  lui-m.éme  la  lince- 
.rité  de  les  intentions  au  Cardinal  fon  Evé- 
que,  aima  mieux  que  ce  fût  avec  le  Péni- 
tencier Hébert  fon  Collègue  ,  qu'avec  Gue- 
rin ,  qui  s'otîroit  de  l'y  accompagner.  Mais 
il  donna  à  celui-ci  un  Ecrit  pour  être  com- 
numiquc  auparavant  au  Cardinal  ,  &aux 
trois  principaux  Dodeurs  qu'il  avqit  nom- 
mez  pour  être  coufultez  fur  cette  afraire. 
^  Par  cet  Ecrit  Rich^  s'offroit  de  faire  en- 
fin ce  que  Duval  fouhaitoit  de  lui  depuis 
tant  de  tems,  c'ell-à-dire,  dexpliquer  cel- 
tes des  propoiitions  de  fon  Livre  qu'on  vou- 
droit  choilir,  puifqu'on  l'alfuroit  que  le  Roi 
ik  la  Reine  l'avoient  agréable. 

Ce  fut  alors  que  Duval   fit  paroître  fa    On    cfr- 
'^L^iiTric  &,  fa  mauvaife  toi.  avec  laquelle  mande  ci 


1^6  La     Vie 

r*— —  il  tendoît  des  pièges  à  Richer  fous  les  ap- 
1620.  parences  d'une  faiifle  reconcilliation  :  car 
Richer  après  avoir  été  plus  de  trois  anb  à  le  per- 
une  de-  fecuter  par  toutes  fortes  d'artifices,  pour  le 
claration  porter  à  faire  une  explication  de  quelques 
fur  (on  propofitions  de  fon  Livre  ;  après  avoir  tâ- 
Livre,  au  ché  de  lui  faire  refufer  l'abfolution  même 
Jieu  d'il-  pour  la  difficulté  qu'il  faifoit  de  donner  cet- 
ne  expli- te  explication,  par  la  feule  crainte  de  con- 
cation  de  trevenir  aux  ordres  de  la  Reine  :  Il  s'avi- 
dodri-  fa  (je  (^jj-e  q^'^  \^  vérité  il  ne  talloit  pas  que 
^^'  Richer   expliquât  entièrement  fon  Livre  ; 

mais  d'une  autre  côté  que  fi  on  faifoit  choix 
de  quelques-unes  de  fes  proportions  pour 
être  expliquées,  il  étoit  à  craindre  que  les 
autres  ne  falfent  tenues  pour  vraycs  &  in- 
dubitables. 

Le  premier  jour  de  l'an  1620.  le  Car- 
dinal de  Retz  manda  Duval ,  Gamaches , 
&  Hébert ,  pour  refoudre  ce  que  l'on  teroit 
dans  l'affaire  de  Richer.  Duval ,  auteur  de 
toute  l'intrigue,  remontra  qu'il  talloit  em- 
pêcher Richer  abfolument  d'expliquer  au- 
cune propoiition  de  fon  Livre  ,  6c  qu'il 
fuffiroit  de  lui  demander  une  déclaration. 
Il  la  dreffa  lui-même  comme  il  voulut, 
l'a  fit  approuver  du  Cardinal ,  de  fon  Grand 
Vicaire ,  &  des  deux  autres  Do6teurs ,  & 
&  il  en  prefenta  le  Formulaire  à  Richer, 
qu'on  avoir  fait  venir  chez  de  Gamaches 
le  Vendredi  fuivant,  troiliéme  jour  du  mois. 
Voici  les  termes  dont  cette  déclara: ion 
étoit  conçue.  Ayant  recojmu  que  j es  Supe^ 
rieurs  Ecclefiafttques  ont  mal  reçu  quelques 
propofitions  contenues  dans  [on  Livre  DELA, 

Puissance  ecclésiastique  et  foliti- 


d'Edmond    Ri  cher.    157 

QUE  ;  //  déclare  qutl  a  toujours  emendu  ^  en-  — — 
îe-fid  je  foûmetîre  en  tout  à  la  do£irtne  de  PE-  1 620. 
glife  CaîhoUque^  ApofloUque  Cjf  Romaine ,  cf 
^u  faint  Sîége  Apojlol'tque  ;  k^  qu'étant  très- 
marri  ,  comme  il  Vcft  ,  d"* avoir  écrit  aucunes 
^ropofitions  qui  aycnt  pu  être  interprétées 
contre  j on  inicntion ^il  les  def avoue ^  ^jV;/ 
départ  ;  C5^  quil  cfi  prêt  d'* en  faire  telle  dé- 
claration qu'ail  fera  jugé  à  propos  par  Jes  Su- 
périeurs Alonfeigncur  le  Cardinal  de  Retz 
fon  hvéque  ,    CiTr. 

RichcT  ayant  lu  cette  formule  de  décla- 
ration ,  demanda  qu'on  remît   Tattaire  au 
lendemain  ,   atin  d'y   fonger  ,  &  de  prier 
Dieu   qu'il   lui   inlpiiât   ce  qu'il  auroit  à 
faire: car  il  remarquoit  dans  cette  déclara- 
tion trois  choies  captitufes  qui  détruifoient 
la  vérité  catholique  des  propofitiunsdelbii 
Livre.  i.Le  laint  Siégeyétoit  pris  feparc- 
meni  d'avec  l'Egliie  Catholique,  Apollo- 
lique  &  Romaine  :  ce  qui  marquoit  qu'on 
le  fuppofoit  infaillible   feparément  d'avec 
l'Eglife  Catholique,  ce  qui  ctoit  contrai- 
re au  Concile  de  Conftance,  &  à  la  doc- 
trine de  la  Faculté  de  Paris.  2.  On  ne  cot- 
toiî  point  les  proportions  qu'on  difoit  avoir 
été  prifes  en  mauvais  fens  ou  en  mauvaife 
part ,  contre  fon  intention ,  &  qui  dévoient 
ctre  dtfavuuées  ou  expliquées  en  un  bon 
fcns.  3.  On  vouloit  qu'il  fe  conformât  à 
la  volonté  de   fes  Supérieurs  Ecclelialii- 
ques,  c'eli-à-dire,  au  Pape  &  au  Cardinal 
de  Retz, qiy  l'avoient condamné  fans  l'en- 
tendre, &  qui  ne  pouvoient  fouffrir  qu'on 
parlât  du  gouvernement  arillocratique  dans 
rEglife  ,  de  la  fuperiorité  du  Concile  fur 


228  L  A       V  I    E 

. touchant  la  puifTance  Ecclelîaflîque  &Po- 

1617.  litique;  que  Richer  ne  pouvoit  avoir  une 
occafion  plus  favorable  &  plus  glorieufc 
pour  fe  remettre  en  grâce  avec  le  faint 
Père,  &  tous  les  Prélats  qui  avoient  cen- 
furé  fon  Livre,  pourvu  qu'en  cxpliqant 
les  propcfitionsdclbn  Livre, il  voulût  ré- 
futer la  dodrine  de  l'Archevêque  de  Spa- 
latro  ;  qu'il  pouroit  en  toute  alTurance  écri- 
re lur  ces  trois  chefs,  i.  Que  Jefus-Chrill: 
avoit  donné  immédiatement  les  Clefs  à  tou- 
te l'Eglife.  2.  Que  TEglife  eft  intaillible. 
3.  Que  le  Concile  General  elt  au  -  defîlis 
du  Pape. 

Il  voulut  auffi  lui  perfuader  que  M. 
MoIé ,  Procureur  General ,  avoit  envoyé  à 
la  Faculté  le  Livre  de  ce  Prélat  pour  être 
cenfuré  ,  &  que  la  cenfure  de  la  Facul- 
té feroit  confirmée  par  Arreft  de  la  Cour, 
à  la  requête  de  ce  Magilf  rat  ;  qu'ainfi  Ri- 
cher ,  nonobiiant  l'habitude  qu'il  avoit  pri- 
fe  de  ne  plus  aller  tu  Sorbonne  ,  devoit 
le  trouver  à  l'AfTemblée  de  la  Faculté 
quand  on  feroit  cette  cenfure, afin  de  re- 
iTictîre  l'union  dans  les  Memores  de  ce 
Corps  ,&  d'arrêter  le  bruit  quicouroit  que 
de  Dominis  &  Richer  étoient  de  même  opi- 
nion :  que  ce  feroit  le  moyen  de  fe  ven- 
ger avantageufement  de  Filefac  fon  enne- 
mi, qui  vouloit  dominer  feul  en  Sorbon- 
ne ,  &  qui  ne  s'étudioit  qu'à  le  détruire 
dans  l'efprit  des  Prélats. 

C'étoit  tout  de  bon  que  Duval  tâchoit 
d'animer  Pjcher  contre  Filcfac  ,  avuc  le- 
quel il  s'étoit  ligué  auparavant  pour  tra- 
vailler conjointement  à  fa  condamnation. 


d'Edmond   Richer.    119 

&  à  fa  perte   avec  le  Nonce  Ubaldin,  & 

TAbLîé  de  S.  Vidor  ;mais  ayant  confondu  1617. 
6c  dilfipc  une  partie  de  leurs  mauvais  def- 
ftins  ,  Filefac  étoit  devenu  infupportable 
à  Duval,  par  fon  ambition  &  fon  inconf- 
tance  :  de  forte  que  l'ayant  vu  li  brufque- 
ment  quitter  le  Syndicat  ,  comme  nous 
Tavons  rapporté  ,  il  s'ctoit  brouillé  avec 
lui  ,  fans  prétendre  alors  que  Richer  dût 
tirer  avantage  de  leur  diviiion,  &  ne  Tap- 
pclloit  plus  autrement  que  terminus  tnde- 
fi/iîtus  ,  à  caufe  de  la  légèreté  de  fon  ef- 
prit. 

D'ival  ne  fut  pas  le  fcul  qui  voulut  fai- 
re faire  à  Richer  les  démarches  versBenti- 
voglio  ,  qu'il  n'avoit  januiis  voulu  faire  vers 
Ubaldin.  Montholon,  Confeiller  d'Etat  & 
Intendant  de  la  Maifori  deMontpenlicr,vint 
lui  rendre  deux  vilices  confecutives  dans 
fon  Collège  pour  le  même  fujct.  il  tâcha 
premièrement  de  le  tenter  par  de  magni- 
îiques  promelfts  ,  &  par  tout  ce  qui  peut 
flatter  la  vanité  d'un  efprit  curieux  de  gloi- 
re ,  &  un  cœur  avare  &  intercllë  :  il  le 
prie  enfuite  par  tout  ce  qui  peut  flatter  I3 
vanité  ,  en  voulant  lui  perfuader  qu'il  étoit 
fort  utile,  &  necellaire  même  à  la  Facul- 
té pour  y  maintenir  la  difcipline  :  que  ceux 
qui  lui  avoient  été  les  plus  coutraires,re- 
connoinblent  maintenant  le  bcfoin  qu'on 
avoit  de  lui  ;  que  tout  le  monde  géné- 
ralement trouvoit  à  redire  qu'il  s'abfiînt 
d'aller  aux  Alîemblées  de  Sorbonne  ,  & 
le  tenoit  coupable  devant  Dieu  d'avoir  en- 
feveli  le  talent  qu'il  avoit  reçu  ;  qu'au  re- 
lie le  fouvenir  des  dangers  qu'il  avoit  cou-* 


1^0  L  À  V  I  E 

li— - —  Nonce  dn  Pape  ,  &  an  Dcdeur  Ifambert 

162.0.     Frofelîeur  en  Théologie. 
fa  ciccla-      Il  lui  allégua  fcpt  raifons  pour  lequelles 
ration,      ils  refuibient  de  la  recevoir. 

llyrc-      L    Ils  ne  pouvoient  Ibuifrir  qu'on  fît 
pond.        mention  des  principes  ^  des  maximes  an-, 
ctennes  de  l  iLcole  de  Paris  ,  pour  l'expli^ 
cation  defquelles  Richer  prétendoit  avoir 
fait  Ton  Livre.  ^ 

IL  Ils  defapprouvoient  ces  termes  de, 
fa  déclaration  \yV étant  étudié  a  la  brieve^ 
té ^  je  me  [uis  rendu  obfcur  ;  ^  cette  brie-, 
*veîé  a  donné  fuj et  à  plufieurs  personnes  de 
détourner  en  mauvaije  part  quelques  propo-.. 
Jîtions  de  men  Livre  \(^  aux  Prélats  de  fe 
plaindre  publiquement  de  mot ,  &c.  car  cet-, 
te  claufe  ftmbloit  marquer  que  les  Pré- 
lats qui  avoient  cenfuré  le  Livre,  ne  i'a- 
voient  pas  entendu  à  caufe  de  fa  brièveté. 
III.  ils  defapprouvoient  cette  parenthe-> 
fe  {^ce  qui  a  don-né  lieu  à  ivlejjleurs  les  Pré- 
lats de  fe  plaindre  publiquement  de  moi  Çff  de: 
monLivre^)  parce  que  Richer  ne  faifoic  au- 
cune mention  de  la  cenfure  contre  fon  Li-: 
vre. 

ÎV.  Ils  rejettoient  ces  termes: Je decia- 
re  présentement ,  comme  f  ai  fait fouvent  ail- 
leur  s  ^  que  je  fuis  prêt  ^  tout  difpofé  pren- 
dre raijon  de  toutes  les  propojitions  contenues 
dans  ce  Livre  ,tff  à  les  expliquer  en  un  botf  ; 
fens  kS  catholique ,  &c.  parce  que  ifambert 
alluroit  que  de-là  on  infereroit ,  que  les  Pré-  ' 
latsqui  avoient  cenfuré  le  Livre  de  Richer 
n'auroitnt  paa..  entendu  les  proportions  de 
ce  Livre  en  un  bon  icns  &  catholique. 
V.  Ils  blâmoient  Richer  de  ce  qu'il  avoit 

mis 
/ 


d'Emond    Ri  cher.     241 

raïs  le  fa'mt  Siège  devant  l^Egltfe  Catholi-  _».— « 
que  ,    /îpoflolique   ^   Romaine  ,  contre  la     i6\0. 
coutume  ordinaire  ;  ce  qu'il  fcmbloit  fai- 
rt  à  defTein  pour  décliner  le  jugement  du 
faint  Siège,  &  fe  foûmettre  au  jugement 
de  toute  rÉglife. 

V  I.  Ils  trouYoient  auffi  à  redy-e  à  ces 
termes  :  comme  je  Pai  foiivent  déclaré  ail* 
leurs  ^  t^c.  prétendant  que  dans  toutes  les 
déclarations  que  Richer  avoit  faites  jul- 
qucs-là  ,  il  s'étoit  Seulement  ibûmis--à 
rLt^life  Catholique  ,  Apoliolique  &.  Ro- 
lîiuiiie,  fluis  nommer  le  faint  Siège,  & 
fans  s'y  K;ûmettre  fcparémenr. 

VIL  Eniin  ils  remarquoient  que  dans 
toute  cette  déclaration  Richer  ne  defa- 
voiioit  aucune  des  Proportions  de  fon 
Livre. 

Richer  voulut  répondre  exactement  à 
toutes  ces  objedlions,  quoiqu'il  tut  tres- 
pertuadé  qu'elles  avoient  été  formées  par 
Dav4i  (Sclfambert,  fous  le  nom  des  deux 
Cardinaux  &  des  autres  Do(5leurs;  &  que 
îe  Profelléur  de  Gamaches  6c  le  Péniten- 
cier Hébert ,  qui  avoient  éié  conjmis  pour 
examiner  cette  affaire ,  n'y  avoient  pas  de 
part.  Il  dit  à  Duval  ;  i  °  •  qu'il  faifoit  men- 
jtion  des  principes  de  l'ancienne  doélrina 
de  l'Ecole  de  Paris,  afin  que  tout  le  mon- 
de connût  quelle  avoit  été  Ion  intention  en 
-écrivant  le  Livre  de  la  Puijfance  ecclefiafti^ 
que  {^ pultuque  :  parce  que  plufieurs ,  pour 
lâcher  de  le  rendre  odieux, avoient  vou- 
lu faire  croire  qu'il  l'avoit  compofc  à  la 
f>erfualion  des  Hérétiques  ;  outre  que  le 
Cardinal  du  Perron  avoit  ofé  foûtcnir  aa 


i^z  La     Vie 

-— î-^ï-  Confeil  privé  du  Roi  qu'il  avoiteu  JclTéîil, 
1620^    par  cette  Ouvrage  de  troubler  l'état  du 
Mariage  de  la  Reine  &  des  Enfans   de 
Henri  le  Grand. 

2  °  .  Que  le  Livre  étoit  écrit  d'une  ma-» 
niere  courte  &  fuccinte ,  comme  on  feroie 
des  Th^es  ,  qui  ont  enfuite  befoin  d'ex- 
plication plus  ample;  &  que  l'obfcurité^ 
s'il  y  en  avoit  ,  ne  pouvoît  venir  que  de 
cette  brièveté  ;  que  les  Prélats  qui  avoient 
condamné  cet  Ecrit, ne  l'avoient  pascen- 
furé  abfolument  ,  mais  en  termes  condi-» 
tionels,par  la  claufe  ,  ut  fonant  ^  félon  la- 
quelle ils  faiibient  juger  que  les  propofî-» 
fions  qu'ils  condamnoient ,  avoient  bcfoiti 
d'explication  ;  que  pour  leur  donner  un 
bon  iens  &  catholique  ,  il  auroit  fuffi 
d'entendre  l'Auteur  même, qui  avoit  fou- 
vent  demandé  d'être  oiii  fur  ce  fujet,  & 
qui  le  fouhaitoit  encore  tous  les  jours. 

9^  .  Qu'il  n'avoit  pas  jugé  neceflairede 
faire  mention  de  la  cenfurc  des  Prélats  : 
parce  qu'ayant  été  faite  contre  tout  droit 
divin  &  humain,  Richer  en  avoit  appelle 
comme  d,'abus. 

4  °  .  Que  ce  qu'il  venoit  de  répondre  à 
la  féconde  objeélion ,  pouvoit  auffi  fervir 
de  réponfe  à  la  quatrième; que  d'ailleurs 
il  étoit  furpris  de  la  mauvaife  chicannerie 
d'Ifambert:  puifque  tout  homme  raifonna- 
ble  devoit  trouver  bon  que  Richer  tût  prêt 
&  difpofé  à  expliquer  toutes  les  propolî- 
tions  de  fon  Livre  en  un  bon  fens  &  ca- 
tholique. 

5-  °  .  Que  l'ordre  qu'il  avoit  obfervé  en- 
tre le  faint  Siège  éc  l'Eglife  Catholique 


d'Edmond   Riche r.    ^45         , 

étoit  conforme  aux  anciens  Canons  des  — — - 
Conciles  Généraux, qui  fuppofent  uneef-  1620. 
pece  de  fubordination  de  Tribunaux  dans 
l^Eglife,  où  l'on  en  compte  quatre  com* 
munément  ;  le  Siège  Epiicopal  ;  le  Syno- 
de Provincial,  félon  U  cinquième  Canon 
du  Concile  de  Nicée  ;  le  Siège  Patriar- 
chai;  &  le  Concile  General,  félon  ledix- 
feptiéme  &  vingt-lixiéme  Canons  du  hui- 
tième Concile  Oecuménique;  que  Pon  pou- 
voir appeller  du  Siège  Epifcopal  au  Syno- 
de Provincial ,  &  du  Siège  Patriarchal  au 
Concile  General  :  de  forte  que  le  dernier 
&  infaillible  rellort  de  l'Eglife  refidoit 
dans  la  feule  Eglife  Catholique,  étant  pri- 
fe  conjointement  ;  que  le  Pape, comme 
premier  des  Patriarches ,  y  ètoit  necelfaire- 
ment  compris ,  à  moins  qu'il  ne  fût  exclus 
par  quelque  caufe  julle  &  canonique;  & 
par  confequent  que  le  Pape  ,  pris  fépa- 
rement  d'avec  l'Eglife  Catholique ,  ne  pou* 
voit  rien  décerner  aa  préjudice  des  Décrets 
du  Concile  de  Comlance;  que  s'il  ordon- 
noit  quelque  chofe  de  contraire ,  cela  de- 
voir être  attribué  à  la  Cour  de  Rome  , 
èc  non  à  l'Eglife  Romaine. 

6°.  Que  dans  toutes  les  Remontran- 
ces &  les  Ades  qu'il  avoit  publiez  dans 
la  Faculté  de  Théologie,  il  avoit  toujours 
foûmis&  fa  perfonne  &  fon  Livre  au  ju- 
gement de  l'Eglife  Catholique,  Apoftolî- 
que  &  Romaine  :&  qu'il  avoit  comprise 
entendu  le  Siège  Apoftolique  fous  le  nom 
d'Eglife  Romaine. 

7°.  Qu'il  étoit  trcs-éloigné  de  defa- 
voiicr  aucune  propofitioii  de  fon  Livre  ^ 


244  L  A      V I  E    . 

■  —  qu'un  defaveu  devoît  fuppofer  quelque •cr'i 

1620.  reur;  qu'il  avoit  fouvent  demandé  qu'on  lut 
cottât  quelque  propofition  errontfe  dans 
l'on  Ecrit,  avec  proteftation  que  s'il  ne  la 
pouvoit  expliquer  en  un  bon  ïens  &  ca-. 
tholiquc,  il  en  teroit  folemnellement  fa-' 
tisùdion  au  Public,  &  elîaceroit  non  feu-, 
lement  de  fa  piume  &  de  fa  bouche, mais, 
encore .  de  fes  larmes ,  tout  ce  qu'il  avoiv 
écrit. 

Duval  pour  toute  réplique  fit  deux  nou- 
velles objedions  à  Richer  ;  l'une,  qu'il  uvoit 
écrit  que  les  ékdions  étoient  de  droit  di-, 
vin  &  naturel  ,  6c  qu'elles  ne  pouvoicnt, 
être  abrogées  par  aucune  prescription  ;^ 
l'autre, qu'il  avoit  tellement  élevé  lapuif-. 
fance  politique,  qu'il  fembloit  intimer  que 
rEglife  ne  fubliftoit  que  dans  l'Etat  poli-  , 
tique  &  feculier. 

Richer  lui  répondit  en  foûriant,  que  (i 
par  fon  crédit  il  vouloit  lui  obtenir  de  la 
Cour&ûes  Minières,  qui  étoient  tous  fes 
amis,  une  permifîion  pour  expliquer!  ces, 
^eux  proportions ,  &  toutes  les  autres  qu'il 
voudroit  choiiir  dans  fon  Livre,  il  lesab-., 
jureroit  volontiers ,  en  cas  qu'il  ne  pût  leur^ 
donner  un  bon  fens  &  catholique. 

Duval  ne  voulut  point  s'en  charger  ;; 
mais  croyant  épouvanter  Richer,  il  lui  dit; 
que  fa  mémoire  feroit  abominable  à  tou-. 
te  la  pofterité ,  &  qu'il  léroit  mis  au  nom- 
bre des  hérétiques  après  fa  mort;  qu'un 

*  Michel  Po6leur*avoit  déjà  compofé  pour  cela  deux 

Mail-        gros  volumes  tout  prêts  de  fubir  la  prelfe; 

clerc.        que  les  Prêtres  de  l'Oratoire  :t  à  la  tête  de 
:j:  Ih  n'ont  pas  de  Conftitutions  écrites. 


p'Edmond    Ri  cher.   24f 

leurs  (îonftitutions  avoicnt  écrit  ,  que  le  — "  ■■  -'"^ 
f'ul  Richer  s'étoit  opf)oiç  à  rétabliflement  162a; 
de  leur  Congrégation. 

Riçher  fe  moqua  de  ces  menacerfrivo- 
les,dirant  que  Ton  ne  pouvoit  rien  imagi- 
ner de  plus  calomnieux  &  de  plus  diffamant 
que  ce  que  Duval   avoit  e'crit  contre  lui; 
mais  que  le  mépris  du  Public  levengeroit 
fuffifammentdes  uns&des  autres.  Il  ajou- 
ta qu'il  fe  Ibucîoit  tres-peu  d'être  noté  par 
la  Cour  de  Rome ,  mettant  une  très -grande 
différence  entre  elle,  6c  l'Eglifc  Catholique, 
qu;  elt  i'Epoufc  de  Jefus-Chrilt  ;  au  lieu  que 
ce,le-là  a'étoitque  le  fruit  d'une  invention 
humaine  ,  qui   avoit  établi  dans    TEglife 
une  Monarcfiie  temporelle,  pour  faire  mou- 
rir comme   hérétiques  ceux  qui   s'oppofc- 
roient  aux  abus  qu'elle  voudroitautorifcr  : 
que  les  Mathématiciens  n'avoient  pas  plus 
d'évidence  de  leurs  démonllrations ,  qu'il 
en  avoit  de  fon  Ecrit  ;&  que  s'il  avoit  re- 
lâché quelque  chofe  dans  le  projet  de  fa 
déclaration,  c'étoit  pour  le  bien  de  la  paix, 
&  pour  faciliter  la  réunion   des  efprits; 
qu'au  refte  le  Nonce  du  Pape  ,  les  Car- 
dinaux de  la  Rochefoucault    &  de  Retz, 
&  Duval  lui-même, qui  prétendoient  exi- 
ger de  lui  une  autre  déclaration  pour  être 
envoyée  à  Rome,  dévoient  fe  fouvenirque 
qui  veut  tout  avoir  ^  n'a  rien.  Que  jufques 
alors  on  avoit  ôtéàRicher  tous  les  moyens 
d'une  jurte  défenfe,  quoique  par  la  loi  de 
X)ieu  &  de  la  nature  ,    on  ne  pût  lefufer 
cette  juftice  à  perfonne.  Mais  qu'après  avoir 
employé  toute  la  retenue  &  la  modération 
pofîible  puur  fe  défendre  canoniquemcntj 

Qiij 


24<^  L  A     V  I  E 

1^-——  au  lieu  d'une  déclaration  qu'on  voijîoit  tir 
1620,     rer  de  lui  par  violence,  il  ufcroit  des  re^ 
medes  que  les  Loi^  du  Royaume  four- 
iiifTent,  félon  le  droit  divin  &  humain  ,^ 
ceux  qu'on  veut  opprimer  injuftemeht. 
XV.  Après  que  Duval  fe  fut  retiré,  Richer 

Richer  coniiderant  qu'il  fe  vantoit  par-tout  d'a- 
donne  ^^^^  ^^  Cabinet  du  Roi  pour  lui ,  à  caufe 
une  nou-  ^^s  deux  Cardinaux ,  qui  fembloient  domi- 
velle  de-  ner  dans  le  Confeil  ,  alla  le  10.  de  Jan- 
claratioii  vier  voirie  Gardf  des  Sceaux  du  Vair ,  pour 
qu'on  en-  lui  rendre  compte  de  tout  ce  qui  fe  tra- 
voye  à  moit  contre  lui.  Le  fouvenir  de  l'accueil  fa- 
ïlome.  vorable  qu'il  lui  avoit  fait  en  161 6.  lorfqu'oa 
ïxcès  de  lui  donna  les  Sceaux  pour  la  première  fois, 
fes  enne-  &  des  offres  de  bienveillance  &  de  protec- 
mis.  tion.dont  il  l'avoit  pré  venu,  fans  attendre 

Sa  refo-  qu'on  l'en  priât ,  lui  avoit  fait  efperer  d'eri 
lution,  fe  être  bien  reçu  ;  mais  il  trouva  qu'il  s'étoit 
voyant  a-  fait  un  grand  changement  dans  du  Vair, 
bandon-    qui  eut  affez  de  peine  à  l'entendre.  Il  n'eii 
ne  des      reçut  pas  d'autre  réponfe ,  finon  qu'il  fal- 
Jiommes.  ]oit   ligner  <5c   approuver  tout  ce  que  le 
Nonce  &  les  Cardinaux  delîroient  de  lui  ^ 
pour  alfoupir  la  divifiop  qui  troubloit  l'E- 
cole de  Sorbonne. 

Mais ,  Monfetgneur ,  repartit  Richer  ,  // 
s'agît  de  retenir  ou  de  condamner  les  maxi- 
mes de  V ancienne  doBrine  de  Sorbonne  ^  cjf 
l'indépendance  de  la  Couronne  du  Roi.  // 
n^importe ,  reprit  la  Garde  des  Sceaux ,  i'o»jf 
ne  devez  pas  être  plus  fage  que  le  temps.  Si 
^  la  Sorbonne  d"* aujourd'hui   Penfe  autremenir 

que  l^ ancienne  Sorbonne  .^l^  fi  vos  Collègues, 
font  de  l'avis  du  Nonce  ^  des  Cardinaux  ^ 
'^ous  devez  leur  donner  les  mains. 


t 


d'Edmond    Ri  cher.    247 

Rîcher ,  qui  n'attendoit  rien  qui  dût  ap ; — - 

procher  d'une  telie  réponfe  d'un -homme  1620. 
qui  avoit  la  réputation  de  du  V^air ,  s'en  al- 
la tout  furpris  raconter  cette  avanture  à 
quelques  Confeillers  d'Etat,  qui  lui  répon- 
dirent qu'il  ne  s'en  étonneroit  plus  ,  dès 
qu'il  fçauroit  que  du  Vair,  ne  voulant  pas  fe 
contenter  d'être  limple  Evéquede  Lilieux  , 
afpiroit  encore  au  Cardinalat ,  &  qued'ail- 
Jeurs  il  étoit  payé  pour  agir&  parler  com- 
nie  il  taifoit ,  parce  qu'il  recevoit  du  Cler- 
gé une  penlion  de  12000.  livres  par  an. 

Deux  jours  après  *   Richer  informa  le     ^"^  I^î- 
Chancelier  Brulart  de  tout  ce  qui  s'étoit  "i''»n*-hç 
pafTé  à  fon  égard,  &  lui  ût  la  ledure  des  ^~'  ^^ 
deux  déclarations  qu'il  avoit  données  à  Du-  J^'^vier,* 
val  &  au  Cardinal  de  Retz.  Le  Chancelier 
Jit  connoître  à  Richer  qu'il  étoit  d'un  fen^ 
timent  bien  contraire  à  celui  du  Garde  des 
Sceaux.  11  le  loua  de  s'être  toujours  con- 
tenu dans  les  bornes  de  la  modération.  Il 
lui  promit  même  de  voir  inceflamment  le 
Cardinal  de  Retz ,  &  de  lui  parler  favora- 
blement de  toute  cette  affaire. 

Duval  revint  chez  Richer  le  quinzième 
dumoi^,  pourfçavoir  s'il  avoit  reformé  fa 
déclaration  au  gré  du  Nonce  &  des  deux 
Cardinaux  :  mais  il  n'en  reçut  qu'une  nou- 
velle réprimande.  Richer,  après  lui  avoir 
fait  fentir  .l'indignité  de  toutes  fes  démar- 
ches ,  lui  prefenta  une  nouvelle  déclaration  , 
où  il  marquoit  toutes  les  raifons  qu'il  avoit 
de  ne  vouloir  plus  traiter  à  l'avenir  cette 
affaire  avec  lui  ,  &  de  le  recufer  pour  en 
juger  avec  Hébert  &deGamaches. 

Puval  ,  ayant  refufé  de  prendre  la  cOf 

qiiij 


248  L  A       V  I    E 

...^ —  pie  de  cette  déclaration  ,  que  Richer  vou- 
1620.  loit  lenctre  publique ,  alla  lur  le  champ  trou-. 
v^  le  Nonce  &  les  Cardinaux  ,  pour  leur 
faire  fçavoir  qu'il  n'avoit  pu  rien  gagner 
fur  cet  efprit,Ôc  qu'il  ctoitobftiné  à  iicfieii 
changer  dans  fa  première  déclaration.  Le 
Card.  de  la  Rochefoucault ,  qui  n'étoit  g^aé- 
res  accoutumé  à  retenir  Pimpetuolitc  na- 
turelle de  fon  humeur ,  ayant  entendu  Du- 
val ,  dit  d'un  ton  de  colère  :  Puif^ue  Richer 
rejufe  d'^obétr  ^  il  faut  le  coudre  dans  uk  jcjc  ^ 
i^  le  jetter  dans  la  Rivière  \  plût  à  Dieu  ,, 
ajouta  le  Cardinal,^»'//  m\ût  coûté  200. 
'  écus  d'or ,  C3^  qitilfe  fût  fait  hérétique  !  Ma- 

nière de  vœu  qu'il  n'avoit  pas  apprifc  dans 
l'école  de  Jcfus-Chrift.  11  cioit  le  premier 
qui  eût  tenu  PAbbaye  de  fainte  Geneviève 
en  Commande  ;  &  le  Père  Guerin,  qui  écoit: 
retourné  à  fon  premier  génie,  prêchant  le 
Carême  àfaint  EiienneduMont,  ne  trou- 
va point  de  moyen  plus  feur  pour  attirer 
fa  bienveillance  ,  que  de  reinplir  fes  Ser- 
mons d'invetlives  contre  l'Auteur  du  Li- 
vre de  la  I^uiJ/ance  Lcclejiajitque  <:sf  Poli- 
i-tque. 

Sur  le  bruit  qui  courut  que  le  Pape  ne 
vouloir  pas  donner  de  réponfe  touchant  la 
première  déclaration  de  Richer  ,  que  le 
Nonce  avoir  envoyée  à  Rome;  de  Gama- 
ches  &  le  Pénitencier  ,  qui  cherchoieac  à 
lui  concilier  les  efprits ,  &  les  moyens  de 
pacifier  les  troubles  ,  eurent  avec  lui  une 
conférence,  dont  lerefultat  fut  que  Richer 
urelferoit  un  nouveau  Formulaire  de  décla- 
ration ,  où  il  fut  refolu  qu'il  s'ctcndroic 
ifavantage  fur  les  termes  de  lafoûmtjjlonati 


D'Edmond    Riche  p.    249 

faint  Sicge  ,  fans  rien  relâcher  néanmoins  — — -7^ 
■de  ce  qu'il  devoir  à  Ja  vérité  ,  &:fans  don-    lôio» 
ner  atteinte  aux  maximes  qu'il  avoit  éta- 
blies dans  fon  Livre.  Richer  fuivit  leur  con- 
feil.  11  ne  retrancha  rien  de  la  première  dé- 
claration ,  &  n'y  ajouta  autre  chofe,  firioi^ 
cju'il  improuv  oÎL  &  dcteftoit  le  mauvais  fens 
que  quelques  perfonncs  avoient   donné  à 
fes  propotitions  ,   contre  fon  intention  , 
comme  aulli  tou'-e  autre  interprétation  con- 
traire au  jugement  de  TEglifeCath.  Apoft. 
éc  Romaine.  La  déclaration  tut  communi- 
quée en  cette  forme  au  Nonce ,  ai  aux  Car- 
dinaux de  la  Rocherbucault  &  de  Retz  , 
qui  jugèrent  à  propos  de  l'envoyer  à  Rome. 
CepcMdunt  Duval,  très  perfuadé  qu'elle 
rie  feroit  pas  plus  agréaole  au  fâint  Père  que 
la  première,  trouva  moyen  d'intimider  par      *  AntJ 
<]v-  nouvelles  terreurs  le  *  Curé  ,  le  f  Vi-  Frou- 
caire  ,  .?cle  rj;  Principal  du  Collège  du  Car-  ment.^ 
dinal-le-M'oine  ,  fur  ce  que  Richer  étoit  t  Louu 
chez  *cux  admis  a  la  participation  des  Sa-  ^oche. 
cremens  de  l'Eglife.  •,  Le  Curé  ôcleVicai-  t  9^"^" 
re  ,  qu'il  avcit  abfolument  gagnez  par  le  S^'J^ç^^g 
ir.tyen  de  i'roger  ,  Curé  de  faint  Nicolas      ^      ^ 
du  Chardounet,  firent  un  crime  au  Princi- 
pal de:  ce  qu'il  entendoit  le  Grand  Maître 
du  Collège  en  Confeliion  ,  fans  avoir  fcru- 
puie  de  lui  donner  l'abfolution  ;  &  il  feré- 
riuidit  un   bruit  dans  la  ville  ,  que  quand 
Richer  viendroit  à  mourir,  il  feroit  privé 
de  la  fepalture  en  Terre  fàinte.  C'ellainii 
que  ceux  qui  abufent  du  miniltere  Eccle- 
fialtique ,  auquel  l'intérêt  ou  l'ambition  les 
ont  fait  alpirer,  pour  l'ordinaire,  font  fer-» 
Tir  la  Religion  &  les  Sucremens  à  leurs  pafr 


2f  o  La     Vie 

^  ■         fions,  &  fçavent  profiter  de  la  pente  que 
lôzo.    les  peuples  ont  au  fcrupule ,  tantôt  pour  éta-  ' 
blir  leur  domination ,  tantôt  pour  exercer 
leur  vengeance,  &  quelquefois  pour  fatif- 
faire  leur  avarice. 

L^efprit  de  Richer  n'étoit  pas  de  ce  ca- 
ra6lerç  à  s'épouvanter  de  pareilles  forfan- 
teries; aufli  parfaitement  inftruit  qu'il  e'toit . 
du  véritable  efprit  de  la  Religion  dé  Jefus- 
Chrift ,  il  mettoit  en  lui  toute  fa  confiance  : 
néanmoins  ralfemblant  toutes  les  idées  qu'il 
s'étoit  formées  de  la  maiignité  de  fes  en^ 
nemis ,  de  la  mifere  générale  des  tems  pre- 
fens  ,  du  trifte  état  des  affaires  publiques 
fous  l'adminiftration  du  Duc  de  Luynes  y 
&  de  raflbupifTement  de  tous  les  Magi(^ 
trats ,  qui  ne  veilloient  plus  qu'à  leurs  in- 
térêts particuliers  ;  il  fc  difpoia  à  fouffrir 
toutes  les perfecutions  chrétiennement,  & 
il  prit  refolution  dorénavant  de  fe  pafiTer 
de  tous  fecours  humains  contre  la  mau- 

£n  Juin,  vaife  volonté  des  hommes.  Il  fe  renferma 
plus  étroitement  qu'auparavant  dans  le 
Cabinet ,  où  il  s'occupa ,  tant  pour  fa  pro- 
pre juftification  ,  que  pour  l'inftruâion  de 
la  poilerité ,  à  drciîer  des  mémoires  fidèles 
pour  lervir  à  l'Hirtoire  de  tout  ce  qui  s'é- 
toit paffé  à  fon  fujet  depuis  le  commencç- 
pient  de  fon  Syndicat. 


Fff9  dt^  trotfiéme  Ltvr^n 


d'Edmond    Ri  cher,   lyi 


<7^.     i6ii. 


LA     VIE 

D'EDMOND  RICHER, 

DOCTEUR  DE  SORBONNE. 
LIVRE     ^ATRIEME, 

Lorsque  Richerfe  croyoit paifiblcment  HIftoire 
enfeveli  dans  la  retraite  ,  &  mis  dans  d'un  faU 
l'oubli  des  hommes ,  il  fe  fentit  reveillé  ,  ^^ur  de  J 
&  remis  de  nouveau  fur  le  théâtre  par  un  "nr^cles, 
afTcz  plaifant  événement,  dont  voici  Thif-  dont  on 
toire.  Au  mois    d'Aouft  de  Tan  i6zi.  un  ^Tr- 
Carme  reformé  du  pays  d'Arragon,  nom-   ^'^J'^gj^^ 
rnc  Dominique  de  lainte  Marie ,  qui  paf-  bmaflec* 
foit  pour  un  grand  faifeurde  miracles  par-  j^j^-her» 
mi  le  petit  peuple,  voulut  venir  en  Fran-  " 

ce ,  pour  y  répandre  la  réputation  qu'il  ayoit 
acquile  dans  d'autres  Pais  ,  fous  prétexte 
d'y  faire  lesfonélions  d'une  Miffion  Apof- 
tolique.  Il  s'étoit  trouvé  le  Crucifix  à  la 
inain  en  Bohême  ,  marchant  à  la  tête  de 
l'Armée  Impériale, le  jour  de  la  fameufe 
bataille  de  Prague,  où  le  Comte  Frideric 
Palatin,  élu  Roi  de  Bohême,  avoit  été  dé- 
fait. Et  quoique  fans  le  Comte  de  Bucquoi  il 
^ût  penfé  tout  perdre  par  l'excès  de  fon  lelej 


2ft  La    Vie 

" — -.—  on  ne  lailToit  pas  de  mettre  le  gain  delà  ba- 
1611.     taille  au  nombre  de  fes  prétendus  miracles. 
Il  traverfa  TAllemagne,  &  paffa  le  Rhin, 
iuivi  des  payfans  qui  Icmoient  le  bruit  de 
fes  miracles  fur  la  route.    Il  fut  reçu  en 
Loraine  comme  un  Saint  envoyé  de  Dieu 
pour  guérir  les  malades ,  les  boiteux ,  les  pa- 
ralytiques, les  muets,  lesfourds,  les  aveu- 
gles, &c.  On  lui  en  prefenta  de  toutes  ces 
efpéces,  qu'il  ne  fit  point  difficulté  detotr- 
cher.  Mais  fa  vertu  échoiia  publiquement 
fur  une  prétendue  poifedéc  de  Rcmiremont, 
dont  il  fut  la  dupe  à  Nanci,  où  l'on  s'c- 
toit  alïemblé  de  toute  la  Province  pour 
voir  les  effets  de  fe  exorcilmes.  Ayant  été 
challé  comme  un  fédudeur ,  &  menacé  de 
la  punition  des  impofteurs,  par  les  Evêques 
qui  s'y  étoicnt  trouvex;  il  fe  fauva  en  Cham- 
pagne ,  où  il  tâcha  de  rétablir  fa  première 
réputation  par  l'artifice  de  fes  Confrères, 
qui  remirent  affez  heureufement  la  créan- 
ce de  fes  miracles  dans  l'efprit  du  peuple. 
H  arriva  à  Paris  le  23.  Aourt:  &  fans  voir 
ni  l'Evêque  ni  fes  Grands  Vicaires ,  ce  qui 
ctoit  contre  l'Ordonnance  du  Concile  de 
Trente;  il  fe  mit  à  donner  la  benediélion 
à  tous  ceux  qui  s'attroupoient  autour  de 
lui ,  &  à  faire  des  miracles  comme  en  Lo- 
raine. Il  entreprit  de  guérir  tous  les  mala- 
des, les  boiteux,  les  paralytiques,  les  aveu- 
gles &  les  autres  qu'on  lui  prefenta;  &  ÎV 
y  réuffit  comme  à  la  polfedéc  de  Remire-  . 
mont.  Ce  merveilleux  Thaumaturgue  ne 
lailloit  pas  de  fouffrir  qu'on  lui  coupât  des 
morceaux  de  fa  robe ,  pour  en  faire  des  Re- 
liquaires ,  &  que  les  Pères  de  fon  Couvent, 


d'Edmond  RicHER.    2f5 

poTir  mieux  remplir  leurs  troncs,  publiai-    iGiX* 
fent  que  cette  robe  ne  diminuoit  pas  ,  <Sc 
diftribualFent  des  Légendes  de  Tes  préten- 
dus miracles  avec  fon  portrait. 

Un  des  plus  remarquables  de  ces  mira- 
cles étoit  celui  que  débita  TAvocat  Gou- 
tieres  ,  qui  avoit  cié  de  moitié  avec  le  Pè- 
re Sirmond  coniic  Richer  pour  l'Ecrit  du 
fameux  Fabricius ,  dont  nous  avons  parlé. 
Cet  Avocat  publia  que  Richer  avoit  été 
voir  le  faint  homme  ,  comme  les  autres  ; 
que  le  Saint  Tavoit  remarqué  de  loin  dans  le 
milieu  de  la  prefle  ,  &  Tavoit  appelle  par 
fon  nom,  quoi  qu'il  ne  l'eût  jamais  vu  ; 
à.  qu'il  l'avoit  averti  devant  tout  le  mon- 
de du  péril  éminent  où  étoit  fon  falut  à 
'  caiife  du  Livre  ^ie  la  Puijjance  ecclejïajli^ 
que  l^  politique  ,  qu'il  avoit  compofé.  Il 
en  i'ema  le  bruit  premièrement  au  Palais  y 
&  de-là  il  le  fit  aifément  pafler  ;ufqu'aux 
dévotes, qui fe  chargèrent  volontiers  de  le 
répandrepar  la  Ville  avec  de  nouvelles  cir- 
conltances  de  leur  invention.  Il  vint  enfin 
par  divers  canaux  jufqu'aux  oreilles  de  Ri- 
cher, qui  n'avoit  pas  fçû  jufques-là  qu'il 
y  eût  un  Carme  au  monde  appelle  Domi- 
nique de  fainte  Marie  ,  &  un  faifeur  de 
miracles  de  ce  nom  à  Paris.  Richer,  qui 
n'étoit  pas  forti  de  fon  cabinet ,  ne  fit  que 
rire  du  fot  conte  que  Goutîeres  avoit  fi 
rediculement  forgé  ,  &  il  fe  contenta  de 
dire  que  tous  les  miracles  de  ce  nouveau 
Thaumaturgue  lui  étoient  fort  fufpeéls  , 
s'ils  n'avoicnt  pas  d'autre  fondement  que 
celui-là. 
Le  filence  que  les  Grands  Vicaires  de 


2f4  La    Vie 

■■     '■  ■>  l'Evoque  de  Paris ,   &  les  Prélats  qui  fé 
i6ii,    trouvoicnt  dans  la  Ville  gardoient  fur  ce 
fujet,  tandis  que  le  petit  peuple,  &  la  plu- 
part des  Religieux  Mandians  couroienten 
foule  après  le  Carme ,  excita  la  curiofité 
de  Richer,qui  voulut  faire  quelque  épreu- 
ve de  la  vérité  de  fes  miracles.    Il  alla 
voir  à  l'Abbaye  de  faint  Vider  un  Reli- 
gieux aveugle ,  qui  étoit  de  fa  connoilfan- 
ce  ,  &  que  l'on  avoit  mené  au  nouveau 
Thaumaturgue.  Le  bon  homme  lui  racon- 
ta comment  ce  finge  de  Jefus-Chrift  lui 
avoit  mis  de  la  falive  fur  les  yeux  pour 
lui  rendre  la  vue, fans  y  avoir  pu  réuffir. 
Richer  rechercha  encore  d'autres  aveugles^' 
ciej»  boiteux  ,  des  paralytiques  &  d'autres 
malades  qu'on  avoit  prefentez  au  faifeur' 
de  miracles  ;  &  pas  un  de  ceux  qu'il  exa- 
mina par  lui-même  ou  par  fes  amis ,  ne  fe' 
trouva  guéri:  de  forte  qu'il  renvoya  lesfc- 
meurs  de  miracles  au  traité  que  Gerfon  a 
compofé  pour  examiner  les  do6lrines,  & 
faire  l'épreuve  des  efprits.  Son  exemple  fer- 
vit  à  reveiller  beaucoup  d'autres  Do6leurs 
&  de  fcavans  Eccleliaftiques,  &  particulière- 
ment les  Curez  de  Paris ,  qui  commencè- 
rent à  s'élever  contre  ces  folles  opinions 
du  vulgaire,  &  contre  les  friponneries  in- 
terellées  de  ceux  qui  faifoient  déjà  un  tra- 
fic coniiderable  de  cette  impollure.  Miais  le^ 
Frère  Dominique  de  fainte  Marie  fut  plus 
avifé  qu'il  n'avoit  été  à  Nanci  :  car  fur  les 
premiers  indices  qu'il  eut  des  doutes  & 
des  fonpçonsque  l'on  concevoit  de  fa  Mif- 
fion  &  de  fa  vertu  ,  il  forti  promptemenc 
de  la  Ville,  jugeant  qu'il  étoit  dangereux 


D*E DMOND  Riche R.    2f f 

pour  lui  de  féjourner  dans  un  lieu  plein  de  — -ii 
clair-voyans  &  d'incrédules.  1611. 

La  confufion  queTAvocat  Goutieres  &      n. 
les  autres  ennemis  de  Richer  remportèrent  impoftu- 
de  leur  nouvelle  invention,  fit  qu'ils  le  laif-  re  contro 
ferent  en  repos  pendant  fîx  ou  fept  mois  ;  Vi;or  ôc 
ce  relâche  dura  jufqu'au  milieu  du  Caré-  Richet 
me  de  Tanncc  luivante  qu'ils  fuppoferent  dccju, 
des  Lettres  contre  lui  adreflées  à  la  Fa-  vertc^ 
culte  de  Théologie  de  Paris ,  fous  le  nom 
du  Cardinal  de  Sourdis,  qui  ctoit  pour  lors 
à  Rome.  Par   ces   lettres  on   faifoit    en- 
tendre que  le  Pape  Grégoire  X  V.  ordon- 
noit  à  la  Faculté  de  choilir  des  Dodeurs 
de  fon  Corps  pour  écrire  contre  le  Livre 
que  Simon  Vigor  avoit  publié  touchant  I4 
Monarchie  de  l'Eglife  ,  de  même  que  U 
Faculté  avoit  condamnée  la  dodrine  de 
Richer,  &  qu'il  s'étoit  trouvé  des  Doc- 
teurs de  fon  Corps  qui  Tavoient  refuté  par 
leurs  Ecrits. 

Le  porteur  de  ces  Lettres  étoit  un  Moi- 
ne Benedi6tin,nommé  Valcntin  Ourri,Doc- 
tcur  de  la  Faculté ,  qui  afTuroit  effrontément 
qu'elles  lui  avoientété  mifesen  mains  par 
rEvéque  de  Millezais,  frère  du  Cardinal 
de  Sourdis ,  pour  les  prefenter  à  la  Facul- 
té de  Théologie.  On  indiqua  pour  cet  ef- 
fet une  Aflemblée  particulière  extraordi- 
naire enSorbonne,&  on  nomma  des  Dé- 
putez pour  examiner  le  contenu  de  ces 
Lettres.  Après  qu'on  en  eut  fait  publi- 
quement la  ledure,  on  n'eut  pas  beaucoup 
de  peine  à  reconnoître  leur  fauffcté ,  &  oa 
découvrit  bientôt  toute  l'impofture.  Le 
bruit  courut  que  Duval  avoit  fait  fuppo- 


Zf6  L  A      V    I    B 

»  fer  ces  Lettres  ,  pour  donner  du  cours  ^ 

1611*    de  la  recommandation  à  un  alfcz  mauvais 

Livre  qu'on  vcnoit  d'imprimer  contre  Vi-* 

gor  à^Evreux  fous  le  nom  de  Jean  le  Jean^ 

furnommé  le  Coq ,  Pénitencier  de  i'EgU-; 

fe  de  cette  Ville.  Cet  Ouvrage ,  qui  avoit 

pour  titre:  De  l'auionicdu Juuverai» Fon"  \ 

iife  ,  contre   les.  Objeéiions  /ipologeiiques  de 

Simon  Vigor  ,  n'étoit  qu'une  Extrait  miat 

tiûu  de  quelques  endroits  des  Annales  de 

Baronius. 

Vigor  voyant  que  les  ennemis  de  Ri-^ 
cher  &  les  liens  tâcnoient  de  faire  valoir 
cet  Ouvrage  de  le  Jean,  mit  une  Préface  àl' 
la  tête  de  la  féconde  édition  de  fon  Livre! 
François  ,  De  l'htat  çs>   Gouvernement  dé, 
VEgiije  ,   où  il  promit  une  ample  réfuta-*- 
tion  de  cet  Auteur ,  &  marqua  par  avancqf 
quelques   fautes  les  plus  gronieres.   Cel% 
fuffit  pour  décrediter  entièrement  l'Ouvra- 
ge de  le  Jean ,  dont  on  entendit  plus  par-* 
1er  depuis ,  &  difpenfa  Vigor  de  lui  taire" 
une  plus  ample  réponfe. 
— — —      Ce  fut  vers  le  même  temps  que  Rol-^ 
1622.     land  Hébert,  Pénitencier  de  l'Eglilc  de  Pa- 
ris, reçut  gratuitement  les  Bulles  de  Rome 
pour  l'Archevêché  de  Bourges,  auquel  i^ 
avoit  été  nommé.  Duval ,  qui  cherchoit  à 
profiter  de  tout  pour  parvenir  à  les  fins  j 
tâcha  de  lui  pcrfuader  que  le  feul  moyen 
de  reconnoître   dignement  une  i\  grande 
faveur,  étoit  de  faire  en  forte ,  avant  qu'il 
allât  refider  à  Bourges,  que  Richer  donnât 
la  déclaration  qu'on  lui  avoit  demandée. 
11  Taifura  que  le  Nonce ,  les  deux  Car- 
dinaux, &  les  Prélats  n'exigoient  plus  au- 
tre 


i 


d'Edmond    Ri  cher,     zçj 

Cre  chofe,  linon  qu'il  en  ôtât  la  claufc  qui — 

faifoit  mention  de  l'ancienne  dodrine  de  162a. 
l'Ecole  de  Paris.  Hébert,  qui  avoit  toujours 
approuve  cette  claule  dans  la  déclaration 
de  Richer  ,  mais  qui  ne  la  croyoit  pas 
efTentielle,  ni  abfolument  neccliuircà  fort 
deffein  ,  eftimoit  qu'on  pouvoit  donner 
cette  fatistadion  au  Pape  fans  bleflcr  fa 
confciencc  ,  &  il  en  vint  faire  la  propor- 
tion à  Richer ,  dans  Tefpêrftnce  qu'il  tcioic 
quelque  chofe  à  fa  conlideration. 

Mais  Richer,  qui  fçavoit  'rcli(ier  à  fes 
amis  lorfqu'il  leur  falloit  préférer  la  vé- 
rité ,  fit  trouver  bon  à  Hébert  qu'il  ne  fe 
relâchât  pas  fur  ce  point,  parce  qu'il  pré- 
voyoit  les  fâcheufes  confequences  de  cet- 
te coniplaifance.  Il  lui  dit  qu'il  lui  furti- 
foit  que  la  claufc  fût  véritable  pour  n'être 
pas  rayée  de  fa  déclaration,  ajoutant  qu'el- 
le fervoit  même  de  fondement  à  l'Ouvra- 
ge dont  il  étoit  qucftion  ;  paifqu'il  n'avoit 
jamais  eu  d'autre  dellein  en  compofmt  fon 
Livre  ^c  la  Puijjance  ecclejiajiique  '(:^ pôltti- 
que ,  que  de  montrer  les  principes  de  la 
doctrine  ancienne  de  l'Ecole  de  Sorbonne. 
Il  lui  rit  remarquer  miéme  que  cette  der- 
nière tentative  étoit  une  nouvelle  intrigue 
de  Duval  avec  le  Nonce  pour  donner  plus 
facilement  atteintes  fon  Livre  après  qu'on 
lui  auroit  arraché  ce  bouclier.  Richer 

Hebert,aprcs  deux  inllances, ne  jugea  point  rend  fa 
à  propos  do  revenir  unetroiliéaie  rois  fol-  déclarai- 
liciter  un  ami  fur  un  point  eu  il  le  con-  tion 
noiffoit  inflexible. Mais  Ricîier confîderant  nutentî- 
les  difficultcx,  que  l'on  faifoit  de  recevoir  ipe  de- 
la  déclaration  tells  aw'il  l'avoît  drcflecfe  vaut  des 

R       '  • 


2fS  L  A       V  I   E 

— —  refolut  de  la  rendre  autentîque  ,  &  de  là 

1622.    faire  pafler  en  Latin  &  en  François  devant 

Notai-     deux  Notaires  du  Châtelet  de  Paris,  ♦  c6 

tes,  &la  qui  fut  exécute  le  trentième  jour  de  Juin 

publie.      1622.  Après  quoi  il  la  fit  imprimer  en  l'une 

*  Caron  ^  l'autre  langue ,  &  la  diitribua  pour  dé- 

&S.LeLi.  truire  tous  les  faux  bruits  que  fes  ennemis 

*  rcpandoient  à  ce  fujet  ,  &  pour  prévenir 

le  Public  fur  les  difpofitions  dans  lefquel- 

les  il  prétendoit  mourir. 

On  vit  paroîrre  alors  le  gros   Ouvrage 
Latin  duDodeur  Michel  Mauclerc  con- 
tre le  Livre  de  Richcr.   Il  étoit  en  deut 
j- .  volumes ,  &  avoit  pour    titre ,  De  la  Mo*- 

contre       ^^^(^l^i^  Divine ,  Rcclejiajlique  ,  ^  Séculier 
Richer.     ^^  Chrétienne.    Il  étoit   d'un   alfez   grand 
travail  ,    mais  de  fort  peu  de  jugement. 
Richer  le  voyant,  fe  fouvint   que  c'étort 
rOuvrage  dont  Duval  l'avoit  menacé  deux 
ans  auparavant,  fans  lui  en  nommer  l'Au- 
teur ,  qu'il  croyoit  alors  pouvoir  être  le  fa-  \ 
mcux  Boucher  fon  ennemi  ,  que  les  Ef- 
pagnols  avoient  fait  Théologal  de  Tour-  \ 
nay.  Mauclerc  avoit  travaille  à  cet  Ouvra- 
ge ,  après  un  voyage  de  dévotion  qu'il  avoit  ! 
fait  à  Rome  en  1614.  pour  reconnoître  les 
liberalitez  du  faint  Père ,  qui  lui  avoit  don- 
né un  bon  Prieuré  en  Bretagne  :  mais  il  , 
ne  put  faire  goûter  fon  Livre  ni  à  Paris , 
ni  à  Rome  même ,  quelques  efforts  que  fit 
Duval  pour  en  faire  concevoir  une  bonne 
opinion ,  &  l'empêcher  de  tomber. 
III.         Le  repos  &  le  filence    auquel    Richer 
Nouvelle  s'étoit    réduit  ,  pour   obtenir  la    paix  de-; 
tempête    fes  ennemis ,  ctoicnt  deux  chofes  bien  cm-j 
contre      barrallantes   pour  des  gens  qui  ne    pou-^" 


d'Edmo>td  Ri  cher,     ifp 

Toîent  demeurer  en  repos ,  ni  garder  le  li-  — — -* 
lence  à  fon   égard  ,   &  qui  faifoient  leur    i6ii. 
poffible  pour  le  remuer  &  le  faire  parler,  RicherSc 
afin  d'avoir  prife  fur  lui  par  quelque  en-  les  Ri- 
droit.  Il  en  croit  de  leurs  inquiétudes  &  de  cheriftes 
leurs  animofitez  ,  comme  de  ces  maéadics  touchant 
annuelles  qui  fe  renouvellent    ordinaire-  le  pou- 
ment  tous,  les  ans  au  Printemps;  &  Du-  voir  &  les 
val  avoit  foin  de  rechercher  toujours  quel- P^'^'ileges 
que  incident  nouveau  capable  de  le  réveil-  ^^^,  ^^' 
1er.  C'eft  ce  qu'il   fit   encore  l'année  fui-  gu^i^^'s* 
vante  à  l'occaiion  de  ce  qui  s'étoit  palfé 
en  Sorbonne  pendant  toute  l'année  162^.  *— — 
quoique    Richer  ,  qui  depuis  près  de  dix    162.3. 
ans  ne  fe  trouvoit   plus  aux  AlTemblées  , 
n'eût  aucune  part  à  ce  qui  s'y  palfoit. 

Pcs  le  commencement  de  cette  année 
un  Doâeur  de  la  P^aculté  ,  Curé  d'une 
Paroille  de  Paris  ,  s'étoit  piaint  en  Sorbon- 
ne de  quelques  Religieux,  qui  pour  attirer 
les  peuples  hors  de  leurs  Faroifîes ,  les  en- 
gageoient  à  faire  des  promclfes  par  manière 
de  vœu,  de  ne  point  fe  confelicr  à  d'autres 
qu'aux  Pères  de  leur  Ordre,  fans  en  excep- 
ter la  quinzaine  de  Pâques.  Sa  plainte  avoit 
donné  fujetà  d'autres  Dodeurs  d'ypropo- 
fer  aufli  l'examen  des  Livres  du  Cordelier 
Portugais  nommé  Manuel  Rodrigue  ;  où  il 
ctoit  traitéides  privilèges  des  Réguliers,  qui 
y  étoient  mis  au-deiius  de  la  Puiffance  , 
non  feulement  des  Rois  &  des  Magiltrats 
politiques  ,  mais  auflî  des  Evéqties  &  du 
Pape  même ,  en  ce  que  l'Auteur  prétendoit 
que  le  Paint  Père  n'y  pouvoit  déroger  pour 
quoi  que  ce  fût.  L'AlIemblée  avoit  nom- 
mé quatre  Dodeurs  pour  travailleur  à  l'exa- 

Rii 


i6o  L  A  V  I  E 

-—  mcn  Duvals'yoppofa,  prétendant  que c'é- 

1623.  toient  tous  Richeriftes  quiavoient  étcem- 
ployc2  dans  cette  atFaire  ,  &  qu'elle  avoit 
été  iecrctement  conduite  par  Richer.  Il  atti- 
ra dans  Ion  parti  trois  Doéteurs  de  fes  amis  ; 
fça\^ir,  Mauclcrc,  le  Clerc,  &  Itambert,  qui 
déclarèrent  avec  lui  que  tout  cela  ne  fefai- 
foit  qu'au  mépris  du  faint  Siège,  &  pour 
la  haine  que  Richer  &  fes  partifans  portoient 
au  Pape.  C'tft  pourquoi  prévoyant  que  par 
la  voye  ordinaire,  <î^  fuivant  l'ufage  de  la 
Faculté,  ils  ne  pouroient  empêcher  que  la 
cenlure  des  Livres  de  Rodrigue  ne  tut  con- 
clue, Duval  écrivit  au  Cardinal  de  Retz, 
qui  étoit  auprès  du  Roi  ,  devant  le  Siège 
de  Montpellier  ,&  le  prioit  d'obtenir  de  Sa 
Majefté  des  lettres  de  cachet  portant  défen- 
fc  à  la  Faculté  de  cenfurer  les  Livres  de 
Rodrigue.  Pour  l'intereller  davantage  dans 
cette  affaire,  il  lui  fit  entendre  que  lesRi- 
cherilles  étoient  les  auteurs  de  tous  ce  mou- 
vemens  ,  &  que  la  cabale  étoit  plus  forte 
que  le  parti  de  ceux  qui  avoient  formé  op- 
polition.  Cependant  lacenfure  fut  refoluc 
par  lès  avis  de  toute  la  Faculté.  Il  fut  or- 
donne que  ni  les  Religieux ,  ni  les  Curez  qui 
étoient  Dodeurs,  ne  pouroient  y  délibérer, 
nimêmeyalfifter ,  parce  que  les  uns  &  les 
autres  y  étoient  également  interelfez.  Duval 
en  fut  pareillement  exclu  ,  comme  étant 
Supérieur  des  Carmélites. 

Le  cTardinal  de  Retz  fit  envoyer  au  Chan- 
celier une  lettre  de  cachet  qu'il  acrt)m- 
pagna  d'une  recommendation  particulière 
<le  fa  main, pour  faire  réuflir  la  chofe  au 
gré  de  Duval.  Le  Chancelier  ayant  fait 


d'Edmond     Ri  cher.   i6i 

Içavoir  le  commendemcnt  du  Roi&  le  de-  — — - 
iir  du  Cardinal  à  la  Faculté  par  Pierre  de  1623. 
Beiië  fon  Syndic,  il  fut  relbluque  des  Dé- 
putez du  Corps  iroicnt  faire  entendre  à  ce 
Magillratdequoi  il  s'agiiloit.  Ils  le  firent, 
&  le  Chancelier,  tres-laiisiait  de  leurs  rai- 
funs,  confentit  que  la  lettre  de  cachet  nVût 
point  d'eftet.  Duval  voyant  ainfi  tomber 
tous  fes  efforts  de  ce  côté-là  ,  forma  une 
nouvelle  oppoiîtion  par  écrit,  &  la  ti:  li- 
gner par  trois  Doèleurs  de  fou  parti,  il  lit 
fçavoir  en  mçmetems  au  Cardinal  de  Retz 
que  les  Richerilks  avoient  refufé  d'obéir  au 
commandement  du  Roi ,  &  il  pcrfuada  1^ 
iriéme  chofe  au  Cardinal  de  la  Rocherou- 
cault ,  qui  n'étoit  déjà  que  trop  aniqjé  con- 
tre tout  ce  qui  pouvoit  avoir  relation, avec 
Richer  ou  fa  dodrine. 

On  perfuada  au  Roi  ,  qu'il  y  avoit  en    On  f^lt 
Sorbonne  certains  Dodeurs  qui  ne  vou-  peur  au 
loient  fe  foûmettre  ni  à  Tavitorite  de  Sa  Koi  des 
Majellé  ,  ni  à  celle  du  Fape,  6ç  qu'ils  ne  Richerif- 
reconnoiilbient  que  celle  de  Richer,  qu'ils  ^c-'- 
regâidoicnt  comme  leur  Chef.  Mais  ^e  Car- 
dinal de  Retz  mourut  au  Siège  de  Mont- 
pellier ,  avant  que  d'avoir  fû  vanger  Du- 
val des  Richcriltes. 

.  Au  retour  du  Roi  le  Cardinal  de  laRo- 
çhefoucault  prit  occalion  du  compliment 
qu'il  avoit  à  faire  à  SaMajellé  fur  le  bon- 
heur avec  lequel  elle  avoit  dompté  les  hé- 
rétiques ,  pour  lui  dire  que  les  Richerilks 
étotcat  four  le  moins  autant  à  craindre  quo 
les  Huguenots ,  i^  que  four  le  bien  de  V E- 
glife  ^  de  Jon  Royaume^  il  falloit ,  ou  les  ex- 
terminer ,  ou  les  châtier  comme  elle  venoii 
defatre  les  Huguenots,  R  iij 


i6t  La     Vie 

■  I  —  Le  Roi  fe  fou  vînt  à  Ton  coucher  de  ce  quç, 
1623.  ^"^*  ^voit  dit  le  Cardinal ,  &  demanda  à  ccui 
quife  trouvoientprèsde  lui  dans  fa  Cham- 
bre ûuelle  furie  de  gens  étaient  les  Richertjîes, 
Le  Sieur  Heroiiard ,  fon  premier  Médecin^ 
lui  répondit  :  Sire ,  ce  font  les  meilleurs fu" 
jets  cf  li-'i  pl^s  fidèles  ferviteurs  que  l/otre 
Majejîé  ait  dans  fon  Royaume.  Ils  ne  foHf 
maltraitez  ^  perfecutez  Que  parce  qu^ih 
défendent  courageufement  les  véritables  U. 
les  anciennes  maximes  de  VEglife  Gallicane  ^ 
l"* indépendance  de  votre  Couronne  ^  Vantori-^ 
té  royale  Çj'  les  droits  de  votre  fouverai-^ 
neté. 

Cependant  le  Cardinal  de  la  Rochefou- 
cault  s^appercevant  que  le  Roi  n'ctoit  parf- 
aulTi  ardent  que  lui ,  s'avifa  d'un  autre  expe-* 
dient  pour  taire  que  la  Requête  qu'il  avoit 
prefentée  à  Sa  Majefté  contre  les  Riche- 
rides  eût  plus  de  poids.  Il  s'avifa  de  taire 
faire  la  même  demande  au  Roi  fous  le  nom 
de  tout  le  Clergé  de  France.  C'eft  pour- 
quoi il  fit  convoquer  au  mois  de  Février 
1623.  une  Ailemblée  des  Prélats  chez  le 
Cardinal  de  Sourdis ,  comme  étant  le  plus 
ancien  des  Cardinaux  en  France.  Il  y  re- 
montra que  la  Sorbonne  étoit  fcnifmati- 
que ,  &  qu'elle  tendoit  à  l'herelie  ;  que  Ri* 
cher  étoit  la  caufe  de  tout  cernai,  &  qu'il 
entraînoit  beaucoup  de  gens  dans  fon  par- 
ti 11  propofa  enfuite  à  la  Compagnie  deux! 
articles  qui  lui  avoient  été  fuggeret  pai? 
ÎDu  val,  qu'il  avoit  mené  avec  lui,  &.  dit  qu'il 
étoit  necelTaire  fur  tout  de  les  faire  fignet» 
aux  Richcriftes.  Le  premier  étoit,  que  le  Pa^. 
^e  ^CommelFape ,  peut  faire  des  loix  qm  obli^ 


d'Edmond   Ri  cher.     263 

geKt  en  confcience  tous  les  fidèles  en  gênerai  ,  — *— 
^  chacun  en  particulier.  Le  fécond  étoit ,  1623. 
que  le  Pape  peut  donner  privilège  aux  Re- 
ligieux pour  oiiir  les  Confcjfions  par  tous  les 
Dtocefes.  Il  porta  même  Ion  2elc  jufqu'à 
dire  qu'après  qu*on  auroit  obligé  Richcr, 
&  tous  ceux  qui  fuivoicnt  fes  -lentimens, 
d'y.  foufcrire ,  il  en  falloit  mettre  une  dou- 
zaine avec  lui  dans  la  Baltille.  Et  après 
qu'il  eut  fini  fa  véhémente  harangue,  Du- 
val  prit  la  parole ,  &  amplifia  encore  tout 
ce  qu'avoit  avancé  le  Cardinal  ,  afTurant 
que  le  nombre  des  Richeriftes  fe  multi- 
plioit  tous  les  jours  ,  &  que  tous  les  Cu- 
rez du  Diocefe  de  Paris  en  étoient  ,  fans 
fonger  même  à  en  excepter  fon  fidèle  dif- 
ciple  Forger,Curé  de  fàint  Nicolas  du  Char- 
donnet.  11  défera  encore  beaucoup  d'autres 
Dodeurs  à  l'Allemblée  ,  comme  engagez 
dans  la  même  feâ:e,&  nomma  en  particu- 
lierjacques  Hennequin,Proferreur  enThco- 
logie  ;  Jérôme  Parent  ,  Urbain  Garriier, 
Elie  du  Frefne,  de  Mince,  le  Sieur  Ber- 
nard, &c 

Les  principaux  de  ceux  qui  compofoient 
cette  Aliemblée,  outre  les  Cardinaux  de 
Sourdis  &  delà  Rochefoucault ,  étoient  le 
Cardinal  Jean  Armand  du  PlcffisdeRiche- 
lieu,Evcque  de  Luçoii;François  de  Harlay, 
Archevêque  de  Roven  ;  Jean  François  de 
Gondi ,  premier  Archevêque  de  Paris ,  frè- 
re &  fuccelïeur  du  Cardinal  de  Retz;  An- 
dré Fremiot ,  ancien  Archevêque  de  Bour- 
ges ;&  l'Evêque  de  Beauvais ,  Auguftin  Po- 
tiers ,  frère  &  lùccelleur  de  René  ,  dont 
uous  avons  parle  ailleurs. 

R  iiii 


2(^4  ^  ^     Vie 

^ Le  Cardinal  de  Richelieu  y  déclara  qu'^- 

1623-  tant  Provifeur  de  Sorbonne  ,  il  ne  pou- 
voir pas  demeurer  indiffèrent  à  raccufation 
qu'on  mtentoit  contre  IcsDoâeurs  de  cet- 
te Mailbn ,  &  qu'on  ne  devoir  rien  rcfou- 
dre  contre  les  acculez,  avant  qu'ils  eufTent 
été  oiiîs.  Ilpria  la  Compagnie  de  lui  per- 
iTicttre  de  les  rnander  ,  afin  de  fçavoir  leurs 
fentimens  lur  ce  dont  on  lesaccufoir. 

L'Evêque  de  Beauvais  parla  enfuite,  & 
dit  c[ue  l'on  ucdev(jit  pas  croire  Duval  lors 
qu'il  ver.oit  ainli  déférer  fes  Confrères  , 
puifqu'il  çtoit  partie  ;  d'ailleurs  que  tout 
le  diftrrend  dont  il  s'agi^loit  ne  venoitque 
de  la  ceulure  que  la  1^  acuité  avoit  faite  du 
Livre  de  Rodr'gue;  qu'il  n'étoit  que  trop 
vrai  que  les  Religieux  cherchoienrà  fe  ren- 
dre iiidépendans  des  Ordinaires  ,  &  qu'ils 
encrepre'ioiçnt  çxcclnvement  iiir  l'autorité 
des  Evéques. 

èur  la  remontrance  de  ce  Prélat ,  l'A^ 
fenibléc  fut  d'avis  que  le  Cardinal  de  Ri- 
.çheiieu  entendît  ceux  que  Duval  accufoit 
nonimément  :  &  pliilicurs  le  regardèrent 
comme  un  délateur  ai  un  licophante ,  qui  ne 
'  cherchoit  qu'à  détruire  les  Frères.  Le  Car- 
dinal de  Richelieu  envoya  chercher  Hen- 
nequin  ,  Furent ,  Garnier ,  de  Mince  &  Ber- 
nard, en  Sorbonne.  Il  leur  fit  entendre  qu'il 
cherchoit  Terieulémënt  à  les  fervir,  <Sc  les 
protéger  ,  comme  il  b'y  trouvoit  éngaj^é 
par  la  charge  de  Provileur  de  la  Maifon. 
Il  leur  témoigna  beaucoup  de  dcplailir  de 
ce  qu'on  les  avoit  dénoncez  au  Roi  com- 
me fchifmatiquçs,  &  portez  à  rhcreiie,  & 
ii  leur  déclara  que  le  moyen  de  laver  cette 


d'Edmond    Ri  cher.    i6f 

tache,  icroit  de  ligner  les  deux  articles  pro-  — 

polez  par  le  Cardiiial  delà  Rochetoucault.    1623. 

Les  Dodeurs ,  tort  furpris  de  voir  qu'on 
les  <'ût  pris  à  partie, pour  une  cenfure  qui 
ctoit  Touvrage  de  toute  la  Faculté,  dirent 
qu'on  dcvoii  N'udrelièr  à  tout  le  Corps  pour 
lui  faire  rendre  compte  de  tout  ce  qui  s'é- 
toit  pafTé.  Le  Cardinal  de  Richelieu  y  con- 
fcntit,  témoignant  que  tout  lui  étoitindir- 
ferent,  pourvu  qu'il  pût  détendre  toute  la 
Sorbonne  ,  &  enx  en  particulier ,  auprès  du 
Roi  &  du  Hapc  :  &  il  refolut  de  le  trou- 
Ver  à  h  première  Allèmblée  de  Sorbonne 
avec  rAfchcvêque  de  Roiien ,  &  lesEvê- 
ques  de  Nantes  &  de  ^Hartres,  pour  y  fai- 
re ligner  les  deux  propolitions  da  Cardi- 
nal de  ia  Rocheioucauli. 

Le  Dimanche  fuivant ,  qui  étoit  le  26. 
jour  du  mois  de  Février  ,  le  Cardinal  de 
Richelieu  mundt  Richer  chez  lui  ,  pour 
rcillurer  qu'il  avoit  deileinde  le  décharger 
de  la  haine  que  tes  ennemis  lui  portoienc, 
&:  de  i'accufation  qu'ils  avoientdrciiee  con- 
tre lui  devant  le  Roi.  H  lui  promit  aulîl 
tonte  ù\  laveur  &  toute  la  proteétioii.;  mais 
il  lui  dit  que  pour  la  mériter  ,  il  étoit  bc- 
ibin  qu'il  expliquât  ion  Livre  de  la  Puif- 
fance  Lcciciiajit.jue  l^  Foittique.Pj\c\\cï  [\l\ 
répondit  que  c'étoitcc  qu'il  avoit  toujours 
demandé  avec  empreliement ,  avec  la  per- 
niillion  du  Roi  ,  &  l'agrément  de  fes  Su- 
périeurs ;  qu'il  avoit  même  palfé  depuis 
peu  une  déclaration  fur  ce  fujet  devant  deux 
Notaires,  dont  il  le  prioit  de  recevoir  une 
copie  de  fa  main.  Il  lui  rcprefenta  enfuite 
<4ue  fa  cauie  n'avoicrien  decoiimiun  avec 


i66  La     Vie 

— *—  lesDodeurs,  que  Duval  avuit  injuftement 
1623.  accufez  dans  rAfTemblée  des  Prélats ,  6ç 
que  depuis  plulîcurs  années  iln'avoit  plus 
de  part  ni  aux  AfTemblées  de  Sorbonne  , 
ni  aux  délibérations  de  la  Faculté  ;  mais 
qu'au  refte  il  ne  pouvoit  s'empêcher  de  ren- 
dre témoignage  à  la  jultice  de  la  caufe  de 
ces  Dodeurs  accufei ,  qui  étoit  celle  de  la 
Faculté  entière. 

Plulieurs  autres  Do6leurs  ayant  appris  la 
refolution  que  le  Cardinal  de  Richelieu 
avoit  faite  d'aller  en  Sorbonne ,  &  ce  qu'il 
avoit  deilein  de  faire  exécuter ,  tinrent  quelr 
ques  conférences  entre  eux,  &  députèrent 
à  ce  Cardinal  pour  lu^ faire  remarquer  les  in- 
conveniens  de  fon  entreprife.  Ils  lui  remon- 
trèrent que  ii  on  parloitde  figner  les  deux 
articles  propofeT,  par  le  Cardinal  de  laRo- 
chefoucault  ,  la  diviiion  &  le  defordre  fe 
mettroient  dans  la  Faculté  encore  plus 
qu'auparavant  ;  &  que  d'ailleurs  il  en  fau- 
droit  faire  parler  au  Roi,  parce  que  l'affai- 
re touchoit  fon  autorité  fouvcraine.  Carfi 
on  accordoit  que  le  Pape  pût  faire  une 
loi  qui  obligeât  tous  les  fidèles  ,il  s'enfui- 
vroit  qu'on  fcroit  obligé  de  lui  obéir,  en 
cas  qu'il  ordonnât  que  le  Roi  fût  dépofé. 
Ils  lui  reprcfenterent  aufîi  que  ces  deux  pro- 
politions  fcrviroicnt  à  couvrir  &  à  confir- 
mer même  tous  les  abus  de  la  Cour  de 
Rome,  qui  n'étoientpas  en  petit  nombre: 
de  forte  qu'on  n'ofcroit  plus  dorénavant 
s'y  oppofer.Que  pour  laquelliondedroit, 
fçavoir  ^«^  le  Pape  ^  en  cas  de  necej]ite\peut 
faire  des  lotx  ^  donner  des  privilèges  aux 
Jicligieux ,  perljonne  û'ea  doutoit  en  Soi;-» 


d'Edmond  Riche  r.     267 

bonne: mais  on  doutoit  feulement ,7?  hors - 

la  necejfité  il  touvoit  le  faire  y  charger  l'K-     iOi^^. 
glife  JCune  infinité  de  Conftitutiuns  ,  CÎT*  n>)yr 
Le  monde  d\ine  mer  de  privilèges  .^qu'il  doïi' 
7ie  aux  nouveaux  Ordres  Religieux. 

Les  raifons  de  ces  Dodeur^  iirent  ou- 
vrir les  yeux  au  Cardinal  de  Richelieu  iur 
les  embarras  où  il  s'alioit  jetrcr.  Il  ciiangea 
la  refolution  qu'il  avoir  pi  !  Ce  d'aller  ep  S.)r- 
bonnc;  &  trouvant  l'attaire  beaucoup  plus 
épineufc  ^u'ii  ne  fe  l'étoir  imaginé  d'abord , 
il  s'en  déchargea  iur  le  Cardinal  de  la  Ro- 
cheroucault,  citant  qu'il  écoit  jultc  que  ce- 
lui qui  avoir  brouille  le  tuieau,  tût  ciiargé 
du  foin  de  Je  déméier. 

Cependant  le  Cardinal  de  la  Rochefou-      IV. 
cault,  qui  ne  voyoit  que  par  les  yeux  de  Du-  Le  Card. 
val  ,  &  ne  fe  conduifoit  dans  toute  cette  ^'f  ^-^l^^- 
aflairc  que  par  fcs  avis ,  ciicrcha  l'occalion  ^^'^^j^"^"- 
de  pouvoir  parler  au  Roi  feulement  en  la  "^^'^"^-. 
prefcnce  de  deux  ou  trois  perfonnes  dont  ï""'^^^^' 
il  fût  allure,  évitant  fur- tout  la  prefence  le^j^;^;^^^, 
des  Confeillers  d'Etat, dont  il  içuvoirque  ,.,|^,.^ 
plulieurs  favorifoient  la  caufe  ae  Richer.    ,     ,* 
Jl  choilit  le  Confeii  des  dépêches,  uii  jour  *    ■  '^^    '^^'" 
qu'il  ne  s  y  trouva  que  le  Koi  ,  le  ^han-  i^^  CiAn- 
CL'lier  ,  de  Lomenie  Secrétaire  d'Etat ,  ôc  éelicr. 
Tronçon  Secrétaire  du  Cabinet.    11  y  fit  ^  ^ 
entendre  à  Sa  Maiefté  que  les  Prélats  a-  r,    ^  ~°* 

n  ,         ^  •  -  •  •      Mais, 

voient  refolu  de  taire  ngner  certains  arti- 
cles à  la  Sorbonne,  qui  étoit  divifée  par 
de  grandes  tadions  :  que  cette  divilion  for- 
moit  un  dangereux  fchifme ,  dont  Richer 
étoit  auteur  :  qu'avant  de  propofer  ces  ar- 
ticles à  ligner  à  la  Sorbonne  ,  il  étoit  ne- 
çeiTaire  de  fçavoir  le  fcntiment  qu'en  avoit 


_       169  L  A     V  I  E 

"'  I  —  Richer  :  qu'il  fupplioit  Sa  Majcfté  d'en- 
1623.  voyer  Tronçon  dire  à  Richer  de  fa  part, 
qu'il  eût  à  fe  trouver  le  lendemain,  qui 
étoit  le  21.  de  Mars,  chez  le  Cardinal  de 
la  Rochefoucault,  pour  lui  déclarer  ce  qu'il 
penfoit  de  ces  deux  articles. 

Richer  ayant  vu  Tordre  du  Roi,  fc  fit  acr 
compagner  de  Jean  Richer,  fon  frère  puif- 
né ,  Avocat  au  Parlement ,  &  fe  rendit  avec 
Tronçon  chez  le  Cardinal  au  temps  qui 
lui  avoit  été  marqué.  Le  Cardinal  fit  une 
harangue  de  trois  heures ,  fans  ordre  &  fans 
fuite  ,  pallànt  incellàmment  d'une  matie^ 
re  à  l'autre.  Richer  voulut  par  intervalles 
répondre  à  ce  qu'il  difoit ,  pour  tâcher  de 
l'appliquer  au  fujet  pour  lequel  on  l'a- 
voit  fait  venir  :  mais  le  Cardinal ,  au  lieu 
de  l'écouter ,  continuoit  toujours  de  parler, 
prenant  pour  juge  de  fes  raifons  le  Secre-, 
taire  Tronçon ,  qui  n'avoit  point  d'étude  ^ 
&  qui  applaudlifoit  toujours. par  avance  ^ 
ce  qu'il  difoit  La  harangue  ânic  enfin  ,  fans 
que  dans  tout  ce  grand  difcours  le  Cardir 
nal  eût  touché  un  feul  mot  des  deux  ar-: 
ticles  qu'on  devoit  propofer  à  laSorbonne; 
mais  il  conclut  que  puitque  le  Livre  de  Ri- 
cher avoit  été  ccnfuré  par  le  Pape ,  par  l'Afi 
fcmblée  des  Prélats  de  la  Province  de  Sens, 
tenue  à  Paris ,  &  par  celle  des  Prélats  de 
Provence  tenue  à  Aix,il  devoit  étredefa- 
voiié  par  fon  Auteur,  s'il  ne  vouloir  être 
noté  d'herelie  &  fe  voir  condamne  comme 
un  hérétique  déclaré. 

Il  ne  fçut  que  répliquer  fur  le  champ  à 
ce  que  Richer  lui  allégua  touchant  la  nul- 
lité de  ces.cenfures  i  mais,  l'ayant  fait  jeve-. 


d'Edmond  Riche r.    i6p 

'HÎr  le  lendemain ,  il  lui  oppolaDuval,  qu'il  ■■-       n* 
avoit  appelle  à  l'on  fecours  avec  quelques    ^^^^ 
autres  de  fes  créatures,*  qu'il  avoit  ordi-  *  p. 
nairement  à  fa  table.  Se  voyant  efcorté  de  qx    mi 
ce  nouveau  renfort,  il  lui  parla  d'un  au-  chano*'" 
tre  ton  qu'il  n'avoit  fait  la  veille, <Sc  il  lui  ^e  d'E^ 
déclara  qu'il  ne  traitoit  avec  lui  que  corn-  vrcux 
me  il  fcroit  avec  un  hérétique  &  unfchif  Gautier 
matique.  ancien  A- 

Duval,  pour  appuyer  ce  que  difoit  le  Car-  vocat  du 
dinal ,  ajouta  qu'en  effet  Richer  paffoit  à  grand 
prefent  pour  tel   dans   le  monde  ,  &  que  Confcil, 
tout  ce  que  meditoit  le  Clergé  ne  tendoit  ^^' 
qu'à  le  convertir  ,&  à  le  faire  retourner  à 
rEglife  Catholique. 

Le  Cardinal  de  laRochefoucauIt,quiaf- 
fedoit  de  mêler  de  l'érudition  dans  fes  in- 
veélives  contre  Richer ,  alFura  que  c'étoit 
une  hcrclie  de  dire  que  le  Pape  foit  Chef 
miniltcriel  de  rEglife,&que  l'autorité  du 
Concile  l'emportât  fur  celle  du  Pape  :  & 
Duval,  pour  expliquera  penfée  du  Cardi- 
nal, dit  que  le  Pape  étoit  feulement  Chef 
minifteriel  de  Jefus-Chrilt,  &  non  del'E-  * 
glife.  Richer ,  après  avoir  protefté  de  fa  ca- 
tholicité contre  les  calomnies  de  Duval  & 
de  fes  autres  ennemis ,  ne  put  s'empêcher 
de  relever  l'impertinence  de  cette  explica- 
tion. Il  dit  au  Cardinal  qu'il  étoit  aulfi  ri- 
dicule de  foûtenir  que  Jefus-Chrift  avoit  un 
Chef  miniiieriel ,  que  de  dire  que  le  Gou- 
verneur de  Paris  feroit  le  Chef  minilieriel 
du  Roi  à  l'égard  des  Bourgeois  de  la  Vil- 
le. Il  lui  remontra  que  Jefus-Chrift  ne  pou- 
voit  avoir  que  des  Diacres  comme  le  Roi 
n'avoit  que  des  Lieutenans.  Quoi  ,  dit  le 


270  L  A      V  I   E 

—  '  ■  Cardinal  de  la  Rochefoucault,  le  premier 
JLÙ12'  Prciîdentn'ell-ilpasle  Chet'du  Parlement? 
Oui,  répartit Richer,maisiln'eft  pas  Chef 
muîiltericl  du  Parleivient;  &  on  ne  peut  par- 
ler de  la  forte ,  ians  le  rendre  ridicule.  Sî 
c'tit  herelie  d'appeller  le  Pape  Chef  mini- 
Ikriel  de  l'E^lile  ,  il  faut  condamner  les 
Cardinaux  Beilarmin,  du  Perron,  de  Ri- 
chelieu, &  une  infinité  d'autres  Auteurs 
non  fufpeds  à  la  Cour  de  Rome, qui  ont 
ufé  de  cette  exprcflion. 

Je  fis  hier  entendre  à  M.  le  Cardinal  , 
continua  Richer  devant  rx'\iremblée,  que 
Duval  avoir  examiné  &  approuvé  ma  dé- 
claration fur  mon  Livre  avec  de  Gamaches 
&  le  Pénitencier  Hébert,  hormis  laclaufe 
-où  il  fait  mention  de  Tancienne  doéirine  de 
l*Lcoit  de  Paris,  lime  fitpropoiër  enfuite  - 
de  rayer  cette  claufe  pour  faire  agréer  ma  ' 
déclaration  au  Pape  à.  aux  Prélats.  J'avois  : 
îiiors  des  raifons  fuffifantes  pour  n'y  pas 
confeiîtir,  àf  je  retiitai  même  aux  inftan- 
ces  que  le  Pénitencier  m'en  fit  de  fa  part  ; 
mais  pour  le  bien  de  la  paix,  à  laquelle  je 
voudrois  facrifier  mon  propre  reposée  tous  * 
mes  intérêts  ,  j'offre  maintenant  de  rayer 
cette  claufci 

Duval  répondit  qu'il  étoît  trop  tard,  que 
le  faint  Père  avoit  récrit  àfonNonce,  que 
cette  claule  ,  qu'il  n'avoit  pas  voulu  ôter 
lorfqu'il  en  avoit  étéfollicité,  rendoitl'E- 
coie  de  Paris  coupable  de  toutes  les  erreurs 
&  les  herelies  contenues  dans  le  Livre  de 
Richer.  S'adrelfant  enfuite  à  l'Auteur  ,  il 
l'avertit ,  qu'on  vcnoit  de  donner  à  Rome, 
un  nouvel  Indice   des  Livres  défendus 


d'Edmond    Ri  cher.    171 

€Ù  l'on  avoit  mis  le  Livre  de  Lcclefiajitca        "  '■* 
i^  tolitica  Potejlate^  fous  le  nom  de  Ri-     lôz^. 
cher ,  quoi  qu'il  tût  anonyme ,  avec  ce  qu'il 
avoit  compoie,  &  ce  qu'il  pouroit  compoier 
ëans  la  fuite. 

Richer  repartit  que  les  cenfures  de  Ro- 
me, faites  pour  défendre  fa  Monarchie  ablb- 
luc  ,  n'étoiet  nullement  à  craindre ,  &  qu'el- 
les ne  s'obfervoicnt  pas  en  France  ;  que  ce 
n'étoit  point  la  coutume  que  lesAuteurs  qui  » 
avoient  compofé  un  Livre  cenfuré  ,  fouf- 
criviffent  à  la  cenfure  de  leur  ouvrage  ;<Sc 
que  jamais  la  Cour  de  Rome  n'avoit  rien 
exigé  de  pareil ,  depuis  que  Ton  avoit  éta- 
bli le  Tribunal  de  l'Inquifition;  qu'il  n'a- 
voit point  de  changement  à  faire  à  fa  décla- 
ration ;  qu'il  oftroit  à  la  vérité  d'abandon- 
ner la  claufe  où  il  étoit  parlé  de  l'ancien- 
ne dodrinedc  Sorbonne;  mais  non  pas  de 
defavoUer  fon  Livre ,  à  moins  qu'on  ne  lui 
en  cottât  quelques  propolitions,  qu'il  ne 
pût  expliquer  en  un  fens  bon  &  catholique. 

Le  lendemain  Richer  alla  trouver  le 
Chancelier  de  France  pour  l'informer  des 
deuxtâcheufes  conférences  qu'il  avoit  eues 
àlainte  Geneviève  chez  le  Cardinal  de  la 
Rochetbucault  :  mais  voyant  que  ce  Magif- 
trat  lui  répondoit  aiTez  froidement  fur  ce 
qu'il  lui  reprefentoit  touchant  la  conduite 
&  les  difcours  que  le  Cardinal  lui  avoit  te- 
nus ;  il  drelfa  une  requête  au  Roi  dont  il 
donna  des  copies  à  pluiieurs  Confeilîers 
d'Etat.  Lomenie,Secretaire  d'Etat,  fut  celui 
de  tous  ceux  qui  lui  vouloientdu  bien  ,  qui 
parla  le  plus  hardiment  au  Chancelier.  11 
lui  rcprefenta  que  Richer  n'étoitperfecu;é 


zji  La    Vie 

•— — — .  que  parce  qu'il  défendbit  les  droits  de  la 
-1623.  Couronne  &  Tautorité  du  Roi  contre  les 
nouvelles  doctrines;  &  qu'il  ne  le  ralloit 
pas  lailler  opprimer.  Le  Chancelier  y  fit  re- 
flexion, parla  r'oitcnient  au  Cardinal  de  la 
Rochefoucault  ,défenûii  qu'on  n'inquiétât 
davantage  Richer  au  fujet  du  Livre  de  la 
Fuijfance  Lccle/ia/iiijue  c^f  Politique ,  &  or- 
donna qu'on  le  laillât  en  repos. 
•  Le  Cardinal  fut  obligé  de  reconnojtre 

aux  paroles  du  Chancelier  que   fon  zèle 
l'avoir  emporté  trop  loin.  Il  ne  parla  plus 
de  pourlliivre  les  Ricrieriltes ,  de  lavorifer 
les  entreprifes  desRtit;aii^rs,ni  de  faire  fi-. 
gner  les  deux  articles  cnSoroonne.Mais  afin 
de  prendre  des  mei'ures  mieux  concertées 
dans  le  deflein  qu'il  avoit  toujours  de  per- 
-  Miron  ^^^  Richer ,  il  alfembla  dans  fon  hôtel  de 
+  Cof-  *  Mainte  Cienevieve  les  Evéques  d'Angers ,  * 
peau.        de  Nantes  f  &  de  Dardanic  jj;  avec  Fhilip- 
4:  Coéf-    pe  de  Gamaches ,  &  Charles  Loppé  Grand 
feteau.      Maître  du  Collège  de  Navarre,  pour  exa- 
miner ce  qu'il  contenoic ,  &  Içavoir  enfin 
ce  qu'il  y  auroit  à  faire  pour  parvenir  plus 
furementàfes  fins.  Gamaches,  le  plus  ha- 
bile de  la  Compagnie,  étoit  aduellement 
travaillé  d'une  phtifie,  &  d'une  difficulté 
de  refpirer  depuis  plus  de  fix  mois  :  ce  qui 
n'empêcha  pas   le  Carcinal  de  le  retenir 
malgré  lui  pendant  les  deux  jours  entiers 
que  dura   l'examen  du   Livre.    Il  ne  put 
néanmoins  arracher  autre  aveu  de  liii,  li- 
non que  l'Ouvrage   avoit  éié  mis  en  Iut 
,  miere  hors  de  laifon,à  caule  de  la  mino- 
rité du  Roi; qu'il  eontenoit  quelques  pro- 
pûfitions  un   peu  hardies  ,  mais    qu'elles 

pou- 


Jl 


d'Edmonî)    Rtcher.  27J 

pouroieiit    être  approuvées    &   reçues  de  — — 
tout  le  monde,  en  y  ajoutant  quelques  mots     1623. 
pour  les  expliquer.  Ainfi  l'examen  finit  fans 
cenfure  ,  &  le  Cardinal  ordonna  un  pro- 
fond lilenceiur  le  retultat  de  l'Airemblée. 
LeDodeur  Duval  fâché  d'avoir  fait  tant 
d'éclat  fans  avoir  pu  reuflir  dans  fes  der- 
nières entreprifes  ,  eut  recours  aux  voyes  ^^  ^^^' 
de  la  diflimulation  ,  qu'il  avoit  déjà  em-  \^^J^'  P^" 
ployées  plus  d'une  fois.    Pour  feindre  de  \        "^^ 
vouloir  fe  reconcilier  avec  Richer;  il  lui  jy  ^?"' 
envoya  fon  Mercure  ordinaire  ,   le  Doc-   '^î.^^„  •  . 
teur  Forger.  Cela  arriva  le  quatrième  de  n^^.  ^^çç 
May  ,  Ôt  le  fit  prier  d'oublier  tout  ce  qui  Richer, 
s'étoit  palfé  entre  eux  chez  le  Cardinal  de 
la  Rochefoucault.  Il  lui  fit  dire  qu'il  pou-- 
voit  ôter  de  fa  déclaration ,  fans  qu'on  en 
parlât  au  Cardinal ,   la  claule  où  il  faifoit 
mention  de  ladu6trine  ancienne  de  l'Eco- 
le de  Paris.  Il  l'allura  que  s'il  vouloit  la 
Jui  mettre  en  mains,  il  la  portcroit  au  Non- 
ce pour  être  envoyée  au  Pape,  quineman- 
queroit  pas  d'en  être  fatistait,  &  de  récri- 
re en  faveur  de  Richer  ,  pour  faire  aflbu- 
pir  les  troubles  &  les  divilions  que  fon  Li- 
vre avoit  excitées  ;  qu'au  relie  Duval  te- 
noit  Richer  pour  un  très  home  de  bien  ;  qu'il 
le  reconnoillbit  fort  difcret  &  fort  judicieux 
en  tout;  qu'il  avoiioit  qu'en  plufieurs  cho- 
fes  il  voyoit  plus  clair  que  beaucoup  d'au- 
tres,  &  qu'il  le  jugeoit  fort  necelfairc  pour 
rétablir  le  bon  ordre,  &  maintenir  ladifci- 
pline  dans  la  Faculté  de  Théologie  ,  & 
dans  la  Maifon  particulière  de  Sorbonne  ; 
que  par  confequent  il  le  croyoit  refponfa- 
ble  à  Dieu  du  talent  qu'il  en  avoit  reçu  & 

S 


274  ,         L  A      V  lE 

^— —  qu'il  tenoît  enfoui  &  caché  ,  ens'abftenant 
1623.    de  fe  trouver  aux  Alfemblées  de  la  Faculté 
depuis  tant  de  tems. 

kicher  lui  répondit  que  le  me  me  com- 
plimentlui  avoit  étédcjafaitcn  i6i8.  delà 
part  de  Duval  par  François  de  Montho- 
lon,  Intendant  delà  Maifon  de  Montpen- 
fier  ;  que  c'étoit  l'ordinaire  de  Duval  de 
changer  de  batterie  lorsqu'il  voyoitque  fes 
intrigues  &  fes  llratagêmes  ne  lui  réuflif- 
foicnt  pas  :  mais  qu'après  avoir  été  (i  fou- 
vent  trompé  par  fes  difcours  flatteurs  &  fes 
promelles  artilicieufes  ,  il  n'étoit  plus  en 
état  de  fe  fier  à  lui;  que  fa  déclaration  s'é- 
tant  répandue  dans  le  monde  par  la  multi- 
plication des  exemplaires  qu'il  en  avoit  fait 
tirer ,  il  n'étoit  plus  poffible  de  noter  la 
claufe ,  que  les  feules  rodomontades  de  Du- 
val l'avoient  empêché  de  rayer  fix  femaines 
auparavant  chez  le  Cardinal  de  la  Roche» 
foucault,  lorfqu'il  en  étoit  encore  tems  ; 
d'ailleurs  que  la  claafe  n'étant  pas  plus  erro- 
née que  le  relie  du  Livre,  il  auroit  été  fâciié, 
qu'on  l'eût  pris  au  mot  ,  voyant  le  mau- 
vais ufage  que  fes  ennemis  vouloient  faire 
de  cette  condefcendance. 
Duval  re-  Duval  attribuant  le  mauvais  fuccès  de  fa 
tourne  à  negotiation  au  peu  d'adrefle  de  Froger  , 
fes  pie-  fj^  uiie ^utre  tentative  par  lui-même  le  jour 
mieres  ^^  |.^  Pentecôte ,  qui  étoit  le  4.  de  May ,  ef- 
mmgues.  p^^^^^  qug  \^  fainteté  du  jour  contribueroit 
à  la  fedudion  de  Richcr.EUe  fut  encore  inu- 
tile ,  comme  tout  ce  qu'il  fit  le  refte  de 
cette  année ,  pour  le  faire  tomber  dans  les 
pièges  qu'il  lui  tendoit.  C'eft  pourquoi  U  re- 
prit fes  premières  iutrigues  vers  les  f^ête$ 


d'Edmond  Richer.  vj^ 
de  Noël,  pour  tourmenter  Richer  tout  de  > 
nouveau  par  le  miniftere  du  Pénitencier  de  1623. 
l'Eglife  de  Paris  ,  Jaques  Charton  ,  natif 
de  Pontoife  comme  lui,  qui  étoit  redeva- 
ble de  la  fucceflîon  de  Hébert  à  farecom- 
mendation. 

Charton  défendit  aux  Prêtres  du  Collè- 
ge du  Cardinal-le-Moine  d'entendre  Ri- 
cher en  cont'eflion ,  à  moins  qu'ils  neuffent 
nnepermiiïlon  exprefledu  Confeil  decon- 
fcience  de  TArchevêque.  Ce  Confeil ,  qui 
étoit  compofé  de  gens  prévenus   ou  dé- 
voilez à  la  palfion  de  fes  ennemis ,  referva 
le  pouvoir  de  donner  cette  permiflion  à 
l'Archevêque  feul ,  afin  de  la  rendre  plus 
difficile.  C'étoit  fans  doute  fe  vanger  de 
Richer  par  la  peine  la  plus   fenfîble  qu'on 
pût  faire  porter  à  un  homme  d'une  con- 
fcience  aufli  délicate  qu'étoit  la  lienne,  & 
d'une  exaélitude  aufli  exemplaire  qu'étoit 
celle  avec  laquelle  il  frequentoit  lesSacre- 
mens  de  l'Eglife,  La  difpofition  de  l' Ar- 
chevêque à  fon  égard  ne  contribua  point 
à  diminuer  cette  mortification  :  car  au  lieu 
de  fe  fouvenir  qu'il  étoit  le  Père  commun 
de  fes  Diocefains  ,  &  qu'il  devoit  agir  en 
Juge  équitable,  il  parut  autorifcr  une  vio- 
lence fi  irreguliere  ,  qui  faifoit  dégénérer 
en  une  vraye  tyrannie  le  miniftcre  IpiritucI 
des  Chefs  de  l'Eglife.  Aufll  faifoit-il  pro- 
felTion  de  fuivre  le  chemin  qu'avoir  pris  le 
Cardinal  de  Retz  fon  frère  ,  &  fon  pré- 
décellèur  ,    pour    faire  fa    cour    au    Pa- 
pe ,  de  la  perfecution  de  Richer  ,    efti- 
mant    que  ce  feroit  un  moyen  fort  feur 
&  fort  court  pour   obtenir  promptement 

Sij 


zy6  L  A     V I  E 

— —  le  Chapeau  de  Cardinal  ,  auquel  il  'afpî- 

Quoî  que  les  ennemis  de  Richer  fiiffent 
obligez  d'ailleurs  de  rendre  témoignage  à  fa 
pieté ,  &  de  reconnoître  avec  tout  le  monde 
l'innocence  de  fa  vie  ,  &  l'intégrité  de  fes 
mœurs;  ils  nelaifTerent  pas  de  prendre  oc- 
calion  de  l'injuftice  qu'on  lui  faifoit  à  la 
Fenitencerie,  pour  publier  que  la  compo- 
lition  feule  de  fon  petit  Livre  le  rendoit  cou- 
pable des  crimes  les  plus  énormes ,  &  qu'el- 
le lui  imprimoit  un  caraétere  de  reprouvé. 
Comme  ils  cherchoient  à  profiter  de  tous 
lesévenemens  quipouvoient  avoir  quelque 
rapport  à  lui ,  pour  augmenter  fes  peines  ; 
ils  fçurent  faire  valoir  aufli  contre  lui   la 
mort  de  Jean  de  Vieuxpont,  Evêque  de 
Mcaux,  arivée  quelques  mois  auparavant. 
Ce  Prélat  avoit  voulu  conférer  à  Richer  une 
Prébende  de  fa  Cathédrale,  vacante  par  le 
décès  de  Félix  Vialard ,  Chanoine  &  Doyen 
de  fon  Eglife,  mort  au  mois  de  Juillet.  Il 
l'avoit  choifi   entre  plufieurs  autres  Gra- 
duez nommez  qui  étoient  plus  anciens  que 
lui ,  &  avoit  fait  paroître  un  zèle  tout  ex- 
traordinaire pour  écarter  tout  ce  qui  pou- 
voit  faire  oblhcle  à  fa  bonne  volonté.  La 
modefte  répugnance  de  Richer  n'avoitfer- 
vi  qu'à  le  rendre  encore  plus  ardent  à  cet 
égard.  Il  publioit  hautement  que  c'étoit  une 
occalion  que  Dieu  lui  prcfentoit  pour  fai- 
re fatisfacîion  à  Richer   d'une  injuftice  à 
laquelle  il  avoit  eu  part;  qu'il étoit touché 
d'un  fenfible  repentir,  pour  avoir  foufcrit 
à  la  cenfure  du  Livre  de  la  Puilfance  ec- 
clefiaftique  ^  politique  ,  faite  en  l'année 


t)*E DMOND    Riche R.    277 

161 2.  par  les  Prélats  de  la  Province  de  — •— 
Sens,  par  pure  complaifancepour  le  Car-  1623. 
dinal  du  Perron  leur  Métropolitain  ;  qu'il 
confelFoit  avoir  ligné  comme  les  autres 
cette  cenfure  ,  que  ce  Cardinal  leur  avoit 
prefentée  toute  drcffée ,  fans  qu'il  eût  ja- 
mais vu  ni  lu  le  Livre  qu'on  leur  faifoit 
condamner  ;  qu'au  relie  il  avoit  toujours 
fait  une  ellime  toute  particulière  de  Richer^ 
&  qu'il  n'avoit  jamais  ferieufement  douté 
de  la  vérité  de  la  dodbine  contenue  dans 
fon  Livre, 

Une  déclaration  fî  peu  attendue  d'un 
Prélat  qui  avoit  de  la  réputation ,  devint 
bientôt  publique  dan^  Paris  ;  6c  elle  com- 
mençoit  à  taire  du  bruit  parmi  le  Clergé , 
lorfqu'il  tomba  malade ,  au  commencement 
du  mois  d'Aoult.Sa  mort,  qui  fuivit  quin- 
ïe  jours  après, donna  lieu  aux  ennemis  de 
Richer ,  au  préjudice  de  la  vérité ,  de  ré- 
pandre de  nouvelles  calomnies.  Ils  publiè- 
rent que  Dieu  lui  avoit  abrégé  fts  jours 
pour  prévenir  les  conférences  qu'il  s'étoit; 
promis  de  tenir  avec  Richer  ,  au  préjudi- 
ce de  l'autorité  du  Pape  ,  &  que  par  un 
coup  de  la  Providence  ,  il  étoit  mort  in^ 
continent  après  avoir  conteré  une  Prében- 
de à  Richer.  Si  les  Richerilks  avoient  eu 
de  fcrablables  contemplatifs  parmi  eux, 
il  leur  auroit  été  aifé  de  faire  des  refle- 
xions encore  plus  favorables  à  leur  parti, 
iur  la  mort  des  Cardinaux  du  Perron  & 
de  Retz ,  qui  étoient  beaucoup  pluaj.eunes 
que  l'Evêque  de  Meaux.  .«, ^ 

Il  ne  faflifoit  pas    aux  ennemis  de  Ri-.    2(^24. 
cher  de  publie;  \eurs.  caloinaies  4^  viv^i        '"^■ 

S  iii 


MjS  L  A      V    I    E 

— — —  vToix,  ou  dans  des  Ecrits  faits  direftcment 
1624.  contre  lui;  ils  avoient  foin  de  ks  faire  paf- 
fer  encore  dans  des  Ouvrages,  où  ilfem- 
bloit  qu'on  ne  le  faifoit  entrer  que  par  ac- 
cident. C'eftce  qui  parut  en  1624.  dans  les 
Livres  nouveaux  de  Charles  Malingre,  qui 
de  Corredeur  d'Imprimerie  ,  s'étoit  cri;^é 
en  Hiiloriographe,fans  rien  fçavoir  ;  &  da 
fameux  Ligueur  Jean  Boucher,  Dodeur  de 
Sorbonne,  retiré  en  Flandres,  où  il  étoit 
devenu  de  Théologal  de  Tournay ,  Archi- 
diacre &  Chanoine  de  la  même  Eglife , 
pour  recompenfe  de  la  haine  implacable 
qu'il  portoit  à  la  Famille  Royale  de  France. 
Malingre ,  voulant  faire  fa  cour  au  Car- 
dinal de  la  Rochefoucault  ,  en  qui  il  té- 
moignoit  avoir  mis  toutes  les  efperances 
de  fa  fortune,  parce  qu'il  ctoit  grand  Au- 
mônier de  France,  ne  manqua  point  d'at- 
tribuer la  décadance  de  l'Herelîe  en  Fran-» 
ce  à  la  cenfure  du  Livre  de  Richer.  î\ 
ajouta  que  cet  Auteur  ctoit  foûtenu  des 
politiques  ,  mais  que  ie  Parlement  Tavoit 
repris  &  blâmé  publiquement:  faulîeté  que 
cet  ignorant  ,  avtc  toute  fa  mauvaife  vo- 
lonté ,n'auroit  peut-être  oie  avancer,  s'il 
avoir  eu  foin  de  receuillir  les  mémoires  & 
les  titres  necelîaires  à  fon  Hiftoire.  Les 
A6tes  publics  auroient  fuffis  feuls  à  un  ' 
Ecrivain  moins  négligent  ,  pour  lui  faire  ; 
çonnoître  que  la  Cour  du  Parlement  avoit 
pris  la  protedion  de  Richer  &  de  fon  Li- 
vre. Malingre  faifant  un  tiifu  des  calom- 
nies que  Durand  ,  Duval  ,  &  Pelletier 
avoient  avancées  dans  leurs  Ecrits  contre 
Richer ,  devoit  au  moins ,  pour  fuivre  les 


d'Emond    Riche  r.     279 

loii  de  l'Hiftoire  ,  faire  aulTi  mention  de  ■ 

ce  que  Vigor  avoit  écrit  pour  fa  défeiife.  1624» 
L'cclat  que  les  Ouvrages  de  ce  Magifîrat 
avoient  eu  au-dcfTus  de  ceux  de  lés  Adver- 
faires ,  les  rendaient  auffi  plus  connus  dans 
le  monde  ;  de  Ibrte  que  cette  omifiion  Icr- 
vir  autant  à  faire  découvrir  la  partialité  de 
Malingre  que  Toftentation  qu'il  faifoit 
de  ce  qui  avuit  été  publié  par  les  ennemis 
de   Richer. 

Pour  ce  qui  regarde  Boucher ,  dont  le  na- 
turel impétueux  ne  pouvoit  fouôrir  que 
Richer  vécût  en  paix  au  milieu  de  Tes 
perfecutions,  il  voulut  l'attaquer  du  mê- 
me (iyle  dont  il  avoit  tâché  de  deshonno- 
rer  les  deux  derniers  Rois  de  glorieufe  mé- 
moire, en  faifant  les  éloges  de  leurs  par- 
ricides. Il  fit  imprimer  à  Tournay  fa  Cou^ 
ronne  myfiiquc  ;  Ouvrage  divifé  en  cinq 
livres  ,  "^où  il  entreprenoit  de  traiter  delà 
Preé/ntnence  du  Sacerdoce  Royal-Ecclefia-- 
Jiique  ,  fur  l"* Etaù  ^  la  Dignité  Royale- 
politique  ;  pour  montrer  que  les  Rois  &  les 
Princes  Chrétiens  font  obligez  de  faire  la 
guerre  à  l'Herelie ,  &  que  les  Papes  ont  le 
pouvoir  de  les  y  contraindre. 

C'elt  à  Richer  que  s'adrede  tout  ce  que 
ce  violent  déclamatcur  a  mis  dans  cet  Ou- 
vrage contre  la  nouvelle  Herelic  des  Ari-  Chdp.jï^ 
itocratiques,  qui  divifent  le  François  d'avec  &:  sa. 
le  Romain  :  mais  n'ayant  bâti  fon  fyllé- 
me  que  fur  des  chimères  mylkrieufes  & 
enveloppées  dans  des  énigmes  ridicules  , 
l'Ouvrage  fut  bientôt  foulé  aux  pieds  ,  & 
méprifé  coiîune  le  fruit  d'uoeimaginatioi^ 
troublée. 

Siiiji   • 


z8o  La     Vie 

»-- —      La  mort  de  Philippe  de  Gamaches^pTO" 
1624.     fefl'eur  Royal  en  Sorbonne,  Collègue  de 
V  i  i.     Duval,  arrivée  au  mois  de  Juillet  de  Pan- 
Impcftu-  née    fuivante  ,   priva  les  Richeriftes    de 
redcDu-i'un   ^^^  pj^g   folides  appuis  qu'eût   leur 
val  &  de    parti,  C'étoit  un  des  plus  fçavans  hommes 
M.iuderc  ^^  -^^  Sorbonne,  qui  avoir  heureufement 
Gaina"      allié  les  belles  Lettres  avec  la  1  néologie  \ 
L  *    "      Scolaftique ,  &  q  ui  avoit  accompagné  toutes 
fes  connoillances  de  beaucoup  de  pieté  & 
de  vertu  :  de  forte  que  s'il  avoit  eu  la  force 
de  rcfufer  une  Abbaye    en  Commande  , 
ce  qui  palibit  alors  pour  un  abus ,  par  rap- 
port à  l'ancienne  diiciplinedc  l'Eglife,  Ri- 
cher    l'aurûit  jugé    comparable  aux  plus 
grands  hommes  de  l'Eglife  Primitive  ,  ne 
trouvant  que  Gerfon  parmi  les  Modernes 
qu'on  pût  lui  préférer. 

Il  y  avoit  trois  ans  que  de  Gamaches 
'  étoit  travaillé  d'une fufîulion  de  bile,  d'u- 
ne ptyiie  &  d'un  althmc ,  qui  ne  lui  avoient 
pas  donné  de  relâche.  Jufques-là  il  avoit 
gencreufemeiit  m^iintenu  les  anciennes 
maximes  de  l'Ecole  do  Paris,  telles  que 
Richer  les  avoit  enfeignées  datis  fou  Li- 
vre. Son  exemple  ,  fon  autoroité  ,  &  fa 
réputation  y  avoient  retenu  beaucoup  de 
gens ,  contre  les  efforts  que  les  partifans  de 
la  Cour  de  Rome  avoient  faits  pour  chan- 
ger la  Sorbonne.  Duval  &  fes  adhérans 
l'avoient  fouvcrit  folllcité,  mais  toujours 
çn  vain  ;  tantôt  de  faire  une  déclaratioa 
contre  l'Ecrit  de  Richer ,  pour  faire  voir 
qu'il  n'étoit  fauteur  ni  de  fon  fchifme  ni 
de  fes  herefies  ;  tantôt  de  vouloir  approu- 
ver les  ouvrages  que  l'on  faifqii;,  contre 


I 


d'Edmond  Riche r.     tSt 

lui.  Lorfqu'il  le  vit  malade,  il  crut  avoir  ■       -■■'■ 
trouvé  le  moyen  d'abtttre  enfin  celui  qu'il    lô^S- 
avoit  toujours  trouvé  inébranlable  en  fan- 
té.  Il  le  fit  obfeder  continuellement  par 
Mauclerc,  qui  ne  palfoit  point  de  jour  fans 
intimider  le  malade  par  quelque  nouvelle 
menace, ou  fans  ufer  des  conjurations  les 
plus   prenantes   pour  arracher  de    jui   ce 
qu'on  ne  pouvoir  obtenir  parles  voyes or- 
dinaires. La  conftance  de  Gamaçhes  dura 
tant  que  fes  maux  lui  lailierent  la  liberté 
de  Tefprit ,  après  avoir  ruiné  les  forces  de 
fon  corps.   Duval ,  qui  avoit  recommandé 
à  Mauclerc  de  ne  point  fe  rebuter  fur  tou- 
tes chofes, avoit  drelîé  une  eipecc  de  co- 
4icile  tout  prêt  pour  le  faire  ligner  au  ma- 
lade au  premier  moment  qui  le  préfente- 
roit.  Enfin, après  lui  avoir  crié  long-tems 
aux  oreilles  que  fa  mémoire  feroit  en  exé- 
cration ,  &  qu'il  feroit  déclaré  fchifmati- 
que  fous  le  nom  de  Richerifte,  s'il  n'ac- 
quiefçoit  ;  ils  épièrent  le  temps  auquel  la 
mère  du  malade  6r  les  domeliiques  étoicnt 
retirez  ,  pour  lui  prendre  la  main  ,  6c  lui 
faire  ligner  cet  Ecrit  le  8.  de  Juillet, fans 
aucun  témoin.  Il  étoit  conçu  en  forme  dç 
cenfure  du  Livre  de  Richer ,  &  en  termes 
Latins,  dont  voici  la  tradu6iion. 

J\zt  toujours  improHZ'é  le  Liurc  de  Maî- 
tre Edmond  Kîcher  touchant  la  i^uijfance 
Ecclejiajiique  ^  Politique  ,  long-temps  mê- 
me  avant  qu'ail  fut  mis  en  lumière  ,  com- 
me je  l^improuve  de  nouveau ,  ^  je  Vim- 
prouverai  de  plus  en  plus  ,  moyennant  la 
grâce  de  Dteu  ,  tai7t  que  je  viverai  :  car 
je  le  juge  très-pernicieux  à  l'Eglife  de  Dteu, 


iSz  L  A      V  I   E  ' 

— — —  ^  au  peuple  fidèle ,  farce  qu'il  eft  rempli 
63ifi    de  plujieun  propofitions  hérétiques  ,  fchif-  , 
matiques ,  fauffes ,  erronées  ,  injurieufes  ail  , 
fouierain  Pontife  ^  ^  au  faint  Siège  ylpQ"  » 
fiolique  ^  ^    capables  de  choquer  les    oreil"  \ 
les  des  perfonnes  pieufes  ^  catholiques.  y*ai 
déclaré  plufieurs  fois  avec  protejîation  ma 
penfée  fur  la  condar/inatton    que   /V  fais  de 
ce  Livre  y  depuis  environ  feize  mois  ^  fur* 
tout  en  prefence  de  M.  le  Cardinal  de  la 
Rochefoucault   ,    de    quelques  Evêques    l^  \ 
Doéieurs  de  la  Faculté ,  ajjemblez  par  com^ 
mandement  de  Sa  Majefté  ,  à  l^occafion  dp 
ce  petit  Livre   ,  dans  la  Maifon  abbatiale 
de  faint  e  Geneviève,  Fait  à  Paris  ce  dix-hui'»  ; 
tiéme  jour  de  yuillet    j6i^.     Signé  Phi*»  . 
LIPPE  DE   GaMAÇHES. 

Cette  pièce  ,  qui  étoit  d'un  Latin  tout 
entrecoupé  &  plein  de  parenthéfe,  n'avoit 
rien  de  la  politeflc  ordinaire  du  Itile  de 
Gamaches ,  &  ce  fut  un  des  indices  que  Ton 
eut  de  la  furprife  &  de  l'extorfion  violen- 
te qu'on  lui  avoit  fait.  On  fçut  bientôt  à  qui 
l'adjuger ,  à  la  vûë  du  tour  grofîier  &  barbare 
des  expreffions,  qui  fauta  d'abord  aux  yeux 
de  ceux  quiavoient  lûlelivredeDuval  ,ou 
qui  avoient  pris  fes  leçons  en  Sorbonne. 
Le  témoignage  duDoéteur  Louis  Mefîicr, 
ConfcfTcur  ordinaire  de  Gamaches ,  &  ce- 
lui de  Claude  HulTon,  quiécrivoit  fous  lui 
avec  la  dépofition  de  fes  Domeftiques ,  fi- 
rent encore  aller  plus  loin  dans  la  décou- 
verte que  l'on  fit  de  lafuppolition  ;  defor- 
te  qu'à  la  fin  il  fe  trouva  que  de  Gama- 
ches n'avoit  pas  même  ligné  le  prétendu 
codicilc,  &  que  c'étoit  une  pure  impoftu- 


j 


d'Edmond    Ri  cher.    i8j 

re  qui  avoit  Duval  pour  auteur ,  &  Mau-  — 

clerc  pour  miniltre.  L'inquiétude  de  ce  1623. 
dernier  touchant  la  faulïeté  de  cet  ade 
parut  incontinent  après  le  décès  deGama- 
ches,  arrivé  le  21 .  Juillet ,  lorlque  cherchant 
de  toutes  parts  l'écriture  du  défunt,  il  tira 
de  Philipc  Bon  vot,  grand  Bedeau  Ôa  Gretfier 
de  la  Faculté,  le  livre  des  Euphemies , où 
chaque  Doéleur  écrit  fon  nom  tous  les  ans  y 
pour  reconnoître  &  juftifier  lalignaturedc 
Gamachcs.  On  trouva  étrange  qu'il  gardât 
le  livre  un  an  entier  ;  mais  il  falloit  du 
tems  pour  apprendre  à  bien  imiter  le  fcing 
d'un  mort ,  6c  pour  controller  &  réformer 
un  papier  qu'il  étoit  queftion  de  rendre  au- 
thentique. 

Le  Curdmal  de  Richelieu,  qui  fçavoit  par- 
faitement quels  avoient  été  les  fentimens  de 
Gamaches  ,  fut  un  de  ceux  qui  rirent  pa- 
roître  le  plus  d'horreur  pour  cette  fourbe- 
rie. La  crainte  qu'il  eue  que  Richer  n'en 
tirât  trop  d'avantage  contre  fes  ennemis  , 
Jît  qu'il  ordonna  la  fupprclTinn  de  cette 
fauUe  déclaration,  dès  qu'il  eut  appris  que 
Mauclerc  l'avuii  publiée.  Il  chargea  le  Doc- 
teur Mulot  ,  fou  Domeitique  ,  de  tirer 
l'original  des  mains  de  Mauclerc,  &  de  le 
remettre  entre  les  liennes;  ce  que  Mnlot 
n'eut  pas  plutôt  fait  ,  que  le  Cardinal  le 
rompit, <&  défendit  qu'on  n'en  parlât  non 
plus  que  d'une  chofe  qui  ne  feroit  jamais 
arrivée. 

L'exemple  de  ce  qui  s'étoit  pafTé  à  l'c-  Richer 
gard  de  Philippe  de  Gamaches   lit    con-  fait  une 
noître  à  Richer  qu'il  ne  pouvoit  prendre  nouvelle 
trop  de  précaution  contre  la  mauvaife  foi  piotefta- 


h4 


284  La     Vie 

"■  de  fes  ennemis.  La  crainte  qu'il  eut  qn^r 

lôzf.  ne  lui  fiffent  quelque  furprife,  ou  qu'ils  ne 
tîon  con-  lui  impofafTcnt  quelque  chofe  de  fembla- 
tre  toute  ble,  lorfqu'il  ne  feroit  plus  en  état  de  dé-, 
furprife ,  couvrir ,  ou  de  convaincre  l 'impofture  &  1^. 
&  contre  calomnie ,  lui  fit  renouveller  le  29.  d' Aouft 
la  vie-  le  tcftament  qu'il  avoir  fait  12.  ans  aupara- 
lence  vant  pour  alTurer  la  pofterité  de  fesverita-? 
qu'on  bies  fentimens.il  voulut  l'accompagner  d'u- 
pouroit  ne  déclaration  nouvelle ,  qui  fuit, 
m  taire ,  Comme  Us  choses  pajfées  doivent  nous 
an"^  h^'  ^^^^^^  f^S^^  T^^^'^  ï*  avenir ,  ^  qu'il  ne  r<r- 
jyj  .  ^  fte  plus  aucun  fujet  de  douter  que  Duval 
t;^(^2.^  i^  Mauclerc  n''ayeni  fuppufé  un  codicille  en 
tion  forme  de  déclaration  ou  cenfure  fous  le  '  nom 

de  Gamaches  ,  j^our  trouver  un  prétexte, 
nouveau  d'inquiéter  Richer  par  te  moyen 
des  Grands  ,  ^  de  la  Cour  de  Rome  ,  qui 
fe  trouvent  fortifiez,  principakment  par  la 
venue  de  Monfeigneur  le  Cardinal  Barbe-^ 
rin  ^  neveu  du  Pape  Urbain  VII I.i^  Le^ 
gat  dufaint  Siège  en  France  ;  il  eft  à  crain^ 
dre  qu'on  ne  veuille  Le  contraindre  à  une, 
retraâation  ,  que  fes  ennemis  ont  fouvent 
tâché  d'extorquer  par  des  violences  çjf  des 
menaces  capables  d'ébranler  même  lesefprits 
les  plus  forts  l^  les  plus  conftans.  C'efl  pour- 
quoi  Rîcher  fupplte  infiammcnt  tous  ceux 
qui  entendront  parler  de  lui  ,  de  fe  tenir 
avertis  qu'après  s'être  humblement  recom^ 
mandé  à  Dteu^  ^  avoir  imploré  l'ajfijîance 
du  S.  Efprit  ,  il  a  écrit  en  pleine  fanté  de. 
corps  Q^  d' efprit ,  ^  figné.dcfa  propre  main 
la. déclaration  qui  fuit  ,  comme  tine  ordon- 
nance de  fa  dernière  volonté  * 

Qjj^e  fi  par  haz,ard  il  fs  tronvoit^  rdd/iit  à 


d'Edjwond   Richer.  zSf 

tle  telles  extriémitez^'qH*il  fe  ik   rny,f^^,^i-  -^ 

d'v.bjurer  fon  L'ivre  DE  LA  PUISSANCE  EC-  lôif* 
CLESIASTIQUE  ET  POLITIQUE  ,  OU  de  chan- 
ger ,  ou  de  figner  (juelque  chofe  qui  fût  con- 
traire à  la  déclaration  qu* il  avoitpujjée  tar-^ 
devant  deux  Notaires  le  dernier  jour  de  Juin 
de  l''an  1622.  il  defaz'ouc  ^  improuve  (sf  re- 
jette ce  qu^tl  pouroit  avoir  été  contraint  d'*/- 
crire  ^  de  figner  au  préjudice  de  cette  de^ 
claration  ,  comme  choje  violemment  extor- 
quée de  lui  par  menaces  ,  ^  par  cette  juf- 
te  crainte  qui  peut  tomber  en  un  homme 
confiant ,  ^  l'ébranler  ;  //  déclare  par  avan-- 
ce  faux  yfuppofé ,  nul  tout  ce  qu'ion  pour  oit 
publier  fous  fon  nom^  dans  cette  vue  ;  il  fou- 
haite  qu^on  n'y  ajoute  aucune  foi  ,  non  plus 
qu'*à  une  chofe  qui  n'efl  jamais  venue  de  lui ^ 
à  moins~qu''on  ne  lut  eût  accordé  aupara- 
vant le  pouvoir  d'expliquer  librement  par 
écrit  les  propofitions  de  fon  Livre  ,  comme 
il  Va  plufieurs  fois  demandé  ,  ^c.  Fait  à 
Paris  le  dernier  jour  d^/loufl  1625*. 

Après  cette  dernière  proteftation  Richer    vill 
rentra    dans   fa  retraite  ,  pour   continuer  Xrifte  L 
fes  études  en  lilence,  &  pour  n'être  point  tat  de  la 
témoin  des  defordres   que  les  partifans  de  Faculté 
la  Cour  de  Rome  entreprenoient  toujours  fous  le 
en  Sorbonne.  Il  reçut  un  nouveau  fujetde  Syndic 
gémir  &  de  plaindre  le  trifte  état  de  la  Fa-  Froger, 
culte ,  lorfqu'il  apprit  que  la  cabale  de  Du- 
val  &  de  Mauclerc  avoit  fait  élire  George 
Froger,  Curé  de  faint  Nicolas  du  Chardon- 
net  ,  avec   le  fecours  des  Dodeurs  Man- 
dians.   Par   ce  moyen   la  difcipline   &  la 
dodrine  ancienne  de  la  Faculté  reçurent 
de  grandes  playes ,  &  la  porte  fut  ouverte 
à  plufieurs  nouveaute7.. 


285  L  A      V  I   E 

,..  II  ne  fe  trouva  prefque  que  Filefac  & 

l6iS'    Parent ,  lefquels  firent  paroîtr^  aflez  de  vi- 
gueur pour  féconder  la  fermette  du  Doyea 
Koguenant,  &  pour  s'oppofcr  au  torrent 
qui  entraînoit  les  autres  Docteurs.    File- 
fac, détrompé  des  vaines  efperances  qu'on 
lui  avoit  données  pour  l'Evéché  d'Autun , 
avoit  été  toucdé   des  injr^-ccs   que  cette 
vue  înterefTce  lui  avoit  fait  commettre  con- 
tre Richer  pendant  fon  Syndicat ,  &  il  fem* 
bloit  qu'il   cherchoit  à  le  reparer  par  un 
changement  lincere  de  conduite ,  &  par  fa 
fermette  à  foûtenir  les  fentimcns  de  l'an- 
cienne Sorbonne ,  qui  étoient  ceux  pour  la 
ruine  defquels  il  avoit  autrefois  voulu  fa- 
crifier  Richer  leur  défenfeur  ,   à  la  Cour 
de  Rome.   Il  donna  des  preuves  de  cette 
difpoiition  au   fujet   du  Livre  d'Antoine 
Santarel ,  Jefuite ,  lorfqu'il  fut  queflion  d'en 
faire  lacenfure.  Le  Parlement  de  Paris  ne 
fè  contentant  pas  de  condamner  par  un  de 
fes  Arrefts  la  pernicicufe  dodrine  du  Li- 
vre ,  où  ce  Jefuite  avoit  voulu  donner  au 
Pape  la  puilfance  de   dépofer  les   Rois  , 
avoit  encore  chargé  la  Sorbonne  d'en  por- 
ter fon  jugement, 

Duval ,  avec  ceux  de  fa  cabale  mit  tou- 
tes fes  brigues  en  œuvre  pour  traverfer 
l'examen  du  Livre ,  &  pour  en  faire  échoiiei?. 
la  cenfure  ;  mais  Filefac ,  qui  écoit  le  plus 
ancien  des  Doéteurs  relidens  à  Paris  après 
le  Doyen,  conduisit  l'aftaire  avec  tant  de 
force  &  de  prudence,  qu'il  la  fit  réufiir 
malgré  les  foUicitations  du  Cardinal  Spa- 
da,  Nonce  du  Pape,  &  les  artifices  de  Du- 
val,  qui  ne  ccfla  de  le  perfecuter  depuis 
ce  temps-là. 


d'Edmond  Ri  cher.    287 

Mais  depuis  certe  genereufe  aiâion  la  Fa-     ■     — 
culte  fentir  diminuer   de   plus  en  plus  fa    îôis* 
liberté  ;  &  fa  première  réputation,  par  la 
manière  dont  la  Cour  de  France  parut  fe 
dévoiler  aux  volontés  de  celle  de  Rome. 

Richer  vit  fans  s'ébranler  les  recom- 
penfes  de  fes  adverfaires ,  lorfque  la  Rei- 
ne Mère  fit  donner  les  Sceaux  à  Michel 
de  Marillac  ,  &  le  Chapeau  de  Cardinal 
à  Pierre  de  Berulle, Supérieur  General  de 
rOratoire  ,  tous  deux  collègues  de  Du- 
val  dans  le  Gouvernement  des  Carmeli^ 
tes,  tous  deux  remarquables  par  les  mau- 
vais offices  qu'ils  lui  avoieut rendus;  mais 
il  ne  put  s'empêcher  de  plaindre  TÉglife 
&  l'Etat. 

Duval  crut  devoir  profiter  d'une  con- 
jonélure  des  temps, qui  lui  paroilfoit  fi  fa- 
vorable pour  rendre  inutile  la  dernière  en- 
treprife  de  la  Faculté  de  Paris.  Il  fçavoit 
que  Bellarmin  ,  Suarés ,  Santarel ,  &  les  au- 
tres auteurs  qui  établilfoient  le  pouvoir  des 
Papes  fur  le  temporel  des  Rois ,  prenoient 
pour  fondement  la  Bulle  de  Boniface  VIII. 
U/iam  fcwèiam ,  ^c.  &  foûtenoient  qu'elle 
na'voit  jamais  été  révoquée  par  Clément 
V.  comme  on  le  difoit  en  France  ;  ce  qui 
n'étoit  pas  entièrement  faux  ,  puis  qu'à  ne 
point  mentir ,  elle  ne  l'avoit  été  qu'en  ap- 
parence, en  termes  pleins  d'équivoques  & 
d'illufions,  fuivant  les  artifices  ordinaires 
de  la  Cour  de  Rome. 

C'eft  pourquoi  Duval  voulut  dc-là  pren- 
dre fujetde  dérogera  la  cenfure  de  la  Fa- 
culté contre  la  dodrine  de  Santarel  ;  & 
pour  y  réulfir  ,  il  fit  une  puiffantc  ligue 


288  L    A      V    I  E 

_^ avec  Mauclerc  ,  Froger,  Do6leur$  de  Ta 

1627.  Faculté,  &  lès  Doéteurs  Mandians.  Ils 
perfuadcrent  à  un  Dominiquain  du  Con- 
vint de  Lyon  ,  nommé  Jeah  Teftefort, 
Bâche  ier  de  la  Faculté  de  Paris,  de  foûte- 
nir  dans  fes  Thefes  du  grand  ordinaire: 
Que  la  jainte  Lcrïture  eft  contenue  en  pat", 
t'te  dans  la  Bible  ,  en  partie  dans  les  De- 
cretuks  des  Papes ,  en  tant  que  ces  Deere- 
taies  expliquent  la  fainte  Ecriture.  C'eft- 
à-dire  que  ces  Decretales  font  la  fainte  Ecri- 
ture comme  la  Bible  ,  félon  que  le  mar- 
quoient  les  termes  latins  de  la  propofition. 
Le  Syndic  Froger  ne  fit  point  difficulté  de 
ligner  ces  Thefes ,  &  de  les  approuver,  après 
en  avoir  conféré  avec  Duval.  François 
Hallier  ,  qui  fe  fit  connoître  depuis  par 
la  défenfe  de  la  Hiérarchie  contre  les  Je-  ' 
fuites,  &  enfuite  par  fes  négociations  en 
leur  faveur  ,  contre  les  défenfeurs  dejan- 
fenius ,  &  qui  mourut  Evéque  de  Cavail- 
\  Ion  5  étoit  deftiné  pour  prélider  à  ces  The^ 
fes.  11  les  figna  &  approuva  fans  hefiter, 
lorfqu'il  eut  vu  la  tignature  &  l'approbation 
du  Syndic  :  mais  étant  tombé  malade  avant 
Tadion,  on  prit  pour  y  prélider  Ifaac  Ha- 
bert,qui  fut  depuis  Théologal  de  l'Eglife 
de  Paris,  &  enfaite  Evéque  de  Vabres,& 
qui  n'eut  point  de  fcrupule  de  figner  ces 
Thefes  après  les  deux  autres  Doéteurs.La 
Faculté  étoit  bien  refoluë  de  ccnfurer  ces 
Thefes  ,&  elle  y  étoit  déjà  engagée  parla 
pluralité  des  fufFrages  :  mais  Duval  &  fa 
cabale  traverferent  cette  refolution  par 
leurs  intrigues. 
La  mort  de  Nicolas Roguenant, Doyen 

de  la 


d'Edmond   Ric'her.    289 

de  la  Faculté,  qui  avoit  toujours  conftam-  -*«— - 
ment  défendu  la  difcipline  &  la  doétrine  1611^ 
ancienne  de  la  Sorbonne  ,  délivra  Duval 
d'un  fâcheux  Richerifte,  qu'il  avoit  toujours 
trouve  contraire  à  Tes  defleins.  Mais  il  crut 
que  fon  parti  n'auroit  rien  à  gagner  ,  s'il 
n'empêchoit  Filefac  de  prendre  la  place 
qui  lui  étoit  jiuc  ,  comme  au  plus  ancien 
des  Dodleurs  qui  reiidoient  aduellement  à 
Paris. 

Il  fit  venir  pour  le  fupplanter  Jean  Pef- 
chant ,  Limouiin ,  Théologal  de  Rennes , 
Ibus  promefle  de  lui  procurer  deux  mille 
livres  de  penfion  fur  le  Clergé ,  &  fur  les 
finances  de  l'Etat.  Pefchant  vint  âgé  de  84. 
ans ,  &  il  n'oublia  rien  de  ce  qu'on  lui  avoit 
recommandé  contre  les  Richeriftes  ,  pour 
mériter  fa  penfion.  Ce  fut  à  la  faveur  de 
ce  nouveau  decanat  que  Duval  ,  Mauclerc  ^ 
Froger,  &  les  autres  partifans  de  la  Cour 
de  Kome  ordonnèrent  que  les  Bachelier» 
fcroient  dorénavant  mention  des  Decreta- 
les  des  Papes ,  comme  de  l'Ecriture  fain- 
te  ô:  des' Conciles,  dans  les  proteftations 
qu'on  exigeoit  d'eux ,  avec  ferment  de  ne 
rien  dire  qui  leur  fût  contraire.  Cétoit 
vouloir  autorifer  toutes  les  Bulles  des  Pa- 
pes faites  contre  pluficurs  de  nos  Rois  , 
les  droits  de  la  Couronne ,  &  la  liberté  de 
nos  Eglifes.  Cependant  peu  de  gens  entre- 
prirent de  s'oppofer  à  cette  nouveauté  ,  par 
la  crainte  de  la  cabale  dominante  :  &  ceux 
qui  oferent  le  faire ,  furent  regardez  comme 
Richeriltes  ,  &  marquez  pour  être  refufei 
à  la  prefentation  des  Bénéfices  ,  &  des  em- 
plois de  la  prédication  &q  de  U  direi^ioa 
lies  confciences.  T 


ipo  L  A    V  I  Ê 

— — — •     Le  nouveau  Cardinal  de  Bcrrullc  ncfut. 
162^..   pas  long-tcms ,  après  avoir  pris  la  Pourpre^ 
Mortifî-  ^^^5  donner  encore  d'autres  marques  de 
cation  du  i'on  averlion  pour  Richer  ,  &  pour  ceux 
Cardinal   qu'on  croyoit  attache?,  à  fes  fentimens.  Ua 
de  Berul-  Étudiant  en  Théologie ,  nommé  Pierre  Pô- 
le, tel, ayant  eu  deflein  de  lui  dédier  faTh^- 
fe  de  Tentative  au  mois  deEfvrier  de  Tan 
l6z8 ,  avoit  fait  compofer  l'Êpître  dédica- 
toire  par  un  Capucin  de  fes  Parens.  L'E- 
pître n'étoit  qu'un  tifTu  d'allufions  tirées 
de  l'Ecriture  fainte,  &  l'on  prétend  que  le 
Cardinal  deBerullela  trouva  à  fon  goulh 
Mais  ayant   demandé   à  Potel  quel  étoit 
fon  Prélident ,  &  Içachant  que  c'étoit  Ur- 
bain Garnier ,  il  lui  dit  que  ce  Dodeurnc: 
foufFriroit  jamais  qu'on  imprimât  cette  Epî- 
tre  avec  la  Thefe;  que  d'ailleurs  c'étoit  ua 
Richerifte  des  plus  devouei  à  Richer  ;  & 
qu'ainli  il  ne  pouroit  aflifter  à  la  Theie, 
à  moins  qu'il  ne  changeât  de  Prélident.  Po- 
tel remercia  Garnier ,  choifit  Habert ,  i'uii> 
des  deux  Dodeurs  que  le  Cardinal    lui 
nomma  pour  préfider ,  &  fit  imprimer  Ton 
Epître  à  la  tête  de  fa  Thefe. 

On  en  fit  grand  bruit  en  Faculté  ;  ceux 
mêmes  qui  étoient  le  plus  oppofex  aux  Ri- 
cheriffces  ,  &  qui  fe  difoient  ferviteurs  du 
Cardinal  de  BeruUe,  en  furent  fcandalifez. 
C'eft  tout  dire ,  que  fans  que  Duval ,  ni  le 
Doyen  Pefchant  formaient  aucune  oppo- 
fition  ,1a  Faculté  donna  un  Décret  contre 
l'Epître,  dans  l'AfTemblée  extraordinaire  du 
28.  de  Février,  la  condamna  comme  étant 
remplie  d'impietez  &  de  blafphémes,  &  obli- 
gea Potel  à  eu  faire  une  réparation  publi- 


d'Edmond    Richer.    2pr 

que  par  écrit  &  de  vive  voix.  C'eft  ce  qu'il  fît  — ^— -î- 
le  matin  du  même  jour  par  un  écrit  authen-    i6i8. 
tique,  qu'il  prefenta  à  la  Faculté  en  pleine 
AlFcmblée  ,&  l'après-midi  par  une  abjura- 
tion de  vive  voix  faite  au  milieu  de  fonaÔc 
public  dans  la  grande  falle  du  Collège  de 
Navarre ,  comme  on  le  lui  avoir  prefcrit. 
Les  ennemis  de  Richer,  continuant  tou- 
jours de  combattre  ce  qu'ils  appelloient  le 
Richerifme, allèrent  attaquer  l'un  de  fes 
meilleurs  amis ,  la  veille  de  fa  mort ,  dans 
l'efperance  de  Vaincre  aifément  celui  que 
la  maladie  avoit  entièrement  abattu.  Ce-  _    ^ 
toit  le  Doreur  Jean  Hollandre  ,  Curé  de  ^^"^^^^ 
laiParoifTc  de  faint  Sauveur,  perfonnage  jj^jf^^yj, 
d'une  pieté  exemplaire,  &  d'une  charité  tou-  Collan- 
te extraordinaire  envers  les  pauvres.  Com-^jj-e.     ' 
me  il  avoit  puiïîamment  agi  dans  la  Fa- 
culté de  Théologie  l'an  1626.,  lorfqu'on 
cenfurale  Livre  dujefuite  Santarel ,  Du- 
rai qui  avoit  employé   toutes  fes  forces  , 
pour  traverfer  la  cenfure  ,  tâcha  d'en  jet- 
rer  des  fçrupules  dans  fa  confcience, lors- 
qu'il le  vit  à  l'article  de  la  mort.  Il  v'nt 
lui  en  faire  un  crime  ,  efperant  artacher 
de  lui  une  retradlationde  la  part  qu'il  avoit 
eue  à  la  cenfure,  &  de  l'approbation  qu'il 
avoit  toujours  donnée  à  la  doélrinè  de  Ri- 
cher ,   comme  il  avoit  tâché  de  faire  au- 
près deGamaches.'Ilprit  à  partie  le  Doc- 
teur Jérôme  du  Chefne  ,  qui  avoit    ad- 
miniltré   les   Sacrcmens  de  Pénitence  & 
d'Eucharidie  au  malade  ,  fans  l'obliger  à 
fe  retraéter  ,  &  les  accufa  tous  deux  d'un 
tertible  facrilege,  ajourant  que  la  cenfure  de 
Santareltenoit  Hollandre  dans  un  état  cer- 
tain de  damnation»  T  ij 


xpt  La    V  I  E 

m  >  "^  Du  Chefne  donna  avis  au  malade  que  Di- 
1628  .  val  viendroit  le  voir ,  &  qu'il  devoit  aupa- 
ravant lui  envoyer  le  Pénitencier  Jacques 
Charron ,  &  le  Sous-penitencicr  Antoine 
Martin ,  pour  l'intimider,  &  le  porter  à  fi- 
gner  un  modèle  de  retraâation  qu'ils  lui  ap- 
porteroient.  Hollandre  répondit ,  qu'il  le- 
roit  fort  aife  de  voir  Duval ,  &  de  le  rendre 
témoin  de  la  perfeverance  dans  laquelle  il  al 
loit  mourir.  Il  reçut  le  Pénitencier,  &  le 
Sous-penitencier  avec  autant  de  carefTes  & 
d'ouverture  de  cœur  que  l'état  d'un  homme 
mourant  en  peut  permettre;  mais  il  leur  foâ- 
tint  avec  une  prelence  d'efprit  furprenante^ 
&  un  ton  de  voix  plus  fort  qu'à  l'ordinaire  ,- 
qu'il  n'avoit  rien  fait  qui  ne  fût  à  faire  Co. 
Ion  Dieu  &  la  droite  raifon  ,  dans  ce  qui. 
regardoit  la  cenfure  de  Santarel ,  &  les  fen- 
timens  de  l'ancienne  Sorbonne  quedéfen- 
doit  Richer ,  &  qu'il  ne  fentoit  fa  confcien- 
ce  chargée  de  rien  fur  cela.  Duval  étant 
averti  du  mauvais  fuccès  de  cette  députa- 
tion ,  &  convaincu  d'ailleurs  de  la  vigueur 
&  de  la  confiance  de  Hollandre,  fut  obli- 
gé de  renoncer  à  fon  entreprife  ,  &  de  le 
laifTer  mourir  en  paix  ,  comme  il  fit  le 
premier  jour  de  May  de  l'an  1628. 

Richer  voyant  croître  de  jour  en  jour, 
la  pafTion  que  Duval  avoit  d'anéantir  la 
cenfure  de  Santarel  ,  &  de  détruire  les 
fentimcns  de  Tancienne  Sorbonne,  par  le 
crédit  des  Cardinaux  de  la  Rochefoucaulc 
&  de  Berulle,&par  leminiflere  du  Doyen 
&  du  Syndic  de  la  Faculté,  il  ne  put  pas 
refufer  à  fa  Mère.  (  C'eft  ainfi  qu'il  ap- 
çelloit  rUniverfité  de  Paris  )  les  fecours 


d'Edmond    Riche r.     29J 
^u'il  étQit  capable  de  lui  rendre.  II  les  lui  •■ 


procura,  don  en  retournant  en  Sorbonne,  léiS. 
mais  en  prenant  la  plume  pour  défendre  la 
vérité  &  la  jullicedans  l'obfcurité  de  fa  re- 
traite. Il  compofa  premièrement  la  déten- 
fe  de  la  cenfure  de  la  Faculté  contre  lelivre 
de  Santerel ,  dont  il  fit  deux  parties ,  pour 
expliquer  la  queftion  de  droit  dans  la  pre- 
mière y  &  celle  du  fait  dans  la  féconde. 
Il  écrivit  enfuite  Thiftoire  de  tout  ce  qui 
s^étoit  pafTc  dans  la  Faculté  ,  du  côté  des 
deux  partis ,  touchant  cette  fameufe  cenfu- 
re,  &  il  la  mit  en  Tune  &  en  Tautre  lan- 
gue. Il  fit  aufll  l'examen  du  Livre  du  Car- 
dinal de  la  Rochefoucault  contre  l'Ecrit 
de  TEvêque  de  Chartres ,  qui  fembloit  re- 
garder des  matières  toutes  femblables,  Ôc 
dont  il  eft  bon  de  donner  ici  quelque  é- 
clairciffement. 

L'an  1625'.  on  avoit  imprimé  en  Italie 
un  Libelle  intitulé  G.  G.  R.  Theologi  ad 
Ludovic um  XIII .  GalliiC  Regem  admomtioy 
i^c.  où  Ton  prétendoit  montrer  qu'au  fu- 
jet  de  la  guerre  de  la  Valteline,  la  Fran- 
ce avoit  fait  une  alliance  honteufe  &  impie 
avec  les  Proteftans,&  entrepris  contre  les 
Catholiques  une  guerre  injulte, qu'elle  ne 
pouvoit  continuer  fans  détruire  la  Religion. 
On  fit  accroire  que  ce  n'étoit  que  la  ver- 
fion  Latine  d'un  original  François  :  &pour 
empêcher  qu'on  ne  découvrît  fon  véritable 
auteur ,  &  le  lieu  de  fon  imprefîion ,  oq 
le  traduifit  en  Walon  pour  le  faire  courir 
d^abord  en  Fandres,&  on  l'attribua  au  fa- 
meux Ligueur  Boucher ,  Docteur  de  Sor- 
bonne &  Archidiacre  de  Tournay,  qui  avoi^ 

Tiij 


2$4  L  A  y  I  ip 

-■  '  -^  tant  écrit  de  Libelles  contre  la  France  & 
J^638.  nos  deux  derniers  Rois.  Bouc3her  s'étapt 
juftifié  publiquepient  de  cette  calomnie  , 
on  chercha  Fauteur  de  VÂdmonition  avec 
tant  d'emprellement  ,  qu'on  découvrit  en- 
iin  que  c'étoit  un  Jefuite, nommé  André 
Éudemon-Jean  ,  élevé  à  Rome  &  en  Ita- 
lie dès  fon  enfance,  quoiqu^i  Grec  de  Na- 
tion. Il  avoit  déjà  beaucoup  écrit  contre  lip 
jloi  d'Angleterre  pour  ^ellarmin ,  le  Père 
fCotton ,  &  l'intérêt  commun  de  la  Com- 
pagnie ,  &  étoit  venu  en  France  avec  le  Le- 
fat,  incontinent' après  avoir  compofé  fon 
Jvre., 

On  avoit  prétendu  que  ce  pernicieux 
Écrit  avoit  été  médité  de  <roncert  avec  \^ 
Cour  de  Rome  &  les  Jefuites  ,  contre 
l'honneur  du  Roi  &  le  repos  de  la  Fran- 
ce :  &  dans  la  penfée  que  c'étoit  moins 
l'ouvrage  d'un  Ecrivain  particulier  ,  que  ce- 
lui d'une  cabale  également  puiflante  &ar- 
tificieufe ,  il  avoit  été  publiquement  flétri  * 
par  une  fentence  du  Châtelet  de  Paris, & 
brûlé  le  30.  Odobre  lôzs-  avec  un  autre 
Libelle  aufïï  méchant  ,  qu'un  Jefuite  Al- 
lemand, nommé  Jacques  Keller,  étoit  ac- 
çufé  d'avoir  compofé  contre  la  France  , 
fous  le  titre  de  Myfteria  Polttica.  La  fen- 
tence du  Lieutenant  Civil  avoit  été  fuivie 
d'une  cenfure  de  la  Sorbonne,  donnée  le 
,  premier  jour  de  Décembre  fuivant,  contre; 
celui  de  V Admonition  de  G.  G.  R.  pré- 
tendu Théologien. 

.   L'Affemblée  Générale  du    Clergé   de 
France, qui  fe  tenoit  alors  à  Paris,  ne  crut 
'  pas  devoir  demeuiei:  daus  l'iadifferençe  fur 

cette  affaire. 


d'Edmond    Riche  r.     içf 

Leonord'Etampes,Evéquede  Chartres,  — — — 
l'un  des  Députez , dreiFa  par  les  ordres, &  1618. 
fous  le  nom  de  toute  l'AiTemblée ,  une  am- 
ple déclaration  en  forme  de  cenfure, con- 
tre V Admonition  ,  &  les  Myfieres  politi- 
^ues  ^  s*appliquant  fur  tout  à  découvrir  le 
venin  &  la  malignité  de  V Admonition  , 
<\\x\  fut  en  même  temps  refutée  par  un  au- 
tre livre  que  Duferner  publia  fous  le  titre 
de  Catholique  d'Etat ,  ou  Difconrs  politique 
des  Ailiances  dft  J^oi  ,  ^^.  Cette  déclara- 
tion ou  cenfure  4u  Clergé  ,  lue  &  approu- 
vée de  toute  TAlTemblée  des  Prélats  dès 
le  13.  de  Décembre,  fut  imprimée  en  La- 
tin &  en  François  par  leur  autorité,  à  Pa- 
ris ,  chez  Antoine  Etienne  ,  &  parut  au 
commencement  de  l'année  fuivantc  fous 
le  titre  de  Jugement  des  Cardinaux  ,  Ar- 
chevêques  ,  J:Lvçques  ,  k^  autres  qui  fe  font 
trouvez  en  r  Ajjemblée  Ecclefiaflique  de  tou- 
tes les  Provinces  du  Royaume  fur  des  Li' 
belles  diffamatoires ,  klfc. 

La  cabale  du  Dodteur  Duval,  quin'a- 
voit  pu  s'oppofer  à  la  cenfure  de  Sorbon- 
ne,fut  allarmée  de  cette  démarche  que  vc- 
noit  de  faire  le  Clergé  du  Iloyaumc  Elle 
joignit  fes  brigues  à  celles  des  Jefuites, 
&  des  autres  partifans  de  la  Cour  d^  Ro- 
me, pour  la  traverfcr ,  &  en  prévenir  les  fui- 
tes ;  &  le  Cardinal  de  la  Rochefoucault  fe 
vit  le  Chef  de  cette  nouvelle  intrigue.  Le 
Parlement  croyant  pouvoir  arrêter  le  cours 
d'une  confpiration ,  qu'il  regardoit  comme 
tramée  contre  les  intérêts  de  la  Couron- 
ne, &  le  repos  de  la  France  ,  donna  di- 
vers Arreûs,  toutes  les  Chambres  aflem- 

T  iiU 


zç6  La     V  i  z 

— ^—  blées  pour  autorifer  le  Clergé.  Après  quoi 
1628.  il  en  prononça  un  en  particulier  le  17.de 
Mars  contre  les  Jefuites ,  pour  les  obliger 
à  foufcrire  à  la  cenfure  de  Sorbonne ,  con- 
tre le  Libelle  de  VAdmqnition^^  leur  fai- 
re donner  un  defaveu  public  du  Livre  de 
Santarel  leur  Confrère ,  avec  une  explica- 
\iox\  nette  des  fentimens  de  leur  Compa- 
gnie (  par  les  trois  Maifons  de  Paris  )  di- 
redement  contraires  aux  maximes  perni- 
cieufes  de  ces  deux  Ouvrages. 

Depuis  la  Declaratiali  qqe  le  Clergé 
^voit  donnée  le  13.  de  Dçce;mbre  contre 
les  Libelles  de  V Admonition  Ôt  dt?s  Myjié^ 
res  politiques  ,]e  Cardinal  de  la  Rochcfou- 
cault  n'avoit  cefTé  de  foUiciter  les  Prélats 
pour  leur  en  faire  donner  une  révocation. 
Après  en  avoir  furpris  plufieurs ,  il  voulut 
tenter  la  chofe  dans  rÂliemblçe  du  17. 
Janvier  aux  Auguftins  ,  &  la  fit  propofer 
par  Seballien  Zamet,Evêque  de  Langres, 
auquel  Simon  le  Gras  ,  Evéque  de  Soif- 
fons ,  s'qppofa  fortement  pour  le  maintien 
de  la  Déclaration.  Lç  Parlement  averti 
que  la  fadion  du  Cardinal  avoit  prévalu, 
nt  défenfe  par  un  Arrefl;  du  21.  Janvier 
de  s'alîèipbler ,  d'écrire  ou  de  publier  une 
autre  Déclaration  que  celle  de  rAlfem- 
blée  du  Clergé  du  ;3.  Décembre. 

Le  Cardinal  fe  flattant  du  grand  crédit 
qu'il  avoit  à  la  Cour,  n'eut  égard  à  cet  Ar- 
rêt, au  prejudicç  duquel  il  retint  les  Prér 
lats  après  la  dillblution  de  leur  AiTemblée, 
quoi  qu'ils  eulTent  remercié  le  Roi,  &  re- 
çu leur  congé.  Il  continua  de  les  faire  afi- 
il'mbkr ,  &  les  poçu  par  le  redoubiemeuf 


i 


D'El>I*fOND    RjCHER,      Z97 

de  fes  brigues  à  délibérer  fur  ce  qu'il  fou 

haitoit  d'eux  avec  tant  d'empreflement.  Le     ï6l^. 
parlement  ne  pouvant  fouirir  qu'on  mépri- 
sât il  ouvertement  fon  autorité ,  donna  un 
nouvel  Arrêt  le  18.  de  Février,  par  lequel 
il  calfa  les  ades  de  délibérations  du  Cler- 

fé, faits  au  préjudice  de  TArrét  du  21.de 
anvier.  Le  Cardinal,  fans  fe  rebuter,  retint 
ce  qu'il  put  des  Prçlatsde  rAilembiée  qui 
s'étoif  tenue  aux  Augulh'ns,  &  il  les  af- 
fembla  dans  fon  Abbaye  de  fainte  Gene- 
viève ,  avec  ceux  qui  étoient  à  la  fuite  de 
la  Cour  ,  le  26.  &  le  27.  de  Février.  Gç 
fut  là  qu'il  fit  dreifer  une  forme  de  defa- 
veu  de  la  cenfure  que  le  Clergé  avoit  por- 
tée contre  les  deux  Libelles  le  13.  de  Dé- 
cembre de  l'année  précédente.  Il  furvint 
un  autre  Arrêt  du  Parlement  le  3.  de  Mars, 
qui  déclara  cette  afTembîée  illicite  ,  atten- 
tée contre  l'autorité  fouveraine  des  loix  du 
Royaume,  &  delà  mî\jené  du  Prince.  Les 
Prélats  répondirent  à  la  lignification  de 
l'Arrct  par  la  bouche  de  l'Archevêque 
d'Aufch  ,  6c  de  Charles  Miron  Evêque 
d'Angers ,  que  le  Parlement  de  Paris  n'a- 
voit  aucune  autorité  fur  le  Clergé  de  Fran- 
ce, fur- tout  lorfqu'ilétoit  queltion  des  af- 
faires fpirituelles  de  i'Eglife  <$ç  de  la  Reli- 
gion. Cette  réponfc  attira  un  quatrième 
Arrêt  du  Parlement,  qui  ordonnoit  qu'elle 
feroir  lacérée  &  brûlée  par  l'exécuteur  de 
lajudice;  éç  que  Léonard  Delkappes  Ar- 
chevêque d'Aufch,  &  Charles  Miron  Evê- 
que d'Angers  feroient  ajournez  perfonnel- 
lemcnt.  C'elt  ce  qui  obligea  les  Prélats  de 
r^licRiblée ,  avec  les  Gard.  4e  la  Rochç* 


2p8  La    V  ie 

!■  foucault &  de  la  Vaflette  de  recourir  à  la 

1628.  proteâion  du  Roî  ,  qui  évoqua  Taffaire  à 
lui  par  un  Arrêt  de  fon  Confeii  du  26.  Mars, 
portant  dçfenfe  d'ailleurs  de  rien  publier 
contre  la  cenfure  drcflee  par  !'£>  ê.  de  Char- 
tres pour  la  condamnation  des  Liblles. 

Deux  jours  après  le  Parlement  ne  laifla 
pas  de  donner  un  cinquième  Arrêt  contre 
rArchevêqued'Aufch,  &  l'Evêque  d'x\n- 
gers,  ordonnant  à  tous  Archevêques ,  Evêr 
ques  &  Prélats  de  fe  retirer  en  leurs  Dio- 
cefes  dans  Pâques  prochain  ^  à  peine  défai- 
re de  leur  temporel. 

Le  Cardinal  de  la  ^ochefoucault  voyant 
que  fa  conduitte  avoit  befoin  de  juftifica- 
tion ,  fit  compofer  un  Livre  qu'il  publia 
fous  fon  nom  ,&  fous  le  titre  de  Raifons 
four  U  defaveu  fait  par  les  Evêques  du 
Royaume  d'un  livre  intitulé  :  JUGEMENT 
DES  Cardinaux, Archevêques,  Eve- 

qUES,  &C.  CONTRE  LES  ShiSMATIQUES  DU 

TEMS.  Ces  Shifmatiques ,  aux  foUicitations 
defquels  il  attribuoit  les  ceufures  faites 
par  l'Alfemblée  du  Clergé  &  de  la  Sor- 
bonne ,  pour  condamner  deux  mcchans  Li- 
belles ,  n'etoient  autres  que  les  Richerif- 
tes  fe'on  lui.  C'eft  ce  qui  porta  Richer, 
qui  étoit  perfonnellement  attaqué  dans  ce 
Livre  du  Cardinal ,  à  examiner  l'Ouvrage 
&  à  prendre  en  même-tems  la  défencede 
l'Evêque  de  Chartres,  &  des  autres  Pré- 
lats de  rAffemblée  du  Clergé  ,  qui  avoient 
cenfuré  les  Libelles  du  13.  de  Décembre 
de  l'année  précédente.  Quoi  que  Richer  eût 
fait  réfolution  de  tenir  fon  Livre  fuppri^ 
Clé  jufqu'à  ce  que  Dieu  fît  naître  uue  oc- 


d'Edmond    Ri'cher.    ipp 

cafion  favorable  de  le  publier  ;  il  ne  laifla  — — 
pas  d'en  communiquer  la  copie  à  un  de  1628. 
fes  amis ,  qui  fut  moin|  ftrupuleux  que  lui, 
&  qui  fans  violer  entièrement  la  foi  qui 
étoit  due  à  l'auteur,  qu'il  cacha  fous  le  nom 
déguifé  de  Thimothée  François  Catholi- 
que ,  fit  imprimer  en  1628.  à  Paris  la 
plus  grande  partie  de  ces  reflexions  in  oc- 
tavo ,  fous  le  titre  de  Confiderations  fur  un 
Livre  intitule  :RAlSO}iS  rouR  LE  DESA- 
VEU FAir  PAR  LES  EvEqUES  T^C.^  mis 
en  lumière  fous  le  nom  de  Mejfire  François 
<de  h  Rochefoucault.  ^' 

Les  attaques  fréquentes  de  la  douleur  ^^"^^ 
que  Richer  fouffroit  de  la  pierre ,  que  l'o-  ^'^'^^^ 
piniâtreté  de  fes  longues  études  lui  avoit 
procurées,  &  les  autres infirmitezaufquel- 
îes  fon  âge  commençoit  à  Talfujetir  ,  le 
portèrent  à  avancer  tous  ks  autres  Ouvra- 
ges ,  &  à  mettre  la  dernière  main  à  ceux 
qu'il  jugeoitles  plus  preflcz ,  par  la  crain- 
te d'être  furpris  de  la  mort,  &  d'être  obli- 
gé de  les  lailfer  imparfaits.  Il  acheva  en 
peu  de  temps  l'Hirtoire  des  Conciles  Gé- 
néraux, &  les  Détenfes  de  jadodrine  des 
anciens  Dov9:eurs  de  la  Faculté  de  Paris. 
Il  revit  auffi  le  gros  Traite  qu'il  avoit  fait 
en  François  des  Appellations  comme  d'a- 
-bus  au  fujet  des  mouvemensque  s'étoient 
donnez  Charles  Miron  Evêque  d'Angers, 
êa  les  autres  Prélats  contre  ces  fortes 
d'Appellations ,  incontinent  aorès  la  mort 
de  Henri  IV. 

Les  autres  Ouvrages  de  facompofition, 
qu'il  tâcha  de  mettre  en  état  de  voir  le  jour 
\orfque  le  temps  le  pouroic  permette  , 


jod  La    Vie 

<»■  *■■■■  étoîcnt  I  ^.  un  Traité  important  de  la  puîf- 
i6i8.  fance  du  Pape  fur  les  chofcs  temporelles, 
&  fur  les  Princes  4^  la  terre ,  en  plufieurs 
livres.  2  ° .  une  Apologie  pour  l'autorité 
fouveraine  de  l'Eglife  &  du  Concile  Ge- 
neral ,  &  pour  rindépendance  de  la  Puif- 
fanee  royale  ou  feculiere ,  de  toute  autre 
Souverain  que  de  Dieu  feul.  2  °  .  un  Trai- 
té de  la  malignité  ou  des  dangers  des  der- 
niers temps  ,  pour  fervir  de  préferva- 
tif  contre  les  abus  du  liecle  ,  contre  les 
tentations  ,  ou  les  mauvaifes  fuggeftions 
des  flatteurs ,  ou  des  ennemis  de  la  veri* 
té.  4^  .  l'Hiftoire  de  l'Univerfité  de  Paris, 
en  plufieurs  tomes ,  fans  y  comprendre  ce 
qu'il  méditoit  de  faire  en  particulier  pour 
la  Faculté  de  Théologie ,  contre  les  Or- 
dres Mendians  ,  &  pour  les  Univerfitex 
contre  les  Jefuites  5°  .la  Défenfe  defoo 
petit  Livre  de  la  Puijfance  ecclejiafiique  ^ 
politique ,  qu'il  avoit  divifé  en  plufieurs 
livres ,  pour  traiter  cette  importante  matiè- 
re à  fonds ,  &  avec  méthode ,  &  qu'il  refu- 
fa  toujours  de  faire  paroître  de  fon  vivant;, 
pour  ne  pas  déplaire  à  la  Cour ,  ou  irriter 
davantage  les  Cardinaux.  6  ° .  la  Démon- 
ilration  de  tous  les  articles  du  même  Li- 
vre contre  l'Ouvrage  queDuval  avoit  pu- 
blié fous  le  titre  d^Elenchm,  pour  le  réfu- 
ter de  point  en  point.  7  °  .  l'Hidoire  de  ce 
qui  s'étoit  palTé pendant  fon Syndicat, mi» 
fe  de  François  en  Latin  ,  &  continuée 
jufqu'au  temps  qu'il  écrivoit. 
Maladie  Plufieurs  de  ces  travaux  furent  interrom- 
pe Ri-  pyg  pgj.  la  maladie  qui  lui  furvint  Iç  10. 
Ç«en       ^ç  J^|^J  ^  JQ^j.  ^g  1^  Trinité,  l'an  161,^-' 


«près  avoir  dit  la  MefTe.  Les  douleurs  de 
la  pierre  qui  fe  renouvellerent  alors  de-    1629. 
vinrent  fi  aiguës,  que  le  Mardi  fuivant  il  Scscnne- 
envoya  prier  le  Dodeur  Jérôme  Parent  mis  tâ- 
de  venir  le  confefler  ^enl'abfence  duCu-  chent  cî« 
lé  de  fon  Collège, pour  pouvoir  recevoir  lui  ôtcr 
la  Communion  le  jour  du  faint  Sacrement,  l'ufagc 
Duval  le  fçut  ,  &  il  crut  Toccafion  favo-  des  Sa- 
rable  pour  exécuter  ce  qu'il  avoir  entre-  crcmcns. 
pris  avec   le  Cliré   de  faint   Nicolas   du 
Chardonnet ,  dix  ansiauparavant ,  de  le  pri- 
ver des  Sacremens ,  ou  de  lui  faire  retrac- 
ter fon  Livre  de  la  Puijfance  Ecchfia/iique 
^  Politique.  Richer  jugeant  par  les  inter- 
valles de  fes  douleurs  que  fa  maladie  de- 
voir tirer  en  longueur  ,  eut  le  loifir  d'en- 
voyer quelques  jours  après  prier  le  Cure  de 
fon  Collège ,  nommé  Fourment ,  qui  étoic 
aulfi  Vicaire  de  faint  Laurent,  à  trois  grands 
quarts  de  licuë  de-là,de  lui  adminiftrer  les 
Sacremens ,  ou  d'en  donner  la  pcrmiiTion 
à  quelqu'un  de  fes  Collègues  deSorbon- 
ne ,  félon  le  privilège  des  Dodeurs ,  à  cau- 
fe  de  la  diftance  de  la  ParoifFe  de  faint 
Laurent ,  où  il  dcmeuroit  aduellement , 
au  Collège  du  Cardinal-le-Moine,dontii 
étoit  Cure'.  Fourment  inftruit  par  Duval 
&Froger,  qui  l'avoient  déjà  gagné  dès  l'an 
1619.  ,vint  trouver  le  malade  ,  &  lui  dit 
que  comme  Curé  du  Collège  il  étoit  fon 
Supérieur,  &  obligé  en  confcience  de  l'a* 
vcrtir  qu'il  eût  à  faire  celTer  le  fcandale 
que  caufoit  fon  Livre  de  la  PuiJ/a»ce  Ec* 
clefiajiique  ^  Politique ,  &  à  foufcrire  hum- 
blement à  la  cenfure  faite  par  le  Cardinal 
du  Perron,  &  les  autres  Evéqucs  de  l0 
Province  de  Sens, 


5or  La    Vit, 

ji  ■  Rîchcr,  après  lui  avoir  fuffifammcnt  ré- 

16x9.    pondu,  au  lieu  d'accepter  des  conditions  lî 
*Tho-  inju  (tes,  fit  venir  deux  Notaires*  du  Cha- 
înas Vaf-  telet  le  Jeudi  28.  de  Juin, pour  renouvel- 
fets ,  5c     1er  la  déclaration  qu'il  avoit  faite  fept  ans 
riacre      auparavant  ,  &  pour  protéger  de  nouveau 
Jutet.        qu'il  perliftoit  jufqu'à  la  mort  dans  les  fen- 
timens  qu'il  avoit  enfeîgnez  dans  fon  Li- 
vre.  Les  Bourfiers  de  {on,  Collège  ,  quî 
étoient  prefque  tous  Prêtres  ,  &  qui  l'a- 
voient  continuellement  tourmenté  depuis 
qu'il  avoit  entrepris  de  les  réduire  au  ter- 
me de  leur  ancienne  difcipline ,  commen- 
çoient   déjà  d'infulter  à  fes  maux  ;  &  le 
regardant  par  avance  comme   un  excom- 
munié ,  ils   fe    flattoient   de  trouver  leur 
vengeance  dans  la  privation  des  honneurs 
de  la  fepulture  ecclefiaftique  ,  dont  ils  le 
menaçoient.    Mais  Fourment  leur  Curé 
ayant  fait  reflexion  fur  fa  conduite, revint 
quelques  jours  après ,  pouffé  des  remords 
de  fa  confcicnce ,  faire  des  excufes  au  ma- 
lade, &  lui  dire  qu'étant  mieux  confeillé 
que  la  première  fois ,  il  lui  permcttoit  de 
prendre  Parent, ou  tel  autre Dodeur  qu'il 
lui  plairoit  ,  pour  lui  adminiftrer  les  Sa- 
cremens  auffi  fouvent  qu'il  le  fouhaiteroit. 
Richerfc      Richer  fentant  fes  douleurs  augmenter 
fait  tail-    ^^  ^^^^^  ^^^^^  y  ^^'^^  ^^^  pouvoit  plus  du- 
1er.  r^r  9^^  ^^"^  ^^  ^if  ^^  ^^^^  ^^  ^^'"  î  f^  r^* 

folut  d'acquiefcer  aux  avis  de  ceux  qui  lui 
confeilloient  de  fe  faire  tailler.  L'opéra- 
tion ne  réulfit  qu'à  demi  ,  &  la  diminu- 
tion de  fes  douleurs  ne  lui  fut  pas  fort 
fenfible  :  de  forte  que  ne  fongeant  plus 
qo'à  partir  ,  quand  il  plaitoit  à  Dieu  de 


b^Edmonî)  Richeh.   joj 

rappcUcr ,  ri   endura  fes  maux  avec  une  n^ 

patience  &  une  confiance  auffi  merveil-    164.9, 
îeufe  que  celle  avec  laquelle  il  avoit  fouf-, 
fert  les  perfecutions  de  fes  ennemis. 

Pendant  que  Richer  étoit  retenu  au  lit  X"  r. 
par  les  douleurs  de  la  pierre ,  il  fe  répan-  Hiftoire 
dit  un  bruit  qu'il  ctoit  venu  un  nouveau  ^«^^^Icfiaf- 
rcnfort  au  Richerifme,  par  la  publication  "^Fc  <ie 
d'une  Hiftoire  Ecclefiaftique  y  qui  avoit  ^''^"Çois 
pour  auteur  François  de  Harlay  ,  Arche-  ,  ^  ¥^^ 
véque   de  Rouen.    Richer  en  fut  furpris  S  ^'T^® 

1  .-    -y-  n        •  y         lelOn  IcS 

comme  les  autres  ,  taitant  reflexion   foc  fç^j-^ 
tout  ce  que  ce  Prélat  avoit  fait  contre  lui,  ^^^^  ^^ 
lorfqu'il    n'étoit  encore  qu*Abbé  de  faint  Richer 
Vidor  ,  en  faveur  de  la  Cour  de  Rome  par  rcf- 
&des  Jefuites.  Mais  comme  il  connoiflbit  fenti- 
le  caraclere   de   fon  génie  depuis  plus  de  ment 
vingt  ans,  &  qu'il  en  avoit  fait  Tépreuve  contre  U 
Tan  1609",  lorfqu'en  qualité  de  Syndic  il  Gourde 
avoit  été  oblige  d'examiner  fa  capacité  ;  Rome, 
il  n'eut  pas  bonne  opinion  du   fuccès  de  ?°"  ft>- 
cette  dernière  entteprife  ,  perfuadé  que  (î  J^^ion^ 
cet  Archevêque  avoit  eu  alTez  de  hardief- 
fe  pour  avancer  ces  veritez  contre  la  Cour 
de  Rome  ,  il  n'auroit  pas  alfcz  de  force 
pour  les  défendre  &  les  maintenir  contre 
elle. 

Richer  ne  fut  pas  long-temps  (ans  ap- 
prendre les  fuites  tacheufes  de  fes  prédic- 
tions ;  &  le  Public  s'apperçut  bientôt  que 
Dieu  n'avoit  pas  béni  un  Ouvrage  qui  n'a- 
voit  été  entrepris  que  par  les  mouvement 
d'une  balîe  &  injufte  jaloufie  contre  la 
perfonne  du  Cardinal  de  Berulle  ,  &  par 
une  atfedation  vifible  d'un  orgueilleux  mé- 
pris pour  le  Cardinalat  ,  &  la  grandeur  d» 


J04  L  A      V  I  E 

■■  -  «  ■•  la  Cour  Romaine ,  &  qui  fut  cnfuîteaban- 
1629.    donné  par  une  lâche  &  honteufe  palinch 
die. 

Le  dépit  qu'il  avoiteu  devoîrun  fimple 
Prêtre  revêtu  de  la  Pourpre  Rojnaine ,  au 
préjudice  de  lui-mémé,&  de  plufieurs  autres 
Prélats  du  Royaume ,  qu'il  prétcndoit  avoir 
beaucoup  plus  de  mérite  &  de  naiflance  que 
Berulle ,  lui  avoit  fait  dire  fouvent  qu'il 
inettroit  bientôt  la  dignité  de  Cardinal  au 
rabais  ;  qu'il  la  rendroit  aflez  méprifabic 
pour  empêcher  qu'on  ne  la  briguai  plus, 
pour  la  fouler  aux  pieds,  &  pour  la  faire 
refufer  par  ceux-mêmes  à  qui  on  la  pré- 
.,..;       fenteroit  fans  l'avoir  demandée.  Il  s'cfoit 
.       :  vanté  en  même  temps  qu'il  feroit  voir  ce 
:,       «que   c'eft  que  Rome  ,  &  qu'il  rabattroit 
dans  peu  de  jours  fon  fafteôc  fon  orgueil. 
.  Le  moyen  qu'il  avoit  pris  pour  l'exécu- 
•  ■■       tion  d'un  fi  grand  deflein,  fut  de  publier 
-  '  '      une  Hiftoire  Ecclefiaftique,  dans  laquelle 
•-■'-        il  avoit  folemnellement promis  au  Clergé 
de  France, qu'il  feroit  voir  la  vérité  tou- 
te nue ,  &  qu'il  la  mettroit  en  état  de  ne 
pas  rougir  de  fa  nudité.  L'Ouvrage  ne  fut 
pas  plutôt  forti  de  la  preffe,  qu'il  en  en- 
voya des  exemplaires  aux  Dodeurs  Du- 
val  &  Ifambert,qui  mirent  toute  leur  ap- 
plication a  le  lire.  Ils  y  firent  même  des 
Remarques  ,  qu'ils  portèrent  auffi-tôt  au 
Cardinal  de  la  Rochefoucault,  lequel  de  fon 
côté  l'avoit  déjà  donné   à   examiner    au 
Père  Phelyppeaux  ,  Jefuite,  qui  étoit  fon 
homme  de  Lettres ,  &.  qui   compofoit  la 
plupart  des  Ouvrages  dont  ce  Cardinal  fc 
tkiflbit  paiTer  pour  Auteur. 

Li 


b'EoMOND     Ri  CHER.      ^Of 

Le  Gardilial  de  la  Rochefoucaulf  afTem-  ■— 
fola  le  y.  Juillet  dans  la  Maifon  Abbatiale  1629. 
de  fainte  Geneviève  les  Prélats  qui  fe  trou- 
voient  à  Paris ,  pour  fe  plaindre  de  TÀr- 
ciievéque  de  Roiien  ^  &  de  fon  Livre,  & 
pour  délibérer  des  moyens  de  lui  faire  fai- 
re une  rétractation  publique.  Ondrelîa  une 
forme  de  cenfure  contre  lui  ,  &  les  Eve- 
ques  de  Nantes  (  Philippe  de  CoèTpeau  ) 
&  deBazas(Jean  de  Barraut)  furent  char- 
gez de  voir  TArchevêque  ,  &  de  fçavoîr 
ics  intentions.  Chamvallon  fon  Père  ,  & 
Breval  fon  Frère ,  voyant  que  c'étoit  tout 
de  bon  que  Ton  vouloir  procéder  contre 
lui ,  &  qu'il  y  alloit  de  la  perte  de  fes  Bé- 
néfices ,  dont  ils  tiroient  le  principal  de 
leur  fublîftance,  s'il  ne  prévenoit  le  coup 
par  une  abjuration  volontaire  ,  coururent 
promptement  tout  effrayez  pour  le  preffer 
de  faire  incefrarriment  ce  que  le  Cardinal 
&  les  Evéques  fouhafteroient  de  lui.  Il  y 
donna  les  mains  fur  le  champ  ;  &  l'Evê- 
que  d'Orléans  (Gabriel  de  l'Aubefpine)  qui 
en  fçavoitplus  que  lui,  qui  avoit toujours 
pris  plaiiîr  à  fe  divertir  de  fa  vanité  &  de 
fes  chagrins ,  &  qui  pour  fe  moquer  de  lui, 
l'avoit  fouvent  pouflc  par  des  éloges  pleins 
de  malice  à  prendre  la  plume  pour  venger 
l'Epifcopat  de  la  Papauté  &  du  Cardina-  . 
lat  ,  fe  fit  commettre  pour  compofer  le 
Formulaire  de  la  retraétation  ,  &  de  l'ab- 
juration que  l'Archevêque  de  Roiien  de- 
yoit  figner.  IldrelTa  ce  Formulaire  dans  les 
termes  les  plus  durs  &  les  plus  bumilians 
qu'il  pût  trouver  ,  afin  que  l'Archevêque 
fU  étant  rebuté  ,  prît  quelque  genereuf» 


^o6  La    V  I  ft 

F- — ~-  refolutîon  de  foûtenir  fon  Livre  <?Oîtniie 
162.9-  Richer  avoit  fait  le  fien ,  ou  du  moins  qu*ii 
demandât  une  compofuion  favorable  defet 
Cenfeurs  :  mais  il  y  fut  trompé.  Les  Evê- 
ques  de  Nantes  &  de  Baias  ne  lui  eurent 
pas  plutôt  prefenté  ce  Formulaire  à  figner, 
qu'il  prit  la  plume  &  leur  dit  :  Oui  dà  , 
mejfieurs^  trej-volontiers  .J^ai  marqué  ce  que 
jepenfoîs  de  l^autoriié  des  Evêques  dans  mot% 
Livre  \  mais  fui f que  vous  ne  le  trouvez, -pas 
a  votre  goût  ,  je  ne  veux -que  ce  que  vous 
*  Le  i''  '^^^^^^'  Auffi-tôt  ilfigna,  *au  grand  éton* 
dejuiller.  ^^i^^nt  des  Evêques  ,  qui  s'attendoient 
à  recevoir  quelque  vigoureufe  refiftançej 
ou  à  lui  accorder  quelque  honnête  capitu- 
lation. 

L'Evêque  d*Orleans  en  eut  tant  d'indi* 
gnation ,  qu'il  s'emporta  de  paroles  contre 
la  légèreté  du  perîbnnage.  L'Evêque  de 
Nantes  en  fit  de  grandes  exclamations  à 
fon  retour ,  &  dit  tout  haut  devant  fes  Con- 
frères ,  qu'il  falloit  lui  mettre  le  bonnet 
•verd  fur  la  tète  ^  avec  des  fonnettes.  Cepen^ 
dant  il  prit  foin  de  faire  Supprimer  tous  le$ 
exemplaires  du  Livre ,  &  de  payer  le  Librai- 
re des  deniers  du  Clergé.  On  envoya  en* 
fuite  la  retraâation  de  l'Archevêque  au  Pa- 
pe ,  avec  l'original  d«  la  foufcription  ;  ôt  , 
pour  empêcher  qu'on  n'altérât  aucune  des 
circonftances  de  cette  affaire  dans  le  mon- 
de ,  le  Cardinal  de  la  Rochefoucault  en 
écrivit  lui-même  tout  le  récit  en  forme  de 
Certificat  &  de  cenfure,  le  ly.  dc^Septem*-' 
bre. 

Après  toute  la  cérémonie  d'une  fi  fo- 
lemnelle  rctra6tation  ,  il  ne  reftoit  plus  à 


d'Edmond  Ri  CHER.     ^07 

l'Archevêque  deRoiien  que  d'aller  renare  — -*-- 
iîfitc  au  Cardinal  &  aux  Prélats  :  mais  com-  1029. 
me  il  n'ofoit  le  faire  leul  ,  lui  qui  s'étoit 
vanté  défaire  trembler  le  Vatican,  le  Pro- 
cureur General  du  Parlement  ,  Edouart 
Moié ,  l'y  mena  dans  fon  caroffe ,  en  quoi 
on  trouva  fort  à  redire  qu'un  Magiftrat, 
dont  le  devoir  étoit  de  maintenir  les  Ca- 
nons ,  l'ancienne  difcipline  ,  la  police  ec- 
clefiaftiquc ,  &  d'empêcher  que  les  Prélats 
ne  tiffent  leur  Aflcmbléc  contre  l'Arche- 
vêque de  Rouen  ,  fans  la  pcrmiffion  ex- 
prelïè  du  Roi  ,  parût  ainii  autorifer  une 
retradation  fi  honte\ue. 

L'Archevêque  de  Rolien ,  dans  fes  vîfî- 
tes,  fe  laiflà  perfuader  d'écrire  une  lettre 
de  foûmiffion  au  Pape, pour  être  envoyée 
à  Rome  avec  fa  rétractation.  Il  la  remplit 
des  termes  les  plus  lamentables  que  le  re- 
gret d'un  cœur  contrit  pulient  fuggerer  à 
un  véritable  pénitent  :  mais  pour  montrer 
au  faînt  Père  qu'il  n'étoit  pas  entièrement 
indigne  du  pardon  qu'il  demandoit  à  Sa 
Sainteté  ;  il  finit  par  un  dénombrement  des 
grands  fervices  qu'il  prétendoit  avoir  ren- 
dus au  fiînt  Siège  <â  au  Pape  ,  dont  les 
principaux  étoient  d'avoir  éteint  le  fchif- 
me  de  Richer,&  d'avoir  défendu  le  Con- 
cile de  Trente,  li  déclara  en  même  temps 
qu'il  fe  condamnoit  au  (îlence  perpétuel , 
jufqu'à  ce  qu'il  plût  au  Pape  de  lui  ouvrir 
la  bouche  .  termes  qui  marquoient  qu'il 
ofoit  afpirer  au  Cardinalat,  qu'il  avoit  af«» 
fc6té'de  méprifer  d'un  air  trop  fanfaron, 
&  d'une  fierté  trop  dédaigneufe. 

£a  fanfaron ade  ne  paroi iloit  pas  moins, 

V  ij 


'308^  La     Vie 

r      ■    —  en  ce  qu'il  fe  vantoit  d'avoir  autrefois  dé- 
1629.     truit  le  fchîfme  de  Richer,  penfant  s'en 
faire  un  mérite  auprès  du  Pape;  puifque 
quand  il  l'auroit  cffedivement  éteint,  ce 
qui  ctoit  faux ,   il  l'avoit  rallumé   par  la 
publication  de  fon Livre,  où  il  faifoit  re- 
vivre tout  ce  que  les  partifans  de  la  Cour 
de  Rome  appelloient    Richerifme.    Mais 
comme  il  s'imaginoit  que  la  retraâation 
qu'il  faifoit  de  fon  Hiftoire  Ecclelîaftique, 
a  l'abjuration  de  tout  ce  qu'il  avoit  avan- 
cé touchant  l'autorité  de  l'Eglifc  &  du  Pa- 
pe ,  pour  faire  un  avantageux  parallèle  de 
fa  foûmifîion ,  avec  l'obftination  de  ce  Doc- 
teur ,  qu'on  n'avoit  jamais  pu  réduire  à  re- 
trader fon  petit  Livre  de  la  t^uijjance  eccle^ 
fiafitque  l£  politique ,  &  qui  triomphoit  im- 
punément de  la  cenfure  du    Cardinal  du 
Perron ,  félon  les  termes  dont  le  Cardinal 
de  la  Rochefoucault  s'en  eft  plaint  dans 
un  de  fes  livres. 
XII.        L'Archevêque    de   Roiien   voyant  que 
L'Arche-  tout  Paris  retentifîbit  du  bruit  que  faifoit 
vcque  de  fa  retraélation ,  ne  douta  pas  que  Richer 
Kouen      j^'en  entendît  parler  ,  &  qu'il  ne  s'y  inte- 
V   R-"^"    ^^^^^^-  ^'^^  pourquoi  il  refolut  de  le  fon- 
cer Ri-     ^^j.  ^   ^  ji  j^i  envoya  fur  la  fin  du  mois 

^  ^^'  d'Aoull  un  Prêtre  Normand  ,  nommé  de 
la  Porte,  du  Diocefe  d'Evreux,pour  fça- 
voir  adroitement  ce  qu'il  pcnfoit  de  fon 
Livre  &  de  fa  retradation.  A  la  première 
vilite  que  la  Porte  rendit  à  Richer,  il  lui 
dit  qu'il  n'y  avoit  que  fa  réputation  qui 
l'eût  amené, &  la  nouvelle  du  rétablilfemenc 
de  la  lanté,à  laquelle  il  prenoit  part;  qu'il 
l'avoit  toujours  regardé  comme  le  dcfen- 


d'Edmond    Ri  cher.   309 

feur  de  la  vérité  ,  quoiqu'en  puflent  dire 

ceux  qui  le  décrioienc  comme  Auteur  d'un  1629. 
fchifme  ;  qu'il  avoir  eu  jUiques-ià  d'alfez 
grandes  relations  avec  l'Archevêque  de 
Kouen,&  qu'il  avoit  fait  même  aiîèz  long- 
temps l'office  de  Prédicateur  dans  fa  Vaille; 
mais  qu'ayant  eu  horreur  de  fon  intâme 
palinodie,  il  l'avoit  abandonné  pour  venir 
auprès  de  Richer  ;  qu'il  étoit  tres-verfé 
dans  la  fcience  des  Canons  de  l'Eglife; 
qu'ayant  pris  la  liberté  de  dire  lui-mê- 
me à  l'Archevêque  qu'on  l'accufoit  dans 
le  monde  d'avoir  confeifé  dans  fa  retrac- 
tation ,  &  ligné  qii*il  avy'tt  cent  dans 
fon  Livre  des  chofes  indignes  d^un  Eve  que 
Catholique-  ,  ce  Prélat  lui  avoit  répondu , 
qu'on  ne  devait  pas  lui  demander  ce  qu^tl 
avoit  fait  ,  qu^tl  ne  fçavoit  pas  ce  qu'il 
avoit  figné  ,  ^  qu\n  ne  lui  en  avoit  pas 
laijfé  de  copie. 

Richer  ne  fçachant  que  penfer  d*un  hom- 
me qui  lui  faifoit  mille  proteftations  de 
lîncerité  ,  fe  contenta  de  lui  dire  que  c'é^ 
toit  volontairement  chercher  à  perdre  fa 
fortune,  que  de  vouloir  lui  rendre  viiitc  ; 
qu'il  étoit  inutile  qu'on  vînt  à  lui  pour 
fçavoir  les  vrais  fenrimens  de  la  Sorbon- 
ne  &  de  l'Eglife  Gallicane  ,  puifqu'ii  jes. 
avoit  rendus  publics  dans  fon  Livre  de  la 
Fuiffance  Ecclefiajlique  csT  Politique  ,  qui 
étoit  entre  ks  mains  de  tout  le  monde  ; 
que  l'Abbé  de  S.Vidor  ,  maintenant  Ar- 
chevêque de  Roiien  ,  avoit  autirefois  em- 
ployé tous  fes  foins  ,  &  les  biens  de  fon 
père  Chamval Ion  pour  perdre  Richer ,  dans. 
i'cfpetance  d'avancer  fa  fortune  à  la  Coup 

y  iij 


^lo  La     Vie 

'  de  Rome  ;  &  l'un  &  l'autre  avoient  fouf- 

J629.  fert  même  que  leurs  domeftiques  prifTent 
des  relblutions  meurtrières  contre  la  vie, 
pour  le  facritier  aux  rellentimens  du  Pape 
&  des  Prélats  ;  mais  que  Dieu  venoit  de 
venger  l'Innocence  de  Richer  par  le  def- 
honneur  &  l'infamie  dont  il  avoit  couvert 
aux  yeux  de  toute  la  terre  l'Archevêque  j 
que  le  mépris  &  la  raillerie  que  tout  le  mon- 
de faifojt  de  lui  depuis  fa  retradation  , 
étoit  une  jufte  punition  de  cet  orgueil  avec 
lequel' il  aVoit  tâché  de  ravaller  le  Cardi- 
nal de  Berulle  ,  &  de  cette  baffe  annimo- 
iité  qui  lui  avoit  fait  écrire  l'hiftoire  des 
Donatiftes  ,  pour  faire  de  la  peine  à  tous^ 
les  Cardinaux  à.  aux  partifans  de  la  Cour 
de  Rome. 

De  la  Porte  fut  fi  touché  de  la  gravité 
des  difcours  de  Richer  ,  &  de  cet  air  ma-. 
jeftueux  &  intrépide  qui  paroilloit  fur  fon. 
vifage  ,  tout  défait  d'ailleurs  par  une  ma- 
ladie de  trois  mois  ,  qu'il  le  pria  de  fouf- 
frir  qu  il  lui  rendît  de  fréquentes  vifites  , 
&  de  le  regarder  plutôt  comme  un  de  fes 
difciples  &  de  fes  amis  ,  que  comme  un 
efpion  &  un  émiliaire  de  l'Archevêque  de 
Roiicn.  Richer  le  crut  enfin,  &  le  trouva 
i^dele  :  car  ce  fut  de  lui  qu'il  apprit  la  ré- 
solution que  le  Cardinal  de  la  Rochefou- 
cault  ,  &  les  autres  Prélats  avoient  prife 
çi'aller'  enfemble  trouver  le  Roi  à  fon  re- 
tour de  la  guerre  ,  pour  obtenir  un  ordre 
de  Sa  Majeilé  ,  bu  de  le  faire  retraâer  , 
ou  de  le  taire  arrêter  comme  un  ennem? 
de  la  Monarchie  divine  &  humaine,  qui  vour 
«âroit  introduire  le  gouvcrnemeût  arillO'i 


d'Edmond    Ri  cher.    311 

Cratique  dans  rEglifeôc  dans  le  Royaume.     "  '  -m 

Il  Içut  aulîîparlbn  moyen  que  l'Arche-  1629. 
vêque  de  Rouen,au  defefpoir  d'entendre 
faire  dans  le  monde  des  comparaifons 
odieufes  de  fa  lâcheté  avec  la  conftance 
de  Richcr\  avoit  renouvelle  fes  anciennes 
briques  contre  lui  ,foit  pour  avoir  un  com- 
pagnon de  fa  honte,  en  le faifantauiïi  obli- 
ger à  la  retra<Slation  de  fon  Livre;  foit  pour 
Oter  de  devant  les  yeux  des  Prélats  l'objet 
du  chagrin  qu'ils  avoient  de  voir  échouer 
^eur  cenfure  <Sr  leur  crédit  contre  la  fer^ 
meté  d'un  feul  homme  ,  qui  ne  leur  op- 
pofoit  que  la  juftice  «Se  la  vérité  deftituées 
des  fecours  humains. 

Il  n'étoit  pas  jufte  que  la  vérité  fouffrît  Injudice 
de  la  témérité  qu'avoiteuë  l'iVrchevêque  de  delacexv 
RoUcn  de  l'expofer  au  jour  fans  la  mettre  furc  por- 
à  couvert  de  l'infulte,  &de  l'abandonner  tée    con- 
enfuite  à  fes  ennemis  par  une  (i  lâche  tra-  ^^"^  1'-^''- 
hifon.  Richer  fe  crut  obligé  de  prendre  fa  ^^^^^'-  ^^ 
défenfe,  &  contre  le  traître,  &  contre  les  ^o^^^^ 
ennemis    à  qui  elle  avoit  été  livrée.  Dès 
quefafanté  put  le  lui  permettre,  il  exami- 
na le  Livre  de  cet  Archevêque  ,1a  cenfure 
qu'en  avoient  fait  le  Cardinal  delà  Roche- 
foucault  &  les  autres  Prélats, &  la  retrac- 
tation de  l'Auteur.  Il  démêla  d'abord  la 
vérité  des  embarras,  où  l'Archevêque l'a- 
voit  jettée  par  les  obfcuritez  ordinaires  de 
fon  liile,&  la  dureté  de  fes  expreffions.  H 
fit  voir  enfuite   que  la  cenfure  étoit  inju- 
(te  pour  le  fonds  des  chofes  ,  &   qu'il  n'y 
avoit  au  plus  que  les  motifs,  &  les  ma- 
nières de  l'Auteur  à  reprendre  ;  qu'on  avoit 
eu  tort  d'exigor  de  Ui  la  condamnation 

V  iiij 


^ït  L    A      V    I    E 

;— . —  de  dix  ou  onze  points  qu'il  avoit  avance^,' 
1629.  &  qui  faifoient  tout  le  fujet  de  la  cen- 
fure. 

Harlay,        Ces  points  étoient  l  °  .  que  le  Pape  Met- 

mg.  3 8.  chiadt  ne  s'eto'tt  point  voulu  fervir  du  ti- 
tre profane  de  fouverain  Pontife  ,  que  por- 
îoient  les  Empereurs  payens  ,  mais  qu'ail  j'/- 
toit  contenté  de  celui  de  Prélat  Romain  ou 
d'^Ez'éque  Apofiolique  du  premier  Siège  ;  ce 
qu'il  n'y  avoit  pas  lieu  de  cenfurer  :  puis 

Can.  26.  que  le  troifiéme  Concile  de  Càrthage  ne 

dift.  99.  Veut  pas  que  l'Evêque  du  premier  Siège, 
c'eft-à-dire  le  Pape,  foit  appelle  Princeps 
Sacerdotum  ou  fummus  Sacerdos ,  étant  cer- 
tain que  Pontifex  maximus  avoit  quelque 
chofe  de  plus  fâftueux  &  de  plus  feculier. 

ÎHarhy,         2,  °  .   Que  fatnt  Cyprien  n* avoit  refifté  fi 

çag.  63.  hardiment  ^  Ji  opiniâtrement  au  Pape  , 
que  parce  qu'il  ne  voyoit  pas  que  PEvêque 
du  Siège  Apojiolique  fût  irrepréhenfiblé. 

Pag.  64.  3  ®  .  Qu'il  efl à  fouhaiter  que  l'*Eglife  foit 
gouvernée  paf  les  Canons  ,  ^  non  par  un& 
puijjance  abfoluë  ^  arbitraire* 

jPag.65.  40.  Qu'il  y  a  des  Evêques  qui  ne  fin* 
gent  qu'*à  jouir  des  honneurs  &  des  com^ 
'moditez  de  leur  Siège  ^fans  veiller  fur  leurs 
troupeaux  ,  ^  fans  fe  foucier  de  faire  oh" 
ferver  les  Canons. 

^ag.6S.  5^°.  Qu^il  y  avoit  des  gens  venus  depuis 
trois  jours ,  (  on  prétendoit  qu'il  en  vou- 
loit  aux  Jeluites ,  )  qui  méprtfoient  les  An- 
ciens ,  appuyoient  le  relâchement  de  Ik  dif- 
cipline  ,  ^  qui  n'ayant  que  les  apparences 
de  la  pieté  Qsf  de  la  fcience ,  tâchoient  d'ac- 
commoder la  confcience  avec  le  vice  ,  é^U 
préjudice  de  la  loi  de  D^eu. 


d'Edmond    Riche r.    31J 

6  ^  .  Qu'on  ne  doit  point  témérairement^ 
Oins  de  { 


Vf  fans  de  fortes  raifons  appeîler  du  Juge     1.629.' 
Ecclefiafiique  au  Magtfirat  feculier.  Pa^r.  62. 

7.  °  .    y«'/7   avoit   taxé  d"* ignorance   les  Sc  63. 
DoSieursutival  ^  Ifamhert  fous  les  noms  -p^^ 
de  PUGILES  ^  MetaphySICI  ,  parce  qu'ils      ^ 
avaient    trouvé  à   redire  à  ce   qu'ail   avoit 
avancé  de  la  dijcipline  ancienne^  ^  de  la 
reformation  des  mœurs   dans   ks    ABes   de 
fin  Eglife  qu'il  avoit  publiez  durant  le  Ca- 
terne. 

8  °  .  Qti'il  avoit  dit  que  le  gouvernement  ?•  101^ 
de  r  Eglife  étoit  une  direéîion  ^  non  une  do- 
mination ,  ^  qu'Hun   ne  doit  pas  faire  un 

Roi  d'^un  Pafteur. 

9  ^  .  Qu'en  foîfant  P éloge  des  Canons  ,  il  P.  iotf« 
fembloit  les  relever  au-de^us  de  toute  forte 

de  puijjance  ^  de  domination  ,  mêm&  du 
Pape. 

10°.  Que  Marin  d'Arles  avoit  préftdé  "P.  lij,' 
au  Concile  de  fa  Ville  contre  les  Donatif- 
tes ,  quoique  les  Légats  du  faint  Siège  y  fuf- 
fent  prefens  ;  ^  qu'autrefois  les  metropo* 
litains  des  lieux  en  faifoient  toujours  de 
même. 

11°.  Que  le  titre  d"*  Eve  que  univerfel  V.  uyl 
n* appartenait  pas  autrefois  au  Pape  ,  05*  f  «^ 
S.  Grégoire  le  Grand  Pavoit  rejette  ;  mais 
que  dans  la  fuite  des  temps  il  lui  étoit  de- 
venu particulier  par  la  condefcendance ,  on 
la  volonté  des  autres  Evêques. 

Voila  ce  que  le  Cardinal  de  la  Roche- 
foucault  &  les  Prélats  afîemblez  chex  lui 
oferent  bien  condamner  dans  un  de  leurs 
Confrères  ,  &  ce  que  Tx^rchevéque  de 
Rouen  eut  là  foibleiTe  de  retra(5ter.  Richoii 


514  La  V  I  E 

^.i.i         plaignant  les  malheurs  d'un  fiecle  ,  où  la 
1629.    vérité  étoit  ainfi  deshonnorée& trahi e,n© 
fçavoit  qui  on  devoir  blâmer  le  plus  da 
Cardinal ,  qui  prétendoit  ,  avec  les  autres 
Prélats    auteurs  de  la  cenfure  ,  que  ces 
points  étaient  contraires  à  la  doéirine  ^   à 
la  foi  catholique  ;  ou  de  l'Archevêque  ,  qui 
niwiî  avoué  contre  fa  confcience  dans  fa  rc" 
traéiation  que  ces  chofes  ne  dévoient  jamais 
être  écrites  par  un  Evéque  Catholique ,  ^ 
qu''elles  détruifoient  Vunité  de  VEglife.   Cç 
'     qui  nous  apprend  qu'on  ne  doit  jamais  avan- 
/  cer  la  veriré ,  fi  on  n'a  la  force  de  la  foû- 

tenir ,  ou  de  la  défendre  contre  les  attaque^ 
de  fes  ennemis  ;  qu'il  ne  fufïit  pas  de  la 
connoître  pour  Texpofer  ;  ôc  que  pour  fe. 
mettre  en  état  de  prendre  fa  défenfe ,  il  faut 
avoir  l'efprit  &  la  vigueur  des  Prophètes , 
des  Apôtres  &  des  Evêques  de  l'Eglifepri- 
-    -^mitive  ,  ou  fe  voir  dégagé  de' tout  intérêt 
humain  ,  des  mouvemens  de  l'ambition  ôç 
d'avarice;  libre  des  palïions  de  la  crainte , 
de  l'efperance  ^  de  la  haine ,  &  de  tout  au- 
tre amour  que  celui  de  la  vérité  même. 
XIIL        Richer  croyoit  prefque  s'être  mis  dans 
Le  Gard,  un  dégagement  &  une  liberté  femblablç 
deRiche-  par  la  pureté  de  fa  vie  &  le  bon  ufage  qu'il 
lieu  en-    avoit  fait  des  talens  qu'il  polfedoit ,  &  des 
treprend  perfecutions  que  lui  avoient  fufcitées  fes 
de  paci-    ennemis  ;  &  il  fembloic  ne  demander  plus 
«er  la      ^  £)jg^  ^^^  j^  grâce  d'y  perfeverer  jufqu'à 

&^H    ^^  ^"  ^^  ^^  ^^^  '  ^^^  ^^  devoir  plus  durer 

^là  i     ^  beaucoup  ,  autant  qu'il  en  pouvoit  juger 

ÎUcher      ^^^  la  qualité  de  fes  maladies  continuelle^; 

mais  il  vécut  encore  affez  pour  fubir  la  plus 

rude  épreuve  qu'il  eût  eue  de  fa  vie  ^  &  y  nç 


d'Edmond   Riche r.     jif 

vécut  que  trop  pourlailler  des  marques  de  ■*.  -^.i 
la  foiblefle  humaine.  Il  avoit  rendu  inutile  1629. 
toute  la  poi- tique  de  quatre  ou  cinq  Non- 
ces Apoftoliques  ;  il  avoit  triomphé  des  ef- 
forts des  Cardinaux  du  Perron  ,  de  Bonzi , 
de  Ret2,  de  la  RochetQucault  &  dcBerul- 
k;  mais  il  lui  refroit  encore  à  foûienir  ceux 
du  Cardinal  de  Richelieu  ,  le  plus  formi- 
dable de  fes  ennemis. 

Depuis  qu'on  avoit  obligé  ^Archevêque 
de  Roiieii  à  donner  la  retrudation  de  fon 
Hiltuire  EcclelialHque ,  les  Prélats  ne  cef» 
fèrent  de  travailler  aux  moyens  d'en  faire 
faire  autant  à  Richer  ,  dont  la  refiftance  p^- 
roilibit  honteufe  pour  eux  ,  après  la  foû- 
milfion  de  leur  Confrère.  Ils  follicitoicni 
fortement  le  Nonce  de  Bagni  de  s'em- 
ployer pour  ce  fujet  au  nom  du  Pape  fou 
Maître  auprès  du  Cardinal  de  Richelieu , 
qui  fous  le  nom  de  Miniltre  gouvernoit 
abfolument  le  Roi  &  le  Royaume  de  Fran^ 
ce.  Le  Nonce,  qui  avoit  reçu  d'ailleurs  une 
femblable  commiffion  de  la  Cour  de  Ro- 
me ,  n'oublia  rien  pour  échautfer  le  Car- 
dinal Miniltre  ,  &  l'alilira  que  fa  Sainteté 
chercheroit  tous  les  moyens  de  reconnoître 
ce  fervice  important  dans  la  perfonne  de 
fon  Frère  ,  &  des  autres  perfonnes  qui  au-r 
roicnt  fa  recommandation. 

L'affaire  de  Richer  en  ctoit  réduite  à  ce 
point,  lorfque  le  18.  Novembre  ,  qui  étoit 
un  Dimanche,  Filefac  Senieurde  Sorbon- 
ae  ,  accompagné  de  dix  ou  douze  Doc- 
teurs ,  ûu  nombre  defquels  étoient  Mau-^ 
clerc,  Duval  &lfambert,  alla  prefenterau 
Cardinal  dç  Richelieu  un  Ecrit  qu'il  avoit 


^i6  L  A    V  I  E 

i>in  ■■  compofé  en  aélions  de  grâces  ,  pour  le  re- 
1629.  mercier  d'avoir  rétabli  la  Maiibn  de  Sor- 
bonne  ,  &  d'avoir  fait  un  fuperbe  Palais 
des  mafures  d'un  méchant  Collège.  Le 
Cardinal,  fenfibie  à  la  gloire  comme  il  étoit, 
reçut  agréablement  l'encens  dès  Dodeurs , 
&  leur  dit,  que  toute  fa  palTion  étoit  de  ren- 
dre la  Sorbonne  plus  floriflante  qu'elle  n'a- 
voit  jamais  été;  que  le  Roi  ayant  entière- 
ment réduit  les  Huguenots,  &  rendu  la 
paix  à  fon  Royaume  par  le  fuccès  de  fes 
armes,  il  ne  reftoit  plus  pour  la  félicité  pu- 
blique, que  de  voir  la  Faculté  de  Théolo- 
gie entièrement  réunie  ,  &  la  difcorde  en- 
tièrement difîlpée  ;  que  pour  exécuter  un 
deflein  fi  falutaire  ,  il  falloit  que  les  partis 
revinfTent  de  leurs  extrémitez ,  &  que  cha- 
cun relâchât  quelque  chofe  de  fon  côté. 

Il  s'adrelFa  enfuite  à  Duval ,  &  lui  dit  » 
qu'il  connoifToit  des  gens  dont  le  zèle  étoic- 
trop  chaud,  &  qu'il  falloit  le  tempérer  par 
le  flegme  ou  le  fang  froid  de  ceux  qui 
leur  étoicnt  contraires  ;  qu'il  étoit  perfua- 
dé  que  les  differens  qui  s'etoient  élevez  en 
Sorbonne  ,  n'avoient  pas  rompu  les  liens 
delà  charité,  qui  devoit tenir  lesDoéleurs 
unis  dans  une  concorde  fraternelle  ;  &  qu'il 
n'avoit  jamais  approuvé  les  termes  de  fchif- 
me  &  de  fedte  ,  que  certains  brouillons 
avoient  inventez  ,  pour  entretenir  la  divi- 
fion.  Filefac  pria  le  Cardinal  de  vouloir 
nommer  quelques  perfonnes  graves  &  ju- 
dicieufès  pour  entendre  les  deux  partis,  & 
faire  une  reconciliation  i\  falutaire  ,  &  li 
defirée.  Le  Cardinal  répondit  qu'il  en  vou- 
loir prendre  le  foin  lui-même  ,  &  que  lat. 


d'Edmond   Richer.   317 

Po\Sl:eurs  ,  comme  perfonnes  fages  &  ha-      »■ 
biles  de  part  &  d'autre  ,  n'auroient  qu'à  fc     161^ 
rendre  à  la  raifon. 

Richer  apprit  enfuite  toutes  ces  circonf^ 
tances  de  la  bouche  de  deux  Dodcurs  de 
fes  amis ,  Pierre  de  Hardivillîers ,  &  Jérô- 
me Bachelier ,  qui  avoient  accompagné  Fi- 
îefac  chez  le  Cardinal  ;  mais  quoiqu'ils  pnf- 
fenc  lui  dire  de  la  contufion  qu'il  avoir  faite 
à  Duval ,  &  de  la  difpofition  où  il  fcmbloit 
être  de  nefe  pas  laifîer  prévenir  contre  ceux 
qu'on  appelloitRicheriftes;il  ne  put  s'ima- 
giner que  ce  Cardinal  voulût  jamais  rien 
taire  qui  fût  capable  de  déplaire  à  la  Cour 
de  Rome.  C'eft  pourquoi  il  crut  devoir  fc 
préparer  à  foûtenir  de  nouveaux  combats, 
&  il  tâcha  de  fortifier  fon  efprit  contre  la 
foiblelfe  de  fon  grand  âge,  &  les  atteintes 
de  fes  maladies  continuelles,  par  les  grands 
exemples  de  ceux  qui  avoient  autrefois  dé- 
fendu la  vérité  au  dépens  de  leur  vie. 

On  reçut  en  même  temps  la  nouvelle 
que  le  Pape  Urbain  VIII.  avoit  dérogé  à 
la  Bulle  que  Sixte  V.  avoit  faite  en  15-86. 
pour  empêcher  qu'on  ne  pût  élever  deux 
frères  au  Cardinalat.  On  publia  auffi-tôt 
que  cette  difpenfe  fe  faifoit  en  faveur  du 
Cardinal  de  Richelieu ,  &  on  apprit  que  le 
faint  Pore  avoit  donné  le  Chapeau  à  fon 
frère  Alphonfe  du-Pleflis ,  qui  de  Chartreux 
avoit  été  fait  Archevêque  d'Aix,  puis  de 
Lyon.  Les  conditions  que  le  Pape  mit  à 
une  faveur  li  extraordinaire ,  furent  que  le 
Cardinal  de  Richelieu  obligerait  Richer  à 
la  retra6tation  de  fon  Livre  de  la  PuiJ]'an^ 
69  gcdejiajiiqui  ^  ^oliti^Ht ,  &  qu'il  reû- 


p%  Là    Vie 

droit  uniforme  dans  la  Sotbonne  la  fdr* 
$63>'^i    nie  de  proteftation  que  les  Bacheliers  faî-^ 
foient  au  commencement  de  leurs  Ades^ 
touchant  les  Décretales  des  Papes. 

Le  26.  de  Novembre  Charles  Talon,  Cu- 
té  de  b.  Gervais ,  eut  ordre  du  Gard,  de  Ri- 
chelieu de  venir  trouver  Richer  de  fapart^ 
pour  lui  dire  qu'il  fouhaitoit ,  non  pas  une 
letradation  de  fon  Livre  ,  pour  remettre 
la  paix  en  Sorbonne,mais  une  limple  dé- 
claration ,  par  laquelle  il  marqueroit  feu- 
lement ^»'//  ne  i^avoit  pas  publié  dans  Pin- 
tentton  ae  diminuer  i^ autorité  fpiritue lie  dn 
Fape  ^  du  Siège  Apojiulique  ,   qui  eji  ne^ 
eeffaire  au  gouvernement   équitable  de  l''E^ 
glife.  Qu'il    demandoit  à  Richer   le  fecret/ 
^  le  filence  fur  toute  cette  aftaire ,  &  que 
ce  n'étoit  pas  une  refolution  qu'il  fallût 
communiquer  à   fes  amis.  Talon  ajouta 
qu'il  avoit  été  fort  furpris  que  le  Cardinal 
l'eût  voulu  choilir  pour  une  pareille  com- 
iïiiflion,  &  qu'il  n'en  connoiiïbit  pas  le 
motif  ,    fi  ce  n'étoit  peut-être  parce  qu'il     ' 
avoit  appris  que  les  Talons  &  les  Choarts 
avoient  eu  toujours  beaucoup  d'eftime  pour 
Richer  ,  &  que  fon  père  Omer  avoit  été 
Ion  ami  particulier ,  &  que  fes  deux  frères,    ^ 
dont  l'aîné  étoit  Avocat  General  du  Par-    J 
lement,  continuoient  aulii-bicn  que  lui  dans 
les  mêmes  difpofitions. 

Richer  répondit  qu'il  avoit  déjà  long- 
temps qu'il  avoit  fait  ce  que  le  Cardinal 
de  Richelieu  fouhaitoit  de  lui,  &  qu'en 
1623.il  avoit  eu  l'honneur  deluîprefenter 
l'original  delà  déclaration  qu'il  avoit  faite 
,     l'an^nce  précedeme  ,  fignce  de  detu  No- 


b'ËDMÔND    Rl'CHER.    ^t^ 

tftîrès.     Il  en  donna  un  autre  exemplaire         ■■  ■■ 
îniptrimé  à  Talon ,  pour  le  porter  au  Car-     lé%^, 
dinal,afin  qu'il  vÎÉ  fi  cette  déclaration  lui 
â^féoit ,  ou  s'il  demandoit  encore  autre 
ithùfè. 

Il  alla  voir  enfuîte  l'Avocat  General  j 
Jacques  Talon ,  qui  lui  dit  la  même  cho- 
ie que  le  Curé  de  faint  Gervais  ,  fon  fre-^ 
re,  touchant  le  motif  de  fa  cômmifTion, 
&  Teftime  de  leur  famille  pour  Richer. 
Mais  l'événement  luj  fit  connoître  que  tous 
ces  difcours  n'étoient  que  des  méchant 
complimens.  Ces  deux  frères  s'étoient  â- 
veuglément  voliez  au  fervicc  du  Cardinî^l 
Miniftre,  l'un  pour  être  Evcque,  l'autre 
pour  être  Préfident  à  Mortiers  ;  en  quoi 
ils  furent  trompez  tous  deux.  L'on  fçut 
depuis  que  le  Cardinal  de  Richelieu  n'a* 
voit  employé  le  Curé  de  faint  Gervais  dans 
cette  négociation,  que  pour  empêcher  Ri- 
cher d'avoir  recours  aux  gens  du  Roi  ,  & 
au  Parlement. 

En  effet ,  fi  on  excepte  le  Préfident  de 
Thou,le  Procureur  General  deBellievre, 
&  l'Avocat  General  Servin ,  c'étoit  une 
chofe  alTez  indigne  de  voir  que  Richer  eûc- 
prefque  toujours  été  abandonné  par  ceux 
qui  étoient  obligez  de  le  défendre  &  de  le 
maintenir  par  le  devoir  de  leurs  Charges* 
Le  premier  Préfident  Nicolas  de  Verdun 
avoir  reçu  une  grofle  penfion  de  la  Cour, 
pour  empêcher  que  T  Appel  comme  d'abus 
que  Richer  avoit  interjette  contre  la  cen- 
fure  de  fon  Livre  ,  ne  fût  décidé  au  Par- 
lement. Le  Doyen  de  la  grande  Cham- 
bre CQurtin  avoit  ctc  fait  Cçnfeiikt  d'E^ 


it-^ 


i629. 


XIV. 
3Le  Card. 
de  Riche- 
lieu  pro- 
pofe  une 
nouvelle 
déclara- 
tion à  Ri- 
cher. 


^20  La    V  lE 

tat  avec  une  penfion  de  deux  mille  livres, 
pour  avoir  porté  à  la  Reine  Mère  la  Requê- 
te que  Richer  avoit  prefentée  au  Parlement* 
On  fçaitdc  quelle  efperance  le  Procureur 
General  Mole  étoit  animé  pour  rendrç 
fervice  aux  ennemis  de  Richer  ,  &  il  eft 
inutile  de  rappeller  ici  ces  deux  mille  écus 
d'or  que  le  GhancelierBrûlart  prit  du  Clergé 
pour  figner  la  démiflîon  de  Ion  Syndicat. 

Le  Mardi,  quatrième  jour  de  Décembre, 
Charles  Talon,  Curé  de  faint  GerYais,re* 
vint  chez  Richer  ,  &  lui  dit  que  le  C;ar- 
dinal  de  Richelieu  ayant  reçu  tout  de  nou- 
veau fa  déclaration  &  fon  Livre  ,  trou- 
voit  qu'il  feioit  dangereux  cyii'il  en  expli- 
quât toutes  les  propolitions  en  unbonfens 
catholique  ,  comme  il  ofFroit  de  le  faire 
dans  cette  déclaration  ;  que  ce  feroit  au- 
gmenter les  troubles  de  Sorbonne,  qu'on 
vouloit  appaifer  ;  &  que  jamais  on  ne  re- 
cevroit  une  pareille  explication  ,  &  qu'il 
valoit  mieux  donner  une  nouvelle  décla- 
tion ,  comme  étoit  celle  dont  il  lui  envoyoit 
le  Formulaire  tout  drelîe.  Cette  dernière 
déclaration  avoit  été  dreffée  par  le  Cardi^ 
nal  même  ,  avec  l'affiftance  de  Duval ,  qui 
étoit  l'auteur  de  ce  qu'on  y  avoit  ajouté 
de  nouveau,  qui  n'étoit  pas  dans  celle  de 
l'année  1622.  Elle  étoit  conçue  en  termes 
Latins ,  dont  voici  une  fidelle  traduction. 

'Je  Edmond  Richer  ^  Prêtre  du  Piocéfe 
de  Langres  ,  D odeur  de  la  facrée  Faculté 
de  Théologie  de  Paris  ,  ^  Grand  Maître 
du  Collège  du  Caràtnal-le-Moine ,  foujJigné\ 
ayant  confideré  que  quelques  propojîtions  dtù 
fettt  Livre  que  fat   écrit  Pan   161 1..  DB 


d'Edmond    Riche r.     jii 

tA  Puissance   ecclésiastique  et  po- -*- 

tiTiQUE,  ont  été  ^r'tfes  en  mauvaise  part  \  1629. 
je  protejh  ^  declafe  que  fai  toujours  vou- 
tu  ,  ^  que  je  veux  encore  prefentement  mé 
foumettrc  avec  ie  Livre  fujdit  ^  fes  propoji- 
fions ,  ieur  interprétation  ,  ^  toute  ma  doc- 
trine au  jugement  de  l'EgliJ'e  Catholique  l^ 
Romaine  ,  ^  du  J'aint  Siège  /Ipojîoltque  , 
que  je  reconnais  pour  la  Al  ère  ^  la  Mai- 
trejj'e  de  toutes  tes  Eglifès  ,  ^  pour  juge 
ir^atlUble  de  la  vérité.  Je  prùtefle  que  j^at 
une  très  -grande  douleur  de  voir  que  quel- 
ques-unes  des  propofitions  de  ce  petit  Livré 
ayent  été  exprimées  d'aune  Y/ianiére  qui  £L 
donné  du  fcandale  ,  comme  fi  feujje  voulfc 
diminuer  ou  oter  quelque  çhofe  à  la  jufls 
^  légitime  puiffance  du  fouverain  Ponti- 
fe ,^  de  MeJJieurs  les  Prélats  de  l'Egltfe^ 
quoique  ce  n'*ait  jamais  été  mon  intention, 
Je  defapprouve  fort  ^  condamné  ces  pro- 
pofitions ,  en  tant  qu'elles  font  contraires 
(^  comme  elles  Jhnnent  ,  c'*eji-à-dire  fuivant 
Vcxprejfion  des  mots  qui  frappent  extérieur 
rement  Poreille  )  au  jugement  de  rEglife 
Catholique  ,  ApojioUque  ^  Romaine.  'Je 
reconnots  que  je  donne  cette  déclaration  li- 
brement ^P  volontairement  ,  afin  que  tout^ 
le  monde  voye  mon  ohéijjance  envers  le  S, 
Siège  Àpofiolique  ;  ^  fai  cru  la  devoir  con- 
figner  entre  les  mains  de  Monfeigneur  le 
Cardinal  de  Richelieu.,  Provijeur  de  Sor^ 
houne  .fpour  le  refpeét^  i^  la  déférence  que 
j^ai  pour  lui.  En  foi  de  quoi  j'ai  écrit  CJ' 
figné  de  ma  main  la  prefente  déclaration  ^ 
proteftation ,  ^r. 

Richer  n'eut  pas  plutôt  lu  ce  modèle  de 

X 


511  L  A    V  I  E 

—  déclaration  qu'il  s'apperçut  del'artificequo. 

1629.  Duval  y  avoit  fait  glifTer ,  en  y  mettant  les 
mêmes  chofes  qu'il  avoit  tâché  de  lui  fai- 
re figner  en  1620.  dans  un  autre  Formulai- 
re de  déclaration  qu'il  avoit  drefle  chez  le 
Cardinal  de  Retz  :  c'eft  pourquoi  il  dit  à 
Talon  qu'il  falloit  premièrement  lui  en 
laifTer  une  copie  ,  &  enfuite  lui  accorder 
c  la  liberté  de  parler  à  M.  le  Cardinal  de  Ri- 
chelieu ,parce  que  ce  n'étoit  pbint  une  affai- 
re à  terminer  par  internonce ,  ou  perfonne 
tierce,  &  qu'il  devoir  être  necellàirement 
appelle  &  entendu.  Talon  ,  qui  ne  s'étoit 
point  attendu  à  une  telle  repartie  ,  parut 
d'autant  plus  furpris  qu'il  s'etoit  flatté  de 
rapporter  au  Cardinal  la  déclaration  toute 
lignée,(5cdefefaireun  mérite  auprès  de  lui 
de  la  conclulion  d'une  affaire ,  où  tant  d'au- 
tres avoient  échouez.  Il  lai  (Ta  néanmoins  à 
Richerla  copie  qu'il  avoit  demandée ,  mais 
à  condition  qu'il  ne  la  communiqucroit  à 
aucun  de  fes  amis.  C'eft  ce  que  Richer  lui 
'  rcfufa  nettement;  &dès  le  lendemain  il  en 
alTembla  les  principaux  chez  lui ,  leur  racon- 
ta toute  fon  hiftoire ,  leur  fit  voir  la  déclara- 
tion, &  voulut  délibérer  avec  eux  fur  deux 
claufes  qui  pouvoient  fouffrir  di#culté. 

Il  leur  découvrit  l'artifice  avec  lequel  on 
àffedoit  de  mettre  l'EgUfe  Catholique  de- 
vant \ç.  Siège  Apojiolique  ;  afin  de  faire  tom- 
ber aulfi-bien  fur  le  Pape  que  fuf  l'Egli- 
fe  ,  ce  qu'on  y  difoit  enfuite  du  Juge  in- 
faillible de  la  vérité  :  ce  qui  étoit  contrai- 
re à  l'exprelîion  de  fa  déclaration  de  l'an 
1622. ,  où  il  avoit  mis  à  deffein  le  faint  Siè- 
ge avant  PEgliff  Catholique  ^  UniverfeU 


D'Edmond    Ri  cher.     12  j 

/f ,  pour  faire  entendre  qu'il  y  avoit  appel »-: 

de  lui  à  elle;  qu'il  pouvoit  néanmoins  fans  1^20. 
donner  atteinte  à  la  dotbine  de  fon  Li- 
vre foufcrire  à  la  première  claufe  du  nou- 
veau Formulaire  qu'on  lui  prefentoit  ,  & 
où  on  lui  faifoit  dire  qtî'il  fe  foûmcttoit  an. 
jugement  de  VEgltfe  Catholique  t^  Romai- 
ne  y^  du  faÏNt  ^tege  ApofloUque  ,  qu'il  re- 
connnoïjjott  pour  la  Mère  ^  la  i\îaitr€[J'e  de 
toutes  les  Eglifes ,  l^  pour  le  jttge  infaillible 
de  la  vérité  :  parce  que  cela  n'ctoit  pas 
faux  ,  étant  pris  conjoinctement  ,  quoi 
qu'on  y  afteflât  de  l'équivoque  ,  en  con- 
fondant ce  qui  apartient  à  l'Eglife  univer- 
felle ,  avec  ce  qui  appartient  au  S.  Siège. 
D'ailleurs ,  que  comme  on  ctoit  accoutu- 
mé à  prendre  l'Eglife  Romaine  &  le  faint 
Siège  pour  une  même  chofe  ;  il  ne  taifoit 
nulle  difficulté  d'appeller,  avec  les  anciens 
Pères  ,  l'Eglife  Romaine  la  Mère  &  la  Maî- 
trefle  de  toutes  les  autres  Eglifes,  pourvu 
qu'on  n'attribuât  riiiiaillibilité  qu'à  i'Egli- 
iè  univerfelle,  qui  a  toujours  le  Pape  à  fa 
telle,  même  dans  les  Conciles  Généraux, 
&  qu'on  a  raifon  d'appel  1er  Catholique  , 
Apoftolique  &  Romaine. 

Mais  Richer  n'eut  pas  la  même  facilite 
pour  l'autre  claufe  de  la  déclaration  ;  on 
lui  faifoit  dire  en  termes  iimpies  &  abfolus , 
^«'//  defapprouvoit  ^  condamnait  Ui  pro- 
pofitions  de  fon  Livre  ,  qtii  avaient  do?iné 
oecajion  de  fcandale ,  en  tant  qu'elles  étaient 
contraires  au  jugement  de  l^lLglije  Catholi- 
que ,  Apofiolique  ^  Ror/mine.  C'étoit  un 
tour  que  Duval  avoit  trouvé ,  pour  tâcher 
de  faire  avouer  à  Richer  que  fon  Livre 

X  ij 


3-4  -^A    V  I  Ë 

•— avoit   été   cenfuré  avec  juftîce  ;   maïs  îl 

1629.  étoit  d'autant  plus  éloigné  d'en  rien  fai- 
re ,  qu'on  fçavqit  que  la  cenfure  étoit  con- 
ditionelle;que  le  Cardinal  du  Perron, qui 
en  étoit  l'Auteur  ,  n'avoit  condamné  les 
propolîtions  que  comme  elles  fonnoicnt 
aux  oreilles  ,  ut  fonant  ^  c'eft-à-dire  félon 
leurs  exprelFions  feulement  ;  &  que  d'ail- 
Itturs  il  en  avoit  excepté  ce  qui  regardoit' 
les  droits  du  Roi  &  du  Royaume  ,  avec 
les  libertez  de  l'Eglife  Gallicane  ,  après 
quoi  on  pouroit  dire  qu'il  ne  reftoit  plus 
rien  dans  fon  Livre. 

Il  n'auroit  point  été  en  peine  de  trouver 
des  moyens  efficaces  pour  rejettep  ces  con- 
ditions ,  fi  l'état  des  affaires  publiques  ,  & 
des  iiennes  en  particulier ,  n'étoit  pas  dé- 
chu depuis  qu'il  avoit  appelle  comme  d'a- 
bus de  la  cèhfure  ,  &  même  depuis  qu'il 
avoit  donné  fa  première  déclaration.  Mais 
il  confidera  que  cette  dernière  ^  qu'on  pré- 
tendoit  arracher  de  lui,  étoit  le  fruit  d'une 
force  majeure  &  tyrannique,  pendant  que 
les  loix  du  Royaume  étoient  dans  l'op- 
preflion  ;  que  le  Roi  étoit  fi  facile  ^  qu'il 
fe  laiiToit  entièrement  gouverner  par  fes. 
Miniltres ,  qui  lui  donnoient  telles  impref- 
iions  qu'ils  vouloient;  que  le  Cardinal  de 
la  Rochefoucault  exerçoit  une  véritable 
Inquifitionen  France,  &  avoit  déclaré  une 
guerre  mortelle  à  Richer  ,  &  à  ceux  qui 
étoient  dans  fes  fentimens  ;  que  les  enne- 
mis de  Richer  le  voyant  accablé  de  la 
longueur  de  fes  maladies  ,  recommen- 
çoient  leurs  brigues  pour  lui  faire  interdi- 
re l'ufagc  des  Sacremens  jufqu'à  ce  qu'il 


d'Edmpnd  Ri  cher.  325* 
eût  fait  fa  retradation  ;  qu'il  n'avoit  plus  — — — 
ni  fecours  ni  protcdion  à  efperer  du  Par-  1629. 
lement,qui  s'étoit  rendu  l'efclave  du  Mi- 
niftre  de  la  Cour;  que  toutes  les  forces  du 
Royaume ,  les  finances ,  les  fceaux ,  les  ar- 
mées du  Roi  étoient  en  la  difpofition  entière 
du  Gard,  de  Richelieu,  qui  s'était  alTujetti 
depuis,  les  plus  grands  ,jufqu*aux  moindres 
fujetsdu  Royaume;  quitenoit  en  bride  les 
Princes  &  la  Reine  Mère,  &  qui  s'étoit  mê- 
me rendu  redoutable  au  Roi  ;  que  c'étoit  ce 
même  Minirtre  qui  lui  commandoit  de  li- 
gner cette  déclaration,  du  mçme  ton  dont 
il  fe  faifoit  obéir  de  toute  la  France ,  &  qu'il 
alleguoit  le  fpecieux  prétexte  de  rétablir  la 
paixenSorbonne;que  li  Richer  refufoitde 
ligner  la  paix  de  Sorbonne  ,  car  c'elt  ainlî 
qu'on  appelloit  cette  nouvelle  déclaration, 
il  alloit  devenir  l'horreur  &  l'exécration  du 
genre  humain  ;  mais  qu'il  étoit  néanmoins 
refolu  de  f^fortifier  contre  tant  de  dan- 
gers ,  &  d'aller  déclarer  fes  fentimens  au 
Cardinal  Miniftre  avant  que  de  périr. 

Quoi  que  fes  amis  entraflent  auflî  avant 
que  lui  dans  toutes  les  fâcheufes  coniide- 
rations  qu'il  venoit  de  leur  expofer  ,ils  ne 
lailTerent  pas  d'appuyer  fortement  fes  ge- 
nereufes  refolutions  ;&  lui  dirent  qu'il  ne 
falloir  pas  toujours  defefperer  des  plus 
mauvaises  apparences.  Il  lui  donnèrent 
avis  de  faire  obferver  les  démïirches  d'un 
certain  Capucin  ,  nommç  le  Père  Jofeph 
de  Paris,  homme  fameux  par  la  part  qu'il 
prenoit  aux  affaires  du  fiecle  ,  qui  avoic 
t)eaucoup  plus  l'air  d'un  guerrier  ,  que  d'un 
Mendiant, qui  avoit  quitté  la  demeure  de 

X  iij 


31(5  La     V  i,E 

fon  Convent  ,   &  fuivoit  le  Cardinal  de 

1629.    Richelieu  à  la  Cour,  à  rarmce,&par  tout 
ailleurs;  ils  lui  dirent  qu'on  avoit  remar- 
qué que   ce  Père   depuis   quelques  jours 
rendoit  de  trequentes  vilites  aux  Dodeurs 
Filelac  &  Duval  en  Sorbonne  ;  &  qu'on 
croyoic  qu'il    étoit  le   miniftre  &  l'entre- 
metteur de   ce   que  le  Cardinal  meditoit 
avec  les  principaux  Doâ:eurs,  tant  fur  l'af- 
faire de  Richer  ,  que  fur  le  ferment  des 
Bacheliers  concernant  les  Décrets  des  Pa- 
pes :  ce  que  Duyal  découvrit  lui-même  à 
XV.     Richer  quelques  jours  après, lorfqu'il  vint 
Entretien  encore  une  lois  le  réconcilier  avec  lui. 
deRicher      Le  fepticme  de  Décembre  Talon  ,  Curé 
avec  le     ^q  f^^^t  Gervais ,  vint  prendre  Richer  dans 
Cardinal,  ^^  caroiîe  pour  le  mener  au  Cardinal  de 
J"'  ç       Richelieu  ,   chez  qui  le  Père  Jofeph  avoit 
"'^  ^"      ordre  de  fe  trouver  en  même  temps.   Le 
gner   a     (;^ardinal  fit  d'abord  un  grand  dilcours  fur 
déclara-    ^^  bonheur  avec  lequel  le  Roi  avoit  réduit 
tion.         1^5  Huguenots ,  &  mis  la  paix  par  tout  le 
'•■    '         Royaume:  il  déclara  enfuite  qu'il  avoit  re- 
çu ordre  de  Sa  Majefté  pour  rétablir  la 
concorde  &  Tunion  dans  la  Sorbonne,  & 
pour  ranger  avec  la  verge  de  fer  ceux  qui 
lui  relifteroient,  comme  il  avoit  traité  les 
rebelles  ;  mais  ne  pouvant  oublier  qu'il  étoit 
Provifeur  de  Sorbonne,  il  avoir  mieux  ai- 
mé prendre  le  parti  de  la  bienveillance  &  de 
la  douceur ,  pour  ramener  les,  efprits  qui  s'é- 
toient  çcartez  dans  la  divifion  des  fentiuiens. 
Richer  ayant  eu  permiffion  déparier,  fit 
au  Cardinal  un  détail   de  tout  ce  qui  lui 
étoit  arrivé  depuis  dix-huit  ans, pour  avoir 
çntreoris  de  défendre  l'autorité  du  Conci- 


d'E  d  m  o  n  d    R  I  c  h  e  r.     3 17 

le  General  au-dellus  du  Pape  ,  &  Tindé -. 

pendance  de  la  PuifTance  royale  dans  le  162;;. 
temporel ,  contre  une  dodrine  perniciçu- 
fe,  qui  étoit  contraire  à  la  fureté  de  la  vie 
&  de  la  Couronne  de  nos  Rois ,  &  qui  dé- 
truifoit  les  libertez  &  les  maximes  de  VE- 
glife  Gallicane.  Et  que  depuis  qu'à  la 
Ibllicitation  du  premier  Prélident  de  Ver- 
dun ,  il  avoit  donné  fon  petit  Livre  de  la 
Puijjance  Ecclefiaftique  ^  Politique  ,  qui 
n'eiï  qu'un  fidèle  abrège  de  l'ancienne  & 
véritable  do6lrine  de  là  Sorbonne,  il  n'a- 
voit  oppofé  que  la  patience,  la  fimplicité 
de  cœur,&  le  filence  à  tout  ce  qu'on  avoit 
écrit  &  fait  contre  lui  ;  qu'encore  que  les 
deux  queflions  de  l'autorité  du  Concile  ou 
de  l'Eglife,  &  de  l'indépendance  des  Rois 
pour  le  temporel ,  qui  faifoient  tout  le  fujet 
de  fon  Livre,  paflafTent  pour  probléma- 
tiques dans  l'efprit  des  Ultramontains  <5c 
de  du  Per-fon  même  fon  Cenfeur,  on  n'a- 
voit  pas  laifTé  de  l'accufer  de  fchifme  & 
d'herelie  pour  cette  feule  raifon. 

Le  Cardinal  de  Richelieu, qui  paroifToit 
l'avoir  écouté  avec  plailir  ,  lui  répartit  , 
que  puifque  ces  queftions  ctoient  douteu- 
fes,  &  qu'on  pouvoit  les  foûtenir  égale- 
ment ,  il  ne  falloit  point  s'entêter  d'une 
opinion  plutôt  que  de  l'autre  ,  lorfqu'il 
en  naiifoit  des  conteftations  capables  de 
troubler  la  paix,  &  de  rompre  la  charité; 
&  qu'il  étoit  Ibuvent  à  propos  de  laiffcr 
•  croître  &meurir  l'yvraye  jufqu'au  tems  de 
la  moiiron,pour  ne  pas  nuire  au  bon  grain. 

Richer  répartit  qu'étant  toujours  demeu- 
ré-en- repos,  le  trouble  n'étoit  venu  que  du 

X  iiij 


^1$  L  A       V   I  E 

côté  de  ceux  qui  s'étoient  4eclareï  fes  ad- 
yerfaires  ,  &  qui  avoient  relevé  par  leurs 
brigues  &  leurs  fadions  un  petit  Ecrit, 
qu'il  n'avoit  compofé  que  pour  expofer  fim- 
plement  Topinionde  l'Ecole  de  Paris  &dc 
l'Eglife  de  France  ,  fans  prétendre  en  fai- 
re une  difpute  ;  qu'au  refte  il  feroit  aifé  à. 
M.  le  Cardinal  de  remettre  là  paix  en 
Sorbonne,  s'il  vouloir  arrêter  le  cours  des 
rnédifances  &  des  calomnies  de  Duval ,  qui 
avoir  caufé  tous  ces  defordres. 

Le  Cardinal  dit  qu'il  falloir  le  pardon- 
ner au  grand  zèle  de  Duval  ,&  qu'il  avoit 
imaginé  un  moyen  plus  court ,  qui  étoit  de 
faire  donner  à  Richer  une  nouvelle  décla- 
ration fur  fon  Livre  ,  telle  qu'étoit  celle 
dont  le  Curé  de  faint  Gervais  lui  avoit  pre- 
fenté  le  modèle  de  fa  part  :  parce  que  cel- 
le qu'il  avoit  donnée  en  1622.  n'avoit  pas 
été  fuffifante  pour  appaifer  le  trouble  & 
la  diffention  des  Dodeurs  ;  &  que  la  dif- 
ficulté des  temps  prefens  ne  permettoit  pas 
que  Richer  expliquât  fon  Livre,  comme  il 
s'y  étoit  offert  dans,  cette  déclaration. 

A  cette  ouverture,  Richer  prit  la  liberté 
de  propofer  au  Cardinal  les  difficultés  qu'il 
avoit  trouvées  avec  fes  amis  fur  les  deux 
claufes  de  cette  nouvelle declaratioju;  par- 
ce  qu'il  fembloit  que  le  faint  Siège  y  étoit 
appelle ,  féparement  d'avec  l'Eglife  Romai- 
ne, la  Mère  ^  la  lyiattreffe  de  toutes  les 
Eglifes,(5ç  que  c'çtoit  une  man^re  dépar- 
ier ambiguë  &  inconnue  aux  aftciens  Pè- 
res ,  qui  s'étoient  toujours  contentez  de 
dire  que  l'Eglife  Romaine  étoit  laMerc& 
ïa  Maîtrefïe'  des  E^lifcs ,  parce  qu'cU.ç  ava^it 


d'Edmond  Riche R.    jip 

été  fondée  par  les  ^Apôtres  faint  Pierre  &  ■  » 

fâint  Paul  :  qu'on  ne  voyoit  nulle  part  t^ij^» 
cette  «xpreffion  attachée  au  feul  Siège  Apo- 
ftolfque;&  qu'il  feroit  fâcheux  pour  la  mé- 
moire du  Cardinal  ,  que  la  poftcrité  fçût 
qu'il  eût  approuvé  cette  nouveauté  ,  con- 
tre TufagL^  de  toute  l'Antiquité. 

Cette  reflexion  ne  déplut  pas  au  Car* 
dinal  ,  &  il  dit  que  pour  ôter  Tambigui- 
té,  il  falloit  changer  l'article  dans  la  dé- 
claration ,  mettre  d'abord  le  Siège  Apo- 
ftolique,  &  enfuite  l'Egliie Romaine, afin 
que  les  termes  de  Mère  &  de  Maîtrcilè 
de  toutes  les  Eglifes  ,  qui  fuivroient,  ne 
pulTent  fe  rapporter  qu'au  dernier.  Gcft 
ce  que  Richer  Ibuhaitoit  ,  ayant  déjà  ob- 
fervé  cet  ordre  dans  ia  déclaration  deTaa 
1622.  Mais  lePereJofeph,in(lruitparDa- 
val ,  de  tout  ce  qu'il  avoit  à'faire  en  faveur 
du  Pape  ,  s'y  oppofa  d'un  ton  qui  nt  con- 
noître  à  Richer  mieux  que  tout  ce  qu'on 
lui  avoir  dit  ,  fon  crédit  ,  &  l'afcendant 
qu'il  avoit  pris  fur  l'efprit  du  Cardinal,  à 
qui  il  perfuada  qu'il  ne  falloit  rien  chan- 
ger :  parce  que  Richer  n'attribuoit  dans  fon 
Livre  le  jugement  infaillible  de  la  vérité 
qu'à  la  feule  Eglifc  Catholique,  fans  faire 
aucune  mention  du  Siège  Aportolique.  Le 
Cardinal  relut  l'article  de  la  ckclaration  , 
&  dit  qu'il  pouvoir  fublilkr  tel  qu'il  étoit, 
parce  qu'en  etfet  ce  qu'il  contenoit  de- 
voit  être  entendu,  conjointement  du  Siè- 
ge Apollolique,  5c  de  l'Eglife  Catholique 
èc  Romaine  ,  &  non  féparement  du  Siège 
Apollolique  :  ce  qui  fut  appuyé  du  furi'ra- 
ge  du  Do<5teur  Talon ,  qui  pour  enchérir , 


330  La     Vie 

—  lur  ce  qu'avoit  dit  le  Cardinal  ,  tâcha  de 
lôig.    montrer  qu'il   n'y  avoit  pas   d'inconvé- 
nient à  craindre  de  l'^biguitc  qu'oa  y  laif- 
foit. 

Richer  n'infifta  pas  davantage  fur  cet 
article  ;  mais  il  palFa  à  l'autre  ,  où  l'on 
prétendoit  lui  faire  dire,  qu'il  defapprou- 
voit&  condamnoit  les  propofitions  defon 
Livre,  en  tant  qu'elles  étoient  contraires  au 
jugement  de  l'Êglife  Catholique,  Apofto- 
lique  &  Romaine.  Il  pria  le  Cardinal  de 
faire  changer  les  termes  e»  tant  qu\lU'i 
étaient  contraires  ,  ^c.  parce  que  les  pro- 
poiitions  de  fon  Livre  n'avoient  été  con- 
damnées par  le  Cardinal  du  Perron ,  que 
d'une  manière  conditionelle  ,  avec  le  ter- 
me ,  ut  fonant  ,  &  ainlî  la  cenfure  avoit 
été  ians  effet  :  à  caufe  que  les  propofitions 
ayant  befoin  d'être  expliquées ,  parce  que  ce 
n'étoient  que  des  Thefes  fort  courtes,  il 
u'avoît  été  ni  oui, ni  appelle  pour  le  fai- 
re. Il  lui  demanda  tout  de  nouveau, qu'il 
lui  fût  permis  de  donner  cette  explication 
qu'il  avoit  offerte  tant  de  fois.  Le  Cardi- 
nal de  Richelieu  répondit  que  c'étoit  le 
moyen  d'augmenter  encore  l'embrafement 
qu'on  vouloit  éteindre,  &  que  d'ailleurs  il 
n'étoit  pas  d'avis  que  l'on  changeât  rien  dans 
le  fécond  article  de  la  nouvelle  déclaration, 
non  plus  que  dans  le  premier  ;  mais  que  pour 
lui  accorder  quelque  chofe,  il  confentoic 
que  l'on  y  inférât  le  terme  ,  ut  fonant  , 
comme  avoit  fait  le  Cardinal  du  Perron 
dans  fa  cenfure, afin  de  lui  laiflèr  un  paf- 
fage  libre  pour  pouvoir  toujours  revenL 
à  les  Prétentions.     • 


d*Edmond   Ri  cher.     331 

Richer  voyoit  diminuer  de  plus  en  plus - 

la  liberté  qu'il  fembloit  que  le  Cardinal  1629, 
avoit  bien  voulu  lui  accorder  dès  le  com- 
mencement de  la  conférence  ;  il  s*apper- 
cevoit  que  les  honnêtetez  dont  il  Tavoic 
flatté  d'abord  ,  fe  tournoient  infenliblement 
en  un  air  impérieux,  qui  le  lui  taifoit  re- 
garder ,  non  plus  comme  un  Frovifeur  de 
Sorbonne ,  mais  comme  qn  Maître  qui  avoit 
en  main  toutes  les  forces  du  Royaume 
pour  fe  faire  obéir.  D'ailleurs,  il  ne  lui 
étoit  point  permis  de  s'adrelTer  au  Roi: 
outre  que  Sa  Majefté  ne  s'étant  prefque 
refervé  que  le  nom  de  Roi ,  avoit  laifié  ia 
difpofition  du  refte  à  ce  Miniftrc.  Ainli  il 
dit  au  Cardinal,  que  malgié  la  répugnance, 
il  fe  refoadroit  à  faire  ce  qu'on  exigeoit 
de  lui  ,  puifqu'on  l'alTuroic  qu'il  n'y  avoit 
pas  d'autre  moyen  pour  procurer  la  paix 
de  Sorbonne. 

Le  Cardinal  répartit  que  ce  n'étoit  point 
^llez  de  la  langue  &  de  la  main  ,  mais  qu'il 
fallûit  encore  le  cœur; qu'il  nevouloitpas 
que  Richer  pût  dire  que  le  Cardinal  de  Ri- 
chelieu l'eût  contraint  de  donner  cette  dé- 
claration :  que  Richer  devoit  rendre  témoi- 
gnage de  la  liberté  entière  qu'on  lui  laif- 
ibit,  &  porter  auln  tous  fes  amis  &  fes 
fedateurs  à  parler  &  penfer  comme  lui, 
s'il'  écoit  vrai  qu'il  eût  l'amour  de  la  paix 
dans  le  cœur. 

Richer  protefta  qu'il  n'a^oit  jamais  été 

double  ;  que  fon   cœur  avoit  toûjous  été 

4'accord  avec  fa  langue  ;  qu'il  n'avoit  ja- 

*  mais  rien  appelle  que  par  fon  nom  ;  qu'il 

n'avoit  jamais  jefpiré  que  la  paix  &  lâcha- 


^Z  La     V I E 

■I  -w  rite  ;  qu'il  répondoit  de  lui-même  ,  mais 
1629.  que  n'étant  pas  le  maître  de  fes  amis,  il 
ne  pouvoit  promettre  que  de  leur  don- 
ner ,  comme  il  avoit  toujours  fait  ,  des 
confeils  de  paix  &  de  foûmiflion  ,  &  de 
les  prier  de  ne  pas  refifter  au  torrent  qui 
entraînoit  tout  le  monde  dans  le  malheur 
des  temps  où  l'on  étoit  obligé  de  vivre. 

Après  tous  ces  difcours  ,  le  Cardinal 
de  Richelieu  dit  au  Père  Jofeph  de  con- 
duire Richer  dans  fa  chambre  ,  pour  lui 
faire  décrire  de  fa  main  la  déclaration. 
Lorfque  Riçher  croyoit  avoir  fait ,  le  Pè- 
re Cupucin  ,  en  prefence  du  Curé  de  S. 
Gcrvais  ,  lui  diàa  mot  à  mot  cette  ad- 
dition ,  pour  y  fervir  de  conclufion  :  Je 
reconnais  que  je  donne  cette  déclaration  It" 
hrement  ^  volontairement  ,  afin  que  tout 
le  monde  voye  mon  ébétjfance  envers  le  S. 
Siège  Apojlolique  ;  que  fai  crû  devoir  coxt 
figner  entre  les  mains  de  Monfeigneur  h 
Cardinal  de  Richelieu.,  Provifeur  de  Sor^ 
bonne  ,  à  caufe  de  ce  que  je  lui  dois  ,  ^ 
du  refpeéi  que  j"*  ai  four  lui. 
f.  La  déclaration  fignéede  Richer,  de  Ta- 

lon ,  &  du  P.  Jofeph ,  fut  portée  auflî-tôt 
au  Cardinal  de  Richelieu,  qui  fit  de  nou- 
velles honnétetez  à  Richer,  &lui  dit  qu*il 
ctoit  perfuadé  avec  lui  ,  qu'elle  ne  por- 
toit  aucun  préjudice  au  fonds  de  la  doctri- 
ne de  fon  Livre  :  mais  il  ajouta  qu'il  fal- 
loit  la  faire  pafTer  pardevant  deux  Notai- 
res du  Chatekt,  Contartôc  Jutel,  afin  que 
perfonne  ne  pût  douter  qu'il  ne  Teût  écri- 
te de  fa  main  ,  &  fignée  volontairement.  • 
Ç*e(l  ce  que  fit  Richer  dès  le  même  jourj 


d'Edmond  Rocher.     95} 

aiprès-midi  ',  à  l'ilTuë  des  premières  Vel-        ■  » 
près  de  la  Conception  de  la  fainte  Vier-    1629. 
ge,  chez  les  Notaires  mêmes  qui  avoient 
reçu  <5c  renouv^ellé  fon  ancienne  déclara- 
tion du  28.  Juin  de  la  même  année. 

Le  Cardinal  Baeny^  Nonce  du  Pape  en 
France ,  qui  attendoit  avec  impatience  des 
nouvelles  de  Tcntreticn  que  Richer  avoic 
eu  avec  le  Cardinal  de  Richelieu,  alla  auf- 
fi-tôt  remercier  ce  Miniftre  de  l'heureux 
fuccès  qu'il  avoit  donné  à  une  affaire  que 
l'on  régardoit  comme  Tune  des  plus  lon- 
gues, des  plus  difficiles  &des  plus  fâcheu- 
fes  que  la  Cour  de  Rome  eût  eues  depuis 
long-temps.  LePereJofeph  reçut  le  Non- 
ce pour  le  Cardinal  de  Richelieu  ,  qui  ne 
pouvoit  l'entetrenir  à  caufe  de  fes  occupa- 
tions; il  lui  mit  en  main  la  déclaration  de 
Richer  lignée  des  Notaires, ajoutant  qu'il 
avoit  reçu  ordre  du  Cardinal  de  Richelieu 
de  lui  déclarer  en  fon  nom  que  Richer  é- 
toit  un  homme  de  bien ,  qui  avoit  toujours 
eu  beaucoup  d'inclination  pour  la  paix  :  qui 
s'étoit   toujours  montré  fort  éloigné  de 
toute  fadionôc  de  toute  cabale,  &  qui  par 
confequent  n'avoit  jamais  fongé  à  faire  un 
fchifme  dans  TEglife  :  que  cet  A6le  qu'il 
venoit  de  figner  n'étoitniuneretradation, 
ni  une  palinodie  ,  mais  une  fimple  décla- 
ration, xvî: 

Duval ,  que  le  Nonce  avoit  mené  avec  Keconci-' 
lui ,  ayant  entendu  des  chofes  fî  obligean-  i'ation 
tes  pour  Richer,  &  voyant  que  les  Cardi-  ^^^  T^oc^ 
paux  de  Richelieu  &  de  Ba,^ny  étoient  fa-  ^^"''* 
tisfaits  de  lui, alla  quelques  jours  après  le  ^ï^^  ^ 
féliciter  de  fa  réunion  ;  il  le  pria  d'oublier  ^  *^* 


3^4  L  A      V  I  TE 

.._'-.  -—  le  pafTé ,  l^aflurant  que  tout  ce  qu'il  avoît 
i62>9'    f^ï  contre  lui ,  n'étoit  que  pour  l'engager 
de  donner  ce  qu'il  venoit  d'accorder  au 
Cardinal  de  Richelieu.  Il  ajouta  qu'il  étoit 
tres-fenliblement  lâché  de  lui  avoir  caufé 
du  déplaifir,remDraira tendrement,  lui  de- 
manda part  dans  les  prières  ,  l'aÛurant  de 
ne  jamais  l'oublier  dans  les  fiennes  ;  il  le 
conjura  même ,  quoiqu'en  vain  ,  de  retour- 
ner aux  AfTemblées  de  Sorbonne  ,&  de  re- 
prendre le  manimcnt  des  âfiàires  de  la  Fa* 
culte.   Il  lui  dit  aufli  que  tous  les  DodeurS 
qui  lui  avoient  été  contraires  fouhaitoient 
de  fe  reconcilier  avec  lui ,  6c  lui  demanda 
la  permiffion  de  les  lui  amener  :  que  le 
ISIoncc  Apoftolique  ,  &  le  Cardinal  de  la 
Rochtfoucault  ,  qui  faifoient  une  eftime 
partîculi«re  de  fon  mérite,  fouhaitoient  de 
le  voir,  &  de  lui  témoigner  la  joye  qu'ils 
avoient  de  fa  déclaration. 

Maucler  vint  le  lendemain  lui  faire  les 
mêmes  compi  mens  ,  &  quelques  autres 
Dodeurs  enluitc.  Richer  les  reçut  tous 
avec  une  aft'c6tion  tres-fincére  ,  &  leur  fit 
prcfque  à  tous  la  même  réponfe  :  qu'il 
n'éioit  pas  bcfoin  de  reconciliation,  parce 
qu'il  n'uvoit  jamais  violé  les  loix  de  l'a- 
mitié, qu'il  leur  portoit  au  milieu  des  tem- 
pêtes qu'on  lui  avoit  fait  efluyer.  Mais  il 
leur  déclara  qu'ayant  toujours  aimé  la  re- 
traite ,  &  ne  s'étant  pas  accoutumé  de  vi- 
liter  les  Grands ,  il  ne  pouvoit  fe  refoudre 
à  aller  voir  le  Nonce  &  les  Cardinaux,  s'ils 
ne  le  demandofent.  ^ 

Après  la  déclaration  de  Richer  ,  la  Fa- 
culté de  Théologie  confirma  la  refolutioii 


d'Edmond  RîCHfeR^    ^^f 

qu'elle  avoit  prife  dans  rAiïemblée  du  pre- 
mier jour  de  Décembre  ,  pour  faire  jurer  1619, 
les  Bacheliers  fur  les  Décrets  des  Papes. 
Il  ne  s'étoit  rien  vu  de  plus  honteux  pour 
la  Sorbonne  que  cette  conclufion  depuis 
l'infâmcDecret  qu'elle  avoit  donne' contre 
le  Roi  Henri  III.  LcsDodeurs  qu'on  ap- 
pelloit  Richerilles  ,  à  la  tête  defquels  Fi- 
lefac  s'ctoit  mis  pour  cette  fois ,  s'y  étoient 
courageufemcnt  oppofeï  :  mais  ilsavoient 
été  accable'i  de  la  pluralité  des  fuffrages, 
ménagez  par  les  brigues  de  Duval  deFro- 
gcr  Syndic  de  la  Faculté ,  du  Doâeur  Clau- 
de Morel,  Tun  des  Vicaires  ou  Subftituts 
du  Cardinal  de  Richelieu  ;  à  quoi  les  in- 
trigues du  P.  Jofeph ,  Capucin ,  &  de  quel- 
ques autres  créatures  du  Nonce  avoient 
aufîi  beaucoup  contribué. 

Pour  mettre  l'indignité  de  cette  refolu- 
tion  dans  une  plus  grande  évidence,  ils  pu- 
blièrent un  recueil  de  toutes  les  Decreta- 
Ics  ,  ceft-à-dire  des  Bulles  &  des  Décrets 
par  lefquels  les  Papes  s'attribuoient  un  pou- 
voir abfolu  fur  la  vie  ,  &  le  temporel  des 
Rois ,  fous  le  titre  Latin  :  Pars  Decretorum^ 
in  qua  jurahuntftudiofi  in  Theoîogia  ^fiflaret 
Propojitio  coficepta  in  Sorbonnaab  aliquibus 
prima  die  Decembris  an.  1629.  Cet  expé- 
dient leur  fut  inutile  ,  aufli-bien  que  l'ex- 
trait qu'ils  avoient  fait  faire  des  Regiftres 
de  la  Cour  de  Parlement  ,  de  la  Prévôté 
de  Paris  ,  &  de  la  Faculté  de  Théologie, 
pour  produire  un  Areft  du  mois  de  Juin 
de  l'an  15-08  ,  une  Ordonnance  du  grand 
Prévôt  deTouteville  ,  du  mois  de  Juillet 
de  la  même  année  ,  &  le«  Ufages  de  la 


■■     5orborine.  La  Requête  que  Filefac  prc- 

1629.  •  fenta  au  Parlement  n'eut  pas  plus  d'effet  ; 
parce  que  ce  Corps  étoit  tout  dévoilé  aux 
volontez  du  Cardinal  Minillre,  outre  que  le 
Garde  des  Sceaux Marillac, qui  travailloit 
de  toutes  fcs  forces  pour  fervir  la  Cour  de 
Rome ,  avoit  dit  à  Duval  ^  qu'il  n'y  avoit 
rien  à  craindre  du  côté  du  Parlement,  par- 
ce qu'il  ne  leroit  pas  juge  de  cette  affaire. 
Les  difficultez  qui  le  prefentcrent ,  lorf- 
qu'il  fut  queftion  de  la  conclure  ,  ne  laif- 
foient  pas  d'embarraflèr  le  Nonce  Apofto- 
lique  Bagni  ,  qui  avoit  reçu  le  Chapeau 
en  même  tems  que  le  Cardinal  de  Lyon, 
frère  du  Miniftre  ^  &  que  cette  nouvelle 
dignité  rappelloit  à" Rome,  mais  qui  étoit 
engagé  à  n'y  pas  retourner  que  cette  aitai- 
re  ne  fût  terminée  à  l'avantage  &  au  gré 
du  Pape.  C'cft  pourquoi  le  Cardinal  de  Ri- 
chelieu ,  voulant  encore  faire  valoir  cette 
nouvelle  occalion  de  gratifier  le  faint  Père, 
fit  alfcmbler  dans  fon  hôtel  le  24.  de  Dé- 
cembre ,  veille  de  Noél  ,  le  Doyen  de  la 
Faculté ,  avec  dix  des  principaux  Dodeurs  ^ 
cinq  de  chaque  partie  ,  outre  le  Père  Jo* 
feph  ,  &  le  Dodeur  Mulot  fon  Domef- 
tique.  li  voulut  que  Richer  en  fut  ^  maisFi- 
lelàc  qui  avoit  été  mandé  refufa  de  s'y  trou- 
ver. 

Le  Cardinalleur  tint  un  grand  difcours, 
où  après  leur  avoir  marqué  la  paflion  qu'il 
avoit  de  travailler  à  l'édiiice  fpiritucl  delà 
Sorbonne  ,  comme  il  avoit  tait  au  maté- 
riel ;  il  leur  dit  qu'il  vouloit  abfolument 
couper  la  fourceaux.diflèntions,  y  affurer 
une  paix  (table  &  parfaite ,  par  l'union  des 

cœurs 


d'Edmond    Richer.   537 

'CCBMTS  &  des  efprits  ;  qu'il  avoit  trouvé  dans  - 

la  perfonne  de  Richer  un  homme  d'unef-  1629; 
prit  fi  fenfé  ,  &  d'un  cœur  (î  droit  ,  un 
homme  fi  fincerement  porté  à  la  paix ,  que 
depuis  qu'il  avoit  eu  un  entretien  avec  lui , 
il  faifoit  gloire  de  fe  déclarer  Richerifte  ; 
qu'il  fouhaitoît  que  tout  le  monde  eût  les 
intentions  aufîî  pures  que  lui  ,  &  qu'il  ne 
falloir  pas  fe  divifer  par  fadions  pour  quel- 
que légères  diverfitez  defentimens  fur  des 
opinions  dont  là  créance  n'étoit  pas  eflen- 
tielle  à  la  foi. 

Auflî-tôt  Duvàî  prit  la  parole ,  &  dit  au 
Cardinal,  qu'il  avoit  toujours  reconnu  dans 
Richer  le  même  mérite  ,  auquel  il  venoit 
de  rendre  un  fi  glorieux  témoignage ,  &  que 
c'étoit  de  tout  fon  cœur  qu'il  s'ctoit  re- 
concilié avec  lui. 

Richer  parla  enfuîte ,  &  dit  devant  tou- 
te l'AfTemblée  ,  que  par  la  grâce  de  Dieu 
51  n'avoit  eu  aucun  befoin  de  fe  reconci- 
lier avec  perfonne  ,  &  qu'il  n'avoit  point 
cté  en  peine  de  renouer  ,  avec  tous  ceux 
qui  l'étoient  venus  trouver,  une  amitié  qu'il 
n'avoit  jamais  rompue  de  fon  côté. 

Le  Cardinal  voyant  tous  les  Doâeurs  en 
humeur  de  dire  tout  le  bien  qu'ils  fçavoient 
de  Richer  l  les  interompit  pour  fe  plaindre 
de  la  précipitation  avec  laquelle  on  avoit 
traité  l'affaire  de  laproteftation  du  ferment 
des  Bacheliers  fur  les  Décrets  des  Papes  ^ 
dans  l'AiTemblée  du  premier  jour  de  Dé- 
cembre ;  il  blâma  fur  -  tout  la  témérité  de 
Froger  Syndic  de  la  Faculté ,  qui  s'y  étoit 
pris  à  contre-tems ,  &  tort  mal  à  propos  , 
êi  qui  devoit  au  moins  avoir  confuUé  le 

Y 


5j8  Là    Vi  K 

^^^ — — .  Provifeur de  Sorboiine ,  avant  que d'enfaî* 
1629.  re  la  démarche.  Pour  redifier  la  chofe,  W 
dit  qu'il  avoitdrcfle  lui-même  une  formu- 
le de  conclufion  ,  qu'il  jugeoit  propre  à 
remédier  au  mal  qu'on  en  appréhendoit ,  & 
il  en  fit  la  Le6ture publiquement,  afin  que 
"Richer  &  les  autres  pufTent  voir  ce  qu'il  y  a- 
voit  à  reformer,  &  qu'on  rétablît  enfinj'uni^ 
formité  dans  laproteftationdes  Bacheliers. 
Après  laleâure,  tous  les  Dodeurs  jette- 
rent  les  yeux  fur  Richer  pour  juger  de  foa 
fentiment  par  fa  contenance.  Le  Cardinal 
voyant  qu'il  ne  difoit  mot ,  demanda  à  Du- 
val,  s'il  croyoit  qu'il  fallût  comprendre  dans 
la  proteftation  les  Décrets  où  les  Papes  s'at- 
tribuoient  une  puiiTance  fur  le  temporel. Du- 
val  fut  fort  embarrafle ,  parce  qu'il  voyoit 
bien  le  danger  qu'il  y  avoit  à  dire  qu'oiii  : 
de  forte  qu'il  fe  contenta  de  fuivre  l'avis 
du  Doyen  Pefchamp,  qui  dit  qu'on  nejur 
reroit  que  fur  les  Décrets  des  Papes  qui 
regardoient  les  chofes  fpirituelles^  &  pure* 
ment  eccleiîaftiques.  Le  Cardinal  arrêta 
donc  qu^on  n*y  comprendroit  pas  ceux  qui 
regardoient  les  chofes  temporelles  ,  & 
qu'on  cenfureroit  dorernavant  en  Sorbon- 
ne  tous  les  Livres  où  Ton  étendroit  la  puif*- 
fance  du  Pape  fur  le  temporel.  Il  convia 
enfuite  les  Dodeurs  de  dire  librement  leurs 
avis  fur  la  formule  des  proteftations. 

Richer  dit  qu'autrefois  ce  n'étoit  pas  la 
coutume  d'agir  par  proteftation  &  par  fer- 
ment ;  qu'on  fe  contentoit  de  déclarer  qu'on 
ne  diroit  ,  &  qu'on  n'écriroit  jamais  rien 
de  contraire  à  l'Ecriture  fainte,  aux  Con- 
ciles Oecuméniques ,  aux  Décrets  de  la  Fa^ 


n^EOMOND     RiCHER.     JJJ 

fcultë  de  Paris  ,fans  faire  aucune  mentioa  ~— . 
des  Décrets  des  Papes  r.mais  ayant  ajoû-     1629^ 
té  ,  que  lorfqu'on  obfervoit  en  France  la 
Pragmatique  San6lioii  de  Charles  VII.  il 
s'était  fait  un  Ade  au  nom  de  la  Faculté 
de  Paris  touchant  la  forme  de  protefter  pour 
les  Bacheliers.  Le  Dofteur  Ifambert  ,  qui 
s'étoit  trouve  à  rAfTemblée  fans  y  être  ap- 
pelle ,  rinterompit  ,  &  nia  que  ce  fût  vé- 
ritablement un  Acte.  Richer  voyant  s'éle- 
ver contre  lui  un  homme  quimettoit  tou- 
te fa  force  dans  les  fubtiiitezfcholaftiques, 
&  qui  n'étoit  pas  mal  venu  du  Cardinal  , 
fe  tut  pour  éviter  fes  fophifmes  ,  &  pour 
n'avoir  plus  de  part  à  ce  qui  fe  pafToit.     .. 
Mais  le  Doâeur  Dapuy ,  l'un  des  prin- 
cipaux Richeriftes  de  l'Aflèmblée  ,  prit  fa 
place  ,  &  dit  au  Cardinal  qu'il  falloit  ex- 
cepter de  la  formule  les  Décrets  des  Pa- 
pes qui  dérogeoient  aux  Décrets  des  Con- 
ciles Oecuméniques.   Le  Cardinal  répon- 
dit que  cela  étoit  ainfi  par  la  fubordination 
dans  laquelle  il  avoit  placé  les  Décrets  des 
Papes  après  ceux  des  Conciles.  Dupuy  ré- 
pliqua qu'il  faudroit  au  moins  faire  quel- 
que exception   en  faveur  des  libertés  de    ■ 
l'Eglife  Gallicane.  Le  Cardinal  dit  qu'el- 
les étoient  comprifes  dans  les  droits  &  leg 
immunitez  du  Royaume  ,  qu'il  prétendoit 
y  avoir  nommément  exceptez  fous  le  nom 
des  Décrets  de  la  Faculté ,  par  lefquels  il 
cft  défendu  de  rien  dire,&  enfeigncr  con- 
tre les  droits  &  immunitez  du  Royaume. 

Ayant  enfuite  demandé  ii  perfonne  ne 
trouvoit  plus  rien  à  ôter  ou  à  ajouter  dans 
latormule  de  conciufi©u,&tous  lesD©t- 

Yi) 


540^  L  A  V  r  E 

,smmi'i*  teurs  ayant  répondu  qu'ils  .l'approuvôient 
1^20.    comme  elle  étoit  ,  H  les  pria  de  faîre  cii 
forte  qu'elle  fût  reçue  ,  confirmée   &  ap- 
jJrouvée  dans  l'Aûèmblée  de  Janv.  1630. 

Richer  témoigna  qu'elle  pouroit  paiïèr^ 
pourvu  qu'après  avoir  excepté  ceux  dei 
becrets  des  Papes  qui  dérogcoient  aux  dé- 
cilions  du  Concile  Oecuménique  ,  &  qui 
donnoient  atteinte  aux  droits  de  nosRois^ 
'  &  aux  libertés  de  TEglife  Gallicane  ,  on 

ne  donnât  point  aux  autres  Décrets  le  rang^ 
ou  l'infaillibilité  des  Décrets  des  Conciles 
Oecuméniques.  Il  ajouta  même  qu'encore 
que  depuis  feixe  ans  il  fe  fût  abfenté  des 
AfTemblées  de  la  Faculté  ^  il  fe  trouyeroit 
volontiers  à  celle-là:  ce  qu'il  dit  afin  qu'on 
ne  lui  fît  pas  un  crime  de  fon  filence  , 
lorfque  tous  les  autres  faifoient  fonner  lî 
haut  leur  approbation  ^  &  pour  empêcher 
que  la  formule  ne  fût  altérée  &  corrom- 
pue ,  en  pafTant  des  mains  du  Cardinal  en 
celles  dé  Duval  ou  du  Syndic  Froger. 
,  Le  bruit  de  ce  qui  s'étoit  paiTé  chez  le 
Cardinal,  fe  répandit  aulfi-tôt  par  toute  U 
Ville;  beaucoup  de  gens  fe  mirent  à  crier 
que  tout  étoit  perdu ,  &  que  c'étoit  fait  de 
la  Sorbonne,  puifque  le  Cardinal  de  Riche- 
lieu s'étoit  déclaré  publiquement  Richeri- 
Ûe  devant  les  Dodeurs ,  &  néanmoins  qu'il 
ayoit  fait  recevoir  &  approuver  à  la  Facul- 
té la  formule  de  jurer  fur  les  Décrets  des 
Papes  :  c'eft  pourquoi  dès  le  foir  même, 
&  durant  les  Matines  de  minuit,  on  affi- 
cha aux  Eglifes ,  aux  Collèges  &  dans  tous 
les  carrefours  de  l'Univerfité  deux  difti- 
ques ,  dont  l'un  avoit  pour  infcription  : 


d'Edmond   Ri  cher.    341 

La  Sûrbonne  prétendue  reformç'e, ■ 

&  portoit  ces  deux  Vers  :  ^^39' 

Inflaurata  ruet  jam  jam  Sorbona  ;  cadftca 
Dumfuît^  tnconcujfa  ftetit ,  renovataperibit. 

L'autre  étoit  : 
JLitîerula  una  facit  RicheJiJlas  ex  Riche" 
riftis  : 

Anteà  qui  aopctyteç  ,  hi  modh  funt  ^^ 

ÀUTtiÇ' 

Ceci  étoit  pour  marquer  que  fi  Riche- 
lieu s'étoit  fait  Richerifte,  ceux  qui  com- 
me  des  corbeaux  avoient  croafTé  contre  Ri- 
cher ,  (5c  paru  affamé  de  fon  cadavre,  étoient 
devenus  Richeliftes  ,  ou  flatteurs  de  Ri- 
chelieu. 

On  fit  auffi  une  fanglante  épigramme  lati- 
ne contre  la  Sorbonne ,  touchant  la  formule 
de  jurer  fur  les  Décrets  des  Papes ,  où  Ton 
prétendoit  montrer  que  ce  n'étoit  que  par 
les  Décrets  de  la  Faculté  que  le  Duc  d'Or- 
léans avoit  été  aflaffmé  ;  que  Charles  VII. 
avoit  été  chaffé ,  que  la  Pucelle  d'Orléans 
avoit  été  brûlée ,  &  que  Henri  III.  &  Henri 
IV.  avoient  été  maffacreï.  Pour  marquer 
toutes  ces  funeftes  expéditions ,  l'infcription 
portoit  auffi  en  même  langue  ces  titres  at- 
tribuez à  la  Sorbonne  :  Bourguignone ,  An- 
gloife  ^  Guifarde.y  Ejpag»olle\  Italienne  ^ 
R'tcheliftc.  Ce  ne  fut  pas  fans  beaucoup  de 
difficulté  que  la  conclufion  paffa  en  Sorbon- 
ne le  2.  de  Janvier  1630.  Il  n'y  eut  pourtant 
de  tous  les  Richeriftes  que  Jérôme  Parent, 
Urbain  Garnier ,  &  Jacques  Durand  qui  y 
fôrmaffent  oppofition. 

Y  iij     . 


34^  L  A    V  I  E 

=i— — —  Mais  rien  ne  parut  fi  étrange  à  ceux  dit 
1629.  parti  de  Richelieu  &  de  la  Cour  de  Rome, 
que  la  conduite  de  Filefac  dans  le  temps 
qu'ils  fçavoient  bon  gré  à  Richer  de  fon  fi- 
tence,  &  qu'ils  ne  trouvoient  pas  mauvais 
qu'il  ne  voulût  point  approuver  la  conclu- 
ifion, pourvu  qu'il  ne  s*yoppo^t  point for- 
înellement.  Filefac  avoit  été  le  premier  au- 
.leur  de  cçtte  iiiriovation, lorsque  pour  dé- 
truire Richer  &  fa'dù6trine ,  il  avoit  propo- 
fé  pendant  fon  Syndicat  cf  obliger  à  jurer 
fur  les  Décrets  des  Papes,  difant  par-tout 
■qu'il  étoit  Papiflre,  <5çnon  Jefuite.  Le  cha- 
grin lui  avoit  fait  enfuite  abandonner^  le  par- 
ti de  Duval  ,  &  fon  inconllance  l'y  avoft 
fait  retourner.  L'-affaire  de  Santarel  l'avoît 
fait  rentrer  dans  les  featimens  de  l'anciert- 
ne  Sorbonne  ,  &  il  s'étoit  oppofé  forte- 
ment à  ce  qu'il  avoit  autrefois  propofé  lui- 
même  touchant  les  Décrets  des  Papes.  De- 
puis il  s'étoit  réuni  à  Duval  pour  fe  dé- 
voiler aux  volontéz  du  Cardinal  de  Riche- 
lieu, &  il  s'étoit  mis  à  la  tête  de  ceux  qui 
l'avoient  remercié  publiquement  au  norii 
du  Corps  desDodeurs  pour  la  réparation 
de  l'édifice  de  Sorbonne  ,  &  avoit  même 
publié  la  pièce  qu'il  avoit  compofée  en  ac- 
tions de  grâces ,  fous  le  titre  de  la  Sorbon- 
ne rétablie-^  mais  par  une  révolution  d'ef- 
prit ,  qui  lui  étoit  fouvent  arrivée ,  il  avoit 
changé  de  difpofition  fix  femaincs  après, 
&  avoit  refufé  de  fe  trouver  aux  délibéra- 
tions du  24.  du  mois  de  Décembre  chez  le 
•Cardinal  de  Richelieu,  pour  faire  recevoir 
en  Sorbonne  la  formule  de  la  protefia- 
don  &  du  ferment  fur  les  Décrets  des  Fa- 


d'Edmond   Ri  cher.     54^ 

pes.    Lorfqu'il  vit  l'affaire  en  état    d'être  -^— 
conclue,  il  s'emporta  de  paroles,  foit  par    lô^îo* 
un  remords  deconfcience,  foit  pour  empê- 
cher qu'on  ne  reconnût  fes  artifices,  foit  en- 
^n  pour  fe  mettre  à  couvert  des  reproches 
que  lui  faifoient  les  Richerilîes,  d'avoir  eu  la 
première  part  à  la  playe  que  l'on  faifoit  à 
la  Faculté  de  Théologie.  Il  dit  hardiment 
qu'il  éto'tt  refoÎH  ,  malgré  toute  la  colère  d''un 
fuijfant   Minijire  ^  de  défendre  la  Do^rine 
qu'il  avoit  refuè  des  Anciens  jufquW  la  der- 
Tiiere  goûte  de  fon  fang  ,   h^  qu'ail    vouloir 
mourir  bon  François  ,  quoiqu*tl  en  pût  arriver. 
il  ajouta  qu'il  vouloit  fortir  de  la  Mailbn 
de  Sorbonne  ,  comme  d'une  Babylone,& 
d'une  retraite  de  la  proftituée  ;  puis  affcdlant 
de  méprifer  la  fuperbe  ftruelure  de  la  nou- 
velle Sorbonne,  pour  laquelle   il  avoit  au- 
paravant encenfé   le  Cardinal  ,  il  protefta 
d'-un  air  fier  &  dédaigneux,  qu'il  nerecon- 
noîtroit  la  Faculté  pour  fa  Mère,  que  lors 
qu'elle  quitteroit  ce  nouveau  fade ,  &  qu'el- 
le reprendroit  fes    haillons    avec  les  fen^ 
timens  des  anciens  Pères  ,  qui  avoient  lo- 
gé   fous   les  mafures  de    l'ancienne  Sor- 
bonne. ^        \  XVll 

Peu  de  temps  après  on  ntparoître  une  re- 
lation en  Latin  de  ce  qui  s'étoit  palfé  chez  Nouvelle 
le  Cardinal  de  Richelieu  aufujetde  lader-  Fo^^^*^' 
riiere  déclaration  de  Richer ,  &  en  Sorbon-  l!°",    ^ 
ne  touchanii  la  formule  du  ferment  furies     ^^' ^^*' 
Décrets  des  Papes.  Elle  avoit  été  drcfTée 
par  le  Père  Jofeph  ,  fous  les  ordres  du  Car- 
dinal ;  &  le  Garde  des  Sceaux  de  Aîarillac 
sétoit  chargé  de  la  faire  diftribuer  à  la  Cour 
<5c  dans  la  Ville.   Richer  y  étoit  traité  en 

Y  iiij 


544  L  A    V  I  E 

-i— —  termes  aflez  favorables  ,  &  toute  la  diyK 
1630.  fion  furvenuë  au  fujet  de  fon  Livre  &  de 
fes  fentimens ,  n'y  étoit  regardée  que  com-» 
me  une  diverfité  d'opinions  qui  avoit  dif- 
paru  dès  que  le  Cardinal  lui  avoit  donné 
lieu  d'expliquer  librement  fa  penfée. 

Mais  voyant  que  quelques-uns  ne  laîf- 
foient  pas  de  parler  de  cette  réunion  de  la 
Faculté,  comme  deTextindion  d'unfchif-; 
metres-dangereuxVquerori  comptoit  déjà" 
parmi  les  travaux  de  l'Hercule  Gaulois, & 
que  ceux  qui  lui  avoient  été  contraires ,  tâ- 
choient  de  faire  pafTer  la  déclaration  que  Ri^ 
cher  avoit  donnée,  pour  une  véritable  retrac^ 
tation  ;  Richer  fe  crut  obligé  de  faire  impri- 
mer une  proteftation  nouvelle  ,  pareille  à 
celle  qu'il  avoit  déjà  donnée  en   iS^S-  Il 
voulut  l'inférer  dans  le  teftament  qu'il  avoit 
revu  la  veille  du  Noçl  ,  avant  que  d'aller 
chez  le  Cardinal  de  Richelieu ,  pour  fe  mu- 
nir contre  les  furprifes  ou  les  violences.    • 
.    Il  commença  cette  dernière  protellation, 
par  une  longue  j unification  detoutelacon-f' 
duite  qu'il  avoit  gardée  depuis  que  le  Roi 
&  le  Parlement  l'avoient  fait  Cenfeur  de 
l'Univerlîté.  Il  déclara  que  comme  il  n'a- 
voit  rien  fait  ni  écrit;  par  paiTion ,  &  qu'il 
n'avoit  été  animé  que  par  un  amour  iin-^ 
cere  &  delinterelfé  de  la  juftice  &  de  la  vé- 
rité ,  non  feulement  iloublioit  tous  les  maux 
qu'il  avoit  foufferts  pour  cela  ,  &  pardon- 
noit  toutes  les  injuftices  qu'on  avoit  com- 
mifes  à  fon  égard  ,  mais  qu'il   continuoit 
toujours  dans  les  fentimens  pour  lefquels 
on  i'avoit  fi  long-temps  perfccuté.  11  pro- 
tçlla  çQwtre  tout  ce  qu'on  pouroit  publier 


d'Edmond  Ri  cher,     ^^f 

4e  contraire  à  la  déclaration  quMl  en  fai-  —-r-r^ 
foit ,  &  même  contre  tout  <:e  qui  lui  pou-  1630^ 
voit  arriver  dans  le  peu  de  temps  qui  lui  re- 
floit  à  vivre,  qui  n'y  feroit  pas  conforme. 
Il  defavoùa  par  avancé  ce  que  les  infirmi- 
tci  de  fon  grand  âge ,  &  4e  fa  mauvaife  Tan- 
te,  la  furprife ,  la  violence ,  les  menaces , 
la  vue  des  tourmeps  &  de  la  mort  pouroient 
lui  faire  faire  contre  ladodrine  de  fon  Li- 
vre de  la  PuiJfaKcc  ecclefiafiique  ^  politi^ 
tique '^  &  il  pria  la  pofterité  d'en  juger  par 
les  divers  Ouvrages  qu'il  deyoit  .lui  laiifer 
manufcrits  en  mourant. 

Cette  proteftation  fe  répandit  fort  à  pro- 
pos pour  diffiper  les  bruits  qu'on  commen- 
çoit  à  faire  courir  d'une  prétendue  retraéla- 
tion  de  Richer.  Elle  alla  jufqu'à  Rome,  où 
çUe  defabufa  les  efprits  de  cette  agréable 
erreur ,  dont  on  s'étoit  entretenu  depuis  que 
fa  déclaration  y  avoir  été  envoyée  par  le 
Cardinal  de  Bagny ,  Nonce  Apoilolique  en 
France.  Le  Pape  ne  put  diffimuler  le  cha-- 
grin  qu'il  en  conçut ,  ôç  les  Romains  foup- 
çonnerent  le  Cardinal  de  Richelieu  d'a- 
voir voulu  ufer  de  collufion  avec  Rome. 
On  l'accufa  d'avoir  voulu  tromper  le  faint 
Pere,&  de  ne  s'être  plus  foucié  de  tenir  U 
parole  qu'il  avoit  donnée  de  faire  retracer 
nettement  ce  Dodleur ,  depuis  qu'il  avoit  re- 
çu le  Chapeau  de  Cardinal  .pour  l'iVrche- 
véque  de  Lyon  fon  frère. 

Le  Cardinal  de  Richelieu  fe  montra  Violence 
feniible  à  la  nouvelle  qu'il  en  eut;  &  il  ne  '^".S^^p-' 
Voulut  pas  qu'on  pût  dire  qu'il  avoit  mé-  ,"'^  't^^" 
contenté  le  Pape  pour  avoir  voulu  mena-  p  "  t  ^ 
ger  l'efprit d'un iimple  Douleur  deSorbon-  ^^^'^  ^°" 


1^^6  La    Vie 

.*-  ne  ;  il  refplut  d'en  arracher  par  la  forcç 
,  ce  qu'il  fçavoît  bien  qu'il  ne  pouroit  avoir 
par  la  raifoh  :  &  pour  faire  connoître  au 
Pape  qu'il  neprétendoit  pas  lui  en  impofer, 
il  le  fit  prier  d'envoyer  un  exprés  de  Ro- 
me pour  être  le  témoin  de  ce  qu'il  avoit 
envie  de  faire.  Le  Pape  envoya  un  No- 
taire Apoftolique  à  Paris  ,  qui  fut  reçu  & 
logé  chez  le  Père  Jofeph ,  à  qui  le  Cardi- 
nal de  Richelieu  avoit  donné  une  maifon 
en  Ville,  pour  être  plus  prés  de  lui,  &  plus 
libre  que  dans  fon  Couvent. 

Quelques  jours  après  que  ce  Notaire  fut 
arrivé ,  le  Dodcur  Duvàl  fut  député  vers 
Richer  ,  pour  le  prier  à  dîner  chez  le  Pe-: 
re  Jofeph  ,  avec  deux  ou  trois  amis  com- 
muns. Le  prétexte  étoit  de  vouloir  confé- 
rer avec  lui  après  le  repas  fur  quelques  points 
împortans  de  controverfe ,  fur  lefquels  on 
feignoit  que  le  Cardinal  de  Richelieu  étoit 
en  peine  de  fçavoir  fon  fcntiment.  Richer 
s'en  cxcufa  d'kbord  fur  fes  indifpoiitions  & 
fur  l'habitude  qu'il  avoit  de  ne  point  man- 
ïier  hors  de  chez  lui ,  ajoutant  qu'il  ne  laif- 
ièroit  point  de  fe  trouver  chez  le  Père  Jo- 
feph, à  telle  heure  de  l'après-midi  qu'il 
fouhaitèroit.  Duval  lui  dit  qu'il  avoit  ordre 
de  ne  point  s'en  retourner  fans  lui,  &  il  lui 
fit  tant  d'inftances  que  Richer  fe  làifTa  con- 
duire enfin ,  pour  ne  point  paroître  incivil, 
ou  infenlible  à  la  confiance  &  à  l'amitié  du 
Cardinal  de  Richelieu ,  dont  on  prenoit  le 
nom  &  l'autorité. 

Après  qu'on  fut  levé  de  table, le  P.  Jo- 
feph fit  entrer  Richer  dans  une  chambre 
àvcc  Diival  &  le  Notaire  Apoftolique ,  & 


P'E  D  M  O  N  D      R  I  C  H  E  R.       547 

dit  qu'il  n'avoit  pas  d'autre  queftioiî  de  con-  — - — 

troverfe  à  lui  propofer  que  celle  de  l'auto-   lé^Q' 
f\té  du  fouverain  Poiitite.  Richer,  qui  ne  , 

fçavoit  pas  que  l'inconnu  en  prefence  du- 
quel il  parloit,étoît  un  Italien,  &  un  No- 
taire Apoftolique,  expliqua  la  matière  pro- 
pofée  à  fon  ordinaire  ;  &  il  lui  paroiflbit  que 
}a  compagnie  Técoutoit  le  plus  tranquille- 
ment du  monde,  &  qu'elle  étoit  fatisfaite 
•de  fa  modération  ,  lorfque  leP.  Jofephtira 
-iin  papier  où  étoit  une  retradation  toute 
drefïee.  Il  interrompit  Richer  en  la  lui  mon- 
trant, &  d'un  ton  de  voix  qu'il  éleva  extraor- 
dinairement ,  pour  fervir  de  fignal  à  des  gens 
apoftcï  ,  qu'il  tenoix  prêts  a"  exécuter  fon 
deflein ,  il  lui  dit  :  CVy?  aujourd'hui  qii'il 
^faut  mourir  ou  retraBer  votre  Livre.  Aces 
•paroles  on  vitfortirderanti-chambredeux 
aflalTms  qui  fejetterent  fur  Richer, &  qui 
le  faififfant  chacun  par  un  bras ,  lui  prefen- 
terent  le  poignard  ,  l'Un  par-devant ,  l'autre 
•par-derriere ,  tandis  que  le  P.  Jofeph  lui  mit 
îe  papier  fous  la  main ,  6c  lui  fit  ligner  ce 
qu'il  voulut,  fans  lui  donner  le  temps  ni  de 
fe  reconnoître,  ni  de  lire  le  papier. 

La  terreur  fubite  où  le  jetta  la  prefence 
de  la  mort  dont  les  aflaflins  le  menaçoient, 
lui  troubla  la  vue  (Scl'efprit  de  telle  forte, 
que  .fans  fçavoir  ce  qu'il  avoit  fait,  il  crut 
véritablement  avoir  ligné  fa  retraàation. 
'La  douleur  qu'il  en  eut  l'obligea  de  fe  re- 
tirer fur  l'heure ,  &  de  fe  faire  promprement 
reporter  chez  lui.  Il  fb  jetta  fur  le  lit, ac- 
cablé des  horreurs  de  fon  crime,  (c'eilain- 
-ii  qu'il  appelloit  l'adion  involontaire  qu'on 
venoit  de  lui  taire  commettre.)  Là  s'aban- 


^48  hA    VjE 

li— — te  donnant  aux  pleurs  &  au^  gemîflcmens ,  ôc 
^630.  criant  qu'il  étoit  indigne  de  vivre  ,  il  prii 
Dieu ,  que  puifqu'il  avoit  permis  que  la  con- 
fiance le  quittât  dans  cette  perilleufe  extré- 
mité ,  il  lui  pl^t  d'acceprer  le  facrifice  qu'il 
lui  offroit  de  fa  vie  en  expiation  de  fa  fau- 
te. Il  crut  effe6î;ivement  que  Dieu  ralloit 
exaucer ,  parce  qu'il  fentit  aulfi-tôt  un  frif- 
ibn  ,  qui  fut  fuivi  de  l'accès  d'une  grplfe 
fièvre.  La  crainte  qu'il  eut  que  fes  cnne- 
inis  ne  changealfent  les  circqnftances  de  fop 
adion ,  fit  qu'avant  que  la  maladie  lui  ea| 
ôtât  les  moyens ,  il  en  dida  lui-même  tou- 
te l'hiftoire  ,&  s'en  fit  lire  exaâemcnt  les 
copies  ,  qu'il  figna ,  poijr  être  envoyées  à 
fes  amis. 

Mais  ces  précautions  n'étoient  plus  nc- 
çeffaires ,  après  les  proteftations  folemnelles 
qu'il  avoit  faites  dans  les  formes  les  plus 
autentiques ,  contre  les  voyes  illicites  dont 
fl  avoit  prévu  qu'on  devoit  fe  fervir  pour 
arracher  de  lui  une  retraélation  de  fon  livre. 
Ses  amis  tâchèrent  de  le  confoler  ,  en  lui 
faifant  cfpcrer  de  la  mifericorde  de  Dieu, 
qu'une  adion  ou  fa  volonté  avoit  eu  d  peu 
de  part ,  ne  lui  feroit  pas  imputée,  ils  re- 
mirent le  calme  dans  fon  efprît,lorfqu'ils 
l'afTurerent  que  les  auteurs  de  la  violence 
qu'on  lui  avoit  faite  étoient  blâmeï  de  tout 
le  monde  ;  que  le  Cardinal  de  Richelieu  n'a- 
voit  ofé  tirer  avantage  de  cette  foufcrip- 
tîon  forcée ,  &  que  la  prétendue  retradation 
qui  faifoit  le  fujet  de  fon  afflidion  ,  étoit 
tellement  fupprimée  ,  que  ceux  qui  la  lui 
àvoicnt  extorquée  ,  étoient  les  premiers  à 
la  nier ,  ou  à  la  dire  nulle. 


d'EdmOnb   Ricîïer.    545^ 

Kicher  voyant  que  fa  maladie  tiroit  en  •  •  -  ■ 
longueur ,  jugea  que  Dieu  vouloit  fe  fer-  i6|ot 
vir  de  la  durée  de  fes  maux  pour  lui  faire 
iÉïpier  fes  fautes,  pour  éprouver  fa  fidélité 
&  achever  de  lé  purifier  par  des  fouffran- 
ces.  Il  tâcha  de  bien  ufer  de  cette  grâce 
par  tous  les  exercices  de  la  pénitence  &  de  là 
pieté  clirétiehne ,  qu'il  fçavoit  être  les  plus 
propres  pour  fe  préparer  à  une  bonne  mort. 
II  mit  ordre  à  tous  les  Ecrits  qu'il  devoit 
laîfTer  après  lui ,  &  il  pourvut  k  mieux  qu'il 
put  à  la  do6lrine  qu'il  avoit  toujours  en- 
feignée,  contré  la  calomnie  de  ceux  qui 
pouroient  l'accufer  dans  la  fuite  des  temps 
d*avoîr  changé  de  fentiment. 

Il  y  avoit  fept  mois  qu'il  fouifroît ,  lorf- 
que  fa  maladie  fut  jugée  mortelle  par  les 
Médecins.  Ce  fut  alors  que  les  Bourfîers 
de  fon  Collège ,  qui  s'étoient  prefque  tou- 
jours révoltez  contre  les  reglemens  de  fat 
difcipline  ^  &  qui  Tâvoient  long-temps  fa- 
tigué par  demauvaîfes  procédures ,  vinrent 
fe  reconcilier  avec  lui.  L'un  des  plus  jeu- 
nes d'entre  eux ,  étoit  le  fieur  Martin  Gran- 
din  ,  qui  venoit  d'être  élu  Prieur  de  leur 
Communauté.  Il  avoit  été  élevé, comme 
les  autres  ,  dans  le  préjugé  que  la  paffion 
des  anciens  Bourfiers  du  dernier  fiecle  a- 
voient  formé  contre  les  grands  Maîtres  dU 
Collège  ^  &  plus  particulièrement  contre  la 
perfonne  de  Richer ,  qui  avoit  entrepris  de 
les  reformer.  Outre  cette  mauvaife  difpo- 
fition  ,  il  étoit  encore  l'un  des  plus  leleï 
d'entre  les  difciples  de  Duval ,  &  aveuglé- 
ment attaché  à  toutes  les  opinions  de  fon 
parti  ;  de  forte  que  dans  toute  la  fuite  deâ 


j^o  L  A  *  Vie 

1^.1-.——  vie  ,  qui  fut  longue ,  il  n'oublia  rîen  pùvit 
T^ao.    décrier  la  doctrine  de  Richer ,  qui  étoit  cel-f 
le  de  l'Eglife  Gallicane  ,  &  de  l'ancienne 
Sorbonne.   Cinquante  ans  après  ,  lorfque 
Dieu  permit  que  fous  l'autorité  de  Louis 
le  Grand  j  les  Prélats  du  Royaume  reprif- 
fent  publiquement  la  défenfede  cette  doc- 
trine ,  contre  les  entreprifes  &  les  préten- 
tions de  la  Cour  de  Rome,  Grandin,qui 
s'étoit  acquis  beaucoup  de,  crédit  dans  la 
nouvelle   Sorbonne  par  la  profeffion  de 
l'exercice  des  principales  Charges  de  la  Fa- 
culté de  Théologie  ,  ofa  avancer  que  Ri- 
cher avoit  retraéié  cette  doélr.ine;  il.  le  ré- 
péta encore  dans  l'Aflcmblée  du  17.   de 
Mars  1683  ,  lorfqu'il  fut  obligé  de  dire  fon 
avis  fur  une  propofition  que  le  Parlement: 
avoit  envoyée  à  la  Faculté  de  Théologie 
pour  être  examinée.  Il  ajouta  même  quel- 
ques autres  fauffetcz  touchant  les  remords 
imaginaires  qu'il    prétendoit  que    Riclier 
avoit  eus  dans  fa  dernière  maladie ,  au  fujet 
de  la  dodrine  de  fon  Livre  ^  .&  qu'il  tâ- 
choit  malicieufementde  faire  prendre  pour 
les  vrais  regrets  que  ce  Do6l:eur  avoit  eus 
d'avoir  cédé  à  la  violence  qui  lui  avoit, été 
faite  chez  le  Perejofeph  Capucin  :  mais  il 
fut  défavoiié  par  plufieurs  Dodeurs  qui 
fçavoient  la  vérité  de  tout  ce  qui  s'etoit  paf- 
fé  en  ces  occafions  ,  &  contredit  enfuitc 
dans  une  Lettre  imprimée  ;  dattéc  du  23. 
May  1683.  P^^  la  perfonne  qui  avoit  affiité 
Richer  à  la  mort  ,  &  qui  ne  l'ayoit  point 
abandonné  dans  tout  le  cours  de  fa  mala- 
die. Grandin  acheva  de  fe  décrediter  par 
une  inégalité  de  conduite  bien  contraire  a©: 


b'EoMOND    RiCher.     jj-i 

^fîntereiTenient ,  à  la  confiance ,  &  à  Tu. 
aiformité  de  Richer.  Car  après  avoir  tenu 
tranquillement  pendant  toute  fa  vieTinfail- 
Jï'biHtéduPape,  fon  autorité  fuperîeure  au 
Concile  General,  &  fon  pouvoir  même  fur 
Je  temporel  des  Rois  ;  il  eut  la  foiblefTe  de 
foufcrire,  contre  fa  propre  perfuafion, la  Re- 
quête prefentée  au  Parlement,  par  la  feu- 
le crainte  de  perdre  400.  livres  qu'il  rece- 
voit  tous  les  ans  des  Religieufes  de  fainta 
Catherine,  dans  la  rue  S.  Denis  ,  dont  il 
avoit  l'économat ,  quoi  qu'il  n'eût  encore 
été  menacé  de  rien  :  &  il  ne  laifla  pas  de 
continuer  toujours  depuis  dans  fes  premiers 
fentimens ,  fans  témoigner  ni  fcrupules  ni 
regrets  pour  fa  fignature. 

Richer,  après  avoir  exhorté  les  Bourfîers 
&  le  Principal ,  François  Devaux ,  &  les  Re- 
gens du  Collège  à  bien  vivre  avec  fon  fuc- 
cefleur  j  &  à  demeurer  toujours  unis  en- 
tre eux  dans  la  pratique  de  leurs  devoirs, 
fentit  approcher  fa  fin ,  &  demanda  les  Sa-, 
cremens  de  l'Eglife.  Il  les  reçut  en  leur , 
prefence ,  avec  un  recueillement  &  une  dé- 
votion dont  ils  furent  tous  vivement  tou- 
chez. Et  le  Sieur  Charles  Ternois,  l'un  des 
Bourfiers ,  qui  les  lui  adminiftra ,  rendit  tou- 
jours depuis  témoignage  à  la  foliditédefa 
vertu ,  &  à  l'innocence  de  fa  vie. 

Après  s'ctre  muni  du  celefte  Viatique, 
il  ne  voulut  plus  entendre  parler  que  de 
Dieu  &  du  falut  de  fon  ame.  ill  fe  fit  lire 
continuellement  des  prières  qu'il  avoit 
compofées  des  endroits  les  plus  tou- 
chans  de  l'Ecriture  fainte ,  demeurant  tou- 
jours attentif,  jufqu'à  ce  (ju'ayant  dfmaa* 


±fi  L  A      V  t    E 

^  .    -     ~  tif  à  fori  Ledleur  qu'il  le  tournât  fur  lecô^ 
i63oi    té,  il  expira  fi  doucement  que  perfonne  ne 
s'àpperçutde  fon  palTage. 

C'eft'ainfi  que  mourut  le  Codeur  Ri- 
cher  le  28.  de  Novembre  16:50.  entre  7.  &  8. 
heures  du  matin  ,  après  avoir  vécu  foî- 
xante-onze  ans  &  deux  mois.  11  fut  inhu- 
mé le  lendemain  dans  la  Chapelle  de  Sor- 
bonne ,  au  côté  droit  du  grand  Autel ,  fans 
cierges  blancs  ,  fans  pompeux  appareil,  & 
fans  avoir  le  vîfage  découvert  comme  les 
autres  Ecclefiaftiques  de  foh  temps.  En  quoi 
on  fe  crut  obligé  de  fuivre  poniàuellement 
les  ordres  qu'il  en  avoit  laifïèi  par  fon  tef- 
tamènt:  i   .         .    . 
Mort  de       II  avoît  reçu  de  la  iiature  Un  corps  pro- 
ilicher.     portionné  à  la  grandeuc  &  aux  autres  ex- 
cellentes qualitez  de  fon  efprit.  Il  avoit  la 
taille  fort  haute ,  mais  libre ,  dégagée  &  bien 
remplie  ;  le  temperamment  égal  &  robuf- 
te  ;  la  voix  forte ,  les  organes  de  l'oiiie  &  de 
la  vue  excellens  ;  le  front  large  &  fans  ride  : 
ce  qui  parut  extraordinaire  à  ceux  qui  con- 
noiÔbient  fa  feverité  ;  fa  complexion  étoit  lî 
ferme,  qu'il  avoit  confervé  heureufement 
fa  famé  dans  tous  les  âges  de  fa  vie  :  en- 
forte  qu'il  y  avoit  tout  lieu  d'efperer  qu'il 
aiiroit  vécu  beaucoup  plus  long-temps  fans 
les  attaques  de  la  pierre ,  caufée  par  fes  lon- 
gues études ,  &  peut-être  même  fans  le  mau- 
vais effet  de  l'opération  qu'on  lui  fit  pout 
l'en  guérir. 

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